Le 23 juillet 2026
Anglicismes, Néologismes & Mots voyageurs
Nous avons vu, il y a peu, que, dans le domaine du sport, la locution anglaise back to back, proprement « dos à dos », pouvait désigner le total cumulé des performances de deux compétitions consécutives.
Mais cette locution désigne surtout aujourd’hui le fait de remporter deux fois de suite la même compétition, ce que vient de faire, par exemple, un club de football français. Cela est certes admirable, mais on rappellera que le français possède des adjectifs ou des locutions qui auraient pu rendre la même idée : on pourra dire par exemple qu’un club « a remporté pour la deuxième fois le titre de champion d’Europe » ou « a remporté pour la seconde année consécutive le titre de champion d’Europe ».
Le 23 juillet 2026
Anglicismes, Néologismes & Mots voyageurs
Le terme anglais jawline commence à se lire dans des textes français, en particulier dans des articles traitant d’esthétique masculine. À l’origine, il désigne le « dessin des mâchoires », un groupe nominal que l’on pourrait utiliser en lieu et place de cet anglicisme. Mais depuis quelque temps jawline désigne aussi une technique, particulièrement en faveur dans les milieux masculinistes, consistant à injecter de l’acide hyaluronique dans la mâchoire afin de donner un aspect plus carré à un visage jugé trop rond ou trop ovale. Dans ce dernier cas on pourrait sans doute remplacer jawline par la locution remodelage de la mâchoire.
Le 7 mai 2026
Anglicismes, Néologismes & Mots voyageurs
Le mot maître peut être un nom, auquel on appose parfois un autre nom. On rencontre des maîtres coquins, des maîtres fripons, voire des maîtres chanteurs, sans oublier les maîtres nageurs. Maître peut aussi être un adjectif et, dans ce cas, il suit ordinairement le nom qu’il qualifie. On le voit, par exemple, dans les locutions atout maître ou pièce maîtresse. Cette dernière, autrefois appelée maîtresse pièce, a d’abord désigné l’élément principal d’une charpente, puis celui d’un dossier, d’un ouvrage. Mais on se gardera bien d’employer, pour évoquer la pièce maîtresse d’une exposition se déroulant en France, l’anglais masterpiece, comme cela se fait pourtant parfois, puisque ce faux ami signifie, lui, « chef d’œuvre », tandis que « pièce maîtresse » se dit, dans la langue de Shakespeare, centerpiece.
Le 7 mai 2026
Anglicismes, Néologismes & Mots voyageurs
Pour gagner un match de tennis il faut, selon le niveau des compétitions, remporter deux ou trois sets, et pour gagner un set il faut gagner six jeux. Si un joueur ne marque aucun jeu dans un set il est donc battu 6 à 0. On dit alors parfois, familièrement, que ce joueur s’est pris une roue de bicyclette, la forme de cette dernière rappelant celle du zéro. Du joueur qui a perdu deux sets sur ce score, on dit qu’il s’est pris une double roue de bicyclette, voire qu’il pourra rentrer à bicyclette. Ces expressions sont installées depuis longtemps dans la langue du sport, mais roue de bicyclette commence maintenant à y être concurrencé par un nom venant de l’anglais des États-Unis, qui lui-même le tient du yiddish : bagel. Celui-ci, qui est un parent du nom « bague », désigne en effet une pâtisserie, en anneau, dont la forme peut, elle aussi, rappeler celle d’un zéro.
Le 2 avril 2026
Anglicismes, Néologismes & Mots voyageurs
Contrairement à ce qu’indique cet intitulé, il ne s’agit pas ici de trancher un débat pour cinéphiles, mais de s’interroger sur un étrange acronyme. Les amateurs de sport ont une activité qui les occupe beaucoup : désigner, dans telle ou telle discipline, voire en mêlant toutes les disciplines, le meilleur joueur ou athlète de tous les temps. On peut s’étonner que le vainqueur de cette compétition, le champion des champions, le plus grand de tous les temps soit maintenant fréquemment désigné par l’acronyme de la forme anglaise greatest of all time, à savoir goat, terme qui signifie « chèvre » et s’emploie dans un sens tout à fait contraire dans les sports de balle, pour qualifier un joueur étonnamment mauvais et maladroit.
Le 2 avril 2026
Anglicismes, Néologismes & Mots voyageurs
Il existe de nombreuses expressions françaises qui sont des calques, c’est-à-dire des traductions terme à terme, de l’anglais. Celles-ci, le plus souvent imagées, sont parfaitement intégrées à notre langue et n’ont rien qui heurte l’oreille. On a ainsi, parmi beaucoup d’autres, Guerre froide, rideau de fer, cols blancs et cols bleus, homme de la rue, etc. Mais il en est d’autres dont la traduction littérale n’est pas toujours aussi heureuse et dont on pourrait facilement se passer puisque le français dispose déjà de mots ou d’expressions qui rendent compte de ce que dit l’anglais. C’est le cas pour la locution to take action, que l’on traduit ordinairement par « intervenir ». On évitera de la calquer pour en faire « prendre l’action », voire « prendre action », qui commencent pourtant à s’entendre et à se lire ici ou là. Si l’on souhaite des locutions se rapprochant plus de l’anglais que le verbe « intervenir », on pourra songer, en fonction du contexte, à « prendre des mesures », voire à « passer à l’action ».
Le 5 mars 2026
Anglicismes, Néologismes & Mots voyageurs
L’athlétisme fut, pour l’essentiel, codifié dans le monde anglo-américain mais, avec le temps, le système métrique s’est imposé, les courses en mètres remplaçant les courses en yards ou en miles. Il subsiste cependant quelques vestiges de cette époque révolue : le mile est toujours une des courses les plus prestigieuses du demi-fond et les lanceurs de poids et de marteau propulsent une sphère de 7,260 kilogrammes ou, mieux, de 16 livres anglaises, le poids officiel de petits boulets de canon que les soldats de Sa Majesté, à leurs heures perdues, s’essayaient à lancer le plus loin possible. Mais aujourd’hui, théoriquement, dans notre pays, l’athlétisme parle français. Il est cependant attaqué. Il y a peu, dans une compétition nationale, une athlète battit, et de fort belle manière, un record de France. On doit la féliciter mais on peut regretter que, sur le panneau signalant cette performance, on ait pu lire National Record. Gageons que Record de France aurait été aussi bien compris des spectateurs, et même des athlètes étrangers qui avaient pris part à cette course.
Le 11 février 2026
Anglicismes, Néologismes & Mots voyageurs
On rencontre souvent, dans le domaine du sport, la locution anglaise boxing day pour désigner le 26 décembre ou, plus largement, la période s’étendant de Noël au jour de l’an et durant laquelle, en raison des fêtes, la plupart des compétitions sont suspendues en France et dans plusieurs pays d’Europe, mais non en Angleterre. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, puisqu’il s’agit de sport, le terme boxing n’est pas lié à la boxe : il est dérivé du nom box, « boîte », pris au sens de « cadeau ». À l’origine, la tradition voulait en effet qu’à cette date on fasse des cadeaux aux plus démunis. Aujourd’hui le sens de boxing day s’est un peu étendu et il désigne essentiellement la période qui suit Noël et durant laquelle les magasins se remplissent de clients désireux de faire des affaires en achetant, à bas prix, des produits n’ayant pas encore trouvé preneurs.
Le 8 janvier 2026
Anglicismes, Néologismes & Mots voyageurs
Étrange mot que ce banger ; il appartient à un anglais populaire et peut désigner une saucisse, comme c’est le cas dans la locution banger and mash, « saucisse purée », un plat considéré comme typiquement britannique, mais aussi « un pétard » et, par extension, « de la musique rythmée » et, enfin, « une chose de grande qualité ». C’est ce dernier sens que l’on donne en français à ce mot, mais le plus souvent en l’employant comme adjectif. Il est banger ou c’est banger, dans lesquels on prononce [bæŋəʁ], commencent à s’entendre pour évoquer une personne ou une chose qui font beaucoup d’effet. La langue française a à sa disposition de nombreuses formes rendant cette idée. On pourrait ainsi songer, l’image du pétard contenue dans banger aidant, à la locution familière c’est de la bombe.
Le 8 janvier 2026
Anglicismes, Néologismes & Mots voyageurs
Le verbe choquer se rencontre dans des domaines spécialisés : en pathologie, il signifie « produire dans l’organisme et le psychisme une brusque perturbation », tandis, que dans la marine, choquer, c’est « diminuer la tension d’un cordage ».
Dans la langue courante, ce verbe a pour sens « heurter » mais aussi « produire une impression désagréable sur l’organe d’un sens » et, de là, « offenser, scandaliser ». Ces derniers sens sont chargés de connotations négatives fortes, profondément ancrées dans la langue ; aussi est-il préférable de ne pas ajouter à choquer une autre signification, de sens opposé, semblant venir de l’anglais des États-Unis, et entrée dans la langue française par le monde du sport, celle de « provoquer l’admiration, impressionner favorablement ». On évitera donc, pour ne pas risquer d’être mal compris, de dire ou d’écrire, par exemple, que le basketteur français Wembanyama choque les spectateurs du championnat des États-Unis de basket, quand on veut indiquer qu’il les stupéfie par son talent.
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