Dire, ne pas dire

Vite, rapide, prompt

Le 8 janvier 2026

Nuancier des mots

Vite s’emploie essentiellement comme adverbe, même s’il se rencontre aussi parfois comme adjectif. De la 2e à la 8e édition du Dictionnaire de l’Académie française il était ainsi glosé : « Qui se meut, qui court avec vistesse », mais son emploi adjectival était circonscrit : « Il ne se dit que des animaux & de quelques choses inanimées. Cheval viste, fort viste. Il est viste comme le vent. Mouvement trop viste. Le poux fort viste. Un escrivain qui a la main fort viste. » Il se répand un peu plus largement aujourd’hui et cette extension se fait essentiellement par la langue du sport. On pourra dire ainsi que tel coureur est le plus vite de son équipe de relais pour indiquer que c’est lui le plus rapide. Cet emploi a été favorisé par des phrases où le verbe être n’avait pas au départ sa valeur de verbe d’état : on est passé de Il sera vite dans la maison (« il rentrera bientôt ») à Il est vite dans le dernier tour, (« il y est particulièrement rapide »). Notons que, dans certaines phrases, on peut hésiter sur la nature de vite et, selon qu’on a affaire à un adjectif ou à un adverbe, le sens de l’énoncé ne sera pas le même. Si l’on dit, par exemple, au sujet d’un coureur de haies, qu’il est vite sur la haie, et que vite est senti comme un adverbe, la phrase signifie qu’il arrive très rapidement devant celle-ci ; si vite est compris comme un adjectif, la phrase signifie alors qu’« il est rapide dans le franchissement de cette haie ».

Dans ce dernier emploi, vite a pour synonyme rapide mais non pas prompt. Pour bien saisir la différence de sens entre ces deux adjectifs, il peut être bon de se pencher sur leur étymologie : rapide remonte au latin rapere, « entraîner, emporter violemment » et, dans ses premiers emplois, il qualifiait surtout des cours d’eau, comme en témoigne la 4e édition du Dictionnaire de l’Académie française. On y lit : « Il se dit tant d’Un mouvement extrêmement vîte, que de tout ce qui se meut avec vîtesse. Le cours rapide d’un fleuve. Le vol rapide des aigles. Un mouvement très-rapide. Le Rhône est extrêmement rapide. Ce torrent est fort rapide. »

Prompt, lui, est emprunté du latin promptus, « mis au grand jour ; prêt, disponible », participe passé de promere, « tirer, retirer ; produire au jour », lui-même composé à partir de pro, « en avant, devant », et emere, « prendre, acheter ». Il y a donc bien dans l’étymologie de ce mot une idée d’anticipation, voire de préparation, qui n’est pas dans rapide. On doit donc se souvenir que même s’il est de nombreux cas où prompt et rapide sont synonymes, c’est prompt que l’on emploie pour signaler que dans l’esprit de celui qui parle, l’action se produit plus tôt qu’il n’est normal de l’attendre, comme si elle avait été prête à l’avance ou si elle était là pour marquer un retour à un état antérieur. C’est pourquoi on emploie en général prompt pour qualifier une action qui répond à une autre action, alors que rapide semble plus s’appliquer à des êtres ou à des choses dont la rapidité est une qualité essentielle. On pourra dire une réponse rapide ou prompte, mais on dira d’un coureur qu’il est rapide et non qu’il est prompt tandis qu’à une personne malade on souhaitera un prompt rétablissement. Les antonymes de ces adjectifs peuvent nous aider à mieux percevoir la nuance qu’il y a de l’un à l’autre puisque si celui de rapide est lent, celui de prompt est tardif.