Dire, ne pas dire

Le galant et la galette

Le 11 février 2026

Expressions, Bonheurs & surprises

Le nom galette est dérivé, parce qu’on lui trouvait quelque ressemblance avec celui-ci, de galet, un diminutif de l’ancien français gal, « caillou ». Ce dernier est probablement issu du gaulois gallos, « pierre, rocher », qui pourrait aussi être à l’origine de galoche, la semelle rigide de cette chaussure pouvant être comparée à une pierre plate. Mais, en ancien français, il existait un autre galet désignant, lui, un joyeux luron, un homme aimant les plaisirs, et qui avait pour féminins galete, galecte et galette. Ce mot était dérivé de galer, « se réjouir », lui-même issu d’une forme wala, « bien », à laquelle nos amis anglais et allemands sont redevables des adverbes well et wohl, de même sens. C’est aussi de ce verbe galer (qu’on lit dans Le Testament de Villon : « Je plains le temps de ma jeunesse, / Ouquel j’ay plus qu’autre gallé… ») qu’a été tiré, après un passage par le provençal, le nom galéjade. On n’oubliera pas le déverbal gale, « réjouissance », que l’espagnol a emprunté pour en faire le terme gala, désignant un vêtement d’apparat et que nous avons repris au sens de « fête empreinte de faste », ni le nom galerie, qui désignait au Moyen Âge une joyeuse fête. Dans cette famille, c’est le participe présent de galer, galant, qui s’est le mieux conservé. Comme grand, petit et d’autres adjectifs, il n’avait pas le même sens selon qu’il était antéposé ou postposé, comme le signale la 1re édition de notre Dictionnaire, mais aussi Littré, qui écrivait à ce sujet : « Le galant homme est celui qui a de la probité et de l’honneur (en anglais a gallant officer désigne un officier brave, courageux) ; l’homme galant est celui qui se rend aimable auprès des dames. » Mais force est de constater qu’aujourd’hui galant, qu’il soit postposé ou non, s’applique essentiellement au second.

Ajoutons que, la distribution des patronymes étant parfois bien faite, c’est à ce mot, galant, avec quelques variantes orthographiques, qu’Antoine Galland, le premier traducteur français des Mille et Une Nuits, ouvrage dont certains épisodes « ont trait aux choses de l’amour », doit son nom. Cela étant, qui chercherait aujourd’hui galer dans un dictionnaire, au sens de « se réjouir », serait bien déçu. On trouve certes ce verbe dans les six premières éditions du Dictionnaire de l’Académie française, mais c’est avec cette définition : « Gratter. Ne se dit que des personnes qui ont la gale, & se met plus ordinairement avec le pronom personel. Il ne fait que se galer. » (1re édition). Gale n’a bien sûr plus rien à voir ici avec la fête, mais désigne une maladie contagieuse de la peau apparaissant chez l’homme, et caractérisée par une éruption de vésicules causant de vives démangeaisons…

Voyons, pour en finir avec notre galant, le nom trousse-galant. Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, trousser n’est ici en rien lié à l’amour ou à la sensualité, puisqu’il signifie « tuer, expédier ». On lisait dans la 1re édition de notre Dictionnaire, à cette entrée : « La maladie estoit violente, elle l’a troussé en deux jours » ; quant au trousse-galant, c’était, comme on le lisait dans cette même édition, une « sorte de maladie perilleuse qui fait mourir promptement, & qu’on appelle ordinairement, Cholera morbus ».

Le galant éliminé, revenons à notre galette ou plutôt à nos galettes. Ce mot désigne en effet deux réalités assez dissemblables : aujourd’hui, le plus ordinairement, une crêpe de blé noir, parfois agrémentée d’un œuf, de jambon ou de fromage, mais aussi, et c’est le sens le plus ancien de ce nom, un gâteau rond et plat, fait principalement de farine et de beurre, en particulier celui qui est confectionné à l’occasion de l’Épiphanie et qui contient une fève pour que les convives puissent tirer les Rois. Signalons toutefois que la locution galette des rois est assez récente. On lisait dans la 1re édition de notre Dictionnaire : « On appelle, Le jour de l’Epiphanie, Le jour des Rois. Et la resjouissance qui se fait en chaque maison au souper de ce jour-là ou de la veille, s’appelle Faire les Rois. Et parce qu’entre ceux qui soupent alors ensemble, on partage un gasteau où il y a une febve, on appelle ce gasteau, Le gasteau des Rois, &, Roy de la febve, ou simplement Roy, Celuy à qui eschet la part où est la febve. […] » La locution galette des Rois n’arrive que dans la 8e édition, et elle est encore en concurrence avec gâteau des Rois dans la 9e édition. À ces sens, l’argot en a ajouté un, celui d’« argent », que la galette partage d’ailleurs avec le blé dont elle est faite. Dans son Argot des voleurs. Dictionnaire argot-français, François Vidocq nous apprend que mangeur de galette désigne un homme vénal qui reçoit de l’argent pour trahir ses devoirs. Notons pour finir que, par métonymie, la galette a aussi désigné un ensemble de personnes très fortunées.

C’est cette polysémie qui explique que d’illustres verbicrucistes proposèrent naguère ces définitions à la sagacité d’ingénieux cruciverbistes : « galette des rois » et « moulin de la galette ». Les réponses attendues étant cassette pour la première et Rolls-Royce pour la seconde.