Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Danielle G. (Brésil)

Le 1 avril 2021

Courrier des internautes

Je suis professeur de français langue étrangère et je n’arrive pas à expliquer clairement la différence entre croître, grandir, augmenter et pousser. En portugais, les apprenants font la confusion et je ne trouve pas d’explication qui soit claire pour eux.

Danielle G. (Brésil)

L’Académie répond :

Grandir est l’hyperonyme de ce groupe de verbes. Pousser s’est d’abord employé pour les végétaux puis, par analogie, pour les êtres humains.

Quant à croître et augmenter, voyez ce qu’écrit à ce sujet Littré dans son Dictionnaire :

« Croître se dit des êtres animés dont la taille devient plus grande : Cet enfant croît rapidement ; cet arbre a crû beaucoup dans l’année. Augmenter ne peut se dire des êtres animés : ni un enfant ni un arbre n’augmentent ; augmenter implique une idée d’agrandissement en tous sens qui n’est pas dans croître. Mais quand il s’agit de choses au propre ou au figuré, croître et augmenter sont synonymes ; sa générosité croît ou augmente tous les jours ; l’incendie croît ou augmente ; avec cette nuance cependant que croître porte à l’esprit l’idée d’un développement semblable à celui d’un être animé, et augmenter celle d’un agrandissement brut et en tout sens.

Jérôme D. (Espagne)

Le 1 avril 2021

Courrier des internautes

On rencontre de plus en plus souvent l’expression en souffrance, non pas au sens d’« en attente », mais pour signaler que « quelqu’un souffre ». On parle ainsi de patients en souffrance. On entend également de plus en plus être en capacité de plutôt que capable de ou en mesure de. Qu’en penser ?

Jérôme D. (Espagne)

L’Académie répond :

Il s’agit d’une fâcheuse tendance qui s’installe aujourd’hui et qui consiste à remplacer des formes adjectivales bien ancrées dans l’usage par des groupes nominaux prépositionnels. À ceux que vous avez cités on pourrait par exemple ajouter être dans l’émotion pour être ému. C’est une dérive qu’il convient de combattre.

Nils M. (Paris)

Le 1 avril 2021

Courrier des internautes

Vous connaissez sans doute l’expression s’emballer que l’on utilise pour parler d’un cheval ou, plus familièrement, pour parler de quelqu’un de trop enthousiaste. Depuis maintenant des années je cherche l’origine de cette expression. Pourquoi dit on s’emballer ? Pour moi ce verbe évoque un cadeau ou quelque chose que l’on met dans du papier, mais quel est le rapport entre ces différentes actions ?

Nils M. (Paris)

L’Académie répond :

Emballer a d’abord signifié « mettre en balle », puis, dans l’argot de la police et des voleurs, « arrêter et emmener en voiture ». Cette expression a ensuite pris le sens d’« entraîner rapidement, faire aller trop vite » : le cocher avait emballé ses chevaux. C’est cette dernière forme, employée pronominalement, qui a donné « s’emballer », pour désigner des chevaux qui s’emportent ou, de manière figurée, des personnes très enthousiastes.

Sacha P. (États-Unis)

Le 1 avril 2021

Courrier des internautes

Bonjour,

Je me demandais, en discutant avec une amie, si la tournure de phrase J’en suis, pour désigner notre appartenance à un groupe chargé d’une tâche à venir, est correcte et existe ?

Sacha P. (États-Unis)

L’Académie répond :

Ce tour existe, et il est correct. Il a même ses lettres de noblesse puisqu’on le trouve dans la dernière strophe d’Ultima verba de Victor Hugo :

« Si l’on n’est plus que mille, eh bien, j’en suis ! Si même

Ils ne sont plus que cent, je brave encor Sylla ;

S’il en demeure dix, je serai le dixième ;

Et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là ! »

Carine C. (France)

Le 4 mars 2021

Courrier des internautes

Je suis autrice de livres pour enfants et je suis en train d’écrire une histoire avec des personnages imaginaires. Or, je peine à trouver le mot féminin ou masculin de chacun de ces types de personnages, information qui m’est pourtant nécessaire pour écrire mon histoire : une fée / un… ? ; un troll / une trollesse ? ; un lutin / une lutine ? ; un vampire / une… ? Certes, si ces mots ont soit un masculin, soit un féminin, il est fréquent de trouver, dans les histoires, le genre opposé. Comment, dès lors, les nomme-t-on ? Je vous remercie de votre aide.

Cordialement.

Carine C. (France)

L’Académie répond :

Le nom « fée » est issu du latin fata, pluriel de fatum, « destin ». Au Moyen Âge, on trouvait encore le masculin « fé » que vous pouvez remettre au goût du jour. Pour « vampire », on pourrait le considérer comme un nom épicène (on se souviendra aussi que c’est de ce mot qu’est tiré le nom féminin « vamp »). « Lutine » existe déjà comme adjectif, il serait donc possible de lui donner le statut de nom. Quant à « troll », vous avez le choix, d’après les usages de la féminisation, entre « une troll », « une trolle » ou « une trollesse ».

Clément H. (France)

Le 4 mars 2021

Courrier des internautes

Je suis collégien en Alsace. Durant un cours d’allemand sur les sports je me suis rendu compte que les Allemands ont leur propre mot pour Football. J’aimerais savoir pourquoi, en France, nous n’avons pas traduit ce mot. Merci d’avance.

Clément H. (France)

L’Académie répond :

Contrairement à d’autres peuples, comme les Allemands ou les Italiens, nous avons gardé aux sports pratiqués avec un ballon leur nom d’origine, que celui-ci soit anglais (football, basket-ball, volley-ball, rugby) ou allemand (handball), parce que ceux-ci sont relativement récents et nous viennent de l’étranger. Pour l’athlétisme, dont les épreuves ont des noms beaucoup plus anciens puisque certaines étaient déjà pratiquées dans la Grèce antique, nous avons des formes françaises, comme « lancer du disque », de même que les Anglais ont leur propre forme discus throw, et les Allemands Diskuswurf.

Conny C. (Suisse)

Le 4 mars 2021

Courrier des internautes

Bonjour,

Pourquoi utilisons-nous l’accent circonflexe ?

Conny C. (Suisse)

L’Académie répond :

L’accent circonflexe peut avoir plusieurs rôles. Il indique la fermeture et l’allongement d’une voyelle comme dans rôle, pôle, etc.

Il sert aussi à noter la chute d’un ancien s dans des noms comme forêt, hôpital, pâte, et dans des formes de passé simple comme aimâtes, prîtes, voulûtes, etc.

Il peut aussi noter la chute d’un e, comme dans les adverbes assidûment ou ardûment, ou dans les adjectifs comme sûr, mûr. Dans ce dernier cas, il permet aussi de distinguer des homonymes : les prépositions sur et du de l’adjectif sûr et du participe passé masculin ; le nom mur de l’adjectif mûr ; les passés simples de l’indicatif à la troisième personne, prit, voulut, des imparfaits du subjonctif prît, voulût.

Michael P. (États-Unis)

Le 4 mars 2021

Courrier des internautes

Je suis anglophone. J’aime apprendre le français. Quelle est la différence entre casser, briser et rompre ?

Michael P. (États-Unis)

L’Académie répond :

La réponse se trouve dans le Dictionnaire de Littré :

« CASSER, ROMPRE, BRISER. Ces trois mots expriment que, dans un objet, la continuité est détruite. Ils diffèrent en ce que casser, c’est la détruire en un coup, en une fois ; rompre, c’est la détruire avec un effort, avec le temps ; briser, c’est mettre en pièces. Un coup de barre cassa l’essieu ; un coup de feu le brisa ; une charge trop pesante le rompit. Il faut ajouter que l’étymologie de casser est complexe, venant à la fois de cassus, « vain, vide, nul », et de quassare, « briser » ; de ce côté casser n’a plus de synonymie avec rompre : on casse un contrat, un testament, un officier, mais on ne les rompt pas ; on rompt une alliance, mais on ne la casse pas. »

Jean-Pierre F. (Cameroun)

Le 4 février 2021

Courrier des internautes

Doit-on dire « par le temps qui court » ou « par les temps qui courent », et pourquoi ?

Jean-Pierre F. (Cameroun)

L’Académie répond :

Monsieur,

L’expression par le temps qui court, très présente au xixe siècle n’est pas incorrecte, mais elle n’est plus en usage ; c’est maintenant par les temps qui courent que l’on emploie, sans doute parce que, dans cette expression, la valeur temporelle du nom temps s’est peu à peu atténuée au profit de celle de « circonstances », qui s’exprime beaucoup plus couramment au pluriel.

Lyam (France)

Le 4 février 2021

Courrier des internautes

Bonjour je m’appelle Lyam. J’ai 8 ans et j’aimerais savoir d’où viennent les noms de doigts. Merci de votre réponse.

Lyam (France)

L’Académie répond :

Lyam,

Ces noms viennent du latin. « Pouce » est issu de pollex ; « index » vient d’une forme latine identique, index, qui est dérivée du verbe dicare, « montrer » (l’index est le doigt qui sert à montrer) ; « majeur » vient du latin major, le comparatif de magnus, « grand » (« majeur » est donc le nom du plus grand doigt) ; « annulaire » est tiré du latin anularis, un dérivé de anus, « anneau », l’annulaire étant le doigt où l’on passe l’anneau de mariage ; enfin, le « petit doigt », qui est aussi appelé « auriculaire », un nom tiré du latin auris, « oreille » est ainsi nommé parce qu’il est suffisamment petit pour entrer dans l’oreille.

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