Dire, ne pas dire

Faire la renchérie

Le 4 avril 2013

Bonheurs & surprises

Le participe passé substantivé renchéri désigne une personne dédaigneuse, qui fait la difficile. On le rencontre surtout dans l’expression faire le ou la renchéri(e) qui apparaît au xive siècle et signifie « se faire prier ». On trouve un grand nombre de tours de ce type condamnant l’attitude affectée de telle ou telle personne, dans lesquels le verbe faire souligne le caractère hypocrite de celui qui endosse un rôle. On utilisait d’ailleurs autrefois plutôt le verbe contrefaire, qui dénonçait plus fortement la tromperie. Dans Le Malade imaginaire, Argan, à qui Toinette propose de faire semblant d’être mort pour amener son entourage à se montrer sous son vrai visage, l’interroge en ces termes : « N’y a-t-il point quelque danger à contrefaire le mort ? »

Et, dans Les Amours de Cassandre, Ronsard écrit à celle qui refuse de céder à ses avances :

« Pourquoi donque, quand je veux

Ou mordre tes beaux cheveux,

Ou baiser ta bouche aimée,

Ou toucher ton beau sein,

Contrefais-tu la nonnain

Dans un cloître enfermée ? »

Mais le verbe faire a pour lui l’avantage de pouvoir être suivi d’un autre déterminant que l’article défini. En effet, quand cette attitude affectée devient habituelle, quand le masque est régulièrement porté, le ou la est remplacé par l’adjectif possessif son ou sa. On trouve ainsi, entre autres : faire son intéressant, faire sa sucrée, faire sa panthère, « flâner, ne pas travailler », faire sa Joconde ou faire sa poire, « adopter un air indifférent et hautain », faire son jars ou faire son Vésuve, « prendre un air important ».