Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Ana G. (Marcq-en-Baroeul)

Le 6 octobre 2022

Courrier des internautes

Madame, Monsieur,

Nous sommes nombreux à utiliser l’adjectif aberrant comme équivalent de l’adjectif choquant et je me suis posé la question suivante : pourquoi pouvons-nous dire C’est aberrant, c’est choquant mais non Je suis aberré alors qu’on dit Je suis choqué ?

Ana G. (Marcq-en-Baroeul)

L’Académie répond :

Il existe deux raisons à cela. La première est que le verbe aberrer, attesté depuis le xvie siècle, a pratiquement disparu à partir du xixe siècle. De plus, contrairement à choquer, aberrer n’est pas transitif et ne peut donc pas s’employer en tournure passive.

Anita H. (France)

Le 6 octobre 2022

Courrier des internautes

Bonjour,

Je souhaiterais savoir comment est déterminé le genre des nouveaux mots ?

Par exemple, pourquoi ordinateur est-il masculin ?

Anita H. (France)

L’Académie répond :

Quand un nouveau nom est dérivé d’un nom ou d’un verbe déjà existant, son genre dépend du suffixe utilisé pour le former : ainsi, si on adjoint à un radical un suffixe en -tion ou en -ée, ce noms sera féminin ; si on lui adjoint un suffixe en -age ou en -ment, il sera masculin. Les formes en -teur, qui sont généralement des noms d’agent, sont le plus souvent masculines (il existe quelques noms abstraits qui sont féminins, comme apesanteur, lenteur, moiteur, etc.). En ce qui concerne ordinateur, ce mot a été proposé par le latiniste Jacques Perret à la direction d’I.B.M. France, qui lui avait demandé de trouver un équivalent français au nom anglais computer. C’est un emprunt au latin chrétien ordinator, nom masculin désignant Dieu en tant que celui qui met en ordre, celui qui règle (Deus ordinator).

Eugénia P. (Canada)

Le 6 octobre 2022

Courrier des internautes

Bonjour,

J’aimerais avoir des renseignements à propos de l’usage des mots de et des dans les exemples suivants. On écrit en effet Ce sont de nouveaux enseignants, mais est-il possible d’écrire Voici la liste des nouveaux enseignants ? Faut-il écrire Le centre de services scolaires est fermé ou Le centre des services scolaires est fermé ?

Eugénia P. (Canada)

L’Académie répond :

Il existe deux mots des en français. L’un est l’article indéfini au pluriel : un chat et des chats. Le bon usage veut que si le nom déterminé par cet article est précédé d’un adjectif qualificatif, on passe de des à de : Des enseignants arrivent demain mais De nouveaux enseignants arrivent demain.

L’autre mot des est le résultat de la contraction de l’article défini pluriel les et de la préposition de (il a comme équivalent au singulier les formes du ou de la : la clef de la maison mais la clef des maisons ; le livre du professeur mais le livre des professeurs). L’article défini pluriel les dans un groupe nominal deviendra des si ce groupe doit être précédé de la préposition de : Voici la liste des nouveaux enseignants.

Concernant le centre que vous évoquez, tout dépend de sa nature : si c’est le centre qui regroupe les services scolaires de votre ville, on dira le centre des (= de les) services scolaires (comme on écrit le centre des impôts) : si c’est une structure qui propose des services scolaires, on écrira plutôt centre de services scolaires (comme on écrit centre de loisirs), l’article indéfini s’effaçant devant la préposition.

Thierry A. (Obernai)

Le 6 octobre 2022

Courrier des internautes

Bonjour,

Je viens de lire, dans un roman traduit de l’anglais, l’expression dormir comme une bûche. Ne doit-on pas dire plutôt comme une souche ?

Thierry A. (Obernai)

L’Académie répond :

Les deux expressions s’emploient. On lit dans la 9e édition de notre Dictionnaire : « Il dort comme une bûche, d’un sommeil pesant », mais aussi « Dormir comme une souche, dormir profondément ». Nous pouvons ajouter une troisième expression toute proche, Dormir comme un sabot.

Rappelons qu’il est aussi possible de dormir comme un loir, comme une marmotte ou comme un bienheureux.

Olivier F. (France)

Le 1 septembre 2022

Courrier des internautes

Faut-il écrire quoi que ou quoique dans cette citation de Descartes ? : « L’intelligence est la chose la mieux répartie chez les hommes, parce que, quoi qu’il en soit pourvu, il a toujours l’impression d’en avoir assez, vu que c’est avec ça qu’il juge. »

Olivier F. (France)

L’Académie répond :

Monsieur,

Il faut effectivement écrire quoi que en deux mots, c’est-à-dire « quelle que soit la part d’intelligence dont il est pourvu ». Écrire quoiqu’il en soit pourvu signifierait simplement « bien qu’il en soit pourvu ».

Philippe F. (Bordeaux)

Le 1 septembre 2022

Courrier des internautes

Marin Marais a écrit un rondeau pour viole de gambe intitulé Le Troilleur. Malgré de multiples recherches, notamment dans un dictionnaire du xviiie siècle, je n’ai pas réussi à trouver la définition de troilleur. Pourriez-vous m’aider ?

Philippe F. (Bordeaux)

L’Académie répond :

Il y a plusieurs hypothèses : troilleur peut être une variante de trolleur, qui était beaucoup plus en usage. Il s’agit d’un dérivé de troller, qui était en moyen français un terme de vénerie signifiant « quêter au hasard, sans avoir de piste ». De ce sens, on en a tiré un autre qui est celui que l’on trouve dans les éditions anciennes de notre Dictionnaire et qui figure encore dans la neuvième édition, sous l’entrée trôler (graphie utilisée depuis la quatrième édition). Voyons par exemple la définition qu’en donnait la troisième :

« Il ne s’emploie que dans le style bas & populaire, pour dire, Mener, promener de tous côtez indiscrettement & hors de propos. C’est un homme qui trôlle continuellement sa femme par-tout. Il trôlle son fils dans toutes les maisons. Il est aussi neutre. C’est un homme qui ne fait que trôller tout le long du jour, pour dire, Qui ne fait que courir ça & là ; Et il est du même style. »

Mais troilleur pourrait aussi être une variante de l’ancien français troilleör, nom qui avait deux sens ; il désignait soit un fabricant de pressoir et celui qui en avait la responsabilité, soit une personne fourbe qui pressurait autrui. Comme ce rondeau est parfois présenté comme une plainte, c’est probablement à ce dernier sens qu’il faut rattacher ce nom.

Bénédicte C. (Paris)

Le 7 juillet 2022

Courrier des internautes

J’ai lu quelque part, mais je ne me souviens plus où, l’expression à bis et à blanc.

Or, j’ignore son sens. En outre, je ne l’ai pas trouvée dans les dictionnaires que j’ai consultés. Pourriez-vous me dire ce qu’elle signifie ?

Merci.

Bénédicte C. (Paris)

L’Académie répond :

Cette expression, qui signifie « de toute façon », est liée à la fabrication de la farine et du pain. Selon que le blé est broyé plus ou moins grossièrement, on obtient une farine bise, c’est-à-dire gris foncé, ou blanche, à partir desquelles on aura du pain bis ou du pain blanc. On trouve aussi la forme à bis, à blanc ; on lit ainsi, dans la première édition du Dictionnaire de l’Académie française : « On dit aussi proverbialement & bassement, Faire les choses à bis & à blanc, pour dire, Les faire en quelque sorte & à quelque prix que ce soit, justement ou injustement, de gré ou de force. »

Gustave K. (République du Congo)

Le 7 juillet 2022

Courrier des internautes

N’est-ce pas une faute de dire ou d’écrire « Je vais marier cette fille », puisque la phrase correcte devrait être « Je vais me marier avec cette fille ». C’est le pasteur, le prêtre ou le maire qui sont habilités pour marier deux personnes grâce aux pouvoirs qui leur sont conférés. Mais mon frère prétend que dire « Je vais marier cette fille » n’est pas une faute car on le dit dans le nord de la France, en Belgique et au Canada.

Gustave K. (République du Congo)

L’Académie répond :

Vous avez raison, ce sont les personnes habilitées qui marient les individus, comme l’indique notre Dictionnaire : « En parlant d’un officier d’état civil ou d’un ministre du culte. Recueillir et rendre légitime l’engagement librement consenti de deux personnes qui s’unissent par le mariage. Le maire les a mariés. C’est le curé de la paroisse qui les a mariés ». Par extension, ce verbe peut avoir comme sujet la personne qui décide du mariage, le suscite ou l’arrange « Son père l’avait marié à la fille d’un de ses amis. »

Cela étant, il est vrai que dans une langue populaire, particulièrement en Belgique et dans le Nord de la France, le verbe marier s’emploie dans une construction où le sujet est le mari et le complément d’objet direct l’épouse (et réciproquement). On en a un témoignage avec la chanson de Jacques Brel Ces gens-là :

« Et puis, y’a l’autre […] / Qui a marié la Denise / Une fille de la ville, enfin, d’une autre ville. »

Lucas M. (Suisse)

Le 7 juillet 2022

Courrier des internautes

Pourquoi prononce-t-on fosse avec un o fermé, alors que crosse, bosse, rosser et d’autres se prononcent, de manière plus logique, avec un o ouvert ?

Lucas M. (Suisse)

L’Académie répond :

Littré signale dans son Dictionnaire que fosse et grosse sont les seules exceptions parmi les mots avec une finale en -osse, qui tous se prononcent avec un o bref et ouvert. L’éditeur Estienne, au xvie siècle, expliquait déjà que le o est fermé quand il est issu d’une forme latine en -oss- (fosse et grosse sont issus de fossa et grossa). Bosse, écrit boce en ancien français, est issu du latin populaire bottia, crosse est issu du germanique krukja, et rosser, du latin populaire rustiare, lui-même dérivé de rustia, « branche, bâton ». Le o bref et ouvert de molosse, colosse et des mots en -glosse s’explique par le fait que ces mots, même s’ils sont passés par le latin, sont d’origine grecque. Cela étant, ces différences de prononciation n’ont pas toujours été très marquées puisque, dans L’Étourdi (acte II, scène iii), Molière fait rimer fosse et bosse.

Déo A. (Togo)

Le 2 juin 2022

Courrier des internautes

Je voudrais savoir pourquoi le mot aussi, employé avec le sens de « c’est pourquoi », entraîne l’inversion du sujet quand il est placé en début de proposition.

Déo A. (Togo)

L’Académie répond :

Cette construction est un héritage de la syntaxe de l’ancien français, qui voulait que toute proposition s’ouvre sur un élément tonique autre que le verbe, qui, lui, occupait la deuxième place. Si cet élément était un complément direct ou indirect, un complément prépositionnel, un attribut du sujet, un adverbe, le sujet se trouvait rejeté derrière le verbe.

Cet usage s’est en partie maintenu en français contemporain, dans la langue soutenue, en particulier avec certains adverbes (ainsi va la vie, ainsi finit l’histoire ; aussi aimerait-il que... ; soudain arrivent deux cavaliers ; peut-être désirez-vous que…) et avec certains compléments circonstanciels (et au milieu coule une rivière ; le lendemain arrivèrent les secours).

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