Dire, ne pas dire

Emplois fautifs

Ils sont tous unanimes

Le 6 janvier 2022

Emplois fautifs

L’adjectif unanime est emprunté du latin unanimus, lui-même formé de unus, « un seul », et animus, « âme, esprit, cœur » : il qualifie des personnes qui, sur tel ou tel sujet, sont toutes du même avis, sont en accord complet. Il est donc inutile et redondant d’ajouter le pronom « tous » devant cet adjectif.

on dit

on ne dit pas

Les votants sont unanimes, ils sont tous d’accord

Ils sont presque tous du même avis

Les votants sont tous unanimes


Ils sont presque tous unanimes

 

« Au point de vue » construit sans préposition

Le 6 janvier 2022

Emplois fautifs

La locution au point de vue (de), qui signifie « sous le rapport (de) », peut s’employer avec un adjectif ou un nom. Dans le premier cas, elle est directement suivie de cet adjectif mais, dans le second, le nom doit être précédé de la préposition de. On peut donc dire « au point de vue salarial » ou « au point de vue des salaires », mais « au point de vue salaires » est incorrect.

«Je me vaccine» pour «Je me fais vacciner»

Le 6 janvier 2022

Emplois fautifs

Tout un chacun reçoit, en ces temps de pandémie, des injonctions l’incitant à être plus autonome et plus responsable pour tout ce qui concerne sa santé. Peut-être est-ce pour cela que l’on entend de plus en plus, en lieu et place du tour composé du verbe faire à la forme pronominale et suivi d’un infinitif, un autre tour où c’est cet infinitif qui est utilisé comme verbe pronominal et où faire disparaît. La prolifération de la phrase je me vaccine, employée pour je me fais vacciner, en est un bel exemple. (Notons que je me vaccine n’est acceptable que si l’on s’injecte soi-même le vaccin.)

Actuellement en cours

Le 2 décembre 2021

Emplois fautifs

La locution (être) en cours signifie « (être) en train de se faire ». Il est donc inutile de lui adjoindre, comme on l’entend souvent, l’adverbe actuellement, puisque la contemporanéité que dénote cet adverbe est déjà indiquée par la locution elle-même.

on dit

on ne dit pas

Les résultats des élections en cours (ou qui se tiennent actuellement) sont incertains

Les travaux en cours créent des embouteillages

Les résultats des élections actuellement en cours sont incertains

Les travaux actuellement en cours créent des embouteillages

La loi L.P.R.

Le 2 décembre 2021

Emplois fautifs

On ne dit pas plus « l’école E.N.S. » que « la régie R.A.T.P. » ou « un centre C.H.U. », puisque ces abréviations signifient respectivement « École normale supérieure », « Régie autonome des transports parisiens » et « Centre hospitalier universitaire ». Répéter les noms « école », « régie » et « centre » serait donc une redondance fautive. Pourtant, depuis peu, on entend beaucoup « la loi L.P.R. ». Rappelons que « L.P.R. » est la forme abrégée de « loi de programmation de la recherche » et que dire ou écrire « la loi L.P.R. » est incorrect.

Souhaiter ses condoléances

Le 2 décembre 2021

Emplois fautifs

Les condoléances sont le témoignage de sympathie que l’on adresse à une personne qui vient de perdre un être cher. Il s’agit évidemment d’instants difficiles et il est naturel d’hésiter sur le choix des mots à employer pour exprimer sa compassion. Il convient néanmoins de rappeler que l’on ne doit pas dire « Je vous souhaite mes condoléances » mais « Je vous présente, je vous adresse mes condoléances », même si cette erreur s’explique facilement en raison de sa proximité avec la formule « Je vous souhaite beaucoup de courage », également employée dans cette situation.

« Des beaux yeux » pour « De beaux yeux »

Le 2 décembre 2021

Emplois fautifs

Quand un nom au pluriel est précédé d’un adjectif, il convient de remplacer l’article indéfini des par de : des garçons, de bons garçons. C’est ce que fait la langue écrite, mais aussi, souvent, la langue orale, comme le montre le fameux « T’as de beaux yeux, tu sais » de Jean Gabin à Michèle Morgan, dans Quai des brumes. Cet usage ne vaut plus, bien sûr, quand l’adjectif et le nom forment une locution nominale dont les éléments sont sentis comme inséparables. On dit donc acheter des petits pois, entendre hululer des grands ducs, croiser des grands-mères alertes (mais on dirait de délicieux petits pois, de magnifiques grands ducs, de vaillantes grands-mères).

on dit

on ne dit pas

De violentes rafales ont abattu les arbres

Il fallut de longs jours de travail

Des violentes rafales ont abattu les arbres

Il fallut des longs jours de travail

Vous devez obligatoirement…

Le 4 novembre 2021

Emplois fautifs

L’adverbe obligatoirement signifie « d’une manière obligatoire, en vertu d’une obligation » et, de manière figurée, « nécessairement, inévitablement » ; quant à obligation, ce nom désigne, dans la langue courante, le lien moral qui fait devoir de remplir certains engagements, d’accomplir certains actes et, dans la langue juridique, le lien de droit qui oblige à faire ou à ne pas faire quelque chose. Les sens de ce nom montrent bien qu’il est superfétatoire d’ajouter cet adverbe après le verbe devoir, même si on le fait parfois pour donner plus de poids à son propos. On dira donc Vous devez être muni d’une pièce d’identité et non Vous devez obligatoirement être muni d’une pièce d’identité.

on dit

on ne dit pas

Les vainqueurs doivent retirer leur lot avant dimanche

Pour gagner, vous devez vous débarrasser de toutes vos cartes

Les vainqueurs doivent obligatoirement retirer leur lot avant dimanche

Pour gagner, vous devez obligatoirement vous débarrasser de toutes vos cartes

« Précocément » pour « Précocement »

Le 4 novembre 2021

Emplois fautifs

Un très grand nombre d’adverbes sont formés à l’aide du suffixe -ment, que l’on ajoute à des adjectifs. Quand ceux-ci sont terminés par -ent ou -ant, ces adverbes feront leur finale en -emment ou -amment : violent, violemment ; méchant, méchamment. S’ils ont une autre terminaison consonantique, on ajoute ce suffixe -ment à la forme de féminin de l’adjectif : rond, rondement ; petit, petitement. S’ils sont terminés par un é ou un i, on les fait suivre directement de ce suffixe : aisément, joliment. Il en va de même avec les adjectifs épicènes : abominable, abominablement ; absurde, absurdement. Mais il arrive que certains de ces adverbes voient leur terminaison passer de -ement à -ément par analogie avec d’autres, formés à partir de participes passés en comme délibérément, décidément : c’est le cas de commodément, énormément, intensément, qui se sont d’abord rencontrés sous les formes commodement, énormement, intensement. Pour l’adverbe tiré de précoce, l’usage veut que l’on emploie précocement – même si précocément commence à s’entendre ou à se lire.

on dit

on ne dit pas

Les arbres ont fleuri précocement

Les malheurs l’ont précocement vieilli

Les arbres ont fleuri précocément

Les malheurs l’ont précocément vieilli

« Signer » employé avec un nom de personne comme complément d’objet direct

Le 4 novembre 2021

Emplois fautifs

Le verbe signer, « revêtir de sa signature », s’emploie avec un nom de chose comme complément d’objet direct : Signer un contrat, une requête, un arrêt ; Signer son engagement ; Signer une pétition, une protestation ; Signer un traité de paix. Il peut aussi s’employer absolument : Signer de confiance ; Je ne veux pas signer sans avoir lu ; Il a déclaré ne savoir signer. On le rencontre également avec un complément indirect : Signer à un contrat, y mettre sa signature, comme témoin ou par honneur.

Ces constructions sont correctes, mais ce n’est plus le cas quand on veut faire d’un nom de personne le complément d’objet direct de ce verbe. On évitera donc des tours comme Ce producteur a signé cet artiste prometteur ou Cette maison de disques rêve de signer ce chanteur, et l’on dira : Ce producteur a signé un contrat avec cet artiste prometteur ou Cette maison de disques rêve d’engager ce chanteur.

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