Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Maria S. (Cuba)

Le 4 février 2021

Courrier des internautes

Bonjour,

Pour exprimer le temps, on utilise dans certains cas pour ou pendant. Comment distinguer l’un de l’autre ? Dans quels contextes utilise-t-on pour et quand utilise-t-on pendant ?

Merci de votre attention.

Maria S. (Cuba)

L’Académie répond :

Madame,

Littré a traité ce point dans son Dictionnaire à l’article Pour :

« Pour, joint à un mot qui exprime le temps, signifie “pendant”, mais avec le sens d’un futur. Je n’en ai que pour un moment. Souffrez que j’interrompe pour un peu la répétition (Molière, L’Impromptu de Versailles).

Pour sert à indiquer l’époque où une chose s’est faite ou se fera, mais toujours avec le sens du futur. Ce sera pour demain. La cérémonie était pour hier (elle était pour hier, avant d’avoir lieu) ; elle est pour aujourd’hui (tant qu’elle n’est pas commencée ; dès qu’elle est commencée, on ne peut plus dire pour aujourd’hui).

Pour quand, sans interrogation, signifie “pour le temps où” : Ce que je trouve admirable, c’est qu’un homme qui s’est passé, durant la vie, d’une assez simple demeure, en veuille avoir une si magnifique pour quand il n’en a plus que faire. (Molière, Don Juan).

Pour quand, avec interrogation, signifie “pour quel temps ?” Pour quand est la fête ?

Pour jamais, ou pour toujours, signifie “pour un temps qui ne doit pas finir, pour une durée perpétuelle”. Songez-vous que je tiens les portes du palais, / Que je puis vous l’ouvrir ou fermer pour jamais ? (Racine, Bajazet). »

Rémi B. (Tours)

Le 4 février 2021

Courrier des internautes

Bonjour,

Je souhaiterais vous poser une question sur l’adjectif possessif qui précède le mot inscription. C’est un nom féminin et pourtant on voit souvent ton inscription n’est pas complète et jamais ta inscription n’est pas complète. Je voulais donc savoir s’il s’agissait d’une exception officielle ou d’une erreur qui est devenue une habitude. Merci par avance car je n’ai trouvé aucun document à ce sujet.

Rémi B. (Tours)

L’Académie répond :

Monsieur,

Devant des noms féminins commençant par une voyelle ou un h muet, les adjectifs possessifs ma, ta, sa prennent la forme du masculin pour éviter un hiatus. On dit donc mon amie, ton épée, son idée, mon orange, ton utopie, son horloge, et non *ma amie, *ta épée, *sa idée, etc.

Notons aussi qu’autrefois, dans certains cas, le a de l’adjectif possessif s’élidait (comme le fait celui de l’article défini : l’amie, l’idée, etc.) et que l’on trouvait m’amie pour mon amie.

Valérie C. (Londres)

Le 4 février 2021

Courrier des internautes

Je fais actuellement une petite étude sur les macrophytes et médias filtrants des eaux usées. Le coir, enveloppe fibreuse de la noix de coco, fait partie de ces médias filtrants. J’ai cherché son étymologie et ne l’ai pas trouvée. Et ce mot ne figure pas dans le Dictionnaire de l’Académie française. Il n’a pourtant pas l’air récent.

Bien cordialement,

Valérie C. (Londres)

L’Académie répond :

Le français emploie plutôt « fibre de coco ». Coir se rencontre surtout en anglais. Ce nom est issu d’un mot indien, kayaru, qui signifie « corde ».

Claude T. (France)

Le 7 janvier 2021

Courrier des internautes

Bonjour,

Pouvez-vous me préciser la différence entre : aspirer vers et aspirer à ?

Je vous en remercie.

Claude T. (France)

L’Académie répond :

Ces deux locutions verbales sont synonymes, mais aspirer vers, plus littéraire, est moins employé qu’aspirer à. De plus, aspirer vers ne peut se construire qu’avec un nom, tandis qu’aspirer à peut se construire avec un nom ou un infinitif. On lit ainsi dans Cinna, de Corneille (acte II, scène 1) :

« Et comme notre esprit, jusqu’au dernier soupir,

Toujours vers quelque objet pousse quelque désir,

Il se ramène en soi, n’ayant plus où se prendre,

Et, monté sur le faîte, il aspire à descendre. »

Le tour il aspire vers descendre (sans même noter le fait que la syllabe -re, à la fin d’aspire, serait placée devant une voyelle et devrait être prononcée, ce qui fausserait le vers) serait incorrect.

Gérard G. (France)

Le 7 janvier 2021

Courrier des internautes

Bonjour Mesdames les Académiciennes, Messieurs les Académiciens,

Pouvez-vous me dire si, pour les pluriels en -ou pour les sept noms communs chou, joujou, bijou, pou, hibou, genou et caillou, il est vrai que lors de l’impression du premier ou du second dictionnaire, une faute s’était glissée et que, depuis, nous utilisons un x pour le pluriel de ces mots ?

Je vous remercie.

Gérard G. (France)

L’Académie répond :

Monsieur,

Au Moyen Âge, les noms terminés en -l voyaient cette consonne se vocaliser en u devant le s de pluriel. Quand ce l était précédé d’un i, celui-ci tombait au pluriel. On avait donc un cheval, des chevaus ; un chevel, des cheveus ; un genouil, des genous ; un rossignol, des rossignous. Ce groupe -us était ordinairement noté par une abréviation qui ressemblait beaucoup à la lettre x, avec laquelle elle fut bientôt confondue. Et ces formes devinrent chevax, chevex, genox, et rossignox, mais comme le u se faisait toujours entendre et qu’on ne savait plus qu’il était noté par le x, on le conserva, ce qui donna chevaux, cheveux (c’est par analogie avec ce pluriel que cheveu remplaça la forme ancienne chevel), genoux, rossignoux (refait ensuite en rossignols par analogie, ici, avec le singulier).

Le nom pou, anciennement pouil (d’où sont tirées les formes pouilleux et épouiller), suivit la même évolution. À ces deux noms au pluriel en -x l’usage ajouta, sans véritable raison, bijou, caillou, chou, hibou et joujou.

Jules B. (France)

Le 7 janvier 2021

Courrier des internautes

Bonjour,

Je souhaite donner une réponse à ma fille qui apprend à écrire ; pourquoi le mot carré prend-il deux r ?

Jules B. (France)

L’Académie répond :

Monsieur,

Bien souvent l’orthographe s’explique par l’histoire des mots ; c’est le cas avec carré. Ce nom et adjectif est issu du latin quadratus. En passant d’une langue à l’autre il a perdu sa syllabe finale -tus, et les deux consonnes -dr- ont été prononcées « -rr- », en passant par un stade intermédiaire -tr-. Il y a d’abord eu une époque où ces deux r se faisaient entendre, puis la prononciation s’est simplifiée et, même si les deux r sont toujours notés, on n’en prononce plus qu’un. On trouve aussi ces deux lettres dans équarrir, « tailler à angles droits, tailler en carré ». Il n’y avait en revanche qu’un seul r dans l’ancien français esquire, qui est à l’origine du français « équerre » et de l’anglais « square ».

Léo D. (France)

Le 7 janvier 2021

Courrier des internautes

Madame, Monsieur,

Une question m’est venue après les annonces du chef de l’État : à partir de ce samedi, la distance autorisée pour la promenade et les activités physiques passe de un à vingt kilomètres. Je me demandais s’il existait un verbe indiquant une multiplication par vingt. Lorsqu’une chose a été multipliée par cinq, on dit qu’elle a quintuplé. La même expression existe-telle pour vingt ?

Léo D. (France)

L’Académie répond :

Monsieur,

On trouve parfois la forme vingtupler. Elle est rare, mais figure cependant dans le Dictionnaire de Littré, où l’on peut lire : « Multiplier par vingt. Vingtupler un nombre. » Dans les multiples de dix, il n’y a que dix, vingt et cent qui ont ce type de dérivé en -upler. Ajoutons également que si centupler existe, ce verbe est beaucoup moins répandu que la locution « au centuple », employée particulièrement dans l’expression Rendre au centuple.

Léo V. (Caen)

Le 7 janvier 2021

Courrier des internautes

La phrase n’auriez-vous pas du sel ? me semble correcte. Mais ne faudrait-il pas dire : n’auriez-vous pas de sel ?

Peut-on, ou non, garder le partitif du dans cette phrase ? et pourquoi ?

Merci beaucoup.

Léo V. (Caen)

L’Académie répond :

Monsieur,

Cette phrase est une interro-négative, ce qui fait que l’on attend une réponse affirmative : Si, j’ai du sel, plutôt qu’une réponse négative : Non, je n’ai pas de sel. Or, dans les propositions affirmatives, ce sont les formes positives de l’article partitif que l’on emploie : du, de la, des (Il a du sel, de la moutarde, des confitures) et non la forme négative unique de (Je n’ai pas de sel, tu n’as pas de moutarde, il n’a pas de confitures).

Bernhard H. (Allemagne)

Le 3 décembre 2020

Courrier des internautes

Actuellement j’écris un exposé sur l’école cathédrale d’Orléans ; Théodulf d’Orléans (évêque de 798 à 816) a joué un rôle très important à la direction de cette école. Dans la littérature, j’ai trouvé la phrase suivante : « Il fit partie aussi du groupe de lettrés faisant partie de la trustion de Charlemagne, groupe auquel les Romantiques ont donné abusivement le nom d’Académie palatine. » Le problème est le mot trustion. J’ai déjà consulté beaucoup de sources, mais sans résultat. Pourriez-vous m’expliquer cette notion ? Je vous remercie cordialement. 

Bernhard H. (Allemagne)

L’Académie répond :

Trustion ne figure pas dans les documents que nous avons consultés. Cela étant, « la trustion » est peut-être une mauvaise coupe de « l’antrustion », qui désigne le lien qui unissait un homme libre à son roi. Il peut aussi s’agir d’une altération du nom truste. Ce mot, tiré du latin médiéval trustis, « aide, assistance armée jurée au roi », puis « condition de celui qui a juré cette assistance » et enfin « ensemble de ceux qui sont sous ce serment », est à rapprocher de l’anglais trust, « confiance » et de l’allemand Trost, « consolation ».

Gérard A. (France)

Le 3 décembre 2020

Courrier des internautes

Quelle est la règle d’accord des noms d’unités quand ils viennent d’un nom propre ? Doit-on écrire un Pascal, deux Pascals ou deux Pascal ? Et doit-on écrire un hectoPascal ou un hecto-Pascal ? Merci de votre réponse.

Gérard A. (France)

L’Académie répond :

Monsieur,

Les unités de mesure sont des noms communs, même si elles sont tirées de noms propres. Elles ne s’écrivent donc pas avec une majuscule mais elles prennent la marque du pluriel. On écrit donc un pascal, deux pascals, comme on écrit un watt, deux watts ou un ohm, deux ohms. Quant au préfixe hecto-, il se soude ordinairement au nom avec lequel il forme un composé : des hectopascals, un hectomètre, trois hectowatts, etc. Cela étant, avec ohm, on emploie un trait d’union pour que les deux o dans hecto-ohm soient bien prononcés séparément et non comme le son « ou ».

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