Dire, ne pas dire

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« C’est abuser » ou « c’est abusé » ?

Le 7 mai 2026

Emplois fautifs

Les verbes du premier groupe ont pour eux la régularité de leur conjugaison, mais le fait que leurs terminaisons, de l’infinitif en -er, et du participe passé en -é, soient identiques à l’oral, peut parfois amener à hésiter sur le choix de l’un ou l’autre de ces modes, comme c’est le cas avec le couple C’est abuser / C’est abusé, alors que personne n’hésiterait entre C’est prendre les gens pour des idiots et C’est pris les gens pour des idiots…

Pour faire le départ entre l’un et l’autre, on rappellera que l’infinitif, qui est la forme nominale du verbe, indique une action tandis que le participe, qui en est la forme adjectivale, indique un résultat. On pourrait ainsi distinguer l’aspect actif de Quand dire, c’est faire, pour reprendre le titre français d’un livre de John Austin, de l’aspect résultatif de Sitôt dit, sitôt fait. De plus, quand c’est est suivi d’un infinitif, ce dernier est souvent expliqué par un autre infinitif, généralement introduit par que de ; en témoignent ces deux ouvrages de Renan, L’Avenir de la science, où l’on peut lire : « C’est se suicider que d’écrire des phrases comme celle-ci », et Souvenirs d'enfance et de jeunesse, où l’on trouve : « C’est faire tort au catholicisme que de l’accommoder ainsi à nos idées modernes ». En revanche, quand c’est est suivi d’un participe passé, on peut en général remplacer le pronom élidé c’ par un groupe nominal comme cette chose. Et si l’on peut dire Cette chose est finie (et donc C’est fini) mais non Cette chose est abusée, (et donc pas C’est abusé), c’est parce que le premier verbe est un transitif direct et le second un transitif indirect.

Ajoutons pour conclure qu’il en va de même avec Voilà qui est ; on écrit donc Voilà qui est parler, car parler est ici intransitif et voilà qui est dit parce que dire est transitif.

« Étique » ou « Éthique » ?

Le 7 mai 2026

Emplois fautifs

Ces deux homonymes n’ont de commun que leur prononciation et leur origine grecque. Le premier, étique, s’emploie pour parler d’une personne et, par extension, d’un animal ou d’une chose d’une très grande maigreur. Il est emprunté, par l’intermédiaire du bas latin hecticus, « habituel », et, au sens médical, « atteint de consomption », du grec hektikos, « habituel, continu » qui était notamment utilisé pour caractériser un type de fièvre.

C’est un parent de cachexie, nom qui désigne un état d’amaigrissement extrême accompagné de fonte des tissus musculaires et graisseux ; ce terme est en effet emprunté du grec kakhexia, mot composé de kakos, « mauvais », et hexis, « état, constitution », qui est précisément le nom d’où est tiré hektikos.

Le second, éthique, est emprunté, par l’intermédiaire du bas latin, du grec êthikos, « qui concerne les mœurs, moral » et signifie « qui a rapport aux conduites humaines et aux valeurs qui les fondent ». C’est un dérivé de êthos, « coutume, usage ». Éthique est aussi un nom féminin qui désigne, d’une part, la réflexion relative aux conduites humaines et aux valeurs qui les fondent, menée en vue d’établir une doctrine, une science de la morale et, d’autre part, l’ensemble des principes moraux qui s’imposent aux personnes qui exercent une même profession, qui pratiquent une même activité.

En ce dernier sens, ce nom est assez proche de déontologie.

« Temporaire » ou « temporel » ?

Le 7 mai 2026

Emplois fautifs

Temporaire est emprunté du latin temporarius, « approprié aux circonstances », puis « temporaire », qui est lui-même dérivé de tempus, « temps ». Il qualifie ce qui dure un temps donné, ce qui n’est ni permanent, ni définitif, puis, par extension, une personne ou un groupe de personnes qui exercent une activité pendant une durée limitée.

Temporel est lui aussi dérivé du latin tempus, par l’intermédiaire de temporalis, qui a, entre autres sens, celui de « qui ne dure qu’un temps ». Notre adjectif signifie « relatif au temps » ; on le rencontre donc dans des expressions comme « limite temporelle » ou « repère temporel ». Mais, comme temporalis signifie aussi « qui passe avec le temps, qui est périssable », il a pris, en latin chrétien, le sens de « du siècle, terrestre », un sens qu’a conservé temporel. On dira ainsi que le pape dispose du pouvoir temporel dans l’État de la Cité du Vatican et du pouvoir spirituel sur l’ensemble des catholiques. Pour distinguer ces deux adjectifs, temporaire et temporel, on se souviendra que le premier a pour antonyme « permanent », tandis que le second a pour antonyme « éternel » mais aussi « spirituel ».

« C’est dans cet hôpital où il travaille » ou « C’est dans cet hôpital qu’il travaille » ?

Le 2 avril 2026

Emplois fautifs

On sait que la langue classique admettait l’usage du pronom relatif dont pour reprendre un nom ou un pronom précédé de la préposition de, mais aussi qu’aujourd’hui l’usage et la grammaire condamnent cette tournure puisque dont est l’équivalent de « de qui, de quoi ». Il convient donc de ne pas employer ce pronom relatif pour remplacer un nom ou un pronom déjà introduit par de. On évitera donc de dire C’est de cette affaire dont je vous parle, les formes correctes étant C’est l’affaire dont je vous parle ou C’est de cette affaire que je vous parle. Nous rencontrons un phénomène du même type dans certaines phrases où l’on trouve à la fois la préposition dans et le pronom relatif où. Si l’on peut bien sûr dire Dans la ville où il habite, Dans le cas où elle viendrait, la forme C’est dans cet hôpital où il travaille est considérée comme fautive car le même complément circonstanciel de lieu est exprimé deux fois (dans cet hôpital et ). On dira donc C’est dans cet hôpital qu’il travaille ou C’est l’hôpital où il travaille.

Comment prononcer le groupe gn- ?

Le 5 mars 2026

Emplois fautifs

En français le digramme (-)gn- note le plus souvent une consonne nasale vélaire, celle que l’on entend dans agneau ou vigne. Ce son et sa transcription sont un héritage du latin tardif, mais il existe cependant quelques termes où ces deux lettres, le plus souvent quand elles sont placées à l’initiale, sont articulées séparément. Dans leur grande majorité il s’agit de mots tirés d’une racine grecque et latine, gno-, indiquant la connaissance. Au nombre de ceux-ci on trouve, par exemple, gnose, gnomon et des mots de cette famille comme agnosie, agnostique, cognition, diagnostic, physiognomonie, etc. Il en va de même pour les mots tirés du grec gnathos, « mâchoire », agnathe et prognathe. À cette liste, il faut ajouter pignoratif, mais aussi agnat, pugnace, stagner et leurs dérivés. Théoriquement, et le plus souvent en pratique également, on prononce séparément les consonnes g et n dans igné et les mots de sa famille, mais, en raison de l’analogie avec des formes comme mignon, cogner, etc., ces consonnes sont parfois articulées comme dans lignite. Il arrive aussi que, par un phénomène d’assimilation régressive du g, l’on entende inifugé.

Le cuirassé, le cuirassier

Le 5 mars 2026

Emplois fautifs

Les noms cuirassé et cuirassier sont des paronymes qui ont une étymologie commune, mais ils désignent des réalités bien différentes.

Le premier est le participe passé substantivé du verbe cuirasser, qui a d’abord signifié « revêtir d’une cuirasse », puis, par extension, « munir d’un revêtement métallique protecteur ». On a ainsi dit une frégate cuirassée, un croiseur cuirassé et enfin, simplement, un cuirassé, c’est-à-dire un navire de fort tonnage, puissamment armé et dont les parties vitales sont revêtues d’épaisses plaques d’acier.

Le second, cuirassier, désignait jadis un soldat portant cuirasse et appartenant à la cavalerie lourde ; il désigne aujourd’hui un soldat appartenant à certaines unités de l’arme dite arme blindée et cavalerie.

On veillera à ne pas confondre ces deux termes et l’on se souviendra que, dans Potemkine, Jean Ferrat chante un « grand cuirassé », et non un « grand cuirassier », tandis qu’en août 1870, à Reichshoffen, ce furent les cuirassiers français qui chargèrent, et non les cuirassés.

« On est plus que deux » ou « On n’est plus que deux » ?

Le 5 mars 2026

Emplois fautifs

Ces deux formes sont correctes, mais elles n’ont pas le même sens et l’adverbe plus ne s’y prononce pas de la même façon. La phrase à la forme affirmative On est plus que deux signifie « Nous sommes un plus grand nombre que deux, nous sommes plus nombreux », et le s de plus s’y fait entendre. En revanche, dans la phrase à valeur restrictive On n’est plus que deux, c’est-à-dire « Il ne reste que nous deux », le s de plus n’est pas prononcé.

Vous pouvez compter sur une tempête

Le 11 février 2026

Emplois fautifs

La locution verbale compter sur signifie « avoir confiance en, se fier à », mais on l’emploie aussi lorsqu’on attend sereinement quelque évènement. Elle annonce quelque chose dont on espère la venue et dont on se réjouit par avance. Pour cette raison, sauf si l’on parle par antiphrase, il est préférable de ne pas employer la locution compter sur avec un complément désignant un évènement, un fait à caractère négatif. Et de même que l’on ne dit pas Votre équipe a des chances de perdre, on évitera des tours comme Vous pouvez compter sur une tempête. Il sera donc plus opportun de dire Vous pouvez compter sur de la pluie ce soir à un jardinier qui voit ses plantations se dessécher qu’aux participants d’une fête en plein air.

« Rassis » et « Ranci »

Le 11 février 2026

Emplois fautifs

Les participes passés rassis et ranci sont proches par la forme et ne sont guère éloignés par le sens. Ils désignent l’un et l’autre un aliment dont la saveur ou la consistance s’est altérée avec le temps. Le premier se dit du pain et d’autres aliments de même nature qui ont perdu leur tendreté, qui sont desséchés sans devenir tout à fait durs (notons toutefois que, appliqué à de la viande, cet adjectif prend un sens presque opposé puisque la viande rassise, qu’on a laissée reposer après l’abattage, gagne en tendreté). Le second se dit d’un corps gras qui, laissé au contact de l’air, a pris une odeur et un goût forts et désagréables. Les emplois figurés de ces participes sont également voisins : ranci qualifie une personne qui s’est aigrie, qui est devenue désagréable, déplaisante ; rassis se dit de quelqu’un qui refuse l’innovation, fait preuve d’immobilisme, en particulier dans le domaine des mœurs ou de la culture. Et l’on dira ainsi, par métonymie, de tel ou tel, qu’il a l’esprit rassis.

Mais, contrairement à ranci, rassis est susceptible, au figuré, de prendre un sens positif. Rassis, rappelons-le, est le participe passé du verbe rasseoir et ce verbe, dans la langue littéraire, signifie « calmer, ramener à la tranquillité » ; en ce sens un esprit rassis désigne donc un esprit qui a regagné son calme, son équilibre. On peut aussi parler de projets rassis, c’est-à-dire de projets mûris par la réflexion. Quant à la locution, rare et littéraire, de sens rassis, elle signifie « sans être ému, sans être troublé ».

« En pour » au lieu d’ « En échange, en retour, en remerciement »

Le 8 janvier 2026

Emplois fautifs

À l’article Contre de son Dictionnaire, Littré écrit : « Par contre est une locution dont plusieurs se servent, pour dire “en compensation, en revanche” [ …]. Cette locution, qui a été tout particulièrement critiquée par Voltaire et qui paraît provenir du langage commercial, peut se justifier grammaticalement, puisque la langue française admet, en certains cas, de doubles prépositions, de contre, d’après, etc. » L’usage a donné raison à Littré et l’on peut constater que la locution par contre, comme le signale l’Académie française dans la neuvième édition de son Dictionnaire, a été utilisée par d’excellents auteurs, de Stendhal à Montherlant, en passant par Anatole France, Henri de Régnier, Marcel Proust ou Jean Giraudoux.

Il n’en va pas de même pour une autre locution, que l’on commence à entendre parfois ici ou là, signifiant elle aussi « en compensation, en échange », la locution adverbiale en pour, que l’on rencontre dans des phrases comme Je lui ai donné un coup de main, en pour il m’a invité au restaurant. On veillera à remplacer ce tour par d’autres comme en échange, pour le remercier, etc.

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