Dire, ne pas dire

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Banger

Le 8 janvier 2026

Anglicismes, Néologismes & Mots voyageurs

Étrange mot que ce banger ; il appartient à un anglais populaire et peut désigner une saucisse, comme c’est le cas dans la locution banger and mash, « saucisse purée », un plat considéré comme typiquement britannique, mais aussi « un pétard » et, par extension, « de la musique rythmée » et, enfin, « une chose de grande qualité ». C’est ce dernier sens que l’on donne en français à ce mot, mais le plus souvent en l’employant comme adjectif. Il est banger ou c’est banger, dans lesquels on prononce [bæŋəʁ], commencent à s’entendre pour évoquer une personne ou une chose qui font beaucoup d’effet. La langue française a à sa disposition de nombreuses formes rendant cette idée. On pourrait ainsi songer, l’image du pétard contenue dans banger aidant, à la locution familière c’est de la bombe.

« Choquer » au sens de « Provoquer l’admiration, impressionner favorablement »

Le 8 janvier 2026

Anglicismes, Néologismes & Mots voyageurs

Le verbe choquer se rencontre dans des domaines spécialisés : en pathologie, il signifie « produire dans l’organisme et le psychisme une brusque perturbation », tandis, que dans la marine, choquer, c’est « diminuer la tension d’un cordage ».

Dans la langue courante, ce verbe a pour sens « heurter » mais aussi « produire une impression désagréable sur l’organe d’un sens » et, de là, « offenser, scandaliser ». Ces derniers sens sont chargés de connotations négatives fortes, profondément ancrées dans la langue ; aussi est-il préférable de ne pas ajouter à choquer une autre signification, de sens opposé, semblant venir de l’anglais des États-Unis, et entrée dans la langue française par le monde du sport, celle de « provoquer l’admiration, impressionner favorablement ». On évitera donc, pour ne pas risquer d’être mal compris, de dire ou d’écrire, par exemple, que le basketteur français Wembanyama choque les spectateurs du championnat des États-Unis de basket, quand on veut indiquer qu’il les stupéfie par son talent.

Comfort food

Le 11 décembre 2025

Anglicismes, Néologismes & Mots voyageurs

« Confortable est un anglicisme très intelligible et très nécessaire à notre langue, où il n’a pas d’équivalent ; ce mot exprime un état de commodité et de bien-être qui approche du plaisir, et auquel tous les hommes aspirent naturellement, sans que cette tendance puisse leur être imputée à mollesse et à relâchement de mœurs. » Voilà ce qu’écrit Charles Nodier dans son Examen critique des dictionnaires de la langue française. L’adjectif anglais comfortable est lui-même tiré de l’ancien français confortable, qui signifiait « qui conforte, qui réconforte ». Le nom anglais comfort, contrairement au français confort, a conservé ce sens que l’on retrouve dans notre « réconfort ». C’est aussi celui qu’il a dans la locution anglaise comfort food, qui désigne un type de nourriture qui remonte le moral, qui réconforte. Il est sans doute préférable, en français, d’éviter d’employer cette locution qui pourrait être mal comprise.

Keep in touch

Le 11 décembre 2025

Anglicismes, Néologismes & Mots voyageurs

Les expressions, les locutions, les mots anglais qui n’ont guère d’équivalents dans notre langue s’y ancrent facilement. Parmi tant d’autres, on pourrait citer no man’s land, globe-trotter, week-end, badge, handicap, rugby, etc. Mais il en est d’autres, plus nombreux encore, qui ont des équivalents français bien établis. On privilégiera, dans ce dernier cas, la forme française. Il en va ainsi pour l’expression keep in touch, qui pourrait être aisément remplacée par des tours comme « garder le contact » ou « rester en contact ».

Un catalogue curaté par…

Le 6 novembre 2025

Anglicismes, Néologismes & Mots voyageurs

Le nom curateur désigne ordinairement une personne nommée par le juge des tutelles pour assister un majeur incapable ou un mineur émancipé, ou pour régir une succession vacante ou un bien abandonné. Quant à l’expression curateur au ventre, qui fut popularisée par Les Rois maudits, de Maurice Druon, elle désignait celui qui était chargé par le conseil de famille de veiller aux intérêts de l’enfant dont une femme était enceinte au moment du décès de son mari. En anglais, le nom curator, tout proche par la forme, ajoute à ces sens ceux de « conservateur de musée » et de « commissaire d’exposition ». Quant au verbe to curate, il peut signifier « être commissaire », s’agissant d’une exposition, ou désigner le fait de rédiger le catalogue de cette exposition. C’est ce verbe, rédiger, ou d’autres comme organiser, préparer, écrire, composer, que l’on emploiera en français et non l’étrange curater que l’on commence à rencontrer aujourd’hui.

Hosté par…

Le 3 octobre 2025

Anglicismes, Néologismes & Mots voyageurs

L’anglais host est emprunté de l’ancien français (h)ost(e), « hôte », lui-même issu du latin hospes, de même sens. Il n’y a pas en français de verbe hôter, sans doute parce que l’homonymie avec ôter aurait entraîné de grandes confusions, alors que l’anglais utilise couramment to host, « accueillir ». Pourtant depuis quelque temps, on peut lire dans des textes français, en particulier quand ils traitent de la mode ou de la publicité, l’étrange hybride hosté par, employé au sens d’« accueilli, hébergé, reçu par », voire « abrité par ». Gageons que l’un ou l’autre de ces tours pourraient se substituer à cet anglicisme.

Medal table, placing table

Le 3 octobre 2025

Anglicismes, Néologismes & Mots voyageurs

Le monde du sport de compétition suppose des classements entre les différents participants. Il y a donc des premiers, des deuxièmes, des troisièmes, etc., qui sont éventuellement récompensés par des médailles, dont le métal ou la couleur signale leur place. Mais si l’on classe les athlètes, on classe également les pays dont ils sont originaires. Aussi, après des Jeux olympiques, des championnats du monde ou des championnats continentaux, présente-t-on un « tableau des médailles », que nos amis anglais appellent medal table. Depuis quelque temps, pour affiner ces données, on y inclut le nombre de finalistes que chaque pays a obtenus. En anglo-américain, cette liste s’appelle placing table. Il serait sans doute préférable, plutôt que d’emprunter cette locution, de parler, par analogie avec « tableau des médailles », de « tableau des finalistes ».

Débunker

Le 3 juillet 2025

Anglicismes, Néologismes & Mots voyageurs

On pouvait lire il y a peu, dans un grand journal du soir : « Si la perspicacité de certains internautes a permis de débunker ce kangourou virtuel, il a lancé un véritable débat. » Nous oublierons le kangourou pour nous pencher sur cet anglicisme, débunker. C’est une transcription du verbe anglo-américain to debunk, qui signifie familièrement « tourner en ridicule », mais aussi « démystifier ». L’histoire de ce verbe n’est pas sans intérêt. C’est un dérivé de bunk, « foutaises », lui-même abréviation de bunkum, de même sens. Quant à ce dernier, il s’agit d’une altération de Buncombe, nom d’un comté de Caroline du Nord devant sa célébrité à son représentant, Felix Walker (1753-1828), qui prit longuement la parole au Congrès pour mettre en avant sa circonscription. Son discours, très long et plein d’incongruités, exaspéra tellement ses collègues que buncombe, plus tard transformé en bunkum, devint le nom de toute harangue politique sans intérêt puis, plus largement, de tout propos oiseux. Aujourd’hui l’anglicisme débunker, s’emploie avec le sens de « mettre au jour une supercherie », « dénoncer une supercherie », « tourner en ridicule », « démystifier », expressions et verbe que le français pourrait utiliser.

Il faut sauver le nom « semaine »

Le 3 juillet 2025

Anglicismes, Néologismes & Mots voyageurs

1 000 ans ! Encore un quart de siècle et ce sera l’âge du nom semaine. Il a pour lui d’entrer dans le titre d’un roman de Jules Verne, Cinq Semaines en ballon, et d’Aragon, La Semaine sainte. La semaine des quatre jeudis fut naguère l’inaccessible Graal de générations d’écoliers. La semaine de quarante heures fut l’une des revendications majeures du Front populaire, suivie, bien plus tard, par la semaine de trente-cinq heures. Autant d’expressions qui ont donné à ce terme une assise temporelle, culturelle et historique qui devrait lui assurer une forme de pérennité. Le voici pourtant menacé. On parle depuis quelques années déjà de la fashion week, qui pourrait sans doute être remplacée, en pays francophone, par une « semaine de la mode », et voici qu’arrive maintenant l’étonnante France music week. Gageons qu’une « semaine de la musique » aurait été aussi compréhensible et sans doute préférable puisque, au nombre des temps forts de cette semaine, figurent des « sessions de création sur la thématique de la francophonie à la Cité internationale de la langue française ». Notons de surcroît qu’il existe déjà une semaine de la poésie, une semaine de la critique au festival de Cannes, et enfin une semaine de la langue française et de la francophonie qu’il serait bien malséant d’angliciser…

Arrête de flex !

Le 19 juin 2025

Anglicismes, Néologismes & Mots voyageurs

L’anglais et le français flexible ont les mêmes sens. Aujourd’hui on fait parfois de flex, dans une langue familière ou technocratique, une abréviation de flexible, sans qu’il soit vraiment possible de décider si cette abréviation, qui peut autant qualifier un espace modulable qu’un employé qui sait aisément s’adapter à de nouvelles contraintes, est anglaise ou française.

Mais ce n’est pas le seul sens de cet anglicisme. En anglais, to flex signifie d’abord « fléchir, tendre, bander (un muscle, un arc, etc.) » ; par extension, il a aussi pris le sens de « faire étalage de sa force » et, de là, celui de « se mettre en avant », que l’on rencontre aujourd’hui en français dans des tours comme : « Je ne voudrais pas flex, mais … » ou « Arrête de flex ! » Notons, après avoir constaté que cette attitude pourrait facilement être désignée par des verbes ou locutions verbales comme « se vanter, vouloir en imposer » ou, plus familièrement, « crâner», etc., que, jusqu’à présent, quand un verbe anglais entrait dans notre langue, on lui donnait, à tout le moins, une terminaison propre au français : spoiler, briefer, chatter, etc., ce qui ne se fait même plus avec flex.

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