Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Claude S. (Sauvagnon)

Le 2 février 2023

Courrier des internautes

Pourquoi le mot Monsieur se prononce-t-il Meussieur ?

Claude S. (Sauvagnon)

L’Académie répond :

La prononciation actuelle de Monsieur tient au fait que ce mot s’emploie le plus souvent comme proclitique (c’est-à-dire comme un mot qui, s’appuyant sur le mot suivant avec lequel il forme une unité phonétique, est dépourvu d’accent tonique) devant un nom propre. Dès lors, au fil de l’évolution phonétique, la première syllabe s’est affaiblie en mou- ou mo- (Littré indiquait encore cette dernière prononciation) jusqu’à donner la prononciation actuelle en me-. Notons enfin que ce e disparaît même parfois, comme dans la forme enfantine ou populaire m’sieur.

Gregory R. (Pays-Bas)

Le 2 février 2023

Courrier des internautes

J’aimerais savoir si le personnage du Grinch tire son nom du français grincheux et j’aimerais connaître l’étymologie de cet adjectif.

Gregory R. (Pays-Bas)

L’Académie répond :

Monsieur,

Le Grinch, personnage créé par Theodor Seuss Geisel en 1957, tire bien son nom du français grincheux. D’ailleurs, How the Grinch stole Christmas ! a été traduit littéralement par Comment le Grinch a volé Noël ! mais aussi par Le Grincheux qui voulait gâcher Noël.

L’adjectif grincheux a remplacé une forme plus ancienne, grinceur, tirée de l’expression grincer des dents, que l’on emploie pour parler d’une colère provoquée par le dépit. Cette expression est ancienne puisqu’on la trouve déjà, au sens propre, pour évoquer le désespoir des damnés, dans l’Évangile de saint Mathieu, où l’enfer est présenté comme un lieu rempli de pleurs et de « grincements de dents ».

Jean-Loup B. (Rodez)

Le 2 février 2023

Courrier des internautes

Bonjour,

Je suis lycéen et j’aimerais savoir si la tique pique ou mord.

Merci

Jean-Loup B. (Rodez)

L’Académie répond :

La tique se nourrit du sang de son hôte grâce à un organe particulier qui s’enfonce dans la peau et que l’on nomme le rostre. Ce dernier est composé de deux appendices terminés par des crochets qui se déploient sous la peau et servent d’ancrage à la tique, mais aussi d’une gouttière semblable à un harpon et qui sert à aspirer le sang.

Ainsi, comme le moustique, la tique enfonce ses pièces buccales sous la peau et aspire le sang de son hôte. Il s’agit donc bien au sens strict d’une piqûre, étant donné que le processus ne met véritablement en jeu ni mâchoire ni dentition.

Néanmoins, dans la langue courante, il n’est pas rare de trouver le terme morsure pour parler des blessures infligées par des animaux qui, en réalité, piquent. On trouve dans le Dictionnaire de l’Académie française, à l’article Morsure, l’exemple morsure de puce alors que cet animal se nourrit avec un rostre de façon analogue à la tique.

En définitive, s’il n’est pas fautif, dans ce cas, d’employer le terme morsure, il est plus précis, d’un point de vue biologique, d’employer celui de piqûre.

Jennifer T. (Couchey)

Le 2 février 2023

Courrier des internautes

Pourquoi n’y a-t-il pas de tréma sur le i d’ébloui alors qu’il en a un dans inouï ?

Jennifer T. (Couchey)

L’Académie répond :

Madame,

Le tréma, comme l’accent circonflexe, permet dans certains cas de distinguer deux formes homonymes. Le tréma sert ainsi à faire le départ entre l’adverbe oui et le participe passé ouï. Pour des raisons de cohérence, ce tréma a ensuite été étendu à l’infinitif du verbe ouïr et à ses dérivés, comme inouï. Ce risque de confusion n’existait pas avec le participe passé ébloui, (comme avec d’autres participes passés, tels réjoui, épanoui, etc.).

Élise D. (Sourans)

Le 5 janvier 2023

Courrier des internautes

Je m’interroge sur la fonction du mot mamie dans la phrase Allons manger, mamie. Quelle est la différence avec Allons manger mamie ?

Élise D. (Sourans)

L’Académie répond :

Madame,

Il y a une très grande différence de sens entre ces deux phrases et la virgule que l’on trouve dans la première a un rôle que l’on pourrait qualifier de vital. Dans cette phrase, la virgule isole le mot mamie, qui est ainsi mis en apostrophe. Cette phrase signifie « Mamie, viens manger avec moi (ou avec nous). » Si on supprime la virgule, le mot mamie devient le complément d’objet direct du verbe manger et la phrase devient alors une invitation à manger cette infortunée grand-mère. Il convient donc de bien garder ce signe de ponctuation, dernier rempart contre la voracité des petits-enfants.

Marie-José B. (Paris)

Le 5 janvier 2023

Courrier des internautes

Pour parler de personnes d’une même famille, dont le nom comporte une particule, doit-on dire Les X ou Les de X ?

Marie-José B. (Paris)

L’Académie répond :

Madame,

Quand ce nom compte plusieurs syllabes orales, on ne garde pas la particule : les Vigny, les Chateaubriand, les La Fayette…

En revanche, quand le nom ne compte qu’une syllabe orale, l’emploi de la particule est quasi obligatoire : les de Flers, les de Gaulle et non les Flers, les Gaulle, et l’on observera la même règle pour les noms à particule élidée : les d’Orléans, les d’Holbach… Cet usage n’est pas toujours suivi (on peut trouver les Retz, les Sade, les Aumale…).

Marie-José G. (États-Unis)

Le 5 janvier 2023

Courrier des internautes

Pourriez-vous me dire comment prononcer le mot baïle, que l’on trouve dans Le Secret de maître Cornille, un des contes des Lettres de mon moulin ? Merci de me répondre car je suis en train d’enregistrer le volume pour une maison d’édition.

Marie-José G. (États-Unis)

L’Académie répond :

Madame,

Plusieurs prononciations sont acceptées pour ce nom qui désigne le chef des bergers ou un maître-valet dans les métairies du Midi de la France ; Littré, qui écrivait ce mot bayle, indique que l’on doit prononcer « bêl », mais Le Trésor de la langue française admet aussi la prononciation [bajl], qui fait entendre un yod ; c’est d’ailleurs ainsi que Fernandel, qui lui aussi a enregistré ces contes, prononce ce mot.

Sylvie A. Arboys

Le 5 janvier 2023

Courrier des internautes

Lisant, dans les Histoires extraordinaires d’Edgar Allan Poe, Descente dans le Maelström, je trouve cette phrase : « L’explosion générale de cette magnificence terrifique était tout ce que je pouvais voir. » « Terrifique » n’est pas dans votre Dictionnaire. Pouvez-vous m’en donner la signification ?

Sylvie A. Arboys

L’Académie répond :

Madame,

Terrifique connaît aujourd’hui une nouvelle jeunesse, mais il fut longtemps éclipsé par terrifiant. Sa rareté fait que des dictionnaires d’usage, comme celui de l’Académie française, ne l’ont pas retenu. Le Trésor de la langue française le présente comme « vieilli ». Cet adjectif, qui apparaît au début du xvie siècle, a d’abord signifié « extraordinaire », puis « terrifiant » ; c’est un emprunt du latin terrificus, « effrayant, terrible ».

Annick G. (Saint-Cloud)

Le 1 décembre 2022

Courrier des internautes

Est-il correct de dire la commission d’un crime pour dire qu’un crime a été commis ? Est-ce un anglicisme ?

Annick G. (Saint-Cloud)

L’Académie répond :

Madame,

Ce sens de commission était tombé en désuétude depuis le xixe siècle, mais il s’emploie de nouveau. On lit dans des textes récents du ministère de la Justice et du Journal officiel commission d’un crime. On trouvait aussi, dans le Dictionnaire de Littré, « la commission d’une faute », et, dans la première édition du Dictionnaire de l’Académie française, la locution « peché de commission », qui s’opposait à « peché d’obmission ». Cela étant, on dit également la perpétration d’un crime.

Henri R. (Paris)

Le 1 décembre 2022

Courrier des internautes

Bonjour,

J’ai lu dans un vieux roman l’expression être en dévole, mais je n’arrive pas à en trouver la signification. Pourriez-vous m’aider ?

Henri R. (Paris)

L’Académie répond :

Monsieur,

Être en dévole signifie « échouer dans quelque affaire » et l’on rencontre aussi, dans le même sens, faire la dévole. Cette expression vient de certains jeux de cartes : on l’emploie quand un joueur ne fait aucun pli dans une partie. Elle est l’antonyme de faire la vole que l’on emploie lorsqu’un joueur ramasse tous les plis. On lisait encore, dans la septième édition du Dictionnaire de l’Académie française, « Il pensait gagner, il a fait la dévole, il est en dévole ».

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