Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Patrick F. (Los Angeles)

Le 3 mars 2022

Courrier des internautes

Pourquoi écrit-on contrebas en un seul mot alors que contre-haut, qui est le contraire, s’écrit en deux mots ?

Patrick F. (Los Angeles)

L’Académie répond :

Monsieur,

Les Propositions de rectifications de l’orthographe, parues en 1990, donnaient la possibilité d’écrire contrehaut (voyez le losange figurant derrière cette entrée, dans la neuvième édition de notre Dictionnaire, qui signale une forme rectifiée). Il est vrai que l’usage n’a guère évolué dans le sens de la soudure et que l’on continue à écrire contre-haut.

L’usage remplace d’autant plus facilement, à l’intérieur d’un mot, le trait d’union par la soudure que ce mot est fréquent. Contrebas, qui existe de manière autonome, est plus fréquent que contre-haut, qui ne se rencontre que dans la locution en contre-haut. De plus, le fait que le second élément commence par un h ne favorise pas non plus la soudure : il est en effet assez inhabituel de rencontrer un h en milieu de mot s’il n’appartient pas à un groupe de type ch-, th-, etc.

Anne-Michaële L. (Saint-Peray)

Le 3 février 2022

Courrier des internautes

Bonjour.

Je recherche la signification d’un mot français qui n’existe plus (qui peut-être date du Moyen Âge) et je souhaite connaître sa signification avec certitude. Il s’agit de pourpens. Pouvez-vous m’aider s’il vous plaît. Merci beaucoup.

Anne-Michaële L. (Saint-Peray)

L’Académie répond :

Madame,

Le nom pourpens, que l’on trouve aussi sous la forme porpens, signifie, en fonction du contexte, « pensée », « réflexion », « considération » ou « dessein ». On lit ainsi dans la Chronique des ducs de Normandie, de Benoît de Sainte-Maure : Diriez m’en vostre porpens? / Que vos est avis de ces Normanz? (« Me direz-vous votre pensée ? Quel avis avez-vous sur ces Normands ? »).

Porpens est un déverbal de porpenser, qui se rencontre aussi sous les formes porpensser, porpencer, porpancer, porpansser, porpanser (dans lesquelles le préfixe por- est parfois remplacé par pour-, pur- ou pro-).

On trouve dans l’Histoire de la destruction de Troye la grant : Quant je pourpense le grant dueil que j’ay mis en son cuer (« Quand je pense au grand chagrin que j’ai mis dans son cœur »).

Nelly P. (Montélimar)

Le 3 février 2022

Courrier des internautes

Bonjour,

Dans le cadre de mon travail nous procédons à une opération de « dessachage » quand la collecte sélective arrive en sacs. On doit en effet ouvrir ces sacs de manière mécanique. Se pose alors la question de l’orthographe du mot « dessachage ». Comment doit-il être orthographié : désachage, dessachage, déssachage ?

Merci de votre réponse et de vos explications.

Nelly P. (Montélimar)

L’Académie répond :

Madame,

On écrira dessachage, par analogie avec d’autres termes similaires, comme dessablage, dessalage ou dessouchage. On évitera surtout la forme « déssachage », puisque la présence des deux « s » rendrait l’accent inutile. Il n’y a d’ailleurs pas de mot en français commençant par déss-.

Thibault V. France

Le 3 février 2022

Courrier des internautes

Il est d’usage de ne pas prononcer le s et le t de Christ quand ce mot est précédé de Jésus. Comment expliquer cette règle ?

Je vous remercie beaucoup pour votre éclairage.

Bien cordialement,

Thibault V. France

L’Académie répond :

Monsieur,

Jésus-Christ est un groupe nominal de trois syllabes, tandis que le nom Christ n’en compte qu’une, et il arrive fréquemment que l’on prononce toutes les lettres des formes monosyllabiques pour leur donner plus d’ampleur. Cela étant, Littré, citant Félix Bovet, signalait que les protestants français prononçaient fréquemment Jésus-Christ en faisant entendre le s et le t, du fait de leurs relations fréquentes avec leurs coreligionnaires anglais et allemands qui, eux, font toujours entendre ces deux consonnes finales. Et notons que cette prononciation s’entend de plus en plus chez les catholiques.

Vosgan K. (France)

Le 3 février 2022

Courrier des internautes

Je me permets de vous écrire pour vous questionner sur une petite subtilité de notre belle langue française, en espérant avoir quelques précisions. Quand il pleut, nous avons besoin d’un parapluie. Quand il y a du tonnerre, nous utilisons des paratonnerres. Pourquoi alors utiliser un parasol pour se protéger du soleil ?

Merci d’avance pour votre réponse.

Vosgan K. (France)

L’Académie répond :

« Parasol » est le premier de ces noms, en ce qui regarde son apparition dans notre langue puisqu’il a été emprunté, au xvie siècle, de l’italien parasole. Il arrive deux siècles aprAès un autre mot formé de la même manière et également emprunté de l’italien, « tournesol » (venu de tornasole). Les noms « parapluie » et « paratonnerre » sont entrés plus tardivement dans notre langue : ils n’ont pas été empruntés d’une autre langue mais ont été formés directement à partir de mots français sur le modèle de « parasol ».

Carole B. (France)

Le 6 janvier 2022

Courrier des internautes

Bonjour,

Pourriez-vous me préciser si l’on écrit soit-il ou soit il. Le trait d’union est-il obligatoire ?

Cordialement,

Carole B. (France)

L’Académie répond :

Quand soit est le subjonctif du verbe être à la troisième personne du singulier, il est lié au pronom il par un trait d’union en cas d’inversion : Ainsi soit-il ; si puissant soit-il, etc.

Quand soit est une conjonction marquant une alternative, il n’y a pas de raison de le lier au pronom qui suit et avec lequel il n’a pas de lien grammatical : Soit il se met au travail, soit il échouera. Il en va de même quand soit est un adverbe d’affirmation ; mais dans ce cas, il est suivi d’une virgule et le t se fait toujours entendre : Eh bien soit, il a gagné.

Justine N. (France)

Le 6 janvier 2022

Courrier des internautes

Monsieur,

Je recherche désespérément la source de l’expression ironique C’est ainsi qu’on écrit l’histoire. En faisant une recherche sur l’internet, j’ai bien trouvé que cette expression est de Voltaire, mais je n’arrive pas à trouver le poème où il l’a employée. Pourriez-vous m’éclairer ?

Je vous en remercie chaleureusement.

Justine N. (France)

L’Académie répond :

Madame,

La citation exacte est : « Et voilà justement comme on écrit l’histoire. » Elle est bien tirée d’une pièce de Voltaire, intitulée Charlot ou la Comtesse de Givry.

Les occupants d’un château sont en grand émoi parce que le roi doit bientôt, selon la rumeur, s’arrêter chez eux. On a en effet vu une troupe nombreuse s’approcher ; ce ne peut être que le roi et sa suite. C’est l’intendant qui donnera le fin mot de l’histoire :

« Madame, un postillon que j’avais fait partir
Pour s’informer au juste, et pour vous avertir
Vous ramenait en hâte une troupe altérée,
Moitié déguenillée, et moitié surdorée,
D’excellents pâtissiers, d’acteurs italiens,
Et des danseurs de corde, et des musiciens,
Des flûtes, des hautbois, des cors, et des trompettes,
Des faiseurs d’acrostiche, et des marionnettes.
Tout le monde a crié le roi sur les chemins ;
On le crie au village, et chez tous les voisins ;
Dans votre basse-cour on s’obstine à le croire ;
Et voilà justement comme on écrit l’histoire. »

Martine D. (France)

Le 6 janvier 2022

Courrier des internautes

Bonjour Monsieur,

Rédactrice-relectrice, je vous soumets une question concernant la coupure des mots en fin de ligne. Le mot imputrescible a été coupé comme suit : imputres- cible. Cette coupure est-elle correcte ? Plus généralement, quelle est la règle lorsqu’une coupure s’effectue entre deux consonnes non identiques ?

Martine D. (France)

L’Académie répond :

Madame,

Cette coupure est correcte. On coupe de même sus-ceptible, cons-cience, etc.

Quand les deux consonnes sont différentes, mais aussi d’ailleurs quand elles sont identiques, la première sera laissée avant la coupe et la seconde après : trac-teur, cal-caire, fus-tiger, hom-mage.

Il y a quelques exceptions avec les groupes comptant un h (mé-chant, élé-phant, poly-théisme) et les groupes formés d’une occlusive suivie de r ou l (ca-bri, ca-price, ca-drer, en-trée, na-cré, de-gré, ou-bli, accom-pli, dé-clin, dé-glingué).

On se gardera aussi de certaines coupes malheureuses à l’œil comme dans :

Voilà une belle bande de cons-
spirateurs.

Erwen P. Locminé (France)

Le 2 décembre 2021

Courrier des internautes

Bonjour,

Pourquoi existe-t-il des verbes irréguliers ?

Erwen P. Locminé (France)

L’Académie répond :

Monsieur,

C’est l’évolution des langues, en particulier le passage du latin au français, qui explique l’existence de verbes dits « irréguliers ». Les voyelles latines n’ont pas évolué de la même manière selon qu’elles étaient accentuées ou non. Et dans un verbe, les variations de la conjugaison faisaient qu’une même syllabe était tantôt accentuée et tantôt non. En conséquence, au sein d’une même conjugaison, les syllabes latines ont évolué différemment jusqu’au française moderne. C’est ce qui explique, par exemple, que le verbe « venir » a des formes en ven- et en vien-, que « boire » a des formes en bu(v)- et en boi(v)-, etc.

De plus, certains verbes latins très courants étaient conjugués à l’aide de différents radicaux. La conjugaison de esse, « être », présente ainsi des formes en es- et d’autres en fu-. Enfin, celle du verbe aller emprunte ses formes à trois verbes latins, vadere, ire et ambulare, à l’origine de « vais », « irai » et « allons ».

Serge C. (France)

Le 2 décembre 2021

Courrier des internautes

Monsieur,

Pouvez-vous m’expliquer d’où viennent les expressions « Chambre haute » et « Chambre basse » pour se référer au Sénat et à la Chambre des députés (ainsi qu’à leur équivalent dans d’autres pays) ?

Merci par avance de votre réponse.

Serge C. (France)

L’Académie répond :

Monsieur,

Ces dénominations nous viennent des expressions anglaises upper House, pour la Chambre des lords, composée de membres de la noblesse, et lower House, pour la Chambre des communes, composée de personnes issues des autres rangs de la société. Par analogie, on a donné en France le nom de Chambre haute à la Chambre des pairs (l’ancêtre du Sénat), à laquelle on accédait par hérédité, et celui de Chambre basse, à laquelle on accédait par élection, à l’Assemblée nationale.

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