Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Arnaud G. (Saint-Jean-en-Royans)

Le 1 juillet 2021

Courrier des internautes

Bonjour,

Pourquoi certains grands esprits mettaient-ils la préposition de comme premier mot du titre de leurs ouvrages : De la démocratie en Amérique, Du contrat social, De la guerre ? Est-ce juste un moyen d’embellir un titre ?

Arnaud G. (Saint-Jean-en-Royans)

L’Académie répond :

Monsieur,

Il s’agit d’un latinisme, conservé longtemps en français et dans d’autres langues (le titre original de l’ouvrage de Carl von Clausewitz, De la Guerre, est d’ailleurs Vom Kriege), en particulier dans la langue classique ou philosophique. Rousseau et plus encore Montesquieu étaient nourris de langue et de littérature latines, mais cette habitude a perduré au-delà du xviiie siècle. Ainsi Jean Jaurès soutint une thèse en latin intitulée De primis socialismi germanici lineamentis, proprement « Des premiers linéaments du socialisme allemand », que l’on traduit généralement par « Les Débuts du socialisme allemand », tandis que sa thèse principale, en français, avait pour titre De la réalité du monde sensible.

À tout latiniste débutant, on apprend à utiliser un ablatif précédé de la préposition de pour former les titres latins et on fait traduire le fameux De Bello Gallico, « La Guerre des Gaules », de Jules César. Par la suite, on lui enseigne que le titre peut-être une question ou la réponse à une question. Ainsi, en 1835, un jeune lycéen allemand nommé Karl Marx intitula sa composition latine de « maturité » (équivalent du baccalauréat), pour laquelle il obtint une très bonne note : An principatus Augusti merito inter feliciores rei publicae romanae aetates ? « Le principat d’Auguste peut-il être considéré à juste titre comme une des périodes les plus heureuses de la république romaine ? »

Nadine G. (Lyon)

Le 1 juillet 2021

Courrier des internautes

J’aimerais savoir s’il faut, ou non, une majuscule aux points cardinaux.

Nadine G. (Lyon)

L’Académie répond :

Madame,

Les noms des points cardinaux et de leurs composés (ainsi que midi, septentrion, orient, occident) prennent la majuscule lorsqu’ils désignent une région, une portion du territoire ou, par métonymie, leurs habitants : les pavés du Nord, les marches de l’Est, le soleil du Sud, l’Allemagne du Nord, l’Ouest américain, l’Afrique du Nord. Dans les autres cas (direction, orientation, exposition), ces noms gardent la minuscule : perdre le nord, façade exposée à l’est, aller vers le nord, la face ouest, le versant sud.

Pierre V. (France)

Le 1 juillet 2021

Courrier des internautes

Quel est l’impératif du verbe vouloir ?

Pierre V. (France)

L’Académie répond :

Monsieur,

Les formes courantes sont veuille (2e personne du singulier ) et surtout veuillez (2e personne du pluriel). Elles sont aujourd’hui utilisées dans des formules de politesse : veuillez vous asseoir. Les autres formes que sont veux, voulons, voulez sont très rares à la forme affirmative. Elles s’emploient surtout à la forme négative, dans la locution en vouloir à quelqu’un (avoir des reproches à lui faire) : ne m’en veux pas, ne m’en voulez pas ; ne lui en voulons plus. Mais on pourra aussi dire : ne m’en veuille pas, ne m’en veuillez pas.

Valérie E. (France)

Le 1 juillet 2021

Courrier des internautes

Bonjour,

Je suis correctrice dans le milieu de l’aviation. Je rencontre parfois le radial. Certains aviateurs écrivent bien une radiale mais j’ai du mal à faire comprendre à ceux qui écrivent un radial, que radial est un adjectif et non un substantif et que si on veut le transformer en nom commun, la règle est d’écrire une radiale.

Ai-je raison de croire qu’il faut défendre une radiale ? Que puis-je dire à ceux qui m’opposent qu’il faut écrire un radial ?

Valérie E. (France)

L’Académie répond :

Madame,

Les deux formes peuvent être correctes. Quand radial est substantivé (et cela vaut pour les autres adjectifs), il prend le genre du nom sous-entendu. On dira ainsi le radial pour le nerf radial et une radiale pour une voie radiale, ce qui, je suppose, est la forme qui vous intéresse.

Jean-Luc C. (Biarritz)

Le 3 juin 2021

Courrier des internautes

On m’a toujours appris que, en français, quand un e est suivi de deux consonnes, il n’était pas nécessaire de le pourvoir d’un accent pour qu’il soit prononcé è, comme dans belle, perte, merci, perdu, etc. Mais alors, pourquoi y a-t-il un accent sur le premier e de siècle ?

Jean-Luc C. (Biarritz)

L’Académie répond :

Monsieur,

Pour que les deux consonnes modifient la prononciation du e qu’elles suivent, il faut qu’elles appartiennent à deux syllabes différentes. C’est ce que nous avons, par exemple, dans les mots que vous proposez, tel merci : la première consonne, r, appartient à la même syllabe que le e, tandis que la deuxième, c, appartient à la syllabe suivante. Or, quand cette première consonne est une occlusive (b, c, d, g, p ou t) ou une fricative (f ou v), et la seconde, une liquide (r ou l), le groupe de deux consonnes appartient à la syllabe qui suit le e et ne peut donc pas en modifier la prononciation. C’est pourquoi on écrit, avec un accent grave, zèbre, exècre, cèdre, pègre, lèpre, mètre, chèvre, hièble, siècle, règle, trèfle, etc.

Ce phénomène se retrouve en métrique ancienne. En effet, en poésie grecque et latine, la longueur d’une voyelle est déterminée par sa nature ou sa position : une voyelle brève est allongée quand elle est suivie de deux consonnes, mais cette voyelle n’est considérée comme longue que si les deux consonnes qui la suivent appartiennent à la syllabe suivante. Ainsi dans le latin celebratio, le deuxième e reste bref puisque les deux consonnes qui le suivent appartiennent à une autre syllabe. Les Anciens appelaient ce phénomène la correptio attica.

Julie B. (Italie)

Le 3 juin 2021

Courrier des internautes

Bonjour,

En français, existe-t-il une règle pour accorder les noms de marques ? En italien les marques ont un genre : on dit par exemple « La Gucci », « Il Dior ». Faut-il accorder au masculin car on considère que le nom d’une marque est invariable, ou au féminin parce qu’on considère que ces mots désignent des marques, des entreprises, des firmes, qui sont des mots féminins ?

Cordialement.

Julie B. (Italie)

L’Académie répond :

Madame,

En français, on emploie en général les noms de marques sans l’article. Si on doit faire l’accord, on le fait avec un mot que l’on sous-entend comme marque, firme, entreprise, qui sont des féminins, ou groupe, qui est masculin. On écrira au choix : « Air France a été soutenue par l’État », en sous-entendant « l’entreprise », ou « Air France a été soutenu », si l’on sous-entend « le groupe ».

Quant il s’agit d’une métonymie, on fera l’accord en fonction du nom du produit. On dira ainsi un volvo pour « un camion de la marque Volvo », et une volvo pour « une voiture de la marque Volvo ».

Martine S. (France)

Le 3 juin 2021

Courrier des internautes

Bonjour,

Pourquoi et comment le nom héros devient-il héroïne au féminin ? Où est passé le s ?

Martine S. (France)

L’Académie répond :

Le nom français héroïne n’est pas dérivé de héros. Ces deux formes ont été empruntées du grec par l’intermédiaire du latin, « héros » du grec hêrôs, par l’intermédiaire du latin heros, « héroïne », du grec hêrôinê, par l’intermédiaire du latin heroina.

Le s de hêrôs est une désinence de nominatif singulier du grec ancien, que l’on ne retrouve pas dans le suffixe -ina, employé pour la formation de noms féminins.

Adrien N. F. (France)

Le 6 mai 2021

Courrier des internautes

Bonjour,

Il y a, près de chez moi, un parc nommé le Parc du Croissant Vert. Il est également appelé le Parc des 33 hectares.

Notre envie de gagner du temps nous pousse à appeler ce parc Le 33 ou Les 33. Voici donc ma question : doit-on dire Le 33, Allons au 33 (sous-entendu le parc des 33 hectares), ou bien Les 33, et Allons aux 33 ?

Adrien N. F. (France)

L’Académie répond :

Monsieur,

Il faut dire le 33 et au 33. Si vous utilisiez le pluriel, cela signifierait que vous allez voir non le parc dans son ensemble, mais chacun des 33 hectares. On dit de même Usain Bolt a été trois fois champion olympique du cent mètres ou Michel Jazy a terminé second du 1 500 mètres aux Jeux olympiques de Rome, et non Usain Bolt a été trois fois champion olympique des cent mètres ou Michel Jazy a terminé second des 1 500 mètres aux Jeux olympiques de Rome.

Camille F. (Puyricard)

Le 6 mai 2021

Courrier des internautes

Pourriez-vous m’indiquer la différence entre la méfiance et la défiance ?

Je ne trouve pas de réponse claire sur le sujet.

Camille F. (Puyricard)

L’Académie répond :

Littré a excellemment répondu à cette question à l’article DÉFIANCE de son Dictionnaire. On y lit ceci : « La méfiance fait qu’on ne se fie pas du tout ; la défiance fait qu’on ne se fie qu’avec précaution. Le défiant craint d’être trompé ; le méfiant croit qu’il sera trompé. La méfiance ne permettrait pas à un homme de confier ses affaires à qui que ce soit ; la défiance peut lui faire faire un bon choix. »

Katia M. (Suisse)

Le 6 mai 2021

Courrier des internautes

Bonjour,

Mon fils et moi-même ne savons pas s’il faudrait mettre le verbe enfiler à l’infinitif ou le conjuguer dans la phrase suivante : Venez vous mettre en tenue et enfiler vos combinaisons.

Dans un livre nous avons vu le verbe écrit à l’infinitif dans la phrase ci-dessus. Mais je m’attendais à voir enfilez à la place d’enfiler.

J’ai posé la question à l’éditeur du livre, qui m’a répondu que les deux possibilités sont correctes.

Merci beaucoup pour votre aide.

Katia M. (Suisse)

L’Académie répond :

Madame,

On peut en effet accepter l’une ou l’autre de ces formes ; tout dépend du rôle de la conjonction de coordination et. Cette conjonction peut en effet relier dans la même proposition enfiler à l’infinitif mettre ; dans ce cas, ils sont tous deux compléments de l’impératif venez, et l’on écrira donc enfiler. Mais il est beaucoup plus probable et logique que cette conjonction unisse deux propositions à l’impératif : dans ce cas, c’est bien enfilez qu’il faut écrire.

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