Dire, ne pas dire

« Rassis » et « Ranci »

Le 11 février 2026

Emplois fautifs

Les participes passés rassis et ranci sont proches par la forme et ne sont guère éloignés par le sens. Ils désignent l’un et l’autre un aliment dont la saveur ou la consistance s’est altérée avec le temps. Le premier se dit du pain et d’autres aliments de même nature qui ont perdu leur tendreté, qui sont desséchés sans devenir tout à fait durs (notons toutefois que, appliqué à de la viande, cet adjectif prend un sens presque opposé puisque la viande rassise, qu’on a laissée reposer après l’abattage, gagne en tendreté). Le second se dit d’un corps gras qui, laissé au contact de l’air, a pris une odeur et un goût forts et désagréables. Les emplois figurés de ces participes sont également voisins : ranci qualifie une personne qui s’est aigrie, qui est devenue désagréable, déplaisante ; rassis se dit de quelqu’un qui refuse l’innovation, fait preuve d’immobilisme, en particulier dans le domaine des mœurs ou de la culture. Et l’on dira ainsi, par métonymie, de tel ou tel, qu’il a l’esprit rassis.

Mais, contrairement à ranci, rassis est susceptible, au figuré, de prendre un sens positif. Rassis, rappelons-le, est le participe passé du verbe rasseoir et ce verbe, dans la langue littéraire, signifie « calmer, ramener à la tranquillité » ; en ce sens un esprit rassis désigne donc un esprit qui a regagné son calme, son équilibre. On peut aussi parler de projets rassis, c’est-à-dire de projets mûris par la réflexion. Quant à la locution, rare et littéraire, de sens rassis, elle signifie « sans être ému, sans être troublé ».