Dire, ne pas dire

Bartosz L. (Pologne)

Le 5 mars 2026

Courrier des internautes

Je m’interroge sur les formes du verbe gésir. Que faudrait-il écrire si on voulait le conjuguer au subjonctif, par exemple dans Je ne pense pas qu’il (gésir) ici ?

Et qu’en est-il des autres modes et des autres temps ?

Bartosz L. (Pologne)

L’Académie répond :

La première édition du Dictionnaire de l’Académie française, en 1694, signalait déjà que ce verbe était défectif. On y lisait : « Vieux mot qui n’est guere en usage qu’en quelques-uns de ses temps. Il gist, ils gisent. il gisoit. ils gisoient &c. » L’édition actuelle précise quels sont ces temps : « N’est usité qu’au présent de l’indicatif : je gis, il gît, nous gisons ; à l’imparfait : je gisais, nous gisions ; au participe présent : gisant. » Cela étant, dans son Thresor de la langue francoyse, tant ancienne que moderne, paru en 1606, Nicot donne encore une forme de participe passé et de passé simple : « Quand elle eut jeu un mois, elle releva. Elle jeut un mois, puis elle releva. » Quant aux formes de futur, elles semblent abandonnées, même si, dans son excellente Encyclopédie du bon français dans l’usage contemporain, Dupré indique que l’on trouve encore gîrai dans Tête d’Or, de Claudel : « Bientôt, tout de mon long, je gîrai par terre, les mains ouvertes », et gésirai dans Honorine, de Balzac : « Je gésirai la tête fracassée sur un pavé. »

Si ce verbe est aujourd’hui défectif, il n’en a pas toujours été ainsi ; en ancien français, on le trouvait à tous les temps et tous les modes. On avait un subjonctif présent : gise, gises, gise, gisiens, gisiez, gisent. Il existait aussi deux formes de passé simple : jui, geüs, jut, geümes, geüstes, jurent d’une part et, d’autre part, gis, gesis (ou geïs) gist, gesimes (ou geïmes), gesistes (ou gesistes), girent. De ces deux passés simples étaient tirées deux formes de subjonctif imparfait : geüsse, geüsses, geüst, geüssiens, geüssiez, geüssent et gesisse ou geïsse, etc.

On pourrait donc dire, et écrire : « Je ne pense pas qu’il gise ici », ou, avec des choix archaïsants assez prononcés : « Je ne pensais pas qu’il geüst, gessist ou geïst ici. »