Dire, ne pas dire

Remembrance

Le 6 juin 2013

Bonheurs & surprises

Le nom remembrance est aujourd’hui considéré comme littéraire ou vieilli. L’anglais nous a emprunté cette forme ; on la trouve d’ailleurs dans la première traduction d’À La recherche du temps perdu, Remembrance of things past, retraduit ensuite de façon plus littérale par In Search of lost time. Le français Remembrance est dérivé de l’ancien français remembrer, « se souvenir », qui a donné l’anglais to remember. Ce verbe ancien, issu du latin remomari, est un doublet populaire de remémorer qui l’a supplanté.

Remembrance est un nom très ancien, qui est  déjà présent dans la Chanson de Roland :

« Repairet lui vigur e remembrance » (La force et la mémoire lui reviennent).

On lit aussi dans une lettre du roi Édouard Ier d’Angleterre, en 1279, qui, comme tous les souverains anglais jusqu’à la fin du xive siècle, écrivait en français :

« Solum la furme de la pes ke jadis fu fete et acordé entre soen père et le nostre de noble remembrance » (Selon la forme de la paix qui fut établie jadis entre son père et le nôtre de noble mémoire).

Et souvenons-nous que Rimbaud a écrit Les Remembrances du vieillard idiot.

Par métonymie, remembrance a aussi désigné ce qui est destiné à conserver le souvenir : statue, image, portrait. On lit par exemple dans un texte du xve siècle : « Pour avoir fait et taillé en pierre de Saint Leu la remembrance du Roy… »

On notera que le suffixe -ance semble contribuer à repousser dans un temps plus lointain les souvenirs puisque, à côté de remembrance, le français dispose du synonyme lui aussi un peu archaïsant qu’est souvenance.