Dire, ne pas dire

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Affabulation au sens de Fabulation

Le 2 octobre 2014

Emplois fautifs

Le nom affabulation a d’abord désigné le sens moral d’une fable, d’un apologue, puis la trame d’un récit, d’une pièce de théâtre et enfin, par extension, la construction de l’intrigue dans une œuvre de fiction ; ces deux derniers sens sont les seuls encore en usage aujourd’hui. Avec l’article défini élidé « l’ », affabulation forme un groupe nominal, l’affabulation, qui est l’homophone d’un autre groupe nominal dans lequel entre cette fois-ci l’article défini non élidé « la » : la fabulation. On se gardera de confondre affabulation et fabulation, cette dernière étant la tendance, parfois pathologique, à présenter comme vrais des récits imaginaires, et l’on fera de même pour les deux verbes correspondants, affabuler et fabuler.

On dit

On ne dit pas

Toute cette histoire n’est que mensonges et fabulations

Il ne cesse de fabuler

Voici en deux mots l’affabulation de ce roman

Toute cette histoire n’est que mensonges et affabulations

Il ne cesse d’affabuler

Voici en deux mots la fabulation de ce roman

 

Impétrant au sens de postulant

Le 2 octobre 2014

Emplois fautifs

Le nom impétrant a un sens précis dans la langue du droit et de l’administration, mais force est de constater qu’on l’emploie souvent à tort, par une extension abusive, peut-être parce que son caractère un peu savant peut donner une teinte d’érudition à un discours. Impétrant désigne en effet une personne qui obtient un titre, un privilège d’une autorité compétente, et il s’emploie en particulier pour nommer celui qui vient de réussir un examen. C’est donc un grave contresens de le confondre avec postulant, qui désigne le candidat à un emploi, à une fonction, etc.

On dit

On ne dit pas

L’impétrant a signé son diplôme, son arrêté de nomination

Il y a de nombreux postulants pour cette place

Le postulant a signé son diplôme, son arrêté de nomination

Il y a de nombreux impétrants pour cette place

 

Majuscules aux noms de jours et de mois

Le 2 octobre 2014

Emplois fautifs

Les noms des jours et des mois sont des noms communs qui forment une catégorie extrêmement limitée, et qui le serait encore quand bien même on y ajouterait les noms des jours et des mois révolutionnaires, comme quintidi ou décadi, germinal ou vendémiaire. Comme ce sont des noms communs, ils ne doivent pas, sauf en début de phrase, être écrits avec une majuscule et ils prennent, les uns et les autres, la marque du pluriel.

 

On écrit

On n’écrit pas

Nous sommes le lundi 7 juillet

Il vient tous les mardis

Toutes ces dernières années, nous avons eu de beaux décembres

Nous sommes le Lundi 7 Juillet

Il vient tous les mardi

Toutes ces dernières années, nous avons eu de beaux Décembre

 

Prendre pour témoin, Prendre à témoin

Le 2 octobre 2014

Emplois fautifs

Ces deux expressions ne sont pas, comme on le croit parfois, interchangeables.

Prendre quelqu’un à témoin signifie « invoquer son témoignage, le sommer de déclarer ce qu’il sait ». La locution à témoin est adverbiale ; témoin y est donc invariable. Prendre quelqu’un pour témoin peut signifier « se faire assister de cette personne pour certains actes », mais aussi « lui demander d’accepter de rendre compte de ce qu’il sait ». Dans ce cas, témoin est attribut du complément d’objet direct de prendre et varie en nombre avec celui-ci.

On écrit

On n’écrit pas

Prendre les dieux à témoin de son malheur

Prendre ses voisins pour témoins de la gêne occasionnée

Prendre les dieux à témoins de son malheur
 

Prendre ses voisins pour témoin de la gêne occasionnée

 

Une ossature bois, des bacs acier

Le 2 octobre 2014

Extensions de sens abusives

On trouve dans la langue française d’assez nombreux groupes nominaux, le plus souvent des locutions figées, formés de deux noms dont le second est apposé au premier : on parle ainsi de crapaud accoucheur, de lit bateau, de verre cathédrale ou encore d’épeire diadème. Ceux-ci sont toutefois beaucoup moins fréquents que les tours prépositionnels parce qu’ils conviennent moins au génie de la langue française. Aussi évitera-t-on de remplacer systématiquement les constructions prépositionnelles par des constructions appositives. Si, en effet, ces dernières tournures peuvent convenir pour des petites annonces facturées en fonction du nombre de signes utilisés, il convient de ne pas en faire une mode comme cela semble parfois être le cas dans certains domaines liés, le plus souvent, à l’architecture ou à la décoration. On dira donc des lames d’acier ou en acier, et non des lames acier. On se souviendra néanmoins que cette construction est autorisée quand c’est le nom d’une couleur dont on fait l’ellipse : Une moquette gris acier ou, elliptiquement, une moquette acier.

 

On dit

On ne dit pas

Des bacs en acier, des bacs d’acier

Une ossature en bois, en métal

Une structure métallique

Des bacs acier

Une ossature bois, métal

Une structure métal

 

 

Astrid K. (France)

Le 2 octobre 2014

Courrier des internautes

Le verbe synergiser est-il correct ou est-ce un abus de langage « franglais » ?

Astrid K. (France, 16 septembre)

L’Académie répond :

Les verbes en -iser français viennent parfois de noms en -ie : agoniser, allégoriser, coloniser, synchroniser, etc. Ils peuvent aussi être empruntés de formes anglaises en to [...]-ize ; c’est le cas de maximiser, optimiser, paupériser, pressuriser, etc.

Synergiser ne me semble pas relever de ce dernier cas, puisque je n’ai pas trouvé de verbe *to synergise dans les dictionnaires anglais que j’ai consultés.

Synergiser me semble donc être un néologisme de mauvais aloi puisqu’existent déjà nombre de locutions pouvant nous éviter son emploi.

Melchiade B. (Burundi)

Le 2 octobre 2014

Courrier des internautes

Peut-on dire « entrer en guerre contre » ou « entrer en guerre avec » ?

Comment peut-on employer les deux prépositions sans les confondre ?

Melchiade B. (Burundi, 5 mai)

L’Académie répond :

On dira plutôt être en guerre avec, sans que la locution être en guerre contre puisse être considérée comme fautive.

Il s’agit là d’un usage également fréquent au sens figuré (être en guerre avec l’administration). En revanche, la préposition contre est la seule possible dans les locutions partir en guerre contre, mener une guerre contre.

Cela ressort de mes attributions

Le 9 septembre 2014

Emplois fautifs

Il existe deux verbes ressortir en français. Ils sont homonymes et homographes à l’infinitif, mais diffèrent par l’étymologie (l’un est dérivé de sortir, l’autre de ressort), par leur groupe et par conséquent par leur conjugaison (l’un est du troisième groupe et fait ressortait à l’imparfait, l’autre est du deuxième et fait ressortissait à ce même temps). L’un signifie « sortir d’un endroit peu après y être entré » et se construit le plus souvent avec la préposition de, l’autre signifie « relever de » et se construit toujours avec la préposition à. Le premier de ces deux verbes appartient à la langue courante et s’emploie à toutes les personnes, l’autre appartient essentiellement à la langue administrative et se construit le plus souvent à la troisième personne. On évitera de confondre ces deux verbes et l’on veillera à bien respecter le groupe et la construction qui leur conviennent.

On dit

On ne dit pas

Cela ressortit à mes attributions

Cette affaire ressortissait à la cour d’assises.

Ce texte ressortit à l’épopée

Il ressortait de la chambre

Cela ressort de mes attributions

Cette affaire ressortait de la cour d’assises.
 

Ce texte ressortit de l’épopée

Il ressortissait de la chambre

 

Périple au sens de Voyage

Le 9 septembre 2014

Emplois fautifs

Le nom périple est emprunté, par l’intermédiaire du latin periplus, du grec periplous. Ce dernier est formé à l’aide du nom plous, « navigation », et de la préposition peri, « autour ». Le périple était à l’origine un voyage par mer autour d’une terre ou une boucle que l’on fait en longeant les côtes à l’intérieur d’une mer ; on parlera ainsi du périple autour du Pont-Euxin de l’historien grec Arrien. On peut légitimement aujourd’hui étendre le sens de périple à un voyage qui ne se fait pas par mer, à condition qu’il s’agisse d’un voyage circulaire, mais on ne doit pas donner ce nom à tout voyage de longue durée.

 

On dit

On ne dit pas

Au terme d’un long voyage Marco Polo arriva en Chine

Son expédition en Grèce l’a mené d’Athènes à Olympie

Au terme d’un long périple Marco Polo arriva en Chine

Son périple en Grèce l’a mené d’Athènes à Olympie

 

Tout de go

Le 9 septembre 2014

Expressions, Bonheurs & surprises

Contrairement à ce que l’on croit parfois, la locution adverbiale tout de go, « directement, sans préparation, sans précaution », n’est pas liée au verbe anglais to go, « aller ». Tout de go est la forme simplifiée de l’expression ancienne avaler tout de gob.

Cette forme ancienne gob est issue du gaulois *gobbo, « bec, bouche ». C’est d’elle encore qu’est dérivé l’ancien français gobet, « bouchée, gorgée », puis « pièce, morceau ». De ce dernier sens, on est passé à celui de « motte de terre ». Ainsi le français écobuage, qui désigne une méthode de fertilisation des sols, n’a-t-il rien à voir avec le préfixe éco- mais bien avec cette racine gob-, puisqu’il vient du poitevin gobuis, qui désignait la terre où l’on se prépare à mettre le feu.

De gob- dérive aussi bien sûr le verbe gober, qui a, au sens propre, le plus souvent comme complément les noms œuf (Gober une couple d’œufs, lisait-on dans la première édition du Dictionnaire de l’Académie française), et huître. La rapidité avec laquelle on gobe, on avale ces deux aliments, sans même prendre le temps de les mâcher, a fait de gober un verbe emblématique de la voracité. Il suffit pour s’en convaincre de lire La Fontaine : si, dans L’Huître et les Plaideurs, c’est bien une huître qui est gobée (« Celui qui le premier a pu l’apercevoir / En sera le gobeur »), il est nombre de fables où les proies sont de tout autre nature. On lit dans Le Chat et un vieux rat :

« Le pendu ressuscite, et sur ses pieds tombant, / Attrape les plus paresseuses. / Nous en savons plus d’un, dit-il en les gobant : / C’est tour de vieille guerre… »

Dans Les Grenouilles qui demandent un roi :

« Le Monarque des Dieux leur envoie une Grue, / Qui les croque, qui les tue, / Qui les gobe à son plaisir… »

Dans Le Berger et son troupeau :

«  Quoi ? toujours il me manquera / Quelqu’un de ce peuple imbécile ! / Toujours le Loup m’en gobera ! »

L’image de l’animal ouvrant une large gueule pour engloutir ses victimes a donné naissance à une autre, plus douce, du rêveur bouche-bée qui, lui, ne gobe que la lune, les mouches ou le vent.

En revanche, c’est bien l’idée de voracité, de rapidité, parfois imprudente, que l’on retrouve dans des expressions comme gober le morceau, gober l’appât, au sens de « mordre à l’hameçon ». De la même manière que le mangeur ne prend ni le temps de goûter ni celui de mâcher, le naïf ne prend pas le temps de réfléchir. Arnolphe s’écrie ainsi dans L’École des femmes :

« Je ne suis pas homme à gober le morceau / Et laisser le champ libre aux yeux d’un damoiseau. »

On peut supposer que ce sont ces expressions qui sont à l’origine du sens qu’a également le verbe gober de « croire naïvement tout ce que l’on dit », et c’est à partir de cet emploi et par redoublement expressif de la première syllabe du verbe que la langue populaire a créé le nom gogo pour désigner un naïf, une dupe victime de sa crédulité.

 

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