Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Arnaud R. (France)

Le 1 octobre 2020

Courrier des internautes

Bonjour,
L’utilisation d’un c cédille suivi d’une apostrophe est-elle correcte ? J’ai par exemple pu lire des phrases du type ç’avait été une belle soirée. Cette forme pour l’adjectif démonstratif me paraît très hasardeuse, mais je peux me tromper. Je ne m’en étais guère ému lorsque j’avais pu la remarquer dans des articles de journaux, mais récemment j’ai lu le livre, récompensé par l’Académie française, La Vérité sur l’affaire Harry Quebert, de Joël Dicker, où ce ç’ apparaît à plusieurs reprises. J’en suis davantage étonné.

Arnaud R. (France)

L’Académie répond :

Monsieur,
Cette phrase est parfaitement correcte. Ici ç n’est pas la forme élidée d’un adjectif démonstratif, ni celle du pronom démonstratif ça, mais la forme élidée du pronom démonstratif ce, que l’on trouve aussi dans c’est. Devant le a d’avait, pour respecter la prononciation, on ajoute une cédille à la lettre c. Ce tour est de meilleure langue que la forme courante ça avait été, dans laquelle ça, qui ne s’élide pas, est l’abréviation familière de cela. On dira également ç’a été, ç’a eu un grand succès, ç’aura été son grand regret, etc.

Clémence L. (France)

Le 1 octobre 2020

Courrier des internautes

Bonjour et merci de nous permettre d’approfondir notre connaissance de cette belle langue qu’est le français.

J’ai remarqué qu’un ami prononçait le p dans les mots sculpture et sculpteur... J’ai bien vu sur votre site qu’il est précisé que le p ne se prononce pas, mais en interrogeant notre entourage nous avons remarqué que quelques personnes, dont certaines ont une belle connaissance de la langue, prononçaient ce fameux p, en particulier en Alsace. Ma question est simple : la prononciation actuelle a-t-elle toujours été la prononciation usuelle ? ou est-ce qu’à une période il était normal de prononcer le p, sachant qu’en anglais on le prononce ? Enfin d’où vient ce p muet ?

Je vous remercie pour votre réponse. Bien à vous

Clémence L. (France)

L’Académie répond :

Madame,
Le p de sculpter ne se fait pas entendre. On lisait déjà, dans la 5e édition de notre Dictionnaire, en 1798 : « on prononce sculter ». Dans son Dictionnaire, Littré donne la même prononciation, mais indique qu’au xviie siècle, on prononçait sculper. Il est difficile de prononcer une série de trois consonnes, aussi y a-t-il eu un phénomène d’assimilation régressive, le groupe -lpt- étant prononcé -ltt-, aussitôt simplifié en -lt-. Cette prononciation, populaire à l’origine, est devenue la norme et c’est prononcer -lpt- qui est aujourd’hui considéré comme fautif.

Sculpter est soit issu du croisement avec sculpteur de l’ancien verbe sculper, lui-même emprunté du latin sculpere, « tailler », soit tiré de sculptum, supin de ce même verbe.

Le fait que nombre de locuteurs alsaciens prononcent encore la lettre p peut s’expliquer par le voisinage de l’Allemagne et donc l’influence de l’allemand. Dans cette langue, le p de Skulptur se fait en effet entendre.

Marie-Laure A. (France)

Le 1 octobre 2020

Courrier des internautes

Bonjour,
Je m’interroge sur le choix entre « avant-guerre » et « avant guerre », quand cette expression a une valeur adverbiale et remplace « avant la guerre ».

Je vous remercie pour l’avis éclairé que vous pourrez me donner, ainsi que pour la qualité de votre site, toujours passionnant à visiter.

Et encore plus pour votre Dictionnaire, qui, depuis qu’il est accessible en ligne, est le premier que je consulte, toujours avec gourmandise, sachant que, si j’y trouve presque toujours ce que je cherche, je vais probablement y découvrir autre chose que je ne connaissais pas. Un vrai plaisir !

Marie-Laure A. (France)

L’Académie répond :

Madame,
On peut écrire avant guerre en gardant à avant sa valeur de préposition et employer guerre sans déterminant. Cela n’est possible que si guerre n’a pas de complément ou n’est pas précisé par un adjectif : on écrira donc Avant guerre il vivait en Normandie, mais Avant la Deuxième Guerre mondiale, avant la guerre de Cent ans, avant la guerre de Crimée.

Avant-guerre avec un trait d’union est un nom féminin : Il est né dans l’immédiate avant-guerre, nom que l’on trouve aussi parfois employé adverbialement : Avant-guerre, la vie semblait plus facile, mais dans ce cas la forme avant guerre reste préférable.

Jorge M. (Brésil)

Le 2 juillet 2020

Courrier des internautes

Bonjour!,

Aujourd’hui Le Parisien écrit : « Ses premiers mots sont pour dézinguer l’intervention d’Emmanuel Macron la veille au soir à la télévision. » Quel est le sens de dézinguer, que je n’ai pas trouvé dans le Dictionnaire de l’Académie française ?

Jorge M. (Brésil)

L’Académie répond :

Monsieur,

Dézinguer est un terme argotique, tiré de zinc, au sens d’avion. Dézinguer signifie donc « abattre un avion », puis « attaquer vertement quelqu’un ». On a une image assez semblable dans l’expression Descendre en flammes.

Laure V. (France)

Le 2 juillet 2020

Courrier des internautes

Bonjour

Je me permets de vous envoyer ce message pour vous poser une question sur un point précis de la langue : Quelle est la définition exacte de vice-champion ? Est-ce la place de second ou celle d’ancien champion ? Quel est le nom d’un ancien champion si ce n’est pas vice-champion ?

Bien à vous.

Laure V. (France)

L’Académie répond :

Madame,

Le vice-champion a terminé à la seconde place du championnat. Ainsi, lors des Jeux olympiques, les médaillés d’argent sont également appelés « vice-champions olympiques ».

Celui qui a été champion et ne l’est plus est l’ancien champion ou l’ex-champion.

Patrick T. (France)

Le 2 juillet 2020

Courrier des internautes

Je lis Le Chevalier Des Touches, de Barbey d’Aurevilly, et je rencontre un problème de compréhension sur l’expression : « l’alipan du temps ».

Merci vivement pour votre éclaircissement.

Bien cordialement.

Patrick T. (France)

L’Académie répond :

Monsieur,

Alipan est un mot normand, qui signifie « soufflet ». Il est tiré de l’ancien français alipe, de même sens, lui-même issu du latin alipa, qui désignait également un soufflet et, particulièrement, le soufflet rituel donné par un maître à son esclave lors d’une cérémonie d’affranchissement.

Susy S. (Nouvelle-Zélande)

Le 2 juillet 2020

Courrier des internautes

Bonjour,

Quels sont le sens et l’origine de l’expression Vis-à-vis ?

Susy S. (Nouvelle-Zélande)

L’Académie répond :

Madame,

Le nom masculin vis est la forme ancienne de visage. La locution figée vis-à-vis signifie donc « avec les deux visages l’un en face de l’autre », puis « en face de », « face à » (notons d’ailleurs que, dans ces dernières locutions, on retrouve le mot face, un synonyme de visage) et, par extension, « à l’égard de ».

Virginie S. (Cannes)

Le 2 juillet 2020

Courrier des internautes

Madame, Monsieur,

Pour parler d’un « coupe-bordure » (l’outil de jardinage), on entend également le terme « rotofil ». Savez-vous quelle est l’étymologie de ce mot ? Est-ce un usage erroné ? Merci d’avance. Cordialement.

Virginie S. (Cannes)

L’Académie répond :

Madame,

Les deux se disent effectivement. Rotofil, qui est un nom de marque, est formé à partir du latin rotare, « tourner, faire tourner », et du nom français fil, parce que c’est un fil de nylon, tournant à grande vitesse autour d’un axe, qui coupe l’herbe des bordures.

Bernard L. (Belgique)

Le 11 juin 2020

Courrier des internautes

Avez-vous déjà remarqué que les groupe bl, br, cl, cr, gl, gr, etc. n’ont pas de nom. Les grammairiens ne s’en sont pas souciés. C’est dommage. Les orthophonistes (les logopèdes, en Belgique) leur en ont donné un : une symphone. Vous devriez, me semble-t-il, demander aux académiciens de se pencher sur le problème.

Bernard L. (Belgique)

L’Académie répond :

Monsieur,

Il nous semble que les groupes de consonnes n’ont jamais de nom en français. « Symphone » est peut-être un peu ambigu puisque l’on risque de croire que ces consonnes sont prononcées ensemble, alors que, même si la deuxième s’appuie sur la première, elles sont énoncées séparément. Cela étant, ces groupes formés d’une occlusive et d’une liquide sont intéressants dans la mesure où ils appartiennent à la même syllabe, tandis que d’ordinaire, dans un groupe de deux consonnes, celles-ci se répartissent sur deux syllabes. Cette particularité explique le fait qu’il faut un accent sur le e qui précède : église, écrevisse, alors que dans les autres cas, la double consonne fait passer le e à è sans qu’il soit nécessaire de lui ajouter un accent : elle, assiette, espace. Dans certains mots, comme espiègle, on a les deux cas de figure.

Ajoutons pour conclure que ce phénomène était déjà connu des Grecs et des Latins puisque, en versification antique, une voyelle brève était allongée quand elle se trouvait devant deux consonnes réparties sur deux syllabes, mais que cet allongement n’avait pas lieu si ces deux consonnes appartenaient à la même syllabe.

Charlotte C. R. (France)

Le 11 juin 2020

Courrier des internautes

Bonjour

J’ai une question : Y est-il une voyelle ou une consonne ?

Merci beaucoup pour votre aide.

Charlotte C. R. (France)

L’Académie répond :

Madame,

La lettre Y est la sixième voyelle de notre alphabet. Mais, phonétiquement, on peut la considérer comme une voyelle ou comme une semi-consonne, cela dépend de son environnement.

En position initiale et devant une consonne, le y joue son rôle de voyelle : ysopet, ypérite. Entre deux consonnes, il joue le même rôle : lys, dynamite, cycliste, syllabe, pyromane, etc., et il le joue encore en fin de mot : Lully, Ivry, jury, etc.

En position initiale et devant une voyelle, y joue le rôle de la semi-consonne yod : yack, yéti, yoga, yucca. Placé entre deux voyelles, il joue le rôle de yod avec la voyelle qui le suit et modifie le timbre de celle qui précède : c’est le cas, par exemple, dans voyage où le y change la prononciation du o pour donner le son « oua » et joue le rôle d’un yod devant le a ; nous avons la même chose avec payons. Le y change la prononciation du a en « è » et joue le rôle d’un yod devant -ons.

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