Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Clément H. (France)

Le 4 mars 2021

Courrier des internautes

Je suis collégien en Alsace. Durant un cours d’allemand sur les sports je me suis rendu compte que les Allemands ont leur propre mot pour Football. J’aimerais savoir pourquoi, en France, nous n’avons pas traduit ce mot. Merci d’avance.

Clément H. (France)

L’Académie répond :

Contrairement à d’autres peuples, comme les Allemands ou les Italiens, nous avons gardé aux sports pratiqués avec un ballon leur nom d’origine, que celui-ci soit anglais (football, basket-ball, volley-ball, rugby) ou allemand (handball), parce que ceux-ci sont relativement récents et nous viennent de l’étranger. Pour l’athlétisme, dont les épreuves ont des noms beaucoup plus anciens puisque certaines étaient déjà pratiquées dans la Grèce antique, nous avons des formes françaises, comme « lancer du disque », de même que les Anglais ont leur propre forme discus throw, et les Allemands Diskuswurf.

Conny C. (Suisse)

Le 4 mars 2021

Courrier des internautes

Bonjour,

Pourquoi utilisons-nous l’accent circonflexe ?

Conny C. (Suisse)

L’Académie répond :

L’accent circonflexe peut avoir plusieurs rôles. Il indique la fermeture et l’allongement d’une voyelle comme dans rôle, pôle, etc.

Il sert aussi à noter la chute d’un ancien s dans des noms comme forêt, hôpital, pâte, et dans des formes de passé simple comme aimâtes, prîtes, voulûtes, etc.

Il peut aussi noter la chute d’un e, comme dans les adverbes assidûment ou ardûment, ou dans les adjectifs comme sûr, mûr. Dans ce dernier cas, il permet aussi de distinguer des homonymes : les prépositions sur et du de l’adjectif sûr et du participe passé masculin ; le nom mur de l’adjectif mûr ; les passés simples de l’indicatif à la troisième personne, prit, voulut, des imparfaits du subjonctif prît, voulût.

Michael P. (États-Unis)

Le 4 mars 2021

Courrier des internautes

Je suis anglophone. J’aime apprendre le français. Quelle est la différence entre casser, briser et rompre ?

Michael P. (États-Unis)

L’Académie répond :

La réponse se trouve dans le Dictionnaire de Littré :

« CASSER, ROMPRE, BRISER. Ces trois mots expriment que, dans un objet, la continuité est détruite. Ils diffèrent en ce que casser, c’est la détruire en un coup, en une fois ; rompre, c’est la détruire avec un effort, avec le temps ; briser, c’est mettre en pièces. Un coup de barre cassa l’essieu ; un coup de feu le brisa ; une charge trop pesante le rompit. Il faut ajouter que l’étymologie de casser est complexe, venant à la fois de cassus, « vain, vide, nul », et de quassare, « briser » ; de ce côté casser n’a plus de synonymie avec rompre : on casse un contrat, un testament, un officier, mais on ne les rompt pas ; on rompt une alliance, mais on ne la casse pas. »

Jean-Pierre F. (Cameroun)

Le 4 février 2021

Courrier des internautes

Doit-on dire « par le temps qui court » ou « par les temps qui courent », et pourquoi ?

Jean-Pierre F. (Cameroun)

L’Académie répond :

Monsieur,

L’expression par le temps qui court, très présente au xixe siècle n’est pas incorrecte, mais elle n’est plus en usage ; c’est maintenant par les temps qui courent que l’on emploie, sans doute parce que, dans cette expression, la valeur temporelle du nom temps s’est peu à peu atténuée au profit de celle de « circonstances », qui s’exprime beaucoup plus couramment au pluriel.

Lyam (France)

Le 4 février 2021

Courrier des internautes

Bonjour je m’appelle Lyam. J’ai 8 ans et j’aimerais savoir d’où viennent les noms de doigts. Merci de votre réponse.

Lyam (France)

L’Académie répond :

Lyam,

Ces noms viennent du latin. « Pouce » est issu de pollex ; « index » vient d’une forme latine identique, index, qui est dérivée du verbe dicare, « montrer » (l’index est le doigt qui sert à montrer) ; « majeur » vient du latin major, le comparatif de magnus, « grand » (« majeur » est donc le nom du plus grand doigt) ; « annulaire » est tiré du latin anularis, un dérivé de anus, « anneau », l’annulaire étant le doigt où l’on passe l’anneau de mariage ; enfin, le « petit doigt », qui est aussi appelé « auriculaire », un nom tiré du latin auris, « oreille » est ainsi nommé parce qu’il est suffisamment petit pour entrer dans l’oreille.

Maria S. (Cuba)

Le 4 février 2021

Courrier des internautes

Bonjour,

Pour exprimer le temps, on utilise dans certains cas pour ou pendant. Comment distinguer l’un de l’autre ? Dans quels contextes utilise-t-on pour et quand utilise-t-on pendant ?

Merci de votre attention.

Maria S. (Cuba)

L’Académie répond :

Madame,

Littré a traité ce point dans son Dictionnaire à l’article Pour :

« Pour, joint à un mot qui exprime le temps, signifie “pendant”, mais avec le sens d’un futur. Je n’en ai que pour un moment. Souffrez que j’interrompe pour un peu la répétition (Molière, L’Impromptu de Versailles).

Pour sert à indiquer l’époque où une chose s’est faite ou se fera, mais toujours avec le sens du futur. Ce sera pour demain. La cérémonie était pour hier (elle était pour hier, avant d’avoir lieu) ; elle est pour aujourd’hui (tant qu’elle n’est pas commencée ; dès qu’elle est commencée, on ne peut plus dire pour aujourd’hui).

Pour quand, sans interrogation, signifie “pour le temps où” : Ce que je trouve admirable, c’est qu’un homme qui s’est passé, durant la vie, d’une assez simple demeure, en veuille avoir une si magnifique pour quand il n’en a plus que faire. (Molière, Don Juan).

Pour quand, avec interrogation, signifie “pour quel temps ?” Pour quand est la fête ?

Pour jamais, ou pour toujours, signifie “pour un temps qui ne doit pas finir, pour une durée perpétuelle”. Songez-vous que je tiens les portes du palais, / Que je puis vous l’ouvrir ou fermer pour jamais ? (Racine, Bajazet). »

Rémi B. (Tours)

Le 4 février 2021

Courrier des internautes

Bonjour,

Je souhaiterais vous poser une question sur l’adjectif possessif qui précède le mot inscription. C’est un nom féminin et pourtant on voit souvent ton inscription n’est pas complète et jamais ta inscription n’est pas complète. Je voulais donc savoir s’il s’agissait d’une exception officielle ou d’une erreur qui est devenue une habitude. Merci par avance car je n’ai trouvé aucun document à ce sujet.

Rémi B. (Tours)

L’Académie répond :

Monsieur,

Devant des noms féminins commençant par une voyelle ou un h muet, les adjectifs possessifs ma, ta, sa prennent la forme du masculin pour éviter un hiatus. On dit donc mon amie, ton épée, son idée, mon orange, ton utopie, son horloge, et non *ma amie, *ta épée, *sa idée, etc.

Notons aussi qu’autrefois, dans certains cas, le a de l’adjectif possessif s’élidait (comme le fait celui de l’article défini : l’amie, l’idée, etc.) et que l’on trouvait m’amie pour mon amie.

Valérie C. (Londres)

Le 4 février 2021

Courrier des internautes

Je fais actuellement une petite étude sur les macrophytes et médias filtrants des eaux usées. Le coir, enveloppe fibreuse de la noix de coco, fait partie de ces médias filtrants. J’ai cherché son étymologie et ne l’ai pas trouvée. Et ce mot ne figure pas dans le Dictionnaire de l’Académie française. Il n’a pourtant pas l’air récent.

Bien cordialement,

Valérie C. (Londres)

L’Académie répond :

Le français emploie plutôt « fibre de coco ». Coir se rencontre surtout en anglais. Ce nom est issu d’un mot indien, kayaru, qui signifie « corde ».

Claude T. (France)

Le 7 janvier 2021

Courrier des internautes

Bonjour,

Pouvez-vous me préciser la différence entre : aspirer vers et aspirer à ?

Je vous en remercie.

Claude T. (France)

L’Académie répond :

Ces deux locutions verbales sont synonymes, mais aspirer vers, plus littéraire, est moins employé qu’aspirer à. De plus, aspirer vers ne peut se construire qu’avec un nom, tandis qu’aspirer à peut se construire avec un nom ou un infinitif. On lit ainsi dans Cinna, de Corneille (acte II, scène 1) :

« Et comme notre esprit, jusqu’au dernier soupir,

Toujours vers quelque objet pousse quelque désir,

Il se ramène en soi, n’ayant plus où se prendre,

Et, monté sur le faîte, il aspire à descendre. »

Le tour il aspire vers descendre (sans même noter le fait que la syllabe -re, à la fin d’aspire, serait placée devant une voyelle et devrait être prononcée, ce qui fausserait le vers) serait incorrect.

Gérard G. (France)

Le 7 janvier 2021

Courrier des internautes

Bonjour Mesdames les Académiciennes, Messieurs les Académiciens,

Pouvez-vous me dire si, pour les pluriels en -ou pour les sept noms communs chou, joujou, bijou, pou, hibou, genou et caillou, il est vrai que lors de l’impression du premier ou du second dictionnaire, une faute s’était glissée et que, depuis, nous utilisons un x pour le pluriel de ces mots ?

Je vous remercie.

Gérard G. (France)

L’Académie répond :

Monsieur,

Au Moyen Âge, les noms terminés en -l voyaient cette consonne se vocaliser en u devant le s de pluriel. Quand ce l était précédé d’un i, celui-ci tombait au pluriel. On avait donc un cheval, des chevaus ; un chevel, des cheveus ; un genouil, des genous ; un rossignol, des rossignous. Ce groupe -us était ordinairement noté par une abréviation qui ressemblait beaucoup à la lettre x, avec laquelle elle fut bientôt confondue. Et ces formes devinrent chevax, chevex, genox, et rossignox, mais comme le u se faisait toujours entendre et qu’on ne savait plus qu’il était noté par le x, on le conserva, ce qui donna chevaux, cheveux (c’est par analogie avec ce pluriel que cheveu remplaça la forme ancienne chevel), genoux, rossignoux (refait ensuite en rossignols par analogie, ici, avec le singulier).

Le nom pou, anciennement pouil (d’où sont tirées les formes pouilleux et épouiller), suivit la même évolution. À ces deux noms au pluriel en -x l’usage ajouta, sans véritable raison, bijou, caillou, chou, hibou et joujou.

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