Achever, finir et terminer sont synonymes et il arrive que les dictionnaires glosent l’un par les autres. Ils n’ont pourtant pas tout à fait les mêmes emplois et il y a entre eux quelques nuances. Achever est un synonyme de « parfaire ». Littré le signalait dans son Dictionnaire « Achever c’est, mener à terme, mais avec idée que la chose menée à terme est parfaite et accomplie. » (Notons que c’est aussi ce que souligne le Dictionnaire de l’Académie française : on lisait déjà dans la 1re édition : « Parfaire, conduire une chose, un ouvrage à la fin, à la perfection » ; on lit aujourd’hui dans la neuvième : « Porter à son point extrême, à son comble. »). Achever, outre le sens de « tuer une personne déjà blessée » (un sens que, dans une langue très populaire, peut aussi avoir finir), signifie en effet « mener à son entier accomplissement » et comporte, on l’a vu, une idée de perfection. Ce verbe est dérivé de l’ancien français chief ou chef, « tête », puis « bout, extrémité », et donc un parent étymologique de chef-d’œuvre. L’ancien français employait d’ailleurs la locution traire à bon chief pour indiquer qu’un travail avait été mené à bien et jusqu’au bout. Cette idée de perfection encore rehaussée dans parachever, distingue assez nettement achever de nos deux autres verbes.
Finir n’implique en effet pas le même degré de perfection, même s’il n’en est pas très loin. Littré le notait déjà : « Finir [une chose], c’est non seulement la terminer, mais la mener jusqu’au bout ; seulement elle peut n’avoir pas reçu toute la perfection qu’elle comporterait. » Cela étant, les noms tirés de ce verbe, finition et le participe substantivé fini et n’ont rien à envier, sous ce rapport au nom achèvement. Quant à terminer [une chose], nous dit Littré, c’est simplement « y mettre un terme, qu’elle soit parfaite ou non, complète ou non, finie ou non » ; d’ailleurs son dérivé terminaison est un terme technique qui n’a aucune valeur méliorative. Pour mieux faire sentir les nuances existant entre ces trois verbes, Littré les employait avec le même sujet, le nom livre. Il écrivait « Si l’on dit Mon livre est terminé, on peut supposer que des circonstances m’ont empêché de lui donner tour le développement que j’avais conçu. Après Mon livre est fini on pourra ajouter mais il faut maintenant le corriger. Tandis qu’avec Mon livre est achevé, on attend quelque chose comme : Je n’ai plus qu’à le donner à l’imprimeur. »
Finir, peut-être à cause de sa position médiane, est plus courant que les deux autres verbes et il est des cas où l’on ne peut employer que lui, comme dans Finir son assiette, son verre ou Fini de rire. Quand il a le sens de « toucher à sa fin » il peut être employé à la forme active ou pronominale et l’on dira aussi bien Tout cela finira mal que tout cela se finira mal ou Tout cela se terminera mal. Enfin, si l’on peut dire : Il a fini par céder on ne dira ni Il a achevé par céder ni Il a terminé par céder.
Finir et terminer ont une étymologie qui est liée à une idée de limite. Finir est issu du latin finire, « limiter, achever, mettre fin à », lui-même dérivé de finis, « limite, fin, but », tandis que terminer est emprunté du latin terminare, « borner, limiter », puis « clore, finir, terminer », lui-même dérivé de terminus, « borne, limite ; extrémité ». Ils peuvent donc avoir un sens temporel que n’a pas achever. Un professeur pourra ainsi dire « rendez vos copies, l’examen est fini ou l’examen est terminé, mais non l’examen est achevé. »
Terminer peut parfois être remplacé par arrêter, comme dans Terminez vos querelles. La première édition de l’Académie française avait placé ce verbe à l’article terme et en donnait cette définition : « Mettre des bornes, donner […] des limites. Hercule termina ses conquestes au lieu qu’on appelle encore les colomnes d’Hercule. ce bois termine agreablement la veuë. ces montagnes terminent agreablement l’horison. » Cette idée de limite se retrouve, on l’a vu, dans l’étymologie de finir, qui peut d’ailleurs, lui aussi, avoir un sens spatial : Sa propriété finit à la lisière des bois. Il convient de noter qu’en passant de la voix active à la voix pronominale le verbe achever perd son sens de perfection pour prendre celui de limite et devenir ainsi de finir et terminer. On dira ainsi Les vacances vont s’achever. La fête s’acheva sous la pluie. En France, dit-on, tout finit par des chansons. Et dans une phrase comme L’investiture d’un président de la République, en France, s’achève par le tir de vingt et un coups de canon, il est difficile de dire si ces coups de canon en marquent l’apothéose ou la fin. Lorsque le verbe se termine par une voyelle, …
On trouve aussi des cas où les verbes ont le même sens mais où l’usage s’est imposé avec tel ou tel verbe. On dit ainsi finir ou vie, achever sa vie, mais finir ou achever ses jours, mais non terminer ses jours