Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Jean-Christophe B. (Penestin)

Le 7 octobre 2021

Courrier des internautes

Je pense qu’il y a une faute d’orthographe ou de frappe dans la définition du mot athanor ; on y lit en effet : « Fourneau disposé de manière à faire avec un même feu des opérations qui exigent des degrés de chaleur différens ».

Jean-Christophe B. (Penestin)

L’Académie répond :

Il ne s’agit pas d’une faute d’orthographe mais d’un état ancien de la langue. Cette définition est en effet tirée de la cinquième édition de notre Dictionnaire, parue en 1798, et non de la neuvième, qui est en cours d’achèvement. À l’époque les noms et adjectifs terminés par -ent et -ant perdaient au pluriel ce -t final. On écrivait donc des degrés différens, de nombreux élémens, des éléphans.

On a conservé cette orthographe jusqu’au début du xxe siècle et le regretté Jean d’Ormesson aimait à raconter que son père écrivit toute sa vie les enfans.

Jean-Pierre H. (Aix-en-Provence)

Le 7 octobre 2021

Courrier des internautes

Bonjour

Il m’a semblé incorrect d’entendre un ancien coureur déclarer : « C’est une immense satisfaction de vaincre là-haut. » Selon moi on doit dire « gagner ». Mais l’un de mes amis me dit que non, se référant à Corneille (« À vaincre sans péril… »). Qu’en est-il s’il vous plaît ?

Jean-Pierre H. (Aix-en-Provence)

L’Académie répond :

Monsieur,

Cet emploi absolu de vaincre n’est pas incorrect. À l’exemple de Corneille, on peut ajouter le « Sachons vaincre ou sachons périr » du Chant du départ et le « Tu sais vaincre, Hannibal, mais tu ne sais pas user de ta victoire », traduction de Bossuet, dans l’Oraison funèbre d’Henriette d’Angleterre, du fameux « vincere scis, Hannibal, neque victoria uti » de Tite-Live, rapportant les propos de Maharbal à Hannibal, après que celui-ci, vainqueur à Cannes, n’eut pas décidé de marcher aussitôt sur Rome.

Magali F. (France)

Le 7 octobre 2021

Courrier des internautes

L’expression à partir du moment est normalement suivie de où, mais peut-elle être suivie de que ?

En particulier dans une construction de type à partir du moment où..., que..., et que…, comme dans : « À partir du moment où l’on hésite sur l’emploi d’un mot, que l’on n’est pas certain d’écrire une phrase correcte, et que l’on ne trouve pas de réponse, il est préférable d’utiliser une autre tournure ».

Est-ce correct ? Que peut-il, dans ce cas, remplacer toute l’expression à partir du moment où, ou faut-il la répéter ?

Magali F. (France)

L’Académie répond :

Madame,

La locution à partir du moment est normalement suivie du pronom relatif , mais s’il y a plusieurs propositions coordonnées ou juxtaposées, ce pronom relatif peut-être remplacé, en tête de proposition, par la conjonction de subordination que : il s’agit d’un que appelé « vicariant », c’est-à-dire « qui remplace ». Il peut d’ailleurs être utilisé en lieu et place de toutes les conjonctions de subordination : quand tu seras arrivé et que tu seras prêt… ; même si tu pars et que tu ne reviens pas…

Morgane T. (France)

Le 7 octobre 2021

Courrier des internautes

Pouvez-vous, s’il vous plaît, m’indiquer si l’article défini s’élide devant le nom féminin hyène ?

Morgane T. (France)

L’Académie répond :

Le h de « hyène » est muet, mais, comme l’écrit Littré dans son Dictionnaire,

« quelques-uns aspirent le h, à tort ». Il est vrai que l’usage hésite : ainsi Victor Hugo écrit « la hyène » dans Claude Gueux, mais « La Thénardier hideuse avec sa bouche d’hyène… » dans Les Misérables. L’aspiration est favorisée par la présence du y qui suit le h initial, puisque l’on dit « le yack » et « le yacht ». On lit d’ailleurs dans Le Trésor de la langue française : « On peut considérer l’aspiration comme une prononciation affective car il s’agit d’un animal de mauvaise réputation, et le mot est péjoratif au sens figuré. » Cette réputation est très ancienne, ainsi que le montre cet extrait de Li Livres dou Trésor, de Bruno Latini, paru au xiiie siècle : « Hiene est une beste qui une foiz est masles et autre femele, et habite es cimetieres as homes, et manjue les cors des mors » (« L’hyène est une bête qui est mâle puis femelle ; elle vit dans les cimetières des hommes , et mange le corps des morts »).

Gabriel C. (France)

Le 2 septembre 2021

Courrier des internautes

Bonjour,

Le prénom de Du Bellay se prononce-t-il Jo-a-kime ou Jo-a-chin ?

Gabriel C. (France)

L’Académie répond :

Monsieur,

Quand il s’agit de Du Bellay, la syllabe finale de Joachim se prononce comme celle de « machin » ; il en va de même si l’on parle du roi de Juda. Si Joachim désigne un Allemand ou un Hongrois, on prononce kime ou rime. Aujourd’hui, en France, ce prénom se prononce souvent joa-kime, mais la forme joa-chin reste parfaitement correcte.

Juan Pedro P. F. (Espagne)

Le 2 septembre 2021

Courrier des internautes

Bonjour,

J’ai lu dans un ouvrage de 1807 la phrase « Il y a autour de la ville d’excellentes charmoies », mais je n’ai pas trouvé le sens de charmoie. Pouvez-vous m’aider ?

Juan Pedro P. F. (Espagne)

L’Académie répond :

Monsieur,

Le mot charmoie, qui désigne un lieu planté de charmes, figurait encore dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1935) mais il y était déjà donné comme vieilli. Aujourd’hui l’usage préfère charmeraie. Dans son Dictionnaire, Littré explique le caractère archaïque de ce nom : « Les noms de lieux plantés de certains arbres se terminent généralement en -aie : aunaie, châtaigneraie, etc. Charmoie fait une exception qui n’est qu’apparente ; tandis que, la prononciation changeant, les autres changeaient -oie en -aie, charmoie a gardé l’ancienne orthographe, et la prononciation est devenue différente de celle des mots congénères. »

Robert T. (Chevannes)

Le 2 septembre 2021

Courrier des internautes

Bonjour,

Je voudrais connaître la différence entre les mots cochon et porc.

Robert T. (Chevannes)

L’Académie répond :

Monsieur,

Cochon et porc désignent le même animal. Les différences qui existent entre ces deux mots sont des différences d’emploi. Cochon, parfois suivi de sauvage peut désigner le sanglier, ce qui n’est pas le cas de porc. Si notre suidé est vivant ou n’est pas considéré en tant qu’animal d’élevage promis à la boucherie, on utilisera le terme cochon, comme dans le conte Les Trois Petits Cochons. Dans le domaine de la cuisine, c’est le terme porc que l’on emploie (« la viande de porc », « un rôti, des côtes de porc »), sauf dans des locutions figées, telles que « pieds de cochon », « cochon de lait », ou dans le langage très familier (« je ne mange pas de cochon »). En maroquinerie, on parle de « peau de porc » ; si, dans La Table-aux-crevés, Marcel Aymé nous présente un personnage qui suit l’office « dans son livre de messe en peau de cochon », c’est pour souligner son manque de raffinement. Enfin, seul le mot cochon peut fonctionner comme adjectif avec les sens de « malpropre » ou d’ « érotique », « pornographique » : un travail cochon ; du cinéma cochon, une revue cochonne.

Roger-Louis D. (Belgique)

Le 2 septembre 2021

Courrier des internautes

Bonjour,

Pourriez-vous expliquer pourquoi le h de héros est aspiré, alors que celui d’héroïne et héroïque est muet ?

Roger-Louis D. (Belgique)

L’Académie répond :

Monsieur,

En grec ancien, hêrôs, « héros », et hêrôinê, « héroïne », étaient pourvus d’un signe appelé « esprit (au sens de « souffle ») rude », qui indiquait que ces mots devaient être prononcés avec un souffle sur la première voyelle. En passant par le latin et l’ancien français, cette prononciation s’est perdue et le « h » n’a plus été qu’une lettre étymologique. On disait donc, en faisant la liaison, « des (z)héros, des (z)héroïnes » et, en faisant l’élision, « une âme d’héros », « une âme d’héroïne ». On lit d’ailleurs encore chez Ronsard, au xvie siècle : « Telle troupe d’heros [et non de heros] l’eslite de la Grece, /Accompagnoient Jason d’un cœur plein d’allegresse. » Mais l’apparition dans notre langue au xve siècle du chiffre zéro amena une redoutable homonymie entre les zéros et les (z)héros. On l’a supprimée en rétablissant l’aspiration initiale de héros. Héroïne et héroïque, qui n’étaient pas exposés à ce risque ont conservé leur prononciation ancienne.

Arnaud G. (Saint-Jean-en-Royans)

Le 1 juillet 2021

Courrier des internautes

Bonjour,

Pourquoi certains grands esprits mettaient-ils la préposition de comme premier mot du titre de leurs ouvrages : De la démocratie en Amérique, Du contrat social, De la guerre ? Est-ce juste un moyen d’embellir un titre ?

Arnaud G. (Saint-Jean-en-Royans)

L’Académie répond :

Monsieur,

Il s’agit d’un latinisme, conservé longtemps en français et dans d’autres langues (le titre original de l’ouvrage de Carl von Clausewitz, De la Guerre, est d’ailleurs Vom Kriege), en particulier dans la langue classique ou philosophique. Rousseau et plus encore Montesquieu étaient nourris de langue et de littérature latines, mais cette habitude a perduré au-delà du xviiie siècle. Ainsi Jean Jaurès soutint une thèse en latin intitulée De primis socialismi germanici lineamentis, proprement « Des premiers linéaments du socialisme allemand », que l’on traduit généralement par « Les Débuts du socialisme allemand », tandis que sa thèse principale, en français, avait pour titre De la réalité du monde sensible.

À tout latiniste débutant, on apprend à utiliser un ablatif précédé de la préposition de pour former les titres latins et on fait traduire le fameux De Bello Gallico, « La Guerre des Gaules », de Jules César. Par la suite, on lui enseigne que le titre peut-être une question ou la réponse à une question. Ainsi, en 1835, un jeune lycéen allemand nommé Karl Marx intitula sa composition latine de « maturité » (équivalent du baccalauréat), pour laquelle il obtint une très bonne note : An principatus Augusti merito inter feliciores rei publicae romanae aetates ? « Le principat d’Auguste peut-il être considéré à juste titre comme une des périodes les plus heureuses de la république romaine ? »

Nadine G. (Lyon)

Le 1 juillet 2021

Courrier des internautes

J’aimerais savoir s’il faut, ou non, une majuscule aux points cardinaux.

Nadine G. (Lyon)

L’Académie répond :

Madame,

Les noms des points cardinaux et de leurs composés (ainsi que midi, septentrion, orient, occident) prennent la majuscule lorsqu’ils désignent une région, une portion du territoire ou, par métonymie, leurs habitants : les pavés du Nord, les marches de l’Est, le soleil du Sud, l’Allemagne du Nord, l’Ouest américain, l’Afrique du Nord. Dans les autres cas (direction, orientation, exposition), ces noms gardent la minuscule : perdre le nord, façade exposée à l’est, aller vers le nord, la face ouest, le versant sud.

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