Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Benjamin G. (Toulouse)

Le 3 novembre 2022

Courrier des internautes

J’aimerais savoir, s’il vous plaît, si le mot dur peut également s’orthographier dûr, avec un accent circonflexe.

Bien cordialement.

Benjamin G. (Toulouse)

L’Académie répond :

Les seules formes correctes sont dur et dure. Cela étant, dans son Dictionnaire critique de la langue française (1787-1788), Jean-François Féraud écrit, au féminin, dûre, mais il est le seul à le faire. L’Académie française a toujours employé dur et dure. Cette forme féminine est conforme à l’étymologie puisque ce mot est issu de l’adjectif latin durus, dura, durum, et c’est la plus ancienne attestée dans la littérature : on trouve en effet, dans Le Chevalier au lion de Chrétien de Troyes, au xiie siècle, le syntagme la terre dure.

Bernard L. (Suisse)

Le 3 novembre 2022

Courrier des internautes

J’ai lu dans une traduction des Odes d’Horace par le comte de Séguier ce passage : « Dans son temple neuf que requiert d’Apollon / Le poète ? Offrant du moût de sa patère / Qu’attend-il ? Ni l’insigne moisson / De la Sardaigne, inépuisable terre / Ni les fiers troupeaux en Calabre nourris / Grassement ; ni l’or de l’Inde ou son éburne. »

Pouvez-vous me dire ce que signifie le nom éburne, qui ne figure dans aucun des dictionnaires que j’ai consultés ?

Bernard L. (Suisse)

L’Académie répond :

Monsieur,

Éburne est un nom créé par Lamarck dans son Système des animaux sans vertèbres, que le Trésor de la langue française définit ainsi : « Genre de mollusques gastéropodes univalves, de coloration blanche avec taches rougeâtres, de la famille des Buccins ».

Mais ce n’est pas le sens qu’a ce mot dans la traduction de Séguier. On lit dans le texte latin non aurum aut ebur indicum, « ni l’or ou l’ivoire indiens ». Éburne ne désigne donc pas ici un gastéropode univalve, mais de l’ivoire. Il s’agit plus d’une adaptation de la forme latine (ebur) que d’une traduction. Cela étant, il existe des formes assez proches en français : les adjectifs éburné, « qui a une consistance et un aspect analogues à ceux de l’ivoire », et éburnéen, « qui a l’apparence de l’ivoire ».

Fulvio C. (Italie)

Le 3 novembre 2022

Courrier des internautes

Dans La Mort de Philippe II, Verlaine parle d’un « mire chauve ». Pouvez-vous me dire ce qu’est un « mire » ?

Fulvio C. (Italie)

L’Académie répond :

Monsieur,

Mire est un nom appartenant à l’ancien français et ce mot, issu du latin medicus, signifie « médecin ». On ne l’emploie plus guère aujourd’hui, comme c’est le cas dans le poème de Verlaine, qu’avec une volonté archaïsante. Un fabliau du xiiie siècle, Le Vilain mire, titre que l’on pourrait traduire par « Le Paysan médecin » a été la source de Molière pour Le Médecin malgré lui.

Heiko G. (Allemagne)

Le 3 novembre 2022

Courrier des internautes

J’ai rencontré le mot « édaphique » dans un texte, mais je ne l’ai pas trouvé dans votre Dictionnaire. Pourriez-vous me donner son sens, son origine et, s’il y en a, des mots de la même famille ?

Heiko G. (Allemagne)

L’Académie répond :

Monsieur,

Il existe de très nombreux mots parfaitement corrects qui ne figurent pas dans notre Dictionnaire, qui est un dictionnaire d’usage et non un dictionnaire encyclopédique. Édaphique est un adjectif signifiant « qui concerne les sols ». Ce mot est un terme assez rare, généralement remplacé par pédologique qui, lui, figure dans notre Dictionnaire (la pédologie est l’étude de la morphologie des sols, de leur formation et de leur évolution, en fonction de leurs caractéristiques physiques, chimiques et biologiques). Édaphique est un dérivé savant du grec edaphos, signifiant « sol, terre », qui a aussi servi à former le nom édaphosaure, petit dinosaure herbivore.

Ana G. (Marcq-en-Baroeul)

Le 6 octobre 2022

Courrier des internautes

Madame, Monsieur,

Nous sommes nombreux à utiliser l’adjectif aberrant comme équivalent de l’adjectif choquant et je me suis posé la question suivante : pourquoi pouvons-nous dire C’est aberrant, c’est choquant mais non Je suis aberré alors qu’on dit Je suis choqué ?

Ana G. (Marcq-en-Baroeul)

L’Académie répond :

Il existe deux raisons à cela. La première est que le verbe aberrer, attesté depuis le xvie siècle, a pratiquement disparu à partir du xixe siècle. De plus, contrairement à choquer, aberrer n’est pas transitif et ne peut donc pas s’employer en tournure passive.

Anita H. (France)

Le 6 octobre 2022

Courrier des internautes

Bonjour,

Je souhaiterais savoir comment est déterminé le genre des nouveaux mots ?

Par exemple, pourquoi ordinateur est-il masculin ?

Anita H. (France)

L’Académie répond :

Quand un nouveau nom est dérivé d’un nom ou d’un verbe déjà existant, son genre dépend du suffixe utilisé pour le former : ainsi, si on adjoint à un radical un suffixe en -tion ou en -ée, ce noms sera féminin ; si on lui adjoint un suffixe en -age ou en -ment, il sera masculin. Les formes en -teur, qui sont généralement des noms d’agent, sont le plus souvent masculines (il existe quelques noms abstraits qui sont féminins, comme apesanteur, lenteur, moiteur, etc.). En ce qui concerne ordinateur, ce mot a été proposé par le latiniste Jacques Perret à la direction d’I.B.M. France, qui lui avait demandé de trouver un équivalent français au nom anglais computer. C’est un emprunt au latin chrétien ordinator, nom masculin désignant Dieu en tant que celui qui met en ordre, celui qui règle (Deus ordinator).

Eugénia P. (Canada)

Le 6 octobre 2022

Courrier des internautes

Bonjour,

J’aimerais avoir des renseignements à propos de l’usage des mots de et des dans les exemples suivants. On écrit en effet Ce sont de nouveaux enseignants, mais est-il possible d’écrire Voici la liste des nouveaux enseignants ? Faut-il écrire Le centre de services scolaires est fermé ou Le centre des services scolaires est fermé ?

Eugénia P. (Canada)

L’Académie répond :

Il existe deux mots des en français. L’un est l’article indéfini au pluriel : un chat et des chats. Le bon usage veut que si le nom déterminé par cet article est précédé d’un adjectif qualificatif, on passe de des à de : Des enseignants arrivent demain mais De nouveaux enseignants arrivent demain.

L’autre mot des est le résultat de la contraction de l’article défini pluriel les et de la préposition de (il a comme équivalent au singulier les formes du ou de la : la clef de la maison mais la clef des maisons ; le livre du professeur mais le livre des professeurs). L’article défini pluriel les dans un groupe nominal deviendra des si ce groupe doit être précédé de la préposition de : Voici la liste des nouveaux enseignants.

Concernant le centre que vous évoquez, tout dépend de sa nature : si c’est le centre qui regroupe les services scolaires de votre ville, on dira le centre des (= de les) services scolaires (comme on écrit le centre des impôts) : si c’est une structure qui propose des services scolaires, on écrira plutôt centre de services scolaires (comme on écrit centre de loisirs), l’article indéfini s’effaçant devant la préposition.

Thierry A. (Obernai)

Le 6 octobre 2022

Courrier des internautes

Bonjour,

Je viens de lire, dans un roman traduit de l’anglais, l’expression dormir comme une bûche. Ne doit-on pas dire plutôt comme une souche ?

Thierry A. (Obernai)

L’Académie répond :

Les deux expressions s’emploient. On lit dans la 9e édition de notre Dictionnaire : « Il dort comme une bûche, d’un sommeil pesant », mais aussi « Dormir comme une souche, dormir profondément ». Nous pouvons ajouter une troisième expression toute proche, Dormir comme un sabot.

Rappelons qu’il est aussi possible de dormir comme un loir, comme une marmotte ou comme un bienheureux.

Olivier F. (France)

Le 1 septembre 2022

Courrier des internautes

Faut-il écrire quoi que ou quoique dans cette citation de Descartes ? : « L’intelligence est la chose la mieux répartie chez les hommes, parce que, quoi qu’il en soit pourvu, il a toujours l’impression d’en avoir assez, vu que c’est avec ça qu’il juge. »

Olivier F. (France)

L’Académie répond :

Monsieur,

Il faut effectivement écrire quoi que en deux mots, c’est-à-dire « quelle que soit la part d’intelligence dont il est pourvu ». Écrire quoiqu’il en soit pourvu signifierait simplement « bien qu’il en soit pourvu ».

Philippe F. (Bordeaux)

Le 1 septembre 2022

Courrier des internautes

Marin Marais a écrit un rondeau pour viole de gambe intitulé Le Troilleur. Malgré de multiples recherches, notamment dans un dictionnaire du xviiie siècle, je n’ai pas réussi à trouver la définition de troilleur. Pourriez-vous m’aider ?

Philippe F. (Bordeaux)

L’Académie répond :

Il y a plusieurs hypothèses : troilleur peut être une variante de trolleur, qui était beaucoup plus en usage. Il s’agit d’un dérivé de troller, qui était en moyen français un terme de vénerie signifiant « quêter au hasard, sans avoir de piste ». De ce sens, on en a tiré un autre qui est celui que l’on trouve dans les éditions anciennes de notre Dictionnaire et qui figure encore dans la neuvième édition, sous l’entrée trôler (graphie utilisée depuis la quatrième édition). Voyons par exemple la définition qu’en donnait la troisième :

« Il ne s’emploie que dans le style bas & populaire, pour dire, Mener, promener de tous côtez indiscrettement & hors de propos. C’est un homme qui trôlle continuellement sa femme par-tout. Il trôlle son fils dans toutes les maisons. Il est aussi neutre. C’est un homme qui ne fait que trôller tout le long du jour, pour dire, Qui ne fait que courir ça & là ; Et il est du même style. »

Mais troilleur pourrait aussi être une variante de l’ancien français troilleör, nom qui avait deux sens ; il désignait soit un fabricant de pressoir et celui qui en avait la responsabilité, soit une personne fourbe qui pressurait autrui. Comme ce rondeau est parfois présenté comme une plainte, c’est probablement à ce dernier sens qu’il faut rattacher ce nom.

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