Dire, ne pas dire

Emplois fautifs

Le « t » de ratiociner se prononce-t-il « t » ou « ss » ?

Le 2 septembre 2021

Emplois fautifs

Le verbe ratiociner est emprunté du latin ratiocinari, « calculer, raisonner », lui-même composé à l’aide de ratio, « calcul, compte, raisonnement », et canere, « chanter ». La plupart des mots formés à partir de ratio ne posent pas de problèmes de prononciation : dans ration, rationaliser, rationnel, « ti » se prononce « ssi ». Mais force est de constater que l’usage hésite quand il s’agit du verbe ratiociner et, plus encore, du nom ratiocination qui sont d’emploi moins fréquent. Il convient donc de rappeler que, dans ratiociner et ratiocination, « ti » se prononce « ssi » et non « ti ». L’erreur qui consisterait à dire rattiociner est peut-être due à un phénomène de dissimilation, qui conduit à différencier la prononciation de consonnes semblables ou proches, ou au fait que, dans la prononciation dite restituée du latin, la lettre « t » se prononce [t] et non [ss] devant un a, un e, un i, un o ou un u.

Similaire à

Le 2 septembre 2021

Emplois fautifs

L’adjectif similaire est assez proche par le sens d’autres mots comme analogue, pareil ou semblable, mais il ne se construit pas comme eux. Ces derniers s’emploient absolument ou avec un complément introduit par la préposition à : c’est un cas tout à fait analogue au vôtre ; « il a les oreilles en figure aux nôtres pareilles », dit le souriceau de la fable en parlant d’un chat ; le cognassier du Japon a des fruits semblables à de petites pommes. L’adjectif similaire ne s’emploie, lui, qu’absolument.

on dit

on ne dit pas

La baliste et la catapulte sont des armes de siège similaires

Vos deux cas sont similaires

Dans une situation similaire, qu’auriez-vous fait ?

La baliste est une arme de siège similaire à la catapulte

Son cas est similaire au vôtre

Dans une situation similaire à celle-ci, qu’auriez-vous fait ?

«Célébrer» employé sans complément

Le 2 septembre 2021

Emplois fautifs

En français, le verbe célébrer peut se construire sans complément quand il s’emploie dans la langue de la liturgie. On dit ainsi le prêtre célèbre un mariage, des funérailles, célèbre la messe mais aussi, parfois, le prêtre célèbre. Mais quand on emploie célébrer pour dire que l’on marque avec éclat un évènement ou le souvenir d’un évènement, il est nécessaire de lui adjoindre un complément d’objet direct. On ne dira donc pas, même si cela commence à s’entendre ici ou là, sans doute sous l’influence de l’anglais to celebrate qui, lui, ne réclame pas obligatoirement un complément, « après sa victoire, il a tenu à célébrer », mais, bel et bien, « il a tenu à célébrer, à fêter sa victoire ».

«Il »ou «elle» employé à la place de «Vous»

Le 2 septembre 2021

Emplois fautifs

Le choix des pronoms marque le degré de familiarité ou de respect que l’on a envers la personne à qui l’on s’adresse ; le tutoiement marque une grande proximité ; le vouvoiement signale que l’on s’adresse à une personne dont on n’est pas le familier ou que l’on considère comme notre supérieur. Mais, dans certaines langues, cette distance se marque par l’emploi de la troisième personne, qui est un moyen de placer l’interlocuteur dans une autre sphère. C’est en particulier ce que font l’espagnol, avec les formes usted et ustedes, contraction de vuestra merced et vuestras mercedes, « votre grâce » et « vos grâces », et l’italien, avec la forme lei. Il convient cependant de ne pas dévoyer, en français, ces emplois de la troisième personne en confondant respect et condescendance méprisante comme cela se fait parfois, en particulier quand il s’agit de s’adresser à des personnes âgées. Faut-il rappeler que des tours comme « Alors, elle a bien mangé aujourd’hui ? » doivent être bannis et remplacés par d’autres, plus simples et plus respectueux, comme « Avez-vous bien mangé aujourd’hui ? »

Compresser pour Comprimer

Le 1 juillet 2021

Emplois fautifs

Le verbe latin premere a eu de nombreux dérivés, dont certains sont passés en français, comme comprimer, déprimer, exprimer, imprimer, opprimer ou supprimer (rappelons que les deux verbes primer, aux sens de « tenir la première place » et « récompenser », n’appartiennent pas à cette famille ; ils sont dérivés, l’un, de l’adjectif prime, l’autre, du nom prime).

Mais il en est aussi d’autres qui furent formés à partir de pressum, supin de ce même verbe premere, comme oppresser et presser. À ces formes il convient de ne pas ajouter compresser. Certes existe le nom compression, mais, de même qu’expression, impression ou suppression n’ont pas justifié la création des verbes fautifs expresser, impresser ou suppresser, l’existence du nom compression ne peut légitimer celle d’un verbe compresser.

 

on dit

on ne dit pas

Ses vêtements lui compriment le corps

Il faut comprimer l’artère

Les voyageurs sont comprimés dans le métro

Ses vêtements lui compressent le corps

Il faut compresser l’artère

Les voyageurs sont compressés dans le métro

Il disait qu’il viendra

Le 1 juillet 2021

Emplois fautifs

Dans La Pensée et la Langue, Ferdinand Brunot écrit : « Ce n’est pas le temps principal qui amène le temps de la subordonnée, c’est le sens. Le chapitre de la concordance des temps se résume en une ligne : il n’y en a pas. » Le propos est lapidaire et tranchant, mais notre héritage latin comme l’usage conduisent à le nuancer quelque peu. Rappelons donc qu’en français, quand le verbe de la principale est à un temps du passé, il est de meilleure langue que celui de la subordonnée le soit aussi. On dira ainsi il disait qu’il viendrait (viendrait est ici un futur dans le passé et non un conditionnel) et non il disait qu’il viendra. Cela étant, quand le verbe de la principale est au passé composé, cet usage peut n’être pas respecté si l’on souhaite rapporter plus précisément les propos prononcés. Signalons enfin que les arrêtés de 1901 et 1976 autorisent, le premier, l’emploi du subjonctif présent dans une subordonnée après un verbe au conditionnel, le second, l’emploi du subjonctif présent après un verbe au passé dans la principale : on peut donc dire je voudrais qu’il vienne, je voulais qu’il vienne, mais qu’il vînt reste de meilleure langue.

on dit

on ne dit pas

Le loup savait bien qu’il la mangerait

Il pensait qu’il pourrait le faire

Le loup savait bien qu’il la mangera

Il pensait qu’il pourra le faire

Il n’en fait uniquement qu’à sa tête

Le 1 juillet 2021

Emplois fautifs

En français, la restriction peut s’exprimer par les adverbes disjoints ne … que : Il ne s’occupe que de lui ; elle ne lit que des auteurs étrangers ; ils ne font que ce qui leur plaît. Elle peut aussi l’être à l’aide de l’adverbe uniquement ou encore de l’adverbe seulement : Il s’occupe uniquement de lui ; elle lit uniquement des auteurs étrangers ; ils font seulement ce qui leur plaît. Ces différents tours sont corrects, mais il convient de ne pas les superposer, comme cela s’entend parfois et de rappeler qu’une phrase comme Il n’en fait uniquement (ou seulement) qu’à sa tête est incorrecte.

on dit

on ne dit pas

Le bureau n’est ouvert que le matin ou est ouvert uniquement le matin

Le panda ne mange que du bambou ou mange seulement du bambou

Le bureau n’est ouvert uniquement que le matin

Le panda ne mange seulement que du bambou

Absence de prépositions

Le 3 juin 2021

Emplois fautifs

L’usage des prépositions est une des caractéristiques de la langue française, et celles-ci sont d’autant plus nécessaires que le français n’est pas une langue à flexion. Malheureusement, depuis quelque temps, un jargon technocratique tend à supprimer ces prépositions et à juxtaposer des noms de manière étrange, et ce, même dans des documents à caractère officiel. Nous avons parlé, il y a peu, du malaise voyageur ; ce n’est hélas pas la seule raison de ralentir les passagers (et d’abîmer la langue française), puisque l’on nous informe parfois que ces retards sont provoqués par une panne réseau. Dans telle bibliothèque un panneau nous avertit accès cour interdit, tandis qu’ailleurs on nous propose des informations coronavirus. Aurait-ce vraiment été une perte de temps que de dire ou d’écrire panne de réseau, accès à la cour interdit ou informations sur le coronavirus ?

Faire que… suivi de l’indicatif ou du subjonctif ?

Le 3 juin 2021

Emplois fautifs

La locution verbale faire que… est suivie de l’indicatif quand elle introduit un constat, une conséquence. On dira ainsi : la porosité des sols fait que l’eau ne peut rester en surface ; son assiduité et son sérieux font qu’il a réussi brillamment son examen. Si le fait en question est à venir, on utilisera, en fonction du degré de probabilité qu'il se produise, l’indicatif futur ou le subjonctif présent : son assiduité et son sérieux feront qu’il réussira brillamment son examen ; la chance peut faire qu’il réussisse son examen. Mais la locution faire que… est toujours suivie du subjonctif quand elle a la valeur d’un souhait, d’une prière. C’est d’ailleurs ce qui explique que, d’une part, dans ces emplois le verbe est généralement à l’impératif : Mon Dieu, faites qu’il réussisse. Faites qu’il guérisse, qu’il revienne sain et sauf ; et que, d’autre part, il entre dans la locution : Fasse le ciel que… (fasse le ciel qu’il parvienne à bon port).

Pareil que pour Pareil à

Le 3 juin 2021

Emplois fautifs

Les adjectifs semblable, identique et pareil se construisent avec la préposition à : la cagoule est une coiffure d’enfant semblable à un passe-montagne ; une reproduction dont les dimensions sont identiques à celles de l’original ; des mouchetures pareilles à celles de l’hermine. Ces trois adjectifs sont assez proches, par le sens, de même, mais deux points grammaticaux les distinguent de ce dernier. Semblable, identique et pareil se placent après le nom qu’ils qualifient tandis que même se place avant ; ce point ne pose pas de problème et n’est pas source d’erreurs : tous ces adjectifs restent bien à la place que leur a donnée l’usage. Mais, si, comme on l’a vu, semblable, identique et pareil se construisent avec la préposition à, c’est avec l’adverbe que que se construit même. L’importance et l’emploi fréquent de cet adjectif ont fait que, par analogie, on rencontre trop souvent le tour fautif pareil que.

on dit

on ne dit pas

J’ai un pull pareil au tien ou J’ai le même pull que toi

Il n’est vraiment pas pareil à son père

J’ai un pull pareil que le tien


Il n’est vraiment pas pareil que son père

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