Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Gabriel C. (France)

Le 2 septembre 2021

Courrier des internautes

Bonjour,

Le prénom de Du Bellay se prononce-t-il Jo-a-kime ou Jo-a-chin ?

Gabriel C. (France)

L’Académie répond :

Monsieur,

Quand il s’agit de Du Bellay, la syllabe finale de Joachim se prononce comme celle de « machin » ; il en va de même si l’on parle du roi de Juda. Si Joachim désigne un Allemand ou un Hongrois, on prononce kime ou rime. Aujourd’hui, en France, ce prénom se prononce souvent joa-kime, mais la forme joa-chin reste parfaitement correcte.

Juan Pedro P. F. (Espagne)

Le 2 septembre 2021

Courrier des internautes

Bonjour,

J’ai lu dans un ouvrage de 1807 la phrase « Il y a autour de la ville d’excellentes charmoies », mais je n’ai pas trouvé le sens de charmoie. Pouvez-vous m’aider ?

Juan Pedro P. F. (Espagne)

L’Académie répond :

Monsieur,

Le mot charmoie, qui désigne un lieu planté de charmes, figurait encore dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1935) mais il y était déjà donné comme vieilli. Aujourd’hui l’usage préfère charmeraie. Dans son Dictionnaire, Littré explique le caractère archaïque de ce nom : « Les noms de lieux plantés de certains arbres se terminent généralement en -aie : aunaie, châtaigneraie, etc. Charmoie fait une exception qui n’est qu’apparente ; tandis que, la prononciation changeant, les autres changeaient -oie en -aie, charmoie a gardé l’ancienne orthographe, et la prononciation est devenue différente de celle des mots congénères. »

Robert T. (Chevannes)

Le 2 septembre 2021

Courrier des internautes

Bonjour,

Je voudrais connaître la différence entre les mots cochon et porc.

Robert T. (Chevannes)

L’Académie répond :

Monsieur,

Cochon et porc désignent le même animal. Les différences qui existent entre ces deux mots sont des différences d’emploi. Cochon, parfois suivi de sauvage peut désigner le sanglier, ce qui n’est pas le cas de porc. Si notre suidé est vivant ou n’est pas considéré en tant qu’animal d’élevage promis à la boucherie, on utilisera le terme cochon, comme dans le conte Les Trois Petits Cochons. Dans le domaine de la cuisine, c’est le terme porc que l’on emploie (« la viande de porc », « un rôti, des côtes de porc »), sauf dans des locutions figées, telles que « pieds de cochon », « cochon de lait », ou dans le langage très familier (« je ne mange pas de cochon »). En maroquinerie, on parle de « peau de porc » ; si, dans La Table-aux-crevés, Marcel Aymé nous présente un personnage qui suit l’office « dans son livre de messe en peau de cochon », c’est pour souligner son manque de raffinement. Enfin, seul le mot cochon peut fonctionner comme adjectif avec les sens de « malpropre » ou d’ « érotique », « pornographique » : un travail cochon ; du cinéma cochon, une revue cochonne.

Roger-Louis D. (Belgique)

Le 2 septembre 2021

Courrier des internautes

Bonjour,

Pourriez-vous expliquer pourquoi le h de héros est aspiré, alors que celui d’héroïne et héroïque est muet ?

Roger-Louis D. (Belgique)

L’Académie répond :

Monsieur,

En grec ancien, hêrôs, « héros », et hêrôinê, « héroïne », étaient pourvus d’un signe appelé « esprit (au sens de « souffle ») rude », qui indiquait que ces mots devaient être prononcés avec un souffle sur la première voyelle. En passant par le latin et l’ancien français, cette prononciation s’est perdue et le « h » n’a plus été qu’une lettre étymologique. On disait donc, en faisant la liaison, « des (z)héros, des (z)héroïnes » et, en faisant l’élision, « une âme d’héros », « une âme d’héroïne ». On lit d’ailleurs encore chez Ronsard, au xvie siècle : « Telle troupe d’heros [et non de heros] l’eslite de la Grece, /Accompagnoient Jason d’un cœur plein d’allegresse. » Mais l’apparition dans notre langue au xve siècle du chiffre zéro amena une redoutable homonymie entre les zéros et les (z)héros. On l’a supprimée en rétablissant l’aspiration initiale de héros. Héroïne et héroïque, qui n’étaient pas exposés à ce risque ont conservé leur prononciation ancienne.

Arnaud G. (Saint-Jean-en-Royans)

Le 1 juillet 2021

Courrier des internautes

Bonjour,

Pourquoi certains grands esprits mettaient-ils la préposition de comme premier mot du titre de leurs ouvrages : De la démocratie en Amérique, Du contrat social, De la guerre ? Est-ce juste un moyen d’embellir un titre ?

Arnaud G. (Saint-Jean-en-Royans)

L’Académie répond :

Monsieur,

Il s’agit d’un latinisme, conservé longtemps en français et dans d’autres langues (le titre original de l’ouvrage de Carl von Clausewitz, De la Guerre, est d’ailleurs Vom Kriege), en particulier dans la langue classique ou philosophique. Rousseau et plus encore Montesquieu étaient nourris de langue et de littérature latines, mais cette habitude a perduré au-delà du xviiie siècle. Ainsi Jean Jaurès soutint une thèse en latin intitulée De primis socialismi germanici lineamentis, proprement « Des premiers linéaments du socialisme allemand », que l’on traduit généralement par « Les Débuts du socialisme allemand », tandis que sa thèse principale, en français, avait pour titre De la réalité du monde sensible.

À tout latiniste débutant, on apprend à utiliser un ablatif précédé de la préposition de pour former les titres latins et on fait traduire le fameux De Bello Gallico, « La Guerre des Gaules », de Jules César. Par la suite, on lui enseigne que le titre peut-être une question ou la réponse à une question. Ainsi, en 1835, un jeune lycéen allemand nommé Karl Marx intitula sa composition latine de « maturité » (équivalent du baccalauréat), pour laquelle il obtint une très bonne note : An principatus Augusti merito inter feliciores rei publicae romanae aetates ? « Le principat d’Auguste peut-il être considéré à juste titre comme une des périodes les plus heureuses de la république romaine ? »

Nadine G. (Lyon)

Le 1 juillet 2021

Courrier des internautes

J’aimerais savoir s’il faut, ou non, une majuscule aux points cardinaux.

Nadine G. (Lyon)

L’Académie répond :

Madame,

Les noms des points cardinaux et de leurs composés (ainsi que midi, septentrion, orient, occident) prennent la majuscule lorsqu’ils désignent une région, une portion du territoire ou, par métonymie, leurs habitants : les pavés du Nord, les marches de l’Est, le soleil du Sud, l’Allemagne du Nord, l’Ouest américain, l’Afrique du Nord. Dans les autres cas (direction, orientation, exposition), ces noms gardent la minuscule : perdre le nord, façade exposée à l’est, aller vers le nord, la face ouest, le versant sud.

Pierre V. (France)

Le 1 juillet 2021

Courrier des internautes

Quel est l’impératif du verbe vouloir ?

Pierre V. (France)

L’Académie répond :

Monsieur,

Les formes courantes sont veuille (2e personne du singulier ) et surtout veuillez (2e personne du pluriel). Elles sont aujourd’hui utilisées dans des formules de politesse : veuillez vous asseoir. Les autres formes que sont veux, voulons, voulez sont très rares à la forme affirmative. Elles s’emploient surtout à la forme négative, dans la locution en vouloir à quelqu’un (avoir des reproches à lui faire) : ne m’en veux pas, ne m’en voulez pas ; ne lui en voulons plus. Mais on pourra aussi dire : ne m’en veuille pas, ne m’en veuillez pas.

Valérie E. (France)

Le 1 juillet 2021

Courrier des internautes

Bonjour,

Je suis correctrice dans le milieu de l’aviation. Je rencontre parfois le radial. Certains aviateurs écrivent bien une radiale mais j’ai du mal à faire comprendre à ceux qui écrivent un radial, que radial est un adjectif et non un substantif et que si on veut le transformer en nom commun, la règle est d’écrire une radiale.

Ai-je raison de croire qu’il faut défendre une radiale ? Que puis-je dire à ceux qui m’opposent qu’il faut écrire un radial ?

Valérie E. (France)

L’Académie répond :

Madame,

Les deux formes peuvent être correctes. Quand radial est substantivé (et cela vaut pour les autres adjectifs), il prend le genre du nom sous-entendu. On dira ainsi le radial pour le nerf radial et une radiale pour une voie radiale, ce qui, je suppose, est la forme qui vous intéresse.

Jean-Luc C. (Biarritz)

Le 3 juin 2021

Courrier des internautes

On m’a toujours appris que, en français, quand un e est suivi de deux consonnes, il n’était pas nécessaire de le pourvoir d’un accent pour qu’il soit prononcé è, comme dans belle, perte, merci, perdu, etc. Mais alors, pourquoi y a-t-il un accent sur le premier e de siècle ?

Jean-Luc C. (Biarritz)

L’Académie répond :

Monsieur,

Pour que les deux consonnes modifient la prononciation du e qu’elles suivent, il faut qu’elles appartiennent à deux syllabes différentes. C’est ce que nous avons, par exemple, dans les mots que vous proposez, tel merci : la première consonne, r, appartient à la même syllabe que le e, tandis que la deuxième, c, appartient à la syllabe suivante. Or, quand cette première consonne est une occlusive (b, c, d, g, p ou t) ou une fricative (f ou v), et la seconde, une liquide (r ou l), le groupe de deux consonnes appartient à la syllabe qui suit le e et ne peut donc pas en modifier la prononciation. C’est pourquoi on écrit, avec un accent grave, zèbre, exècre, cèdre, pègre, lèpre, mètre, chèvre, hièble, siècle, règle, trèfle, etc.

Ce phénomène se retrouve en métrique ancienne. En effet, en poésie grecque et latine, la longueur d’une voyelle est déterminée par sa nature ou sa position : une voyelle brève est allongée quand elle est suivie de deux consonnes, mais cette voyelle n’est considérée comme longue que si les deux consonnes qui la suivent appartiennent à la syllabe suivante. Ainsi dans le latin celebratio, le deuxième e reste bref puisque les deux consonnes qui le suivent appartiennent à une autre syllabe. Les Anciens appelaient ce phénomène la correptio attica.

Julie B. (Italie)

Le 3 juin 2021

Courrier des internautes

Bonjour,

En français, existe-t-il une règle pour accorder les noms de marques ? En italien les marques ont un genre : on dit par exemple « La Gucci », « Il Dior ». Faut-il accorder au masculin car on considère que le nom d’une marque est invariable, ou au féminin parce qu’on considère que ces mots désignent des marques, des entreprises, des firmes, qui sont des mots féminins ?

Cordialement.

Julie B. (Italie)

L’Académie répond :

Madame,

En français, on emploie en général les noms de marques sans l’article. Si on doit faire l’accord, on le fait avec un mot que l’on sous-entend comme marque, firme, entreprise, qui sont des féminins, ou groupe, qui est masculin. On écrira au choix : « Air France a été soutenue par l’État », en sous-entendant « l’entreprise », ou « Air France a été soutenu », si l’on sous-entend « le groupe ».

Quant il s’agit d’une métonymie, on fera l’accord en fonction du nom du produit. On dira ainsi un volvo pour « un camion de la marque Volvo », et une volvo pour « une voiture de la marque Volvo ».

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