Le nom galette est dérivé, parce qu’on lui trouvait quelque ressemblance avec celui-ci, de galet. Ce dernier est un diminutif de l’ancien français gal, « caillou », probablement issu du gaulois gallos, « pierre, rocher ». Mais, comme on la mange parfois au cours de fêtes, on a parfois rapproché, à tort, son nom de galant, mot dérivé de l’ancien français galer, « se réjouir », d’où est tiré galerie, au sens ancien de « réjouissance », tout comme son déverbal gale, que l’espagnol nous l’a emprunté pour en faire gala, « vêtement d’apparat », que nous avons repris pour désigner une fête d’un caractère officiel, empreinte de faste. Galant, comme grand, petit, etc., n’a pas le même sens selon qu’il est antéposé ou postposé. A ce sujet, Littré écrit : « : le galant homme est celui qui a de la probité et de l’honneur (en anglais a gallant officer désigne un officier brave, courageux) ; l’homme galant est celui qui se rend aimable auprès des dames. » La distribution des patronymes étant parfois bien faite, c’est à ce mot, galant, mais avec quelques variantes orthographiques, que le premier traducteur français des Contes des mille et une nuits, Antoine Galland, doit son nom. Cela étant, qui chercherait aujourd’hui galer avec le sens de « se réjouir » serait bien déçu. On trouvait certes ce verbe dans les six premières éditions du Dictionnaire de l’Académie française, mais c’était avec cette définition : « Gratter. Ne se dit que des personnes qui ont la gale, & se met plus ordinairement avec le pronom personel. Il ne fait que se galer. » Mais revenons à notre galette ou plutôt à nos galettes. Ce mot désigne en effet deux réalités assez dissemblables : aujourd’hui, le plus ordinairement, une crêpe de blé noir, parfois agrémentée d’un œuf, de jambon, de fromage, etc., mais aussi, et c’est le sens le plus ancien de ce nom, un gâteau rond et plat, fait principalement de farine et de beurre, en particulier celui qui est confectionné à l’occasion de l’Épiphanie, et qui contient une fève pour que les convives puissent tirer les Rois. Signalons toutefois que la locution galette des rois est assez récente. Elle n’arrive que dans la 8e édition de notre Dictionnaire et elle est encore en concurrence avec gâteau des Rois dans la 9e édition.
On lisait dans la première édition du Dictionnaire de l’Académie française : « On appelle, Le jour de l’Epiphanie, Le jour des Rois. Et la resjouissance qui se fait en chaque maison au souper de ce jour-là ou de la veille, s’appelle Faire les Rois. Et parce qu’entre ceux qui soupent alors ensemble, on partage un gasteau où il y a une febve, on appelle ce gasteau, Le gasteau des Rois, &, Roy de la febve, ou simplement Roy, Celuy à qui eschet la part où est la febve. [ …]. La locution galette des Rois n’arrive que dans la 8e édition, et elle est encore en concurrence avec gâteau des Rois dans la 9e édition.
Comme le nom blé avec lequel elle est fabriquée, la galette a pris le sens d’« argent ». Dans L’Argot des voleurs, Dictionnaire argot-français Vidocq nous apprend que mangeur de galette désigne un homme vénal qui reçoit de l'argent pour trahir ses devoirs. (On a une image semblable avec l’expression voisine en croquer, « Profiter de quelque chose, parfois dans des circonstances inavouables ». Notons que l’on trouve en allemand un mot qui a connu une évolution sémantique assez proche de celle de notre galette, partie d’un galet pour arriver au sens d’argent. Galets s’y dit Kiesen, mais ce mot peut aussi désigner le gravier, la caillasse et s’employer comme un équivalent de notre pognon ou de notre galette.
Par métonymie la galette a aussi désigné, indistinctement, les personnes très fortunées. Ces différents sens du nom galette expliquent que d’illustres verbicrucistes proposèrent naguère ces définitions à leurs sagaces lecteurs, « galette des rois » et « moulin de la galette » ; les réponses attendues étant cassette pour la première et Rolls-Royce pour la seconde ».