Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Thierry A. (Obernai)

Le 6 octobre 2022

Courrier des internautes

Bonjour,

Je viens de lire, dans un roman traduit de l’anglais, l’expression dormir comme une bûche. Ne doit-on pas dire plutôt comme une souche ?

Thierry A. (Obernai)

L’Académie répond :

Les deux expressions s’emploient. On lit dans la 9e édition de notre Dictionnaire : « Il dort comme une bûche, d’un sommeil pesant », mais aussi « Dormir comme une souche, dormir profondément ». Nous pouvons ajouter une troisième expression toute proche, Dormir comme un sabot.

Rappelons qu’il est aussi possible de dormir comme un loir, comme une marmotte ou comme un bienheureux.

Olivier F. (France)

Le 1 septembre 2022

Courrier des internautes

Faut-il écrire quoi que ou quoique dans cette citation de Descartes ? : « L’intelligence est la chose la mieux répartie chez les hommes, parce que, quoi qu’il en soit pourvu, il a toujours l’impression d’en avoir assez, vu que c’est avec ça qu’il juge. »

Olivier F. (France)

L’Académie répond :

Monsieur,

Il faut effectivement écrire quoi que en deux mots, c’est-à-dire « quelle que soit la part d’intelligence dont il est pourvu ». Écrire quoiqu’il en soit pourvu signifierait simplement « bien qu’il en soit pourvu ».

Philippe F. (Bordeaux)

Le 1 septembre 2022

Courrier des internautes

Marin Marais a écrit un rondeau pour viole de gambe intitulé Le Troilleur. Malgré de multiples recherches, notamment dans un dictionnaire du xviiie siècle, je n’ai pas réussi à trouver la définition de troilleur. Pourriez-vous m’aider ?

Philippe F. (Bordeaux)

L’Académie répond :

Il y a plusieurs hypothèses : troilleur peut être une variante de trolleur, qui était beaucoup plus en usage. Il s’agit d’un dérivé de troller, qui était en moyen français un terme de vénerie signifiant « quêter au hasard, sans avoir de piste ». De ce sens, on en a tiré un autre qui est celui que l’on trouve dans les éditions anciennes de notre Dictionnaire et qui figure encore dans la neuvième édition, sous l’entrée trôler (graphie utilisée depuis la quatrième édition). Voyons par exemple la définition qu’en donnait la troisième :

« Il ne s’emploie que dans le style bas & populaire, pour dire, Mener, promener de tous côtez indiscrettement & hors de propos. C’est un homme qui trôlle continuellement sa femme par-tout. Il trôlle son fils dans toutes les maisons. Il est aussi neutre. C’est un homme qui ne fait que trôller tout le long du jour, pour dire, Qui ne fait que courir ça & là ; Et il est du même style. »

Mais troilleur pourrait aussi être une variante de l’ancien français troilleör, nom qui avait deux sens ; il désignait soit un fabricant de pressoir et celui qui en avait la responsabilité, soit une personne fourbe qui pressurait autrui. Comme ce rondeau est parfois présenté comme une plainte, c’est probablement à ce dernier sens qu’il faut rattacher ce nom.

Bénédicte C. (Paris)

Le 7 juillet 2022

Courrier des internautes

J’ai lu quelque part, mais je ne me souviens plus où, l’expression à bis et à blanc.

Or, j’ignore son sens. En outre, je ne l’ai pas trouvée dans les dictionnaires que j’ai consultés. Pourriez-vous me dire ce qu’elle signifie ?

Merci.

Bénédicte C. (Paris)

L’Académie répond :

Cette expression, qui signifie « de toute façon », est liée à la fabrication de la farine et du pain. Selon que le blé est broyé plus ou moins grossièrement, on obtient une farine bise, c’est-à-dire gris foncé, ou blanche, à partir desquelles on aura du pain bis ou du pain blanc. On trouve aussi la forme à bis, à blanc ; on lit ainsi, dans la première édition du Dictionnaire de l’Académie française : « On dit aussi proverbialement & bassement, Faire les choses à bis & à blanc, pour dire, Les faire en quelque sorte & à quelque prix que ce soit, justement ou injustement, de gré ou de force. »

Gustave K. (République du Congo)

Le 7 juillet 2022

Courrier des internautes

N’est-ce pas une faute de dire ou d’écrire « Je vais marier cette fille », puisque la phrase correcte devrait être « Je vais me marier avec cette fille ». C’est le pasteur, le prêtre ou le maire qui sont habilités pour marier deux personnes grâce aux pouvoirs qui leur sont conférés. Mais mon frère prétend que dire « Je vais marier cette fille » n’est pas une faute car on le dit dans le nord de la France, en Belgique et au Canada.

Gustave K. (République du Congo)

L’Académie répond :

Vous avez raison, ce sont les personnes habilitées qui marient les individus, comme l’indique notre Dictionnaire : « En parlant d’un officier d’état civil ou d’un ministre du culte. Recueillir et rendre légitime l’engagement librement consenti de deux personnes qui s’unissent par le mariage. Le maire les a mariés. C’est le curé de la paroisse qui les a mariés ». Par extension, ce verbe peut avoir comme sujet la personne qui décide du mariage, le suscite ou l’arrange « Son père l’avait marié à la fille d’un de ses amis. »

Cela étant, il est vrai que dans une langue populaire, particulièrement en Belgique et dans le Nord de la France, le verbe marier s’emploie dans une construction où le sujet est le mari et le complément d’objet direct l’épouse (et réciproquement). On en a un témoignage avec la chanson de Jacques Brel Ces gens-là :

« Et puis, y’a l’autre […] / Qui a marié la Denise / Une fille de la ville, enfin, d’une autre ville. »

Lucas M. (Suisse)

Le 7 juillet 2022

Courrier des internautes

Pourquoi prononce-t-on fosse avec un o fermé, alors que crosse, bosse, rosser et d’autres se prononcent, de manière plus logique, avec un o ouvert ?

Lucas M. (Suisse)

L’Académie répond :

Littré signale dans son Dictionnaire que fosse et grosse sont les seules exceptions parmi les mots avec une finale en -osse, qui tous se prononcent avec un o bref et ouvert. L’éditeur Estienne, au xvie siècle, expliquait déjà que le o est fermé quand il est issu d’une forme latine en -oss- (fosse et grosse sont issus de fossa et grossa). Bosse, écrit boce en ancien français, est issu du latin populaire bottia, crosse est issu du germanique krukja, et rosser, du latin populaire rustiare, lui-même dérivé de rustia, « branche, bâton ». Le o bref et ouvert de molosse, colosse et des mots en -glosse s’explique par le fait que ces mots, même s’ils sont passés par le latin, sont d’origine grecque. Cela étant, ces différences de prononciation n’ont pas toujours été très marquées puisque, dans L’Étourdi (acte II, scène iii), Molière fait rimer fosse et bosse.

Déo A. (Togo)

Le 2 juin 2022

Courrier des internautes

Je voudrais savoir pourquoi le mot aussi, employé avec le sens de « c’est pourquoi », entraîne l’inversion du sujet quand il est placé en début de proposition.

Déo A. (Togo)

L’Académie répond :

Cette construction est un héritage de la syntaxe de l’ancien français, qui voulait que toute proposition s’ouvre sur un élément tonique autre que le verbe, qui, lui, occupait la deuxième place. Si cet élément était un complément direct ou indirect, un complément prépositionnel, un attribut du sujet, un adverbe, le sujet se trouvait rejeté derrière le verbe.

Cet usage s’est en partie maintenu en français contemporain, dans la langue soutenue, en particulier avec certains adverbes (ainsi va la vie, ainsi finit l’histoire ; aussi aimerait-il que... ; soudain arrivent deux cavaliers ; peut-être désirez-vous que…) et avec certains compléments circonstanciels (et au milieu coule une rivière ; le lendemain arrivèrent les secours).

Flore V. (Tours)

Le 2 juin 2022

Courrier des internautes

J’ai souhaité employer le verbe traire au passé simple. Or, il m’est apparu que non seulement ce verbe ne se conjuguait pas à ce temps, mais aussi qu’il en était de même pour ses dérivés. De quelle évolution de la langue ce phénomène est-il le fruit ? N’existe-t-il réellement aucune forme de traire au passé simple ?

Flore V. (Tours)

L’Académie répond :

De fait, traire et ses dérivés sont aujourd’hui des verbes défectifs. Il n’en a pas toujours été ainsi puisque, en ancien français, ce verbe, qui avait alors tous les sens de notre verbe tirer, avait même deux formes de passé simple :

Je tres ou trais

Tu tresis ou traisis

Il trest ou traist

Nous tresimes ou traisimes

Vous tresistes ou traisistes

Ils trerent ou trairent

Phonétiquement, les 1re et 3e personnes du singulier étaient semblables à celles du présent, ce qui pouvait créer des difficultés. C’est pourquoi, dès le xiie siècle, tirer, beaucoup plus régulier car appartenant au premier groupe, s’est substitué à traire dans la plupart des emplois, et cette désaffection a contribué à l’abandon des formes de passé simple.

Oscar S. (Australie)

Le 2 juin 2022

Courrier des internautes

J’aimerais savoir comment le s, qui existait au milieu de certains mots en français du xvie siècle, mais qui n’apparaît plus maintenant, a été prononcé. Par exemple, comment aurait-on dit « mesme », « teste » et « estre » ?

Oscar S. (Australie)

L’Académie répond :

Ces s sont des traces de l’origine latine de ces mots : « teste » est issu de testa ; « mesme », de metipsimus, qui a évolué en meïsme, puis meesme et enfin mesme ; « estre » est issu de essere, réfection, sur le modèle de amare, de la forme classique esse.

Mais ces s n’étaient plus qu’une trace graphique et on prononçait, déjà au xvie siècle, « même » et « tête ».

Ce point est d’ailleurs mentionné dans la préface de la première édition du Dictionnaire de l’Académie française. On y lit : « L’Académie s’est attachée à l’ancienne Orthographe receuë parmi tous les gens de lettres, parce qu’elle ayde à faire connoistre l’Origine des mots. C’est pourquoy elle a creu ne devoir pas authoriser le retranchement que des Particuliers, & principalement les Imprimeurs ont fait de quelques lettres, à la place desquelles ils ont introduit certaines figures qu’ils ont inventées, parce que ce retranchement oste tous les vestiges de l’Analogie & des rapports qui sont entre les mots qui viennent du Latin ou de quelque autre Langue. Ainsi elle a écrit les mots Corps, Temps, avec un P, & les mots Teste, Honneste, avec une S, pour faire voir qu’ils viennent du Latin Tempus, Corpus, Testa, Honestus. »

Louise D. (La Rochelle)

Le 5 mai 2022

Courrier des internautes

Bonjour,

J’ai appris autrefois en histoire le mot « pentacomédine », mais je ne me souviens plus de son sens et ne le trouve pas dans le dictionnaire.

Louise D. (La Rochelle)

L’Académie répond :

Madame,

La forme exacte est pentacosiomédimne. Ce nom désigne, dans la législation de Solon, la classe censitaire la plus riche à Athènes. Les pentacosiomédimnes étaient les citoyens qui avaient un revenu annuel de plus de 500 (pentakosioi en grec) médimnes de blé (medimnos en grec). Cette mesure, le médimne, valait, en fonction des époques, entre 50 et 60 litres. Au-dessous, on trouvait les cavaliers (hippeis), qui avaient les moyens d’avoir un cheval et donc un revenu supérieur à 300 médimnes. Ensuite venaient les zeugites, un nom tiré de zugon, « joug », parce que ceux-ci avaient les moyens d’avoir un attelage de bœufs, c’est-à-dire un revenu supérieur à 200 médimnes. La dernière classe était celle des thètes, des ouvriers agricoles salariés et le plus souvent sans terre. De l’appartenance à l’une ou l’autre de ces classes dépendait la possibilité d’accéder à telle ou telle magistrature.

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