Dire, ne pas dire

Emplois fautifs

« Complètement » pour « Oui »

Le 3 février 2022

Emplois fautifs

L’adverbe complètement signifie « entièrement, tout à fait ». Il faut, pour ne pas l’affaiblir, éviter d’en faire un adverbe de phrase qui serait l’équivalent de « oui ». L’emploi d’un adverbe d’intensité pour donner plus de force à une réponse est un tic de langage et une mode dont on peut espérer qu’ils sont passagers et qu’ils disparaîtront bientôt. C’est d’ailleurs ce qui est arrivé à un autre adverbe d’intensité, absolument, dont on abusait naguère, une fois encore, à la place de « oui ».

« Jusqu’à où » pour « Jusqu’où »

Le 3 février 2022

Emplois fautifs

La forme jusqu’où est parfaitement correcte en français. On la trouve, par exemple, dans la traduction française de la devise latine des Fouquet : Quo non ascendet ? (« Jusqu’où ne montera-t-il pas ? »), ou dans le fameux mot de Cocteau : « Le tact de l’audace, c’est de savoir jusqu’où on peut aller trop loin. » Mais elle devient incorrecte si l’on fait précéder le pronom relatif ou interrogatif de la préposition à.

on dit

on ne dit pas

On se demande jusqu’où il ira

Voyez jusqu’où va leur impudence !

Jusqu’où nous mène ce sentier ?

On se demande jusqu’à où il ira

Voyez jusqu’à où va leur impudence !

Jusqu’à où nous mène ce sentier ?

« Ô combien » ou « Oh combien » ?

Le 3 février 2022

Emplois fautifs

Une fois n’est pas coutume, nous ne déconseillerons aucune de ces formes car l’usage les accepte toutes deux. L’interjection ô a d’abord été utilisée pour introduire un vocatif, une apostrophe, tandis que l’interjection oh était employée dans des exclamatives. Dans ses éditions anciennes, le Dictionnaire de l’Académie française préférait Oh combien mais dans celle d’aujourd’hui, c’est Ô combien qu’on lit. Les classiques utilisent également l’une et l’autre de ces formes. Si on lit Oh combien chez Victor Hugo, dans Oceano Nox :

« Oh ! combien de marins, combien de capitaines / Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines, / Dans ce morne horizon se sont évanouis ! », c’est Ô combien que l’on trouve dans La Religieuse, de Diderot : « Ô combien j’ai pleuré de fois de n’être pas née laide, bête, sotte, orgueilleuse ; en un mot, avec tous les travers qui leur réussissaient auprès de nos parents ! »

Abus de complétives

Le 6 janvier 2022

Emplois fautifs

Les propositions subordonnées complétives, en particulier celles qui sont compléments d’objet, sont fort utiles et fort en usage dans notre langue. Il faut néanmoins veiller à ne pas en abuser de peur d’alourdir le propos et de négliger des tours où ces complétives seraient avantageusement remplacées par un nom. Ainsi, à une phrase comme Cette situation a abouti à ce que la pauvreté s’accroisse, qui est certes correcte, on pourra préférer la forme plus légère Cette situation a abouti à un accroissement de la pauvreté.

Ils sont tous unanimes

Le 6 janvier 2022

Emplois fautifs

L’adjectif unanime est emprunté du latin unanimus, lui-même formé de unus, « un seul », et animus, « âme, esprit, cœur » : il qualifie des personnes qui, sur tel ou tel sujet, sont toutes du même avis, sont en accord complet. Il est donc inutile et redondant d’ajouter le pronom « tous » devant cet adjectif.

on dit

on ne dit pas

Les votants sont unanimes, ils sont tous d’accord

Ils sont presque tous du même avis

Les votants sont tous unanimes


Ils sont presque tous unanimes

 

« Au point de vue » construit sans préposition

Le 6 janvier 2022

Emplois fautifs

La locution au point de vue (de), qui signifie « sous le rapport (de) », peut s’employer avec un adjectif ou un nom. Dans le premier cas, elle est directement suivie de cet adjectif mais, dans le second, le nom doit être précédé de la préposition de. On peut donc dire « au point de vue salarial » ou « au point de vue des salaires », mais « au point de vue salaires » est incorrect.

«Je me vaccine» pour «Je me fais vacciner»

Le 6 janvier 2022

Emplois fautifs

Tout un chacun reçoit, en ces temps de pandémie, des injonctions l’incitant à être plus autonome et plus responsable pour tout ce qui concerne sa santé. Peut-être est-ce pour cela que l’on entend de plus en plus, en lieu et place du tour composé du verbe faire à la forme pronominale et suivi d’un infinitif, un autre tour où c’est cet infinitif qui est utilisé comme verbe pronominal et où faire disparaît. La prolifération de la phrase je me vaccine, employée pour je me fais vacciner, en est un bel exemple. (Notons que je me vaccine n’est acceptable que si l’on s’injecte soi-même le vaccin.)

Actuellement en cours

Le 2 décembre 2021

Emplois fautifs

La locution (être) en cours signifie « (être) en train de se faire ». Il est donc inutile de lui adjoindre, comme on l’entend souvent, l’adverbe actuellement, puisque la contemporanéité que dénote cet adverbe est déjà indiquée par la locution elle-même.

on dit

on ne dit pas

Les résultats des élections en cours (ou qui se tiennent actuellement) sont incertains

Les travaux en cours créent des embouteillages

Les résultats des élections actuellement en cours sont incertains

Les travaux actuellement en cours créent des embouteillages

La loi L.P.R.

Le 2 décembre 2021

Emplois fautifs

On ne dit pas plus « l’école E.N.S. » que « la régie R.A.T.P. » ou « un centre C.H.U. », puisque ces abréviations signifient respectivement « École normale supérieure », « Régie autonome des transports parisiens » et « Centre hospitalier universitaire ». Répéter les noms « école », « régie » et « centre » serait donc une redondance fautive. Pourtant, depuis peu, on entend beaucoup « la loi L.P.R. ». Rappelons que « L.P.R. » est la forme abrégée de « loi de programmation de la recherche » et que dire ou écrire « la loi L.P.R. » est incorrect.

Souhaiter ses condoléances

Le 2 décembre 2021

Emplois fautifs

Les condoléances sont le témoignage de sympathie que l’on adresse à une personne qui vient de perdre un être cher. Il s’agit évidemment d’instants difficiles et il est naturel d’hésiter sur le choix des mots à employer pour exprimer sa compassion. Il convient néanmoins de rappeler que l’on ne doit pas dire « Je vous souhaite mes condoléances » mais « Je vous présente, je vous adresse mes condoléances », même si cette erreur s’explique facilement en raison de sa proximité avec la formule « Je vous souhaite beaucoup de courage », également employée dans cette situation.

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