Dire, ne pas dire

Paul C. (France)

Le 23 juillet 2026

Courrier des internautes

Peut-on employer l’expression Commettre un suicide en lieu et place de Se suicider ?

Paul C. (France)

L’Académie répond :

On n’emploie plus aujourd’hui l’expression Commettre un suicide au sens de « se suicider », mais on pouvait naguère la rencontrer, en particulier dans le domaine religieux puisque, dans les trois grands monothéismes, le suicide est interdit. Ainsi, dans la tradition chrétienne, les suicidés n’étaient pas inhumés religieusement puisqu’ils étaient morts en état de péché mortel, car il faut comprendre le cinquième commandement du Décalogue, « Tu ne tueras pas », comme s’appliquant aussi à soi-même.

Tout cela impliquait aussi que l’on devait veiller sur notre corps, considéré comme un dépôt dont nous étions responsables, mais qui ne nous appartenait pas. Dans un article des Cahiers de la quinzaine, intitulé « La Grippe » et paru au début du siècle dernier, Péguy emploie l’expression Commettre un suicide partiel pour parler d’une personne qui néglige les soins qu’elle devrait apporter à sa santé.

Ce point a aussi été longuement examiné au xviiie siècle par l’avocat et historien du droit Antoine-Gaspard Boucher d’Argis, le rédacteur de l’article « Suicide » de l’Encyclopédie. Il y évoque les personnes qui altèrent leur santé en menant une vie de débauche. Dans ce même article, Boucher d’Argis emploie l’expression Commettre un suicide au sujet de ceux qui se donnent la mort pour échapper aux châtiments corporels ou à la peine de mort auxquels les ont condamnés un juge.

Enfin, il n’est pas rare de rencontrer cette expression dans des ouvrages de psychiatrie de la fin du xixe siècle ou du début du xxe siècle.