Dire, ne pas dire

Un joli Noël

Le 2 décembre 2021

Bonheurs & surprises

Le nom Noël est issu de l’adjectif latin natalis, tiré de l’expression natalis dies, « jour de naissance ». Le fait que, dans une locution latine composée d’un adjectif et d’un nom, c’est de l’adjectif que soit tiré le nom français ne doit pas nous étonner : nous savons que foie vient de l’adjectif ficatum, « (foie) farci avec des figues », hermine, de armenius, « (rat) d’Arménie », bronze, de brundisium, « (airain) de Brindisi ».

Noël, natalis dies, fait bien sûr référence à la date supposée de la naissance du Christ. C’est une singularité dans le latin chrétien ; en effet, quand il s’agissait de saints, natalis dies ne désignait pas le jour de leur naissance, mais celui de leur mort terrestre, considéré comme celui de leur naissance à la vie éternelle.

D’un pays à l’autre, cette fête n’est pas désignée de la même manière. Nos amis anglais disent Christmas, proprement « célébration du Christ », et chez eux Noël semble être la fête par excellence, puisque Christmas comes but once a year est l’équivalent de notre proverbe « Ce n’est pas tous les jours dimanche ». L’allemand dit Weihnacht, « nuit consacrée », et notre « Noël au balcon, Pâques au tison » se transforme en Weihnacht im Klee, Ostern im Schnee, proprement « Noël au trèfle, Pâques à la neige ». Notons aussi que, si en France c’est souvent une dinde qui fait les frais des agapes liées à cette fête, de l’autre côté du Rhin c’est die Weihnachtgans, « l’oie de Noël », qui est sacrifiée. L’espagnol dit navidad, « nativité, naissance », mais la forme de pluriel pascuas, proprement « les pâques », désigne aussi le temps compris entre Noël et l’Épiphanie.

Le temps de Noël était, au Moyen Âge, une période de paix et de réconciliation : on parlait aussi de la trêve (ou de la paix) de Dieu. Celle-ci s’observa encore dans certaines tranchées pendant la Première Guerre mondiale. Elle avait cependant, depuis le début de la Troisième République, partiellement perdu son caractère religieux et, parallèlement à cette trêve de Dieu, existait déjà celle des confiseurs. L’académicien Albert de Broglie a expliqué l’apparition de cette locution : « On convint de laisser écouler le mois de décembre [1874] pour ne pas troubler par nos débats la reprise d’affaires commerciales qui, à Paris et dans les grandes villes, précède toujours le jour de l’an. On rit un peu de cet armistice, les mauvais plaisants l’appelèrent la trêve des confiseurs. »

Oublions, à l’occasion de cette trêve, notre lutte contre les anglicismes de mauvais aloi et voyons comment Noël rapproche le français et l’anglais. Celui-ci nous a emprunté noel, pour désigner le temps de Noël ou un chant de Noël, mot qui existe aussi sous une forme archaïque et plus anglicisée nowel. Il est un autre nom, qui fit, après un voyage déjà long, halte chez nous avant de traverser la Manche : le grec khoraulês (dans lequel on reconnaît khoros, « chœur », et aulos, « flûte ») désigne un joueur de flûte qui accompagne un chœur de danse. Martial emprunta le mot et en fit choraulês, que Suétone latinisa en choraula dans son Néron. La langue populaire simplifia cette forme en corolla, puis l’ancien français en carole, qui désignait une ronde populaire accompagnée de chants. Avançons encore un peu dans le temps et vers l’ouest. La carole, en traversant la Manche, perdit son e final pour désigner des chants de Noël, les fameux Christmas carols.

Notons enfin qu’en Angleterre la période de Noël est parfois appelée yuletide, forme tirée de l’ancien scandinave jöl, aussi à l’origine de jul, « Noël » en suédois et en norvégien, mais qui, autrefois, désignait les fêtes païennes de la lumière organisées quand les jours commençaient à rallonger. Ces fêtes anciennes célébraient, nous dit Littré, le tour que fait le soleil retournant sur ses pas au solstice d’hiver, et cette idée de retour explique que ce mot soit à l’origine de l’anglais wheel, « roue ». Mais c’est aussi de cette forme jöl qu’ont été tirés l’ancien français se jolivier, « faire la fête », et – d’abord avec le sens de « festif » et sous la forme « jolif » – notre adjectif joli.