Dire, ne pas dire

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Comment prononcer le groupe gn- ?

Le 5 mars 2026

Emplois fautifs

En français le digramme (-)gn- note le plus souvent une consonne nasale vélaire, celle que l’on entend dans agneau ou vigne. Ce son et sa transcription sont un héritage du latin tardif, mais il existe cependant quelques termes où ces deux lettres, le plus souvent quand elles sont placées à l’initiale, sont articulées séparément. Dans leur grande majorité il s’agit de mots tirés d’une racine grecque et latine, gno-, indiquant la connaissance. Au nombre de ceux-ci on trouve, par exemple, gnose, gnomon et des mots de cette famille comme agnosie, agnostique, cognition, diagnostic, physiognomonie, etc. Il en va de même pour les mots tirés du grec gnathos, « mâchoire », agnathe et prognathe. À cette liste, il faut ajouter pignoratif, mais aussi agnat, pugnace, stagner et leurs dérivés. Théoriquement, et le plus souvent en pratique également, on prononce séparément les consonnes g et n dans igné et les mots de sa famille, mais, en raison de l’analogie avec des formes comme mignon, cogner, etc., ces consonnes sont parfois articulées comme dans lignite. Il arrive aussi que, par un phénomène d’assimilation régressive du g, l’on entende inifugé.

Le cuirassé, le cuirassier

Le 5 mars 2026

Emplois fautifs

Les noms cuirassé et cuirassier sont des paronymes qui ont une étymologie commune, mais ils désignent des réalités bien différentes.

Le premier est le participe passé substantivé du verbe cuirasser, qui a d’abord signifié « revêtir d’une cuirasse », puis, par extension, « munir d’un revêtement métallique protecteur ». On a ainsi dit une frégate cuirassée, un croiseur cuirassé et enfin, simplement, un cuirassé, c’est-à-dire un navire de fort tonnage, puissamment armé et dont les parties vitales sont revêtues d’épaisses plaques d’acier.

Le second, cuirassier, désignait jadis un soldat portant cuirasse et appartenant à la cavalerie lourde ; il désigne aujourd’hui un soldat appartenant à certaines unités de l’arme dite arme blindée et cavalerie.

On veillera à ne pas confondre ces deux termes et l’on se souviendra que, dans Potemkine, Jean Ferrat chante un « grand cuirassé », et non un « grand cuirassier », tandis qu’en août 1870, à Reichshoffen, ce furent les cuirassiers français qui chargèrent, et non les cuirassés.

« On est plus que deux » ou « On n’est plus que deux » ?

Le 5 mars 2026

Emplois fautifs

Ces deux formes sont correctes, mais elles n’ont pas le même sens et l’adverbe plus ne s’y prononce pas de la même façon. La phrase à la forme affirmative On est plus que deux signifie « Nous sommes un plus grand nombre que deux, nous sommes plus nombreux », et le s de plus s’y fait entendre. En revanche, dans la phrase à valeur restrictive On n’est plus que deux, c’est-à-dire « Il ne reste que nous deux », le s de plus n’est pas prononcé.

Vous pouvez compter sur une tempête

Le 11 février 2026

Emplois fautifs

La locution verbale compter sur signifie « avoir confiance en, se fier à », mais on l’emploie aussi lorsqu’on attend sereinement quelque évènement. Elle annonce quelque chose dont on espère la venue et dont on se réjouit par avance. Pour cette raison, sauf si l’on parle par antiphrase, il est préférable de ne pas employer la locution compter sur avec un complément désignant un évènement, un fait à caractère négatif. Et de même que l’on ne dit pas Votre équipe a des chances de perdre, on évitera des tours comme Vous pouvez compter sur une tempête. Il sera donc plus opportun de dire Vous pouvez compter sur de la pluie ce soir à un jardinier qui voit ses plantations se dessécher qu’aux participants d’une fête en plein air.

« Rassis » et « Ranci »

Le 11 février 2026

Emplois fautifs

Les participes passés rassis et ranci sont proches par la forme et ne sont guère éloignés par le sens. Ils désignent l’un et l’autre un aliment dont la saveur ou la consistance s’est altérée avec le temps. Le premier se dit du pain et d’autres aliments de même nature qui ont perdu leur tendreté, qui sont desséchés sans devenir tout à fait durs (notons toutefois que, appliqué à de la viande, cet adjectif prend un sens presque opposé puisque la viande rassise, qu’on a laissée reposer après l’abattage, gagne en tendreté). Le second se dit d’un corps gras qui, laissé au contact de l’air, a pris une odeur et un goût forts et désagréables. Les emplois figurés de ces participes sont également voisins : ranci qualifie une personne qui s’est aigrie, qui est devenue désagréable, déplaisante ; rassis se dit de quelqu’un qui refuse l’innovation, fait preuve d’immobilisme, en particulier dans le domaine des mœurs ou de la culture. Et l’on dira ainsi, par métonymie, de tel ou tel, qu’il a l’esprit rassis.

Mais, contrairement à ranci, rassis est susceptible, au figuré, de prendre un sens positif. Rassis, rappelons-le, est le participe passé du verbe rasseoir et ce verbe, dans la langue littéraire, signifie « calmer, ramener à la tranquillité » ; en ce sens un esprit rassis désigne donc un esprit qui a regagné son calme, son équilibre. On peut aussi parler de projets rassis, c’est-à-dire de projets mûris par la réflexion. Quant à la locution, rare et littéraire, de sens rassis, elle signifie « sans être ému, sans être troublé ».

« En pour » au lieu d’ « En échange, en retour, en remerciement »

Le 8 janvier 2026

Emplois fautifs

À l’article Contre de son Dictionnaire, Littré écrit : « Par contre est une locution dont plusieurs se servent, pour dire “en compensation, en revanche” [ …]. Cette locution, qui a été tout particulièrement critiquée par Voltaire et qui paraît provenir du langage commercial, peut se justifier grammaticalement, puisque la langue française admet, en certains cas, de doubles prépositions, de contre, d’après, etc. » L’usage a donné raison à Littré et l’on peut constater que la locution par contre, comme le signale l’Académie française dans la neuvième édition de son Dictionnaire, a été utilisée par d’excellents auteurs, de Stendhal à Montherlant, en passant par Anatole France, Henri de Régnier, Marcel Proust ou Jean Giraudoux.

Il n’en va pas de même pour une autre locution, que l’on commence à entendre parfois ici ou là, signifiant elle aussi « en compensation, en échange », la locution adverbiale en pour, que l’on rencontre dans des phrases comme Je lui ai donné un coup de main, en pour il m’a invité au restaurant. On veillera à remplacer ce tour par d’autres comme en échange, pour le remercier, etc.

Prévenir à l’avance

Le 11 décembre 2025

Emplois fautifs

Le verbe prévenir, emprunté du latin praevenire, « prendre les devants, devancer, surpasser », a de nombreux sens. Il peut signifier, dans la langue littéraire, « devancer » (votre ami vous a prévenu de quelques minutes) ou, dans la langue courante, « satisfaire une demande avant même qu’elle ne soit formulée » (il sait prévenir les désirs de ses proches), mais aussi « empêcher la survenue d’un évènement fâcheux » (prévenir une catastrophe), ou encore « faire naître par avance des sentiments favorables ou défavorables » (il a été prévenu contre son voisin). Enfin, comme l’indique le préfixe pré-, tiré du latin prae-, « devant, en avant, à l’avance », prévenir peut avoir le sens d’« instruire par avance, avertir de quelque chose ». L’idée d’anticipation étant donc déjà contenue dans le sémantisme du verbe prévenir, on évitera le pléonasme prévenir à l’avance. On préfèrera donc Il m’a prévenu que vous seriez en retard à la forme redondante Il m’a prévenu à l’avance que vous seriez en retard.

« Elle s’est mis en tête » ou « Elle s’est mise en tête » ?

Le 11 décembre 2025

Emplois fautifs

Dans la locution verbale se mettre en tête, le pronom personnel se, ou sa forme élidée s’, peut être un complément d’objet direct ou un complément d’objet indirect et, selon qu’il sera l’un ou l’autre, l’accord du participe passé ne se fera pas de la même manière. Quand la locution verbale se mettre en tête a le sens de « se placer devant », se s’analyse comme un complément d’objet direct et le participe passé s’accorde avec celui-ci. On écrira alors Elle s’est mise en tête de son groupe comme on écrirait On l’a mise en tête de son groupe.

Quand la locution verbale se mettre en tête a le sens de « concevoir une idée, un projet », se s’analyse comme un complément d’objet indirect et ne commande donc pas l’accord du participe passé. On écrira Elle s’est mis en tête une nouvelle idée (comme il lui a mis en tête une nouvelle idée), Elle s’est mis en tête de visiter la Bourgogne. En revanche, dans L’étrange idée qu’elle s’est mise en tête, on fait l’accord avec le complément d’objet direct antéposé, le pronom relatif élidé qu’, qui a pour antécédent le nom féminin singulier idée.

« En revoir » ou « Au revoir » ?

Le 11 décembre 2025

Emplois fautifs

Littré écrit dans son Dictionnaire de la langue française, à l’article Revoir, « Il ne faut pas confondre à revoir et au revoir. À revoir indique qu’il faut revoir, corriger une chose. Au revoir est une formule d’adieu exprimant l’espoir qu’on se reverra bientôt. » Littré a été suivi sur ce point, mais, si l’on n’entend plus à revoir en lieu et place d’au revoir, ce dernier est parfois supplanté par en revoir. Il ne s’agit certes que d’une confusion orale, mais on s’efforcera néanmoins de conserver au phonème précédant revoir sa juste forme.

Je veux lui, je prends lui

Le 6 novembre 2025

Emplois fautifs

Lui est la forme tonique du pronom personnel de la troisième personne du masculin singulier. Il a pour féminin le pronom elle, et les formes de pluriel équivalentes sont eux et elles. Il peut être sujet, coordonné à un nom ou à un autre pronom : Son père et lui sont venus. On le trouve aussi, employé seul ou en apposition au sujet, avec un effet d’insistance : Lui seul y a participé, il le sait bien, lui. Il est parfois le sujet d’une participiale : Lui parti, tout est rentré dans l’ordre ou d’un verbe sous-entendu : Qui a parlé ? Lui. Il peut également avoir la fonction d’attribut, là encore avec un effet d’insistance : C’est lui le meilleur. Enfin, il est parfois complément d’objet direct dans les phrases comportant la négation restrictive ne… que : Elle n’aime que lui. Voilà déjà beaucoup de fonctions pour un même pronom, aussi n’est-il pas nécessaire de lui ajouter celle de complément d’objet direct dans des phrases qui ne contiendraient pas ce ne… que et d’en faire un équivalent du pronom personnel complément d’objet direct le (et la ou les) ou des pronoms démonstratifs celui-ci, celui-là. On dira donc Je veux celui-ci, je le prends et non Je veux lui, je prends lui.

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