Les participes passés rassis et ranci sont proches par la forme et ne sont guère éloignés par les sens. Ils désignent l’un et l’autre un aliment dont la saveur ou la consistance se sont altérées avec le temps. Le premier se dit du pain et d’autres aliments de même nature qui ont perdu leur tendreté, qui sont desséchés sans toutefois être durs. Le second se dit d’un corps gras qui, laissé au contact de l’air, a pris une odeur et un goût forts et désagréables. Mais les emplois figurés de ces participes sont également voisins. Ranci signifie alors « qui est devenu rance, qui a perdu sa fraîcheur ; qui s’est aigri et est devenu désagréable, déplaisant ». Rassis se dit aussi parfois, péjorativement, de qui refuse l’innovation, fait preuve d’immobilisme, en particulier dans le domaine des mœurs ou de la culture. On dira ainsi de tel ou tel qu’il a l’esprit rassis.
Mais, contrairement à ranci, rassis est susceptible d’avoir aussi des sens positifs. Au propre, il peut qualifier de la viande que l’on a conservée au frais plusieurs jours après l’abattage de l’animal afin de l’attendrir. Rassis, rappelons-le, est le participe passé du verbe rasseoir et ce verbe, de manière figurée et dans une langue littéraire, signifie « calmer, ramener à la tranquillité, rassurer » ; en ce sens un esprit rassis, signifie donc « un esprit devenu plus calme, pondéré ». On peut aussi parler de projets rassis, c’est-à-dire de projets mûris par la réflexion. Quant à la locution de sens rassis, elle signifie « sans être ému, sans être troublé. »