Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Louise D. (La Rochelle)

Le 5 mai 2022

Courrier des internautes

Bonjour,

J’ai appris autrefois en histoire le mot « pentacomédine », mais je ne me souviens plus de son sens et ne le trouve pas dans le dictionnaire.

Louise D. (La Rochelle)

L’Académie répond :

Madame,

La forme exacte est pentacosiomédimne. Ce nom désigne, dans la législation de Solon, la classe censitaire la plus riche à Athènes. Les pentacosiomédimnes étaient les citoyens qui avaient un revenu annuel de plus de 500 (pentakosioi en grec) médimnes de blé (medimnos en grec). Cette mesure, le médimne, valait, en fonction des époques, entre 50 et 60 litres. Au-dessous, on trouvait les cavaliers (hippeis), qui avaient les moyens d’avoir un cheval et donc un revenu supérieur à 300 médimnes. Ensuite venaient les zeugites, un nom tiré de zugon, « joug », parce que ceux-ci avaient les moyens d’avoir un attelage de bœufs, c’est-à-dire un revenu supérieur à 200 médimnes. La dernière classe était celle des thètes, des ouvriers agricoles salariés et le plus souvent sans terre. De l’appartenance à l’une ou l’autre de ces classes dépendait la possibilité d’accéder à telle ou telle magistrature.

Violette G. (France)

Le 5 mai 2022

Courrier des internautes

Bonjour,

J’aimerais savoir à quel moment et pourquoi le mot « cabaret » a évolué vers la définition en usage aujourd’hui. A priori, le cabaret de la fin du xixe ou du début du xxe siècle était tout bonnement un bar. J’imagine même un lien entre cabaret et le bar d’aujourd’hui mais, selon le dictionnaire, le mot « bar » viendrait de l’anglais bar-room...

Violette G. (France)

L’Académie répond :

Madame,

De fait, les noms « bar » et « cabaret » ne sont pas liés étymologiquement. « Bar » est bien un emprunt de l’anglais bar-room. Le nom « cabaret » a beaucoup voyagé entre la France et les Pays-Bas. Il est emprunté du moyen néerlandais cabaret (aussi écrit caberet ou cabret), qui désignait une auberge, un restaurant à bon marché. Cette forme était une altération de cambret (mais aussi cameret ou camerret), qui était lui-même emprunté de l’ancien picard camberete, « petite chambre », qui était tout simplement un équivalent du français chambrette dans une région où un « c » latin continuait à être prononcé « k » et non « ch ».

D’autre part, c’est vers la fin du xixe siècle que les cabarets ont commencé à présenter des attractions et à devenir aussi des lieux de spectacle et de restauration.

Christophe D. (France)

Le 7 avril 2022

Courrier des internautes

Dans quels cas utilise-t-on la tournure l’on en remplacement de on ?

Pourquoi et l’on verse l’eau dans le récipient plutôt que et on verse l’eau dans le récipient ?

L’on vous remercie.

Christophe D. (France)

L’Académie répond :

Issu du nom latin homo, qui signifie « homme », le pronom indéfini on a gardé de son origine nominale la possibilité d’être précédé de l’article élidé l’. Le choix de la forme l’on tient aujourd’hui à une volonté d’élégance ou à certains usages liés à l’euphonie, notamment lorsqu’on veut éviter un hiatus. L’on se rencontre fréquemment après et, où, ou, si, qui, que, et d’autres conjonctions ou pronoms : Puisque l’on s’obstine ; Un pays où l’on parle espagnol ; Ce que l’on connaît. Il s’emploie plus rarement en tête de phrase et n’est pas d’usage après le relatif dont ou à proximité d’un mot commençant par l. On emploiera alors la forme on, comme dans Ce dont on peut s’étonner ou Ici, on loue des vélos.

 

Maël V. (Varetz)

Le 7 avril 2022

Courrier des internautes

Bonjour,

Je me demandais s’il était possible que des mots changent d’orthographe avec le temps.

Maël V. (Varetz)

L’Académie répond :

Madame,

La grande majorité des mots ont changé de graphie avec le temps. Il y a eu une évolution assez rapide du ixe siècle (date à laquelle on commence à parler de « langue française ») au xve siècle parce que, à cette époque, l’écrit notait l’oral sans qu’il y ait de règles précises de transcription, et que la prononciation des mots variait en quelques générations. Cette évolution s’est ralentie avec le développement de l’imprimerie, qui a contribué à fixer l’écriture des mots, et l’établissement progressif d’une norme orthographique, et plus encore après la deuxième moitié du xixe siècle quand le développement de l’instruction obligatoire et des concours de recrutement a imposé l’unification de l’orthographe.

Vicky P. (Suisse)

Le 7 avril 2022

Courrier des internautes

Bonjour,

J’ai un doute concernant un accord. Dans la phrase : La brèche que cela a ouverte est immense, est-il correct de faire l’accord ? La présence du pronom démonstratif cela me fait hésiter.

Un grand merci par avance pour votre réponse.

Vicky P. (Suisse)

L’Académie répond :

Madame,

On écrit bien La brèche que cela a ouverte puisque le complément d’objet direct du verbe ouvrir, conjugué avec l’auxiliaire avoir, est placé avant celui-ci. Mais nombreux sont ceux qui se sont posé la question de l’accord lorsque le sujet est le pronom démonstratif cela. On lit d’ailleurs dans la Grammaire des grammaires ou Analyse raisonnée des meilleurs traités sur la grammaire française, de Charles Pierre Girault-Duvivier, parue en 1811 : « Les anciens grammairiens avaient cherché à établir une exception bien singulière : ils voulaient que le participe passé, employé dans les temps composés d’un verbe actif, quoique précédé de son régime direct, ne s’accordât pas avec ce régime, lorsque le sujet était énoncé par le démonstratif cela, et ils étaient d’avis d’écrire Les soins que cela a exigé, les peines que cela a donné au lieu de Les soins que cela a exigés, les peines que cela a données. »

Agnès B. (Bagnols-sur-Cèze)

Le 3 mars 2022

Courrier des internautes

Monsieur,

Je suis surprise de constater que l’adjectif preux n’a pas de féminin.

Agnès B. (Bagnols-sur-Cèze)

L’Académie répond :

De fait, dans l’usage courant, preux n’a pas de féminin. Mais, comme on a sélectionné au Moyen Âge neuf héros, appelés Les Neuf Preux, dont on estimait qu’à eux tous ils rassemblaient les qualités du parfait chevalier, on a également, pour faire le pendant à ces neuf preux, choisi neuf guerrières, Les Neuf Preuses. Les neuf preux comptaient trois héros de l’Antiquité (Hector, le défenseur de Troie, Alexandre le Grand et Jules César), trois héros de l’Ancien Testament (Josué, le roi David et Judas Maccabée) et enfin trois héros du Moyen Âge (le roi Arthur, Charlemagne et Godefroi de Bouillon). Pour ce qui est des neuf preuses, les Amazones, principales figures des femmes guerrières, s’y taillent la part du lion. On trouve en effet Hippolyte (une reine des Amazones), Sinope et Lampédo (deux autres reines des Amazones), Ménalippe (la sœur de Lampédo), Penthésilée (encore une reine des Amazones), mais aussi Tammaris (une reine d’Égypte), Sémiramis (reine de Babylone), Teuca (une reine d’Illyrie, fameuse pour ses combats contre Rome) et enfin Déiphyle (la femme de Tydée, roi d’Argos et vainqueur de Thèbes).

À ces neuf preuses, le Moyen Âge finissant en a parfois ajouté une dixième, Jeanne d’Arc, comme il avait parfois ajouté Du Guesclin aux neuf preux.

Francis T. (France)

Le 3 mars 2022

Courrier des internautes

Monsieur,

Je recherche à savoir quand le mot étage a évolué vers la définition en usage aujourd’hui. Lors de mes études d’architecture j’ai appris qu’un étage est un niveau situé au-dessus du rez-de-chaussée : maison à un étage = RDC+1, maison à deux étages = RDC+2, par opposition à une maison sans étage c’est-à-dire ne comportant que le rez-de-chaussée.

Francis T. (France)

L’Académie répond :

Monsieur,

Le sens qui est le plus fréquent aujourd’hui, ainsi que l’indique le Dictionnaire de l’Académie française dans l’article Étage de la neuvième édition, est celui que vous avez appris. On parle également d’étage carré en ce sens. Étage vient de l’ancien français estage (aussi à l’origine du mot stage), qui signifiait « maison, demeure ». En droit féodal le lige étage était une obligation pour les vassaux de résider un temps chez leur seigneur. Ce mot a ensuite désigné l’espace entre deux planchers. Au xvie siècle, une maison à un étage, c’est une maison qui n’a qu’un rez-de-chaussée. À partir du xviie siècle, on va aussi appeler étages les niveaux situés au-dessus du rez-de-chaussée. Depuis, c’est surtout ce sens qui prévaut, même si l’ancien n’est pas entièrement effacé. Pour éviter toute ambiguïté, on emploie parfois le terme niveau : en règle générale, quand on parle d’une maison à deux étages, on entend une maison qui compte trois niveaux.

Patrick F. (Los Angeles)

Le 3 mars 2022

Courrier des internautes

Pourquoi écrit-on contrebas en un seul mot alors que contre-haut, qui est le contraire, s’écrit en deux mots ?

Patrick F. (Los Angeles)

L’Académie répond :

Monsieur,

Les Propositions de rectifications de l’orthographe, parues en 1990, donnaient la possibilité d’écrire contrehaut (voyez le losange figurant derrière cette entrée, dans la neuvième édition de notre Dictionnaire, qui signale une forme rectifiée). Il est vrai que l’usage n’a guère évolué dans le sens de la soudure et que l’on continue à écrire contre-haut.

L’usage remplace d’autant plus facilement, à l’intérieur d’un mot, le trait d’union par la soudure que ce mot est fréquent. Contrebas, qui existe de manière autonome, est plus fréquent que contre-haut, qui ne se rencontre que dans la locution en contre-haut. De plus, le fait que le second élément commence par un h ne favorise pas non plus la soudure : il est en effet assez inhabituel de rencontrer un h en milieu de mot s’il n’appartient pas à un groupe de type ch-, th-, etc.

Anne-Michaële L. (Saint-Peray)

Le 3 février 2022

Courrier des internautes

Bonjour.

Je recherche la signification d’un mot français qui n’existe plus (qui peut-être date du Moyen Âge) et je souhaite connaître sa signification avec certitude. Il s’agit de pourpens. Pouvez-vous m’aider s’il vous plaît. Merci beaucoup.

Anne-Michaële L. (Saint-Peray)

L’Académie répond :

Madame,

Le nom pourpens, que l’on trouve aussi sous la forme porpens, signifie, en fonction du contexte, « pensée », « réflexion », « considération » ou « dessein ». On lit ainsi dans la Chronique des ducs de Normandie, de Benoît de Sainte-Maure : Diriez m’en vostre porpens? / Que vos est avis de ces Normanz? (« Me direz-vous votre pensée ? Quel avis avez-vous sur ces Normands ? »).

Porpens est un déverbal de porpenser, qui se rencontre aussi sous les formes porpensser, porpencer, porpancer, porpansser, porpanser (dans lesquelles le préfixe por- est parfois remplacé par pour-, pur- ou pro-).

On trouve dans l’Histoire de la destruction de Troye la grant : Quant je pourpense le grant dueil que j’ay mis en son cuer (« Quand je pense au grand chagrin que j’ai mis dans son cœur »).

Nelly P. (Montélimar)

Le 3 février 2022

Courrier des internautes

Bonjour,

Dans le cadre de mon travail nous procédons à une opération de « dessachage » quand la collecte sélective arrive en sacs. On doit en effet ouvrir ces sacs de manière mécanique. Se pose alors la question de l’orthographe du mot « dessachage ». Comment doit-il être orthographié : désachage, dessachage, déssachage ?

Merci de votre réponse et de vos explications.

Nelly P. (Montélimar)

L’Académie répond :

Madame,

On écrira dessachage, par analogie avec d’autres termes similaires, comme dessablage, dessalage ou dessouchage. On évitera surtout la forme « déssachage », puisque la présence des deux « s » rendrait l’accent inutile. Il n’y a d’ailleurs pas de mot en français commençant par déss-.

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