Dire, ne pas dire

Emplois fautifs

Consensus prononcé « consansus »

Le 7 octobre 2021

Emplois fautifs

Il existe un certain nombre de mots français dans lesquels le digramme -en- se prononce in. C’est cette prononciation que l’on entend, par exemple dans examen, agenda, benzène, pentagone, placenta, et les mots finissant en -ien, comme chien, rien, alsacien. Le nom consensus et l’adjectif qui en dérive, consensuel, entrent dans cette liste. L’analogie avec des mots comme consentir ou sensuel explique sans doute le fait que l’on prononce consansus et, surtout, consansuel. Cette dernière forme est d’ailleurs aujourd’hui acceptée par l’usage, même si « consinsuel » reste de meilleure langue.

on dit

on ne dit pas

Cette réforme ne fait pas l’objet d’un consinsus

Cette réforme ne fait pas l’objet d’un consansus

Fond, fonds, fonts

Le 7 octobre 2021

Emplois fautifs

Ainsi font, font, font les petites marionnettes, nous apprend la comptine. Mais à côté de ces trois font, reprise du verbe faire à la troisième personne du pluriel, il existe une autre triplette d’homonymes de ces formes : fond, fonds et fonts. Le premier, issu du latin fundus, cousin de l’anglais bottom et de l’allemand Boden, a de nombreux sens : il désigne ce qui constitue la limite inférieure (le fond d’une malle), ce qui est situé à la plus grande profondeur (le fond d’un puits), mais aussi ce qui est le plus éloigné de l’ouverture, de l’entrée (le fond de la salle) ; ce nom désigne enfin les qualités essentielles et permanentes d’un être (il a bon fond). La forme fonds peut être le pluriel de fond mais c’est aussi un nom autonome, qui désigne un bien ou un ensemble de biens de nature à permettre l’exercice d’une activité, d’une profession (un fonds de commerce) ; c’est aussi un capital, immobilier ou non, que l’on fait valoir (le fonds et le revenu) et c’est enfin un ensemble de ressources susceptibles d’être exploitées (le fonds d’une bibliothèque). La troisième forme, fonts, ne s’emploie qu’au pluriel ; elle appartient à la même famille que fontaine et ne se rencontre guère que dans la locution fonts baptismaux, qui désigne la vasque où l’on conserve l’eau bénite dont on se sert pour les baptêmes. Il est important de garder à chacun de ces mots sa juste orthographe.

on écrit

on n’écrit pas

Le fond de la cave

Les fonts baptismaux

Un bailleur de fonds

Le fonds de la cave

Les fonds baptismaux

Un bailleur de fond

Le code civil pour Le Code civil

Le 7 octobre 2021

Emplois fautifs

Le mot code est un nom commun et s’écrit donc avec une minuscule, sauf, bien sûr, quand il entre dans un titre : il prend alors la majuscule. C’est pourquoi on l’écrit le Code civil, le Code pénal, le Code de procédure pénale, le Code de procédure civile, le Code forestier, le Code rural, etc. Cependant, comme nombre de règles, celle-ci a une exception, puisque l’on écrit, sans majuscule à code, le code de la route, ce qui, somme toute, est logique puisque les articles qui le composent ne sont pas des textes législatifs mais règlementaires.

on écrit

on n’écrit pas

Un article du Code civil

Se référer au Code forestier

Une infraction au code de la route

Un article du code civil

Se référer au code forestier

Une infraction au Code de la route

Vous dites, vous dîtes

Le 7 octobre 2021

Emplois fautifs

À la deuxième personne du pluriel, les formes du présent et du passé simple de l’indicatif du verbe dire sont homonymes ; à l’écrit, on distingue le présent dites, issu du latin dicitis, du passé simple dîtes, dans lequel l’accent circonflexe sert à distinguer ces deux temps mais aussi à rappeler le premier s du latin dixistis, dont il est issu. Le contexte permet en général de savoir si l’on a affaire à un présent ou un passé, et donc quelle forme il faut choisir. Rappelons aussi que l’impératif est un présent et qu’il ne doit jamais être écrit avec un accent circonflexe.

on écrit

on n’écrit pas

Qu’en pensez-vous, qu’en dites-vous ?

Que dîtes-vous, que fîtes-vous alors pour empêcher cela ?

Dites-nous ce qui s’est passé

Qu’en pensez-vous, qu’en dîtes-vous ?

Que dites-vous, que fites-vous alors pour empêcher cela ?

Dîtes-nous ce qui s’est passé

Le « t » de ratiociner se prononce-t-il « t » ou « ss » ?

Le 2 septembre 2021

Emplois fautifs

Le verbe ratiociner est emprunté du latin ratiocinari, « calculer, raisonner », lui-même composé à l’aide de ratio, « calcul, compte, raisonnement », et canere, « chanter ». La plupart des mots formés à partir de ratio ne posent pas de problèmes de prononciation : dans ration, rationaliser, rationnel, « ti » se prononce « ssi ». Mais force est de constater que l’usage hésite quand il s’agit du verbe ratiociner et, plus encore, du nom ratiocination qui sont d’emploi moins fréquent. Il convient donc de rappeler que, dans ratiociner et ratiocination, « ti » se prononce « ssi » et non « ti ». L’erreur qui consisterait à dire rattiociner est peut-être due à un phénomène de dissimilation, qui conduit à différencier la prononciation de consonnes semblables ou proches, ou au fait que, dans la prononciation dite restituée du latin, la lettre « t » se prononce [t] et non [ss] devant un a, un e, un i, un o ou un u.

Similaire à

Le 2 septembre 2021

Emplois fautifs

L’adjectif similaire est assez proche par le sens d’autres mots comme analogue, pareil ou semblable, mais il ne se construit pas comme eux. Ces derniers s’emploient absolument ou avec un complément introduit par la préposition à : c’est un cas tout à fait analogue au vôtre ; « il a les oreilles en figure aux nôtres pareilles », dit le souriceau de la fable en parlant d’un chat ; le cognassier du Japon a des fruits semblables à de petites pommes. L’adjectif similaire ne s’emploie, lui, qu’absolument.

on dit

on ne dit pas

La baliste et la catapulte sont des armes de siège similaires

Vos deux cas sont similaires

Dans une situation similaire, qu’auriez-vous fait ?

La baliste est une arme de siège similaire à la catapulte

Son cas est similaire au vôtre

Dans une situation similaire à celle-ci, qu’auriez-vous fait ?

«Célébrer» employé sans complément

Le 2 septembre 2021

Emplois fautifs

En français, le verbe célébrer peut se construire sans complément quand il s’emploie dans la langue de la liturgie. On dit ainsi le prêtre célèbre un mariage, des funérailles, célèbre la messe mais aussi, parfois, le prêtre célèbre. Mais quand on emploie célébrer pour dire que l’on marque avec éclat un évènement ou le souvenir d’un évènement, il est nécessaire de lui adjoindre un complément d’objet direct. On ne dira donc pas, même si cela commence à s’entendre ici ou là, sans doute sous l’influence de l’anglais to celebrate qui, lui, ne réclame pas obligatoirement un complément, « après sa victoire, il a tenu à célébrer », mais, bel et bien, « il a tenu à célébrer, à fêter sa victoire ».

«Il» ou «elle» employé à la place de «Vous»

Le 2 septembre 2021

Emplois fautifs

Le choix des pronoms marque le degré de familiarité ou de respect que l’on a envers la personne à qui l’on s’adresse ; le tutoiement marque une grande proximité ; le vouvoiement signale que l’on s’adresse à une personne dont on n’est pas le familier ou que l’on considère comme notre supérieur. Mais, dans certaines langues, cette distance se marque par l’emploi de la troisième personne, qui est un moyen de placer l’interlocuteur dans une autre sphère. C’est en particulier ce que font l’espagnol, avec les formes usted et ustedes, contraction de vuestra merced et vuestras mercedes, « votre grâce » et « vos grâces », et l’italien, avec la forme lei. Il convient cependant de ne pas dévoyer, en français, ces emplois de la troisième personne en confondant respect et condescendance méprisante comme cela se fait parfois, en particulier quand il s’agit de s’adresser à des personnes âgées. Faut-il rappeler que des tours comme « Alors, elle a bien mangé aujourd’hui ? » doivent être bannis et remplacés par d’autres, plus simples et plus respectueux, comme « Avez-vous bien mangé aujourd’hui ? »

Compresser pour Comprimer

Le 1 juillet 2021

Emplois fautifs

Le verbe latin premere a eu de nombreux dérivés, dont certains sont passés en français, comme comprimer, déprimer, exprimer, imprimer, opprimer ou supprimer (rappelons que les deux verbes primer, aux sens de « tenir la première place » et « récompenser », n’appartiennent pas à cette famille ; ils sont dérivés, l’un, de l’adjectif prime, l’autre, du nom prime).

Mais il en est aussi d’autres qui furent formés à partir de pressum, supin de ce même verbe premere, comme oppresser et presser. À ces formes il convient de ne pas ajouter compresser. Certes existe le nom compression, mais, de même qu’expression, impression ou suppression n’ont pas justifié la création des verbes fautifs expresser, impresser ou suppresser, l’existence du nom compression ne peut légitimer celle d’un verbe compresser.

 

on dit

on ne dit pas

Ses vêtements lui compriment le corps

Il faut comprimer l’artère

Les voyageurs sont comprimés dans le métro

Ses vêtements lui compressent le corps

Il faut compresser l’artère

Les voyageurs sont compressés dans le métro

Il disait qu’il viendra

Le 1 juillet 2021

Emplois fautifs

Dans La Pensée et la Langue, Ferdinand Brunot écrit : « Ce n’est pas le temps principal qui amène le temps de la subordonnée, c’est le sens. Le chapitre de la concordance des temps se résume en une ligne : il n’y en a pas. » Le propos est lapidaire et tranchant, mais notre héritage latin comme l’usage conduisent à le nuancer quelque peu. Rappelons donc qu’en français, quand le verbe de la principale est à un temps du passé, il est de meilleure langue que celui de la subordonnée le soit aussi. On dira ainsi il disait qu’il viendrait (viendrait est ici un futur dans le passé et non un conditionnel) et non il disait qu’il viendra. Cela étant, quand le verbe de la principale est au passé composé, cet usage peut n’être pas respecté si l’on souhaite rapporter plus précisément les propos prononcés. Signalons enfin que les arrêtés de 1901 et 1976 autorisent, le premier, l’emploi du subjonctif présent dans une subordonnée après un verbe au conditionnel, le second, l’emploi du subjonctif présent après un verbe au passé dans la principale : on peut donc dire je voudrais qu’il vienne, je voulais qu’il vienne, mais qu’il vînt reste de meilleure langue.

on dit

on ne dit pas

Le loup savait bien qu’il la mangerait

Il pensait qu’il pourrait le faire

Le loup savait bien qu’il la mangera

Il pensait qu’il pourra le faire

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