Dire, ne pas dire

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Je vous reviens

Le 1 décembre 2022

Emplois fautifs

Nous avons vu il y a peu qu’il fallait proscrire l’expression je reviens vers vous employée en lieu et place de je reprends contact avec vous. Mais cette expression est maintenant parfois remplacée par une autre, pire encore : je vous reviens. Faut-il rappeler que la locution familière, qui s’emploie essentiellement à la forme négative, revenir à quelqu’un signifie « lui plaire, lui inspirer confiance, sympathie » (sa tête ne me revient vraiment pas).

Le hiéroglyphe pour L’hiéroglyphe

Le 1 décembre 2022

Emplois fautifs

Il existe en français une petite vingtaine de mots commençant par hiér-. Tous sont formés, directement ou non, à partir du grec hieros, « sacré », mais, dans ces mots, le groupe hiér- n’a pas toujours la même prononciation : ceux qui sont de la famille de hiérarchie ont un h aspiré, les autres, un h muet. On tend parfois, à tort, à unifier les prononciations et à dire le hiéroglyphe, quand c’est l’hiéroglyphe qui convient. S’il faut se référer à une autorité, on rappellera que, dans sa fameuse Lettre à M. Dacier relative à l’alphabet des hiéroglyphes phonétiques, qui date d’il y a exactement deux cents ans, Champollion écrit : « Cette troisième espèce d’écriture, l’hiéroglyphique pure, devait avoir aussi un certain nombre de ses signes doués de la faculté d’exprimer les sons ; en un mot, qu’il existait également une série d’hiéroglyphes phonétiques », et, plus loin : « L’hiéroglyphe dit signe de l’eau, […] est devenue signe de l’articulation Ν. » Quant à Littré, au sujet de ce même nom, il écrit : « Chateaubriand a aspiré l’h, mais à tort. »

on dit

on ne dit pas

Deux longues colonnes d’hiéroglyphes

Deux longues colonnes de hiéroglyphes

Omission de la conjonction « que »

Le 1 décembre 2022

Emplois fautifs

L’asyndète est une construction dans laquelle on juxtapose différents éléments, sans mot de liaison, pour donner à l’expression plus de concision et de vigueur. La phrase de César, « Veni, vidi, vici », prononcée devant le Sénat après sa victoire à Zéla contre le roi du Pont, Pharnace II, en est un exemple fameux. On rencontre bien sûr cette construction en français, dans des proverbes comme Tel père, tel fils, dans des tours figés comme Bon gré, mal gré, et dans des phrases sans coordonnant ni subordonnant comme Il pleut, je vais rester ici. Il convient cependant de ne pas étendre le procédé par l’omission de la conjonction de subordination que entre une principale et la subordonnée complétive. Ce phénomène est apparu assez récemment, mais il se développe rapidement et l’on entend de plus en plus des phrases comme J’avoue ça fait peur ou On dirait il va pleuvoir. On ne sait si ce phénomène est dû à l’influence de la syntaxe anglaise ou à la confusion avec des discours directs mais, quelle qu’en soit la cause, rappelons que ces phrases sont incorrectes et qu’il faut rétablir le subordonnant.

on dit

on ne dit pas

Je pense qu’on a fait un bon match

Je trouve que c’est dur quand même

Tu crois que le professeur viendra ?

Je pense on a fait un bon match

Je trouve c’est dur quand même

Tu crois le professeur viendra ?

Sans qu’on le voit pour sans qu’on le voie

Le 1 décembre 2022

Emplois fautifs

Il existe des verbes qui, aux trois personnes du singulier et à la troisième personne du pluriel, ont la même forme, à l’oral, à l’indicatif et au subjonctif présent. Il convient de rappeler qu’il n’en va pas de même à l’écrit et que, si l’oreille ne permet guère de distinguer les formes du verbe voir, l’œil veut deux orthographes différentes.

on écrit

on n’écrit pas

Ils sont rentrés sans qu’on les voie

La buse, qu’on voit planer immobile

Il faudrait qu’il voie vite un médecin

 

Ils sont rentrés sans qu’on les voit

La buse, qu’on voie planer immobile

Il faudrait qu’il voit vite un médecin

Start, finish

Le 1 décembre 2022

Néologismes & anglicismes

Le monde du sport emprunte souvent son vocabulaire à l’anglo-américain parce que nombre de sports sont nés, ont été nommés et codifiés outre-Manche ou outre-Atlantique. Mais pendant longtemps, beaucoup des termes relevant de ce domaine furent traduits en français parce que la réalité qu’ils désignaient avait déjà un équivalent dans notre langue. C’est par exemple le cas des noms départ et arrivée. Aussi ne peut-on que s’étonner et déplorer que, sur le parcours de diverses courses se déroulant dans Paris, les mots départ et arrivée soient parfois remplacés par start et finish !

Trojan horse

Le 1 décembre 2022

Néologismes & anglicismes

L’expression cheval de Troie désigne, par allusion au cheval de bois dans lequel les guerriers grecs se cachèrent pour pénétrer dans Troie, une ruse de guerre permettant de s’introduire par surprise dans une place. Nos amis anglais disent Trojan horse. Le développement de l’informatique a fait que l’on nomme aussi de cette manière un logiciel, apparemment inoffensif, installé ou téléchargé et au sein duquel est dissimilé un programme malveillant permettant la collecte frauduleuse, la falsification ou la destruction de données. Le français dispose, comme on le voit, des locutions cheval de Troie et logiciel malveillant, que l’on préfèrera à l’anglais Trojan horse (que l’on rencontre aussi maintenant, dans des textes français, sous la forme abrégée Trojan).

Bimensuel pour Bimestriel

Le 1 décembre 2022

Extensions de sens abusives

Étymologiquement, bimensuel et bimestriel sont proches. Ils sont formés du préfixe bi- et des formes mensuel ou -mestriel, qui toutes deux viennent du latin mens, « mois ». Mais ces deux mots n’ont pas le même sens. Bimensuel signifie « qui a lieu deux fois par mois » : une assemblée bimensuelle. On emploie particulièrement cet adjectif pour qualifier ce qui paraît deux fois par mois : une revue, une publication bimensuelle. On en fait aussi un substantif : Le « Mercure de France », la « Revue de Paris » étaient des bimensuels.

Bimestriel signifie « qui a lieu tous les deux mois » : des conférences bimestrielles. On l’emploie aussi pour qualifier ce qui paraît tous les deux mois : une publication bimestrielle ou, substantivement, un bimestriel : de 1960 à 2010, « Les Annales » furent un bimestriel. On veillera à ne pas confondre ces deux termes.

« Acquis » pour « Acquit »

Le 1 décembre 2022

Extensions de sens abusives

Acquis est le participe passé du verbe acquérir. On le rencontre avec une valeur d’adjectif dans le proverbe Bien mal acquis ne profite jamais ou, comme nom, dans l’inné et l’acquis. Il convient de ne pas confondre ce mot avec son homonyme acquit, déverbal d’acquitter, qui s’emploie parfois comme synonyme de quittance (signer, remettre un acquit ; pour acquit). On rappellera donc que l’on écrit par acquit de conscience quand on parle d’une action faite pour ne pas avoir à se faire de reproche.

Bolets, mousserons et autres champignons

Le 1 décembre 2022

Bonheurs & surprises

Il existe une grande variété de champignons, les uns sont des plus exquis, d’autres sont mortels, ce qui faisait écrire au peintre Paul Gavarni : « Jésus ! Comment que tu oses manger des champignons ! Les champignons, ma biche, c’est comme les hommes : rien ne ressemble aux bons comme les mauvais. » Les noms qui désignent les champignons ont la particularité d’être apparus tardivement dans notre langue, entre 1750 et 1850 pour la plupart d’entre eux (c’est le cas pour l’amadouvier, l’aspergille, le coprin, la cortinaire, l’helvelle, la lépiote, le pied-de-mouton, la pleurote, etc.) tandis que plantes et animaux étaient nommés depuis longtemps.

Champignon fut longtemps en concurrence avec potiron. On lisait dans le Tresor de la langue françoyse de Nicot : « Potiron ou champignon » et, dans la première édition du Dictionnaire de l’Académie française, à l’entrée Potiron : « Sorte de gros Champignon qui vient promptement, & souvent en une nuit. Il y a du peril à manger des potirons, parce qu’il y en a qui sont du poison. On dit, d’Un homme qui s’est eslevé tout à coup en credit, en fortune, qu’Il est venu en une nuit comme un potiron. » L’origine de potiron est encore discutée. Dans son Dictionnaire étymologique des mots français d’origine orientale, Marcel Devic le fait venir de l’arabe foutour, « champignon », mais d’autres évoquent aussi un rapprochement, par analogie de forme, avec l’ancien français boterel, « crapaud », ou avec le latin tardif posterio, « derrière, postérieur » (que l’on trouve aussi dans la locution potron-minet). Champignon n’est apparu en français qu’à la toute fin du xive siècle, en remplacement des formes canpegneus, champignuel et champineul, attestées depuis le début du xiiie siècle et qui sont tirées du latin campania, « les champs, la plaine ». Son origine en fait donc un parent étymologique de notre champion et de l’allemand Kampf, le champion étant d’abord « celui qui va se battre sur le champ », mais aussi, de manière plus légère et en passant par l’italien, de notre campagnol, les campagnoli étant proprement les « rats des champs ».

Un des champignons les plus connus est le bolet, qui tire son nom du latin boletus. Ce dernier apparaît sous la plume de Pline l’Ancien, qui écrit dans son Histoire naturelle (XVI, 31), au sujet du chêne : « boletos… gulae novissima irritamenta circa radies gignuntur » (« les bolets… tout nouveaux excitants pour le palais, poussent autour de ses racines »). Ce boletus ne nous intéresse pas uniquement parce qu’il était capable de stimuler des appétits blasés, mais aussi parce que c’est lui qui est à l’origine de l’allemand Pilz, « champignon ». Et ce n’est pas la seule fois que le nom particulier d’un champignon s’est étendu à l’ensemble de la catégorie, puisque nos amis anglais ont emprunté notre mousseron pour en faire leur mushroom. Mousseron est issu du latin tardif mussario, qui est de même sens, et son nom fit qu’on le rattacha longtemps à mousse. C’est à l’article Mousse qu’on le trouvait dans la première édition du Dictionnaire de l’Académie française, qui présentait les mots par famille et non par ordre alphabétique. On notera que, dans les trois premières éditions, il est dit que ce champignon « vient sur la mousse au printemps » et, dans les cinq suivantes, qu’il vient « sous la mousse ». Le mousseron appartient au genre agaric, nom emprunté du grec agarikon que Dioscoride explique en disant qu’il signifie « d’Agaria », une ville de Sarmatie où ce champignon abondait. L’amanite est liée elle aussi à la géographie ; son nom est issu du mont Amanos, en Asie mineure. La morille, en raison de sa couleur foncée, tire son nom du latin maurucula, proprement « petite Maure », qui est aussi à l’origine, par l’intermédiaire du provençal, de barigoule, autre nom du lactaire délicieux. Le nom cèpe, que Littré écrit aussi ceps, n’apparaît qu’en 1798. Littré pensait que c’était une extension de sens du nom cep, mais il semble plus probable qu’il vienne du latin cippus, « borne ». Concluons avec deux champignons moins ragoûtants. Le phallus impudicus (ou impudique) n’apparaît en français qu’en 1791 ; au siècle suivant, on rencontre aussi son autre nom satyre puant. Cette idée de puanteur nous amène à la vesse-de-loup (proprement « pet de loup ») présent dans notre langue dès le xvie siècle et que l’on rebaptisa, en utilisant une forme grecque plus savante, du nom de lycoperdon en 1803.

Furets et lapins

Le 1 décembre 2022

Bonheurs & surprises

Le latin fur désigne un voleur agissant par ruse pour soustraire les objets qu’il convoite, contrairement au latro, auquel on doit notre larron, qui, lui, n’hésite pas à user de violence pour commettre ses larcins (nom issu du latin latrocinium, « vol à main armée, brigandage »). Dans la famille de fur, on trouve furunculus, à l’origine de notre furoncle et qui a d’abord désigné un petit bourgeon secondaire de la vigne, qui semble voler la sève de la tige principale, puis un follicule pileux enflammé, un clou. Fur évoque l’idée du mouvement incessant du rôdeur, idée que l’on retrouve dans ses dérivés furet et fureter. On a d’ailleurs fait de notre petit carnivore le parangon de ces déplacements continuels avec la chanson populaire Il court, il court, le furet. Le furet était utilisé au Moyen Âge pour chasser les lièvres et les lapins, et il était si prisé qu’il existait des charges de fuireteors (ou fuiretiers), dévolues à des officiers de vènerie chargés des soins à lui apporter. Le Moyen Âge aimait aussi à jouer avec la polysémie de ce mot pour se faire polisson. On sait que d’aucuns ont présenté le titre de la chanson citée plus haut comme une contrepèterie et que cette interprétation a pu être favorisée par l’ambivalence du nom furet. En effet, si, au sens propre, le furet (aussi appelé fuiron) est un petit mammifère carnassier, au sens figuré il désigne le membre viril (les textes médiévaux parlent alors parfois de « furet privé ») ; dans les contes et fabliaux, on s’est d’autant plus amusé à jouer sur le double sens de ce mot qu’on l’associait volontiers au nom connin (ou connil) qui désignait à la fois le lapin et le sexe féminin. Et quand on lit dans le fabliau intitulé Du Prestre et de la Dame : « Li connins que li fuirons chace », proprement « les lapins que chasse le furet », ce n’est assurément pas de vènerie qu’il est question. Dans l’imaginaire, ces deux animaux étaient aussi liés à la ruse. L’un doit en user pour capturer ses proies, l’autre, pour échapper à ses prédateurs. Dans son Dictionnaire de l’ancienne langue française, Godefroy glose alors ainsi le verbe conniller, tiré de connil : « Fureter comme un connil, essayer de se dérober par la fuite et par la ruse, chercher une retraite, se tapir craintivement, user de fuites, de subterfuges ». Ce verbe se trouve dans les cinq premières éditions du Dictionnaire de l’Académie française, mais aussi chez Montaigne, qui écrit au livre II des Essais : « Comment, la philosophie qui me doit mettre les armes à la main, pour combattre la fortune, qui me doit roidir le courage pour fouler aux pieds toutes les adversitez humaines, vient-elle à cette mollesse de me faire conniller par ces destours couars & ridicules ? » Et plus loin, au sujet de la mort : « Je cherche à conniller et à me dérober de ce passage. » L’association du lapin ou du lièvre à une vie inquiète est très ancienne puisqu’un proverbe grec dit : « lagô bion zên », proprement « vivre une vie de lièvre », pour dire « vivre misérablement dans la crainte ». Pour conclure, revenons à notre furet. On sait qu’il tire son nom du latin fur. Mais on lui prêtait autrefois une autre origine, qui l’associait au lapin. On lit en effet dans la traduction française de l’Ortus sanitatis (« Le Jardin de la santé ») de Jean de Cuba, parue en 1502 sous le titre Le Traicté des bestes, oyseaux, poissons, pierres précieuses du jardin de santé : « Le furon est dit de furnum, “four”, car ainsi comme en ung four il entre dedans les tenebrositez et cavernes de la terre et en expelle [“expulse”] et déjecte les connins qui y sont muces [“cachés”] et occultez. »