Dit-on « pancréa » [pɑ̃kʁea] ou « pancréasse » [pɑ̃kʁeas] ?
Dans le digramme -as, placé en fin de mot, le s n’est pas toujours articulé et l’on hésite parfois sur sa prononciation. Cette dernière ne relève cependant pas de l’arbitraire et s’explique généralement par l’histoire du mot.
Dans les mots d’origine étrangère qui ont gardé leur forme originelle, ce s se fait le plus souvent entendre. C’est, par exemple, le cas pour le mot d’origine hébraïque abraxas, pour le nom d’origine grecque psoas, pour l’adverbe d’origine latine alias, mais aussi pour le nom alcarazas, emprunté de l’arabe, al-karraz, « jarre à goulot étroit ».
Même explication pour kwas, directement emprunté du russe ; pour le nom d’origine anglaise lias, pour le nom d’origine espagnole tapas, le nom d’origine allemande plexiglas.
Ce qui est valable pour les formes tirées de noms communs l’est aussi pour celles qui nous viennent de noms propres étrangers, comme atlas, damas ou douglas, tous noms où le s final est articulé.
Pancréas vient du grec pagkreas, de même sens ; on doit donc faire entendre le s final dans ce nom.
En revanche, ce s final ne se fait entendre ni dans les noms tirés de mots français déjà existants, comme c’est le cas pour amas, bourras, embarras ou frimas, ni dans les noms issus de formes étrangères qui ont subi de nombreux changements par rapport à leur forme d’origine, comme bras, issu du latin bracchium, bas, issu de bassus, cadenas, issu de catenatum, canevas, issu de can(n)apus, cervelas, issu de cerebellum, gras issu de crassus, etc.
Notons que le s de las ne se fait pas entendre quand il est adjectif, puisque ce mot est issu du latin lassus, « fatigué », mais qu’il se prononce dans les interjections Las ! ou Hélas !, même s’il n’en a pas toujours été ainsi. Dans son Dictionnaire, Littré écrit, à l’article « Hélas » : « Quelques personnes font entendre l’s : é-las’ ; cette prononciation n’est pas à recommander ; las n’étant, dans ce mot, que l’adjectif las, qui ne se prononce jamais las. » Si aujourd’hui le s d’hélas est pourtant articulé, c’est essentiellement pour des raisons d’emphase et d’expressivité.
Notons enfin que dans certains cas, le choix reste possible de prononcer ou non ce s final, en particulier quand l’origine du nom est méconnue ou oubliée, comme dans ananas, jaconas ou vindas.