Ces adjectifs qualifient des personnes, des êtres ou des actions qui provoquent la répulsion par leur violence, leur cruauté ou leur ignominie, et parfois leur laideur. À ces sens, les trois premiers termes, qui ont la particularité d’être formés à l’aide d’un préfixe marquant l’éloignement ou la séparation, ab-, ex- et de-, ajoutent, par leur étymologie, l’idée d’une offense aux dieux. Abominable est en effet emprunté, par l’intermédiaire du latin chrétien abominabilis, de abominari, « repousser comme un mauvais présage », d’où « s’écarter avec horreur », puis « profaner, souiller », abominari étant lui-même tiré de omen, « présage ».
Détestable nous vient du latin detestabilis, un dérivé de detestari, « écarter avec des imprécations en prenant les dieux à témoin », verbe dans lequel on retrouve testis, « témoin ». Quant à exécrable, qui est emprunté du latin exsecrabilis, c’est un dérivé, par l’intermédiaire de exsecrari, « charger d’imprécations », de sacer, « sacré » ; un adjectif qui, rappelons-le, qualifie, d’une part ce qui ne peut être touché sans être souillé et, d’autre part, ce qui souille tout ce qu’il touche, d’où son double sens de « sacré » et de « maudit » (ce dernier étant, par exemple, celui du féminin sacra, dans la locution devenue proverbiale auri sacra fames, « exécrable faim de l’or »).
Aujourd’hui ces adjectifs peuvent conserver leur très fort sens originel, mais détestable qualifie surtout ce qui déplaît fortement, ce qu’on ne peut supporter ; on parlera ainsi d’un tic détestable ou d’une détestable manie. Abominable et exécrable sont eux aussi affaiblis quand ils sont employés, par exagération, pour qualifier ce qui n’est pas à notre goût, ce qui est ou qui nous semble particulièrement mauvais, comme de la nourriture, le temps qu’il fait ou une œuvre d’art à laquelle on trouve tous les défauts du monde. On parle ainsi d’un plat, d’un temps exécrable ou d’un style abominable.
Effroyable est construit, lui aussi avec un préfixe séparatif, ex-. C’est un dérivé d’effrayer, qui s’est d’abord rencontré sous les formes esfreder, esfreier, « troubler, inquiéter », et, au sens propre, « faire sortir de l’état de tranquillité ». Ce verbe est en effet issu du latin populaire de Gaule exfridare, un dérivé de l’ancien bas francique fridu, « paix », que l’on retrouve dans l’allemand Frieden. À l’origine effroyable qualifiait ce qui troublait, ce qui faisait perdre la quiétude. Par la suite son sens s’est étendu, et aujourd’hui cet adjectif qualifie ce qui cause une frayeur intense, ce qui provoque l’épouvante.
Aux sens contenus dans ces quatre adjectifs, horrible ajoute une des manifestations physiques de la peur, de la répulsion. Il est tiré du latin horrere « se hérisser, trembler, frissonner d’horreur » ; et c’est à l’aide de ce verbe et de pilus, « poil », qu’a été formé horripilare, « avoir le poil hérissé ». C’est à ce dernier que nous sommes redevables des mots horripilant et horripilateur. Si ces deux adjectifs ont la même étymologie, leurs emplois sont bien différents. Le premier qualifie ce qui agace fortement, ce qui exaspère, particulièrement par sa répétition intempestive, tandis que le second qualifie les muscles qui s’étendent du derme jusqu’à la base des poils et qui, en se contractant, redressent ces derniers, provoquant ainsi le phénomène appelé horripilation.