Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Erwen P. Locminé (France)

Le 2 décembre 2021

Courrier des internautes

Bonjour,

Pourquoi existe-t-il des verbes irréguliers ?

Erwen P. Locminé (France)

L’Académie répond :

Monsieur,

C’est l’évolution des langues, en particulier le passage du latin au français, qui explique l’existence de verbes dits « irréguliers ». Les voyelles latines n’ont pas évolué de la même manière selon qu’elles étaient accentuées ou non. Et dans un verbe, les variations de la conjugaison faisaient qu’une même syllabe était tantôt accentuée et tantôt non. En conséquence, au sein d’une même conjugaison, les syllabes latines ont évolué différemment jusqu’au française moderne. C’est ce qui explique, par exemple, que le verbe « venir » a des formes en ven- et en vien-, que « boire » a des formes en bu(v)- et en boi(v)-, etc.

De plus, certains verbes latins très courants étaient conjugués à l’aide de différents radicaux. La conjugaison de esse, « être », présente ainsi des formes en es- et d’autres en fu-. Enfin, celle du verbe aller emprunte ses formes à trois verbes latins, vadere, ire et ambulare, à l’origine de « vais », « irai » et « allons ».

Serge C. (France)

Le 2 décembre 2021

Courrier des internautes

Monsieur,

Pouvez-vous m’expliquer d’où viennent les expressions « Chambre haute » et « Chambre basse » pour se référer au Sénat et à la Chambre des députés (ainsi qu’à leur équivalent dans d’autres pays) ?

Merci par avance de votre réponse.

Serge C. (France)

L’Académie répond :

Monsieur,

Ces dénominations nous viennent des expressions anglaises upper House, pour la Chambre des lords, composée de membres de la noblesse, et lower House, pour la Chambre des communes, composée de personnes issues des autres rangs de la société. Par analogie, on a donné en France le nom de Chambre haute à la Chambre des pairs (l’ancêtre du Sénat), à laquelle on accédait par hérédité, et celui de Chambre basse, à laquelle on accédait par élection, à l’Assemblée nationale.

Charlie C. (Paris)

Le 4 novembre 2021

Courrier des internautes

Dans un dialogue, peut-on écrire Si nous sortions ? ou bien l’expression est-elle obligatoirement Et si nous sortions ?

Bien cordialement

Charlie C. (Paris)

L’Académie répond :

Les deux phrases peuvent se dire. Si introduit une proposition indépendante qui exprime une suggestion, une éventualité. La conjonction de coordination « et » ne fait que renforcer le caractère d’invitation de cette phrase.

Christophe L. (Sainte-Adresse)

Le 4 novembre 2021

Courrier des internautes

Bonjour,

Dans un poème Toute la vie d’un cœur - Adolescence, Victor Hugo écrit « …ayant la fièvre, qui résiste aux Bezouts et brave les Restauds…. ». Que peuvent bien signifier ces deux noms propres (en majuscule dans le texte) ? Merci.

Christophe L. (Sainte-Adresse)

L’Académie répond :

Bezouts fait allusion au mathématicien Étienne Bezout, qui écrivit de nombreux manuels de mathématiques et d’algèbre. On lit d’ailleurs plus haut dans ce poème : « oubliant latin, grec, algèbre ». Restauds est peut-être lié à des personnages de La Comédie humaine, de Balzac, Anastasie Restaud (une des filles du père Goriot), son mari, le comte de Restaud, et son fils Ernest de Restaud.

Guillem C. (Toulouse)

Le 4 novembre 2021

Courrier des internautes

Bonjour,

Quelle est la différence entre peler et éplucher, par exemple dans le cas d’un fruit ?

Guillem C. (Toulouse)

L’Académie répond :

Monsieur,

Dans l’usage courant, avec un nom de fruit comme complément d’objet direct, ces deux verbes sont synonymes, ce qui est somme toute logique puisque l’un et l’autre remontent au latin pilare, « arracher les poils », puis, par rapprochement avec l’ancien français pel, « peau », « enlever la peau ». Cela étant, si peler un fruit signifie qu’on en enlève la peau, éplucher, qui peut aussi avoir ce sens mais est issu de l’ancien française peluchier, « nettoyer », signifie d’abord qu’on le débarrasse de ses impuretés.

Mais ces deux verbes se distinguent surtout par leurs extensions : on peut employer éplucher au sens d’« étudier attentivement » (éplucher un dossier, une candidature) ; quant à peler, il signifie aussi, en mégisserie, « enlever les poils » (peler une peau) et, en jardinage, « enlever de l’herbe » (peler la terre, une allée). Notons enfin que peler peut s’employer intransitivement au sens de « perdre ses poils » (ce vieux chien pèle).

Laurence G. (France)

Le 4 novembre 2021

Courrier des internautes

Je me permets de vous écrire pour éclaircir un mot que je n’ai pas trouvé dans votre dictionnaire. Pourriez-vous m’indiquer la définition du nom acrasie ? Pourriez-vous me préciser s’il existe un verbe qui y correspond ? Peut-on dire d’une personne ou d’un comportement qu’il est acrasique ?

Je vous remercie par avance.

Cordialement.

Laurence G. (France)

L’Académie répond :

Ce mot ne figure dans aucun des dictionnaires que nous avons consultés. Il s’agit sans doute d’une transcription du grec akrasia, qui désigne l’impuissance à se gouverner ou à se maîtriser, l’intempérance. Ce mot est composé à l’aide du préfix négatif a- et de krateîn, « dominer, régner, être le maître de ». À notre connaissance, il n’y a ni verbe, ni adjectif français correspondant à ce nom.

Nicolas D. (Belgique)

Le 4 novembre 2021

Courrier des internautes

Bonjour,

Je souhaiterais connaître l’origine de l’expression « à la six-quatre-deux ».

Nicolas D. (Belgique)

L’Académie répond :

Cette expression fait allusion à une méthode rapide pour dessiner un profil ; on écrit ces trois chiffres les uns en dessous des autres : le 6 fait l’œil, le 4 le nez et le 2 les lèvres.

Jean-Christophe B. (Penestin)

Le 7 octobre 2021

Courrier des internautes

Je pense qu’il y a une faute d’orthographe ou de frappe dans la définition du mot athanor ; on y lit en effet : « Fourneau disposé de manière à faire avec un même feu des opérations qui exigent des degrés de chaleur différens ».

Jean-Christophe B. (Penestin)

L’Académie répond :

Il ne s’agit pas d’une faute d’orthographe mais d’un état ancien de la langue. Cette définition est en effet tirée de la cinquième édition de notre Dictionnaire, parue en 1798, et non de la neuvième, qui est en cours d’achèvement. À l’époque les noms et adjectifs terminés par -ent et -ant perdaient au pluriel ce -t final. On écrivait donc des degrés différens, de nombreux élémens, des éléphans.

On a conservé cette orthographe jusqu’au début du xxe siècle et le regretté Jean d’Ormesson aimait à raconter que son père écrivit toute sa vie les enfans.

Jean-Pierre H. (Aix-en-Provence)

Le 7 octobre 2021

Courrier des internautes

Bonjour

Il m’a semblé incorrect d’entendre un ancien coureur déclarer : « C’est une immense satisfaction de vaincre là-haut. » Selon moi on doit dire « gagner ». Mais l’un de mes amis me dit que non, se référant à Corneille (« À vaincre sans péril… »). Qu’en est-il s’il vous plaît ?

Jean-Pierre H. (Aix-en-Provence)

L’Académie répond :

Monsieur,

Cet emploi absolu de vaincre n’est pas incorrect. À l’exemple de Corneille, on peut ajouter le « Sachons vaincre ou sachons périr » du Chant du départ et le « Tu sais vaincre, Hannibal, mais tu ne sais pas user de ta victoire », traduction de Bossuet, dans l’Oraison funèbre d’Henriette d’Angleterre, du fameux « vincere scis, Hannibal, neque victoria uti » de Tite-Live, rapportant les propos de Maharbal à Hannibal, après que celui-ci, vainqueur à Cannes, n’eut pas décidé de marcher aussitôt sur Rome.

Magali F. (France)

Le 7 octobre 2021

Courrier des internautes

L’expression à partir du moment est normalement suivie de où, mais peut-elle être suivie de que ?

En particulier dans une construction de type à partir du moment où..., que..., et que…, comme dans : « À partir du moment où l’on hésite sur l’emploi d’un mot, que l’on n’est pas certain d’écrire une phrase correcte, et que l’on ne trouve pas de réponse, il est préférable d’utiliser une autre tournure ».

Est-ce correct ? Que peut-il, dans ce cas, remplacer toute l’expression à partir du moment où, ou faut-il la répéter ?

Magali F. (France)

L’Académie répond :

Madame,

La locution à partir du moment est normalement suivie du pronom relatif , mais s’il y a plusieurs propositions coordonnées ou juxtaposées, ce pronom relatif peut-être remplacé, en tête de proposition, par la conjonction de subordination que : il s’agit d’un que appelé « vicariant », c’est-à-dire « qui remplace ». Il peut d’ailleurs être utilisé en lieu et place de toutes les conjonctions de subordination : quand tu seras arrivé et que tu seras prêt… ; même si tu pars et que tu ne reviens pas…

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