Il est rare que l’on rapproche ces personnages, dont les occupations divergent : le cambrioleur visite subrepticement des appartements pour y faire main basse sur les objets de valeur ; le chambellan était un gentilhomme chargé de régler le service intérieur de la chambre d’un souverain, et le premier d’entre eux était appelé grand chambellan. Ce sont là deux occupations bien différentes, mais ces noms ont la même origine. Chambellan s’est d’abord rencontré sous la forme chamberlenc, qu’il avait encore quand nos amis anglais nous l’empruntèrent avant de la modifier légèrement en chamberlain. Nos voisins d’outre-Manche ayant conservé leur monarque, il existe encore en Angleterre un lord Chamberlain, le chef de la maisonnée du Roi. Comme de nombreux autres noms de métier ou de fonction, chamberlain devint un patronyme, illustré entre autres par Neville, qui fut Premier ministre du Royaume-Uni, mais aussi, de l’autre côté de l’Atlantique, par Wilt, l’unique joueur du championnat nord-américain de basket-ball à avoir marqué cent points en un seul match. Nos chambellan et chamberlain ont un très proche parent étymologique, camerlingue, cardinal placé à la tête de la chambre apostolique et chargé de l’administration temporelle du Saint-Siège. Tous ces mots remontent en effet directement, ou par l’intermédiaire de l’italien camerlingo, au germanique kamerling, qui désignait un préposé au service de la Chambre, c’est-à-dire de la cour des rois francs. Ce nom, kamerling, est lui-même issu, par l’intermédiaire du latin camera, du grec kamara, qui désignèrent l’un et l’autre une voûte puis une pièce voûtée, le plus souvent une chambre. Ce même camera est à l’origine du provençal cambro, d’où est tirée l’ancienne forme cambriole, désignant une chambre ou une petite boutique, qui nous ramène à notre cambrioleur. On retrouve camera dans la locution savante camera obscura, « chambre noire », qui est aussi à l’origine de l’anglo-américain (movie) camera, qui nous conduit, lui, à notre troisième larron, le caméraman.
Par une série de métonymies chambre a connu, comme bureau, une prodigieuse extension de sens, passant d’une pièce d’habitation, destinée essentiellement au coucher, à un organe administratif ou politique jouant un rôle important, d’abord auprès d’un souverain, puis auprès d’un gouvernement. À côté des chambres royales ou pontificales, citées plus haut, en ont existé de nombreuses autres. On emploie encore parfois la locution Chambre des députés pour désigner l’Assemblée nationale. On parlait aussi jadis, entre beaucoup d’autres, de la Chambre des comptes, de la Chambre de justice (aussi appelée Chambre ardente et qui était, comme l’écrit Littré, un « tribunal chargé de juger certains grands crimes, et qui faisait brûler les coupables »). Aujourd’hui encore, le Parlement d’Angleterre est divisé en deux chambres : la Chambre haute ou Chambre des pairs, et la Chambre basse ou Chambre des communes.
Signalons pour conclure que si le latin a emprunté camera du grec kamara, qui désignait une voûte, un lieu couvert par une voûte, il avait une forme propre désignant la même réalité, fornix, que l’on rapproche de fornax, « four, fourneau ». Par métonymie, fornix a désigné une chambre voûtée, comme celle où officiaient les prostituées, puis un lupanar. De ce nom ont été tirés les mots fornicare et fornicatio. En latin classique, et particulièrement chez Vitruve, le grand architecte du ier siècle avant Jésus-Christ, ils signifient « construire en forme de voûte », pour le premier, et « arc » ou « arc de décharge », pour le second. Ce n’est qu’au début du iiie siècle, sous la plume de Tertullien, qu’ils prendront les sens qu’ont leurs homologues français.