Dire, ne pas dire

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Option obligatoire

Le 6 novembre 2025

Emplois fautifs

Dans l’univers du football, il peut arriver qu’un professionnel n’ait pas l’occasion de jouer les matchs, parce que, dans son club, se trouvent, au poste qu’il occupe, de meilleurs joueurs que lui. Pour remédier à cette situation, il est fréquent qu’il soit prêté à un autre club. Ce prêt fait l’objet d’un contrat, qui peut être de trois types : le prêt avec option d’achat (le club qui reçoit le joueur a le choix de l’engager, ou non, au terme de l’échéance) ; le prêt avec obligation d’achat (le club est obligé d’engager le joueur au terme de l’échéance) ; et enfin, le prêt dit « sec » (le joueur revient à son club d’origine à la fin du contrat). Ces trois formulations sont aisément compréhensibles, mais l’on entend de plus en plus parler de l’étrange prêt avec option d’achat obligatoire, formule qui est un non-sens puisqu’une option, c’est-à-dire la faculté de choisir entre plusieurs possibilités qui s’offrent concurremment, et ce qui fait l’objet d’un tel choix, ne peut être obligatoire. Cela ne vaut bien sûr pas que pour le monde du sport, et l’on évitera également une phrase comme le latin est une option obligatoire, dans laquelle le nom option prend, d’une façon incorrecte, le sens de « matière ».

« Ils se sont repentis de cette action » mais « ils se sont reproché cette action »

Le 6 novembre 2025

Emplois fautifs

Le verbe se repentir est un verbe essentiellement pronominal ; c’est donc avec le sujet que se fait l’accord du participe passé. On écrit alors : Ils se sont repentis de cette action. Le verbe reprocher est un verbe transitif direct, qui peut se mettre à la voix pronominale. Mais, dans ce cas, le pronom personnel se, qui l’accompagne, n’est pas le complément d’objet direct ; il est un complément d’objet indirect. Il ne commande donc pas l’accord du participe passé aux temps composés. C’est pourquoi on écrit Ils se sont reproché (et non reprochés) cette action. Notons cependant que l’on écrit L’action qu’ils se sont reprochée car dans cette phrase, qui est l’équivalent de L’action qu’ils ont reprochée à eux-mêmes, l’accord se fait avec le complément d’objet direct antéposé, ici le pronom relatif élidé qu’, qui a pour antécédent le nom féminin singulier action.

Patientez qu’on vous appelle

Le 20 octobre 2025

Emplois fautifs

Les verbes patienter et attendre sont synonymes quand ils signifient « demeurer dans un lieu en comptant qu’une personne viendra, qu’un évènement se produira », mais ils ne se construisent pas de la même façon. Attendre est un verbe transitif direct qui demande donc un complément d’objet direct : Il attend son frère, elle attend le train, attendez qu’on vous appelle. Il peut aussi être employé absolument : Il attend dans le salon. Rappelons aussi que dans Il a attendu (ou il a patienté) cinq minutes, « cinq minutes » n’est pas un complément d’objet direct, mais un complément circonstanciel de temps employé sans préposition. Patienter est, lui, un verbe intransitif et n’admet donc pas de complément d’objet direct. On évitera donc de dire patientez qu’on vous appelle, quand bien même on sous-entendrait patientez, en attendant que…

« Chauffé à bloc » pour « Gonflé à bloc » ou « Chauffé à blanc »

Le 3 octobre 2025

Emplois fautifs

On associe ordinairement l’idée d’enthousiasme à celle de chaleur. On dira donc, dans la langue familière, qu’un public est chaud. On sait d’ailleurs qu’il existe des chauffeurs de salle, dont la tâche consiste à préparer les spectateurs, à susciter leur ferveur (un autre terme lié à l’idée de chaleur) avant le début du spectacle. Pour donner une idée de cet enthousiasme, on emprunte volontiers des expressions liées à la métallurgie, en particulier chauffé à blanc. Mais, quand on veut dire d’une personne qu’elle est pleine d’ardeur et de détermination, on peut aussi employer, en prenant cette fois le souffle comme symbole d’énergie, être gonflé à bloc. On choisira l’une ou l’autre de ces expressions, mais on se gardera de les mêler et l’on évitera de dire, en parlant, par exemple, des spectateurs du Tour de France, qu’ils sont chauffés à bloc.

« Dépouillage » ou « Dépouillement » ?

Le 3 octobre 2025

Emplois fautifs

Du verbe dépouiller ont été tirés les noms dépouillement et dépouillage, qui se distinguent l’un de l’autre par leur fréquence et leur sens. Dépouillage, qui est le moins usuel, désigne l’action de retirer la peau d’une bête morte et celle d’enlever la peau ou l’écorce d’un végétal. Dépouillement est bien plus fréquent : s’il peut avoir les sens de dépouillage, il est aussi le nom désignant l’état, la situation de celui qui a été dépouillé de ses biens ou y a renoncé. Enfin, dépouillement s’emploie surtout pour désigner l’examen minutieux d’un dossier, d’un ensemble de documents, en vue d’en faire l’analyse. C’est donc lui qu’on utilise, par extension, pour parler du décompte des suffrages exprimés lors d’un vote, et non dépouillage.

« En moult occasions » ou « En moultes occasions » ?

Le 3 octobre 2025

Emplois fautifs

Le mot moult, fréquent en ancien français, et dont Littré signale qu’il se prononçait sans doute jadis mou, avant que l’influence de l’écrit n’amène à articuler le l et le t, est issu du latin multum, et, comme celui-ci, il appartient à la catégorie des adverbes. On l’emploie encore parfois aujourd’hui, mais comme adjectif indéfini, dans le sens de « beaucoup de, plusieurs », généralement par affectation d’archaïsme ou plaisamment. C’est sans doute ce caractère plaisant qui lui a permis de survivre alors qu’il semblait déjà s’effacer au xviie siècle. En témoigne Nicot, qui écrit à son sujet dans son Thresor de la langue francoyse tant ancienne que moderne, paru en 1606 : « Ce vocable estoit commun et fort usité envers les anciens, ce qu’ il n’est pas à present, et demeure comme particulier à peu de contrées. » On lit aussi dans la cinquième édition du Dictionnaire de l’Académie française : « Vieux mot qui n’est plus d’usage que dans le style Marotique. » De son statut originel d’adverbe, moult a gardé son caractère invariable, et l’on écrira en moult occasions. On pourra également, si l’on veut recourir à une forme variable, user de l’adjectif indéfini maint et écrire en maintes occasions.

Les dossiers y afférents ou y afférant ?

Le 3 juillet 2025

Emplois fautifs

Afférent est un adjectif, surtout en usage dans la langue juridique et administrative, tiré du participe présent de l’ancien verbe afférir, qui est lui-même issu du latin populaire afferire, altération de afferre, « apporter ». On l’emploie aujourd’hui dans des locutions comme les dossiers afférents à cette affaire ou les dossiers y afférents. Ce dernier tour a de quoi étonner, puisqu’il associe à un adjectif variable, afférent, un pronom, y, normalement associé à un verbe. Il s’agit là d’un archaïsme. L’usage du tour y afférent s’est en effet établi à une époque où le participe présent variait comme l’adjectif, et où la répartition des formes -ent /-ant n’était pas fixée ; le verbe afférir et son participe présent afférant, invariable, ne s’emploient quasi plus aujourd’hui, tandis que la forme ancienne afférent, à mi-chemin entre l’adjectif et le verbe, est restée dans notre langue.

Notons enfin qu’il existe une deuxième forme afférent, employée en anatomie, en particulier pour qualifier un nerf qui conduit l’influx nerveux de la périphérie vers les centres nerveux. Cet afférent est la francisation du latin afferens, participe présent de affere, « apporter ».

Pourquoi y a-t-il un « s » à « vraisemblance » et deux à « ressemblance » ?

Le 3 juillet 2025

Emplois fautifs

Vraisemblance est un mot composé, constitué de deux éléments (vrai et semblance) aussi denses sémantiquement et autonomes syntaxiquement l’un que l’autre, puisque le nom semblance, s’il est très vieilli aujourd’hui, s’employait couramment autrefois au sens d’« apparence extérieure ». Ce n’est pas le cas pour ressemblance, qui comprend un préfixe, re, qui ne s’emploie jamais seul et qui n’a pas la densité sémantique d’un nom ou d’un adjectif. Vraisemblance s’est d’ailleurs écrit avec un trait d’union jusqu’à la fin du xviiiesiècle (vrai-semblance), ce qui ne pouvait être le cas de ressemblance. Le sentiment de composition est donc suffisamment fort dans vraisemblance pour que l’on n’ait pas senti le besoin de marquer la frontière entre les éléments en redoublant le s, alors qu’on l’a fait avec des dérivés comme ressemblance ou ressortir qui, pour éviter une erreur éventuelle de prononciation, ont été systématiquement écrits avec une consonne double depuis le xviiesiècle. Signalons cependant que certains composés en re- plus récents, comme resituer ou resucée, où le radical se fait fortement sentir, ne comptent, eux, qu’un seul s.

Ils ont été interdits de plaisanter

Le 19 juin 2025

Emplois fautifs

Le verbe interdire se construit le plus souvent avec un nom ou un infinitif comme complément d’objet direct, et un nom de personne comme complément d’objet second : le médecin interdit l’alcool à son patient, il interdit à son patient de fumer.

Il existe aussi quelques cas, plus rares, où le complément d’objet direct est un nom de personne. Interdire signifie alors « priver officiellement quelqu’un de l’exercice de ses fonctions, de certains de ses droits » et s’emploie dans la langue juridique. On dira par exemple : On l’a interdit de sa charge pour deux ans ou Se faire interdire de jeu. Cette construction accepte la passivation : Ce prêtre a été interdit par son évêque ; Il est interdit de séjour à Paris.

Mais si l’on n’est pas dans un contexte officiel ou juridique, on n’utilisera pas interdire au passif. On ne dira donc ni ils ont été interdits de plaisanter ni on les a interdits de plaisanter, mais on leur a interdit de plaisanter. Notons d’ailleurs pour conclure que la tournure impersonnelle il est interdit de plaisanter ne signifie pas que l’on a privé une personne de ce droit, mais que le fait de plaisanter est interdit ; dans cette phrase en effet, plaisanter est le sujet réel du verbe être et le pronom il en est le sujet apparent.

Pourquoi un « r » à « coreligionnaire » et deux à « corrélation » ?

Le 19 juin 2025

Emplois fautifs

En latin, la préposition cum, « avec », a fréquemment été utilisée comme préfixe, mais elle subissait alors quelques modifications : le u évoluait en o et le m se transformait, ou non, en fonction de la nature de la consonne qui le suivait. Devant une autre labiale, m, b ou p, il conservait sa forme, mais, par un phénomène d’assimilation régressive, il se transformait en l devant un autre l, en r devant un autre r et en n dans les autres cas.

Un grand nombre de mots latins formés de cette manière sont passés en français : ainsi, corrélation est emprunté du latin médiéval correlatio, « relation mutuelle », lui-même composé à partir de cum et de relatio, « relation » ; cela explique que ce nom s’écrive avec deux r en français. Dans ce passage du latin au français, le préfixe cum a donné la forme co-, qui est devenue un préfixe autonome très productif, qui se soude directement à l’élément avec lequel il forme un nouveau mot. C’est ce point qui explique que le r ne soit pas doublé dans coreligionnaire, puisque ce mot est un composé français récent. Nous avons le même phénomène avec colistier, un nom français, à côté de collatéral, un adjectif emprunté du latin collateralis ; avec cobelligérant à côté de combattre, qui est issu du latin populaire combattere, ou encore avec cotangente, forme française, à côté de contact, emprunté du latin contactus.

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