Dire, ne pas dire

Bonheurs & surprises

Dans la paroisse de mon voisin, les écologistes mangent des sandwichs

Le 7 octobre 2021

Bonheurs & surprises

La chose n’est pas évidente au premier abord, mais les quatre noms contenus dans cette phrase ont une origine commune. Voyons d’abord sandwich. L’histoire est connue : John Montagu, comte de Sandwich, adorait les cartes, mais l’obligation de se nourrir l’obligeait trop souvent à quitter la table de jeu, ce qui l’ennuyait beaucoup. Le problème fut résolu quand un domestique lui apporta de la viande froide entre deux tranches de pain. On donna à ce mets le nom du comte : le sandwich était né. Sandwich, le comté de John Montaigu, s’écrivait Sandwic au xe siècle, nom composé à l’aide de sand, « sable », et wic, « port, anse » mais aussi « village ». La terminaison -wic ou -wich, qu’on retrouve dans de nombreux toponymes, comme Norwich ou Greenwich, est tirée d’une racine indo-européenne weik/woik, qui désignait l’unité sociale juste supérieure à la maison.

Cette racine est également à l’origine du gaulois vix, proprement « village », qui est aujourd’hui encore le nom d’une commune de Côte-d’Or où fut découvert, dans la tombe d’une princesse celte, un cratère d’une très grande valeur, mais aussi du latin vicus, qui désignait un village, un bourg, un quartier. Plusieurs villages portent la trace de cette origine latine, tels Vic-sous-Thil ou Vic-sur-Aisne. C’est aussi à l’aide de ce nom latin qu’a été formé Longwy, « le village allongé ». De vicus, le latin a tiré l’adjectif vicinus, qui qualifie des personnes appartenant au même village, au même quartier et qui habitent donc à proximité. C’est à ce vicinus que nous devons notre adjectif « vicinal » mais aussi le nom et adjectif « voisin ».

Passons maintenant aux écologistes. La forme grecque la plus connue, venant de la racine indo-européenne citée plus haut, est oikos, désignant une maison, un domaine. Les Grecs, peuple essentiellement composé d’agriculteurs, réfléchirent à une manière raisonnée de mettre ces domaines en valeur et en tirèrent une science, oikonomia, à l’origine de notre « économie ». Xénophon lui consacra un ouvrage, Oikonomikos, « L’Économique », c’est -à-dire « l’art d’administrer un domaine ». De ce texte, nous avons une traduction de La Boétie, intitulée La Mesnagerie, ce qui nous rappelle qu’avant de prendre le sens qu’on lui connaît aujourd’hui, le nom ménagerie a d’abord désigné l’administration d’une maison, et surtout d’une ferme, puis tout ce qui appartient à la ferme, et en particulier les animaux. Ce nom ne doit pas nous étonner puisqu’il est dérivé de « ménage », au sens ancien de « demeure » puis d’« administration des biens », mot dérivé de l’ancien verbe français manoir, signifiant « demeurer ». On se souvient aussi que, dans Les Regrets, Du Bellay se plaint du « soin ménager » dont il est travaillé. Comme pour faire pendant à économie, et toujours à partir de oikos, le biologiste et zoologiste allemand Ernst Haeckel (1834-1919) créa, en 1866, le nom Ökologie, à l’origine de notre écologie. Autre création à partir de la racine oikos et de para, « du côté de, d’auprès », l’adjectif et nom paroikos, « qui demeure auprès, voisin » puis « étranger », d’où on tira paroikia, pour désigner un séjour à l’étranger et qui prit en grec chrétien le sens de communauté. Le latin chrétien en fit le nom parochia, qui désigna, entre autres, une église de campagne et le territoire dont elle avait la charge, sens tout proche du français paroisse, qui en est issu.

Rusé comme un renard

Le 7 octobre 2021

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Ruse et renard. Voilà deux mots qui semblent étroitement liés entre eux par le sens. La ruse est en effet la caractéristique essentielle du renard et celui-ci est le parangon de celle-là. Cet animal occupe une place à part dans notre imaginaire, tant pour le rôle qu’il y joue que pour son étymologie. Les latins l’appelaient volpes, ou vulpes, nom que Varron explique ainsi dans son De Lingua latina : « volpes […] quod volat pedibus » (« volpes […] parce qu’il vole avec ses pieds »). À son sujet, Ernout et Meillet écrivent dans leur Dictionnaire de la langue latine : « Le genre féminin que présentent plusieurs des noms de cet animal, est, comme dans le grec huaina, « hyène », un moyen de marquer du mépris pour une bête sans courage. » On lit chose à peu près semblable chez Chantraine qui, dans son Dictionnaire historique de la langue grecque, explique le genre féminin du grec alôpêx par le fait qu’il s’agit d’« un animal craint et méprisé ». L’allemand et l’anglais ont donné des noms différents au mâle et à la femelle de cette espèce, le premier avec Fuchs et Füchsin, le second avec fox et vixen, ce dernier désignant, outre une renarde, une mégère (sens qu’il partage, étonnamment, avec shrew, « musaraigne »). Alôpêx, qui ne nous a donné que le nom alopécie, affection cutanée caractérisée par la chute anormale des cheveux ou des poils, et qui fut d’abord observée chez les renards, est voisin du sanscrit lopasa, même si, dans les contes indiens et persans, le rôle de joueur de tours est plutôt dévolu au chacal. Du latin volpes/vulpes est dérivé la forme vulpeculus, « petit renard », d’où est issu le français goupil. Ce dernier mot, devenu rare dans la langue courante, survit dans l’onomastique. En effet, pour dénommer des personnes rusées, on a employé aussi bien Renard que Goupil ou, particulièrement dans l’Ouest, Lerenard et Legoupil, toutes formes devenues des patronymes. Cette substitution d’un nom commun usuel par un ancien nom propre est exceptionnelle et il a fallu pour cela l’extraordinaire succès du poème du Moyen Âge, Le Roman de Renard. Dans les versions allemandes de ce récit, le héros s’appelle Reginhart, « rusé, malin », et, proprement « fort au conseil ». Et force est de constater que, dans les différentes branches de cette œuvre, Renard, même s’il échoue parfois, passe l’essentiel de son temps à berner les autres animaux, et particulièrement le loup Ysengrin, ainsi nommé en raison de la couleur gris de fer de son pelage. Comment s’étonner dès lors qu’un tel animal, dont l’académicien et naturaliste Buffon reconnaissait le talent dans son Histoire naturelle (« Le renard est fameux pour ses ruses et mérite en partie sa réputation »), ait servi de modèle à tous les individus passés maîtres dans l’art de la feinte ? On trouve d’ailleurs ce nom déjà employé comme surnom en grec ou en latin. Plus près de nous, le renard est l’animal que l’on rencontre le plus dans les Fables d’un autre académicien. Il a aussi donné son nom, outre-manche, à des personnages de fiction, comme dans Volpone or the fox, « Volpone ou le renard », de Ben Jonson (1607). Rappelons aussi que le général Rommel était surnommé, par ses adversaires et par ses soldats « le renard du désert ». Enfin, on n’oubliera pas non plus le roman-feuilleton américain The Curse of Capistrano, « Le Fléau de Capistrano », de Johnston Mc Culley, dont le héros est un jeune aristocrate qui combat la tyrannie, dissimulé sous un masque noir et répond au surnom de Zorro, « le Renard ».

Tunnel, tonnelle

Le 2 septembre 2021

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Voici deux noms aux connotations fort opposées. Le premier suppose l’effort, le labeur du percement, puis le flux frénétique des marchandises et des voyageurs transportés ; les Latins y auraient peut-être vu un symbole du negotium, c’est-à-dire, de l’occupation, du travail, des affaires. Le second offre, lui, une image de fraîcheur et de loisir ; c’est le repos du séjour, c’est l’otium latin. D’un côté, la sueur, de l’autre, le petit vin blanc. Rappelons d’ailleurs que tonnelle a pour synonyme gloriette, un diminutif de glorie, forme ancienne de « gloire » qui connotait le luxe et la richesse. Pourtant ces deux mots sont parents, mais chronologiquement, le tunnel suit la tonnelle. Cette dernière, qui désigne aussi un filet pour attraper les oiseaux, est un dérivé de tonne, non pas l’unité de masse, mais le grand tonneau. L’anglais nous l’a emprunté sous la forme tonel, avec son sens de filet de chasse auquel il a ajouté celui de « conduit de cheminée ». Arrive enfin le mot tunnel avec le sens que nous lui connaissons maintenant. Ce sont cette forme et ce sens que nous avons repris. Aujourd’hui, l’un des plus célèbres tunnels est celui qui, passant sous la Manche, relie la France à l’Angleterre. Mais bien avant le percement de cet ouvrage d’art, de nombreux mots avaient déjà fait le voyage, partant de France avec une forme et une signification, puis revenant, quelques siècles plus tard, sous une autre forme et pourvus d’un ou de plusieurs nouveaux sens. Voyons-en quelques-uns : le mot fouaille ne désigne plus aujourd’hui que les bas morceaux du sanglier, cuits au feu, que l’on donne aux chiens pour les récompenser après la chasse et, par métonymie, le moment de cette récompense. Ce mot est dérivé de fou, variante de feu, et a désigné au xiiie siècle, sous la forme füaille, du bois de chauffage. Un petit tour outre-Manche et la füaille nous revenait, avec un sens et un genre nouveaux, sous la forme fuel puis fioul. Prenons maintenant notre mot poney : il s’est d’abord écrit pooni, mais on trouvait également la forme francisée ponet, comme en témoigne un article paru en 1825 dans le Journal des dames et des modes. Celle-ci ne résista pas longtemps, en ces temps d’anglomanie triomphante, devant la terminaison -ey si évidemment anglaise. Et pourtant, ponet était plus proche du mot d’origine. Ce cheval de petite taille doit en effet son nom au moyen français poulenet, « petit poulain ». On rappellera aussi l’emprunt de l’anglais mess pour désigner la pièce où les officiers ou les sous-officiers d’un même corps prennent leurs repas, nom tiré, par métonymie, de l’ancien français mes, « mets ». Au siècle dernier nous avons également accueilli panel, qui désigne un groupe de personnes sélectionnées pour constituer un échantillon représentatif. C’était le retour sur ses terres de l’ancien français panel, qui, entre autres sens, repris sous la graphie moderne de panneau, avait ceux de « morceau d’étoffe » et de « filet tendu pour prendre le gibier » (d’où l’expression donner ou tomber dans le panneau) ; ce panel, issu du latin vulgaire pannellus, désignait aussi un morceau de parchemin et, par métonymie, le parchemin sur lequel était établie la liste des jurés, puis cette liste ou le jury lui-même, et c’est quand il avait ce sens que l’anglais nous l’a emprunté. À cette liste, on pourrait ajouter auburn, qui qualifie une chevelure châtain roux à reflets de cuivre, tiré de l’ancien français auborne, « blond » ; challenge, venu de l’ancien français chalenge, « chicane, attaque, défi » ; chèque, emprunté de l’anglais check, dérivé de to check, « contrôler », qui avait été pris du français échec, le procédé de la souche ayant pour but premier de faire échec aux malversations sur les bons de trésorerie. Enfin, on n’oubliera pas que commodore, titre donné au Royaume-Uni et aux États-Unis à un capitaine de vaisseau commandant une division navale, vient du français commandeur. Ainsi, nombre de mots français sont allés outre-Manche et, comme l’Ulysse de Du Bellay, y ont fait un beau voyage puis sont retournés, non pleins « d’usage et raison », mais « de sens nouveaux », au pays qui les avait vu naître.

Une phalène, une baleine, des Belges et un crapaud

Le 2 septembre 2021

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La phalène est un insecte qui doit sa renommée à sa capacité d’adaptation : ce petit papillon diurne se pose ordinairement sur des bouleaux et sa couleur blanche se fond avec celle de l’arbre, ce qui lui permet de ne pas être repéré par ses prédateurs. Une autre variété, de couleur noire, beaucoup plus exposée à ces derniers, a été découverte en Angleterre au xixe siècle. Mais la pollution a fait que l’écorce des bouleaux s’est couverte de dépôts noirâtres et, dans les années 1950, la variété noire, désormais presque invisible sur les troncs, en était venue à représenter 98 % des phalènes. Depuis, l’attention portée à l’environnement a permis le retour en force des phalènes blanches. Cette adaptation au milieu n’est pas le seul point digne d’intérêt de notre bestiole. Ce lépidoptère d’à peine quelques grammes a un étrange lien avec le plus lourd des animaux vivants actuels, la baleine. En français, les noms qui les désignent sont des paronymes, mais ils sont parfaitement identiques en grec ancien, phallaina. Il était tentant de chercher à lier cette identité de forme à une étymologie commune, mais force fut de reconnaître que ce n’était pas le cas : notre insecte tire son nom de l’adjectif phalos, « blanc », et notre cétacé d’une racine bhel-, signifiant « se gonfler », qui est aussi à l’origine du nom commun phallus et, le fait est moins connu, du nom propre Belges. Ces derniers, Jules César nous l’a appris, « sont les plus courageux des Gaulois » (horum omnium fortissimi sunt Belgae), « parce qu’ils se trouvent plus éloignés de notre province et de sa civilisation, et que les marchands vont plus rarement leur porter ces objets qui peuvent amollir le courage ; enfin parce qu’ils sont sans cesse en guerre avec les Germains leurs voisins, qui habitent sur l’autre rive du Rhin ». Le latin Belgae signifie donc proprement « ceux qui se gonflent (de colère et d’audace) ». Aujourd’hui, la langue familière utilise encore être gonflé pour « être audacieux », et la langue populaire être gonflant pour « être énervant », c’est-à-dire capable de faire se gonfler autrui de colère. Il n’est donc guère étonnant que ce soit à cette même racine bhel que l’on rattache les verbes gonfler, enfler et souffler. On lui doit aussi le nom bouge, qui, bien avant de désigner un logement exigu, malpropre et sordide, désignait un sac de cuir, sens qu’avait le latin bulga, dont il est issu. Ce mot latin, par analogie, désignait aussi le ventre, et plus particulièrement l’utérus, car celui-ci se gonfle pendant la grossesse. Cette même racine nous a donné le latin bufo, « crapaud », que, dans ses Commentaires sur les Géorgiques, au ive siècle apr. J.-C., le grammairien Servius définit ainsi : rana terrestris nimiae magnitudinis (« grenouille terrestre d’une taille extraordinaire »). On sait en effet que certains batraciens mâles, particulièrement à la saison des amours, peuvent étonnamment gonfler leurs joues pour produire de puissants sons et se faire remarquer par les femelles. Espérons qu’ils se souviennent, comme nous, de La Fontaine qui a montré, avec La grenouille qui se veut faire aussi grosse que le bœuf, que l’enflure n’est pas toujours bonne pour les batraciens.

Des noms d’oiseaux

Le 1 juillet 2021

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Y a-t-il un lien entre le sens des mots et leur forme ? C’était le sujet du Cratyle de Platon. Une grosse vingtaine de siècles plus tard, dans son Cours de linguistique générale, Saussure tranchait en affirmant que le signe est arbitraire ; en diachronie à tout le moins puisque, en synchronie, une forme est un héritage. Ce point dérange d’ailleurs certains locuteurs qui aimeraient qu’il existât une corrélation entre signifiant et signifié. À ceux-là, nous pouvons dire que tous les mots ne sont pas soumis à cet arbitraire. Il y a une niche de résistance, ou mieux, un nid. En effet, le nom de certains oiseaux s’explique, après quelques modifications liées à l’histoire, par la transcription de leurs cris. Varron le notait déjà dans son De lingua latina (5. 75) : […] de his pleraeque ab suis vocibus ut haec: upupa, cuculus, corvus, ulula, bubo (« parmi ceux-ci [les oiseaux], la plupart tirent leurs noms de leurs cris, comme la huppe, le coucou, le corbeau, la chouette, le hibou »).

Intéressons-nous d’abord à la huppe : upupa (rappelons qu’en latin la lettre u se prononce « ou ») est bien une tentative pour transcrire le cri de cet animal. Cette onomatopée est donc à l’origine de notre huppe, mais aussi, en raison de la réputation de saleté qu’on lui prête, du mot salope, forme soudée de sale hoppe, altération de sale huppe. De son côté, coucou vient de cuculus, mot censé imiter le chant de ce volatile. Comme on avait observé qu’il avait coutume de pondre dans les nids des autres, cuculus désigna aussi un amant adultère et, par antithèse, le mari trompé : c’est à une variante de coucou que nous devons le nom cocu. C’est aussi d’une onomatopée imitant le cri de cet oiseau, kokku, que les Grecs avaient tiré la forme kokkux, pour nommer cet oiseau squatteur. La transcription en alphabet latin de ce mot grec est coccyx, nom qui vint à désigner un os semblable au bec de cet oiseau.

C’est sans doute aussi à une onomatopée que l’on doit le nom corbeau, venu du latin corvus, cousin du grec korax. Le nom de la chouette, ulula, est, comme l’écrivent joliment Ernout et Meillet dans leur Dictionnaire étymologique de la langue latine, « un mot imitatif ». On le retrouve d’ailleurs dans les noms scandinaves de cet oiseau : ugla en islandais, ugle en norvégien, uggla en suédois. Quant au français, il a gardé son dérivé hululer. Il en va de même avec le hibou, bubo en latin. Voyons maintenant le paon ; son nom est issu du latin pavo, qui imite le cri de cet animal (nous entendons plutôt léo(n), mais la forme leo, leonis désignait déjà le lion). Profitons de ce que nous l’évoquons pour en rappeler la prononciation. Si celle du nom du mâle est bien connue (« pan »), n’oublions pas que celui de la femelle paonne se prononce comme « panne », et celui du petit, paonneau, comme « panneau ».

Il en est d’autres que donnent Varron et qui étonnent plus : item haec: anser, gallina, columba. (même chose pour anser, « oie », gallina, « poule, géline », columba « colombe »). Il est difficile de voir dans ces formes des onomatopées, mais souvenons-nous que la manière dont nous percevons les cris des animaux est aussi culturelle et que les coqs français font « cocorico », tandis que ceux d’outre-manche font « cock-a-doodle-doo », qu’en Allemagne c’est « kikeriki » que l’on entend et en Espagne « kikiriki »…

Il est d’autres oiseaux dont le nom vaut description : le rouge-gorge, l’engoulevent, (l’équivalent de l’anglais swallow wind) ou encore le hoche-queue, dont Varron avait déjà expliqué le nom : motacilla, […] quod semper movet caudam (« le hoche-queue parce qu’il remue toujours la queue »).

Du grec ?

Le 1 juillet 2021

Bonheurs & surprises

Dans la lettre XXX des Lettres persanes, Rica s’amuse des Parisiens qui s’exclament à son passage : « Il faut avouer qu’il a l’air bien persan. » Nombre de mots qui nous viennent du grec sont facilement reconnaissables, et l’on pourrait dire, nous aussi, à leur sujet « Il faut avouer qu’ils ont l’air bien grecs ». C’est particulièrement vrai quand ils contiennent les digrammes th, transcription de la lettre thêta, comme dans anathème ou théogonie ; ph, transcription de la lettre phi, comme dans philosophie ; ch, transcription de la lettre khi, comme dans choreute ; ou encore quand apparaît le bien nommé « i grec », y, comme dans analyse. Ces mots, nous les avons empruntés du grec, directement ou par l’intermédiaire du latin. On retrouve cet « air grec » dans des mots construits en français à l’aide de radicaux grecs mais qui n’existaient pas en grec ancien, comme hétérotherme, phacochère, chiromancien, nostalgie ou archéoptéryx. Mais nous ne sommes pas redevables aux Grecs que de ces formes plus ou moins savantes. Il est des mots, et ils sont nombreux, qui ont perdu leur vernis grec. Ce sont ceux que le latin et l’ancien français ont modifiés au point de les rendre parfois méconnaissables. Si les mots scialytique, « appareil qui supprime les ombres portées dans les blocs opératoires », formé à l’aide de skia, « ombre », et luein, « détacher », ou urodèle, qualifiant les batraciens qui, tels les tritons et les salamandres, conservent leur queue à l’âge adulte, formé à l’aide de ouros, « queue », et delos, « visible », font bien grec, il n’en va pas de même pour écureuil, « animal qui se fait de l’ombre avec sa queue », dans lequel les mots skia et ouros ne se retrouvent que dans les trois lettres -cur- (la finale -euil vient du diminutif latin -olus).

Nous savons qu’il existe des doublets linguistiques, en particulier quand, à partir d’une même forme latine, nous sont venus deux mots français, l’un d’origine populaire, l’autre d’origine savante, comme les couples poison-potion, évier-aquarium, poitrail-pectoral, etc. Le même phénomène s’observe avec les formes empruntées du grec et celles qui nous sont parvenues après un cheminement plus long. En passant de langue en langue, de bouche en bouche, elles se sont déformées jusqu’à être difficilement reconnaissables. C’est ainsi que si le grec sarkophagos, proprement « qui consume les chairs », est visiblement à l’origine de sarcophage, c’est à lui aussi que sommes redevables du nom cercueil ; si amugdalê est sans nul doute l’ancêtre d’amygdale, ce nom signifiait d’abord « amande » et c’est aussi de lui que nous vient ce mot. Daktulos, « dactyle » et, proprement, « doigt », désigne en poésie grecque et latine un pied composé d’une syllabe longue suivie de deux syllabes courtes (comme le doigt est composé d’une longue phalange suivie de deux courtes). Mais ce mot, par analogie de forme, est aussi à l’origine du nom « datte », fruit qui ressemble à un doigt. Doublets également que les formes, savantes : « crypte », « papyrus », « paradis », « lynx », et populaires : « grotte », « papier », « parvis », « once ». Il convient donc de se souvenir qu’il est des mots grecs qui se cachent sous des déguisements latins et il ne faut pas priver de leur origine première des formes qui nous semblent par trop uniquement latines ou uniquement françaises. Sachons donc, pour conclure, que, même s’il a perdu son ph, le « faisan » est le phasianos ornis, « l’oiseau du Phase », fleuve de Colchide sur les bords duquel s’est d’abord rencontré ce volatile, et que sous les « coings » se cachent les kudônia mêla, « les pommes de Kydonia », ville de Crète qui la première produisit ces fruits.

Plus c’est long, plus c’est facile

Le 3 juin 2021

Bonheurs & surprises

Au sujet des difficultés de la lexicographie, le préfacier de la première édition du Dictionnaire de l’Académie française notait déjà ceci : « […] Il est bien plus aisé, […] de definir le mot de Telescope, qui est une Lunette à voir de loin, que de definir le mot de Voir. » Environ trois siècles plus tard, le regretté Alain Rey écrivait peu ou prou la même chose dans la préface d’une édition du Petit Robert quand il y signalait qu’il était plus aisé de définir le nom ophicléide que l’article défini.

On admettra facilement qu’un des critères objectifs pour rendre compte de la difficulté attachée à la définition d’un mot est le nombre de lignes nécessaires pour en venir à bout. L’observation de notre Dictionnaire pourrait alors presque nous amener à formuler cette règle : « Plus un mot est court, plus il est difficile à définir », d’où l’on déduira évidemment que « plus un mot est long, plus il est facile de le définir ». En voici une preuve : le mot le plus long de notre langue, le fameux anticonstitutionnellement, est défini dans cet ouvrage en une demi-ligne, tandis que le plus court, à, en occupe cent quarante-neuf. Il en va de même à l’intérieur de chaque catégorie de mots. Voyons les verbes : il en est quelques-uns qui comptent jusqu’à six syllabes orales, comme déculpabiliser, défini en une demi-ligne, ou anathématiser, qui l’est en une ligne et demie. Tandis que des verbes qui ne comptent qu’une syllabe orale, comme être ou prendre, s’étalent, eux, sur plusieurs pages.

Quelles peuvent donc être les raisons de ces écarts ? Les mots les plus anciens de notre langue sont, dans l’immense majorité des cas, des noms issus du latin ou de formes latinisées du vieil allemand ou du celte. En passant de bouche en bouche, ils se sont usés, comme les pièces de monnaie s’usent en passant de main en main. Ainsi, du nom latin de cinq syllabes dormitorium avons-nous fait un nom français de deux syllabes, « dortoir ». Ces mots ont aussi eu plus de temps que des mots entrés récemment dans notre langue pour évoluer sémantiquement et se charger, au fil des siècles, de sens nouveaux. De plus, les mots les plus longs sont composés de plusieurs radicaux, comme hippopotame (formé à l’aide de hippos, « cheval », et de potamos, « fleuve »), ou comptent de nombreux affixes, comme allongement ou approvisionner, autant d’éléments qui viennent restreindre le nombre des significations virtuelles de ces mots.

Dans Le Rhin, Victor Hugo montre d’ailleurs comment un mot très court peut être chargé de mille sens et objet de mille interprétations. Il s’amuse à gloser le Ah ! prononcé par le propriétaire d’une auberge qui espérait l’avoir comme client : « Ah ! reprit l’homme ». Hugo dévoile les trésors cachés dans cette interjection : « Que de choses il peut y avoir dans un ah ! Je n’oublierai jamais celui-là. Il y avait de la surprise, de la colère, du mépris, de l’indignation, de la raillerie, de l’ironie, de la pitié, un regret profond et légitime de mes thalers et de mes silbergrossen, et, en somme, une certaine nuance de haine. Ce ah ! voulait dire : qu’est-ce que c’est que cet homme-là ? Avec quel sac de nuit me suis-je fourvoyé ? Cela va à Worms ! Qu’est-ce que cela va faire à Worms ? Quelque intrigant ! Quelque banqueroutier qui se cache ! donnez-vous donc la peine de bâtir une auberge sur les bords du Rhin pour de pareils voyageurs ! cet homme me frustre. Aller à Worms, c’est stupide ! il eût bien dépensé chez moi dix francs de France ; il me les doit ! C’est un voleur. Est-il bien sûr qu’il ait le droit d’aller ailleurs ? Mais c’est abominable, cela ! Et dire que je me suis commis jusqu’à lui porter ses effets ! Un mauvais sac de nuit ! Voilà un beau voyageur, qui n’a qu’un sac de nuit ! Quelles guenilles y a-t-il là-dedans ? A-t-il une chemise seulement ? Au fait, il est visible que ce Français n’a pas le sou. Il s’en serait probablement allé sans payer. Quels aventuriers on peut rencontrer cependant ! à quoi est-on exposé ! Je devrais peut-être offrir celui-ci à la maréchaussée. Mais, bah, il faut en avoir pitié. Qu’il aille où il voudra. À Worms, au diable ! Je fais aussi bien de le planter là, au beau milieu de la route, avec sa sacoche !

Ô mon ami ! Avez-vous remarqué comme il y a de grands discours qui sont vides et des monosyllabes qui sont pleins ? Tout cela dit dans cet ah ! »

Ajoutons que, comme notre auteur procède par oppositions et parallélismes, il glosera pareillement le Oh ! d'un pauvre hère, ravi d’avoir ce client qu’il n’espérait plus.

Tournoi, tournois et pavois

Le 3 juin 2021

Bonheurs & surprises

Les noms en -ois sont masculins en français, à l’exception notable de fois. La grande majorité de ceux qui se terminent en -oi le sont également, mais il y a là encore quelques exceptions, comme paroi et surtout foi et loi. C’est à certains de ces masculins que nous nous intéresserons, et d’abord au nom tournoi. Ce mot, qui a remplacé l’ancienne forme tournoiement, est un déverbal de tournoyer. Si le tournoi est un passage obligé des romans de chevalerie, comme en témoignent les romans de Walter Scott, et particulièrement Ivanhoe, c’était aussi, au Moyen Âge, une occasion pour les chevaliers peu fortunés de s’assurer des revenus, comme le montre l’essai de Georges Duby, Guillaume le Maréchal ou le Meilleur Chevalier du monde, qui narre les aventures de cet homme de guerre qui défia et défit plus de cinq cents adversaires dans les nombreux tournois auxquels il prit part.

La forme tournois peut bien sûr être le pluriel de tournoi, mais elle est aussi un adjectif qui nous renvoie, une fois encore, au monde médiéval et à l’argent. Cet adjectif, qui n’est pas terminé par un e au féminin, doit à sa rareté le fait d’être resté invariable, ou, comme on le lisait dans les éditions précédentes de notre Dictionnaire, d’être resté un adjectif des deux genres, c’est-à-dire un épicène. Il est en effet issu d’une forme latine terminée en -is, et ces formes étaient semblables au masculin et au féminin. Ainsi talis pouvait qualifier un homme ou une femme ; il en allait de même pour grandis. Cet état s’est maintenu au Moyen Âge, ce qui explique la graphie de mots composés comme grand-mère, grand-messe ou grand-rue, qui s’est fixée à cette époque, avant la création d’une forme de féminin grande. Rien de tel avec tournois, issu du latin turnensis, « de Tours », et qui qualifie, on le rappelle, une monnaie frappée dans cette ville. Si l’on parle naturellement de deniers tournois et de sous tournois, on parle également de livres tournois et de monnaie tournois. L’historien, philologue et lexicographe Jean-Baptiste de La Curne Sainte-Palaye, qui fut de l’Académie française et écrivit un toujours précieux Dictionnaire historique de l’ancien langage françois, écrit monnaie tournoise dans son ouvrage, mais son exemple n’a pas été suivi.

L’origine de tournois fait que ce mot n’est pas si éloigné de pavois, également lié au Moyen Âge et qui, avant d’avoir le sens de « bouclier », a d’abord été un adjectif. Pavois est en effet issu du latin pavensis, « de Pavie », adjectif épicène lui aussi. Cette ville étant spécialisée dans la fabrication d’écus et de boucliers, il advint que, comme l’adjectif armenius, dans l’expression mus armenius, proprement « rat d’Arménie », est à l’origine du nom hermine, l’adjectif pavensis, dans des locutions comme scutum pavense, « bouclier de Pavie », a donné le nom « pavois ». Pour conclure, intéressons-nous un peu à l’italien, notre sœur romane : les règles de la phonétique de l’ancien français et de l’ancien italien nous montrent que du latin mensem sont issus le français mois et l’italien mese. Il est donc normal que le latin pavensem, dont provient pavois, soit à l’origine de l’adjectif italien pavese, signifiant également « de Pavie ». Ce qui porte à croire que le grand écrivain italien Pavese, quoique né dans le Piémont, a sans doute eu des ancêtres originaires de cette ville.

Le verbe est-il un tyran ? Grammaire contre Lexique

Le 6 mai 2021

Bonheurs & surprises

Dans sa Réponse à un acte d’accusation, Victor Hugo raconte le combat qu’il a mené pour instituer l’égalité entre les mots :

« … un mot / Était un duc et pair, ou n’était qu’un grimaud ; / Les uns, nobles, hantant les Phèdres, les Jocastes, / Les Méropes, ayant le décorum pour loi, / Et montant à Versaille aux carrosses du roi / Les autres, tas de gueux, drôles patibulaires, / Habitant les patois ; quelques-uns aux galères / Dans l’argot ; dévoués à tous les genres bas / Déchirés en haillons dans les halles ; sans bas, / Sans perruque ; créés pour la prose et la farce ; / Populace du style au fond de l’ombre éparse ; / Vilains, rustres, croquants, que Vaugelas leur chef / Dans le bagne Lexique avait marqué d’une F ; / Je mis un bonnet rouge au vieux dictionnaire. / Plus de mot sénateur ! plus de mot roturier ! »

Il ajoute plus loin « … et je criai dans la foudre et le vent : / Guerre à la rhétorique et paix à la syntaxe ! »

Il est à craindre que cette chute, « paix à la syntaxe », ne vienne réduire à néant la profession de foi qui précède ; la syntaxe, n’est-ce pas le retour de la féodalité dans la phrase ? C’est la hiérarchie entérinée, puisque celle-ci veut qu’en majesté trône le verbe ; le verbe occupe, grâce à la syntaxe, une place que l’on dirait de droit divin. Aujourd’hui, toutes les grammaires, anciennes ou modernes, qu’elles nous parlent de compléments ou de constituants, reconnaissent au verbe la primauté dans la phrase. Et comme tout tyran dispose de janissaires ou séides, exécuteurs des basses œuvres, le verbe a à sa disposition une armée réduite, mais fort efficace, de prépositions. Celles-ci, dont le nom signifie « qui est placé avant », renvoient étymologiquement les compléments à une place et à un rôle secondaires. Et que dire des conjonctions de subordination ? Subordination, tout est dit avec ce mot, que la sixième édition du Dictionnaire de l’Académie française définissait ainsi : « Certain ordre établi entre les personnes, et qui fait que les unes dépendent des autres. La subordination maintient la discipline dans les armées. Les différents degrés de subordination. Un État ne peut subsister sans subordination. » À l’opposé, l’immense théorie des noms, ceux dont Victor Hugo avait réclamé qu’ils fussent égaux et qu’il avait en quelque sorte sanctifiés avec le fameux nomen, numen, lumen des Contemplations, semble pourtant bien inférieure.

Cette supériorité du verbe sur le nom se manifeste aussi par le fait que le verbe peut devenir nom sans avoir à changer de forme : les infinitifs en sont la preuve ainsi que les participes, plus nombreux encore, tandis que l’inverse n’est pas permis au nom.

Peut-être objectera-t-on qu’il existe aussi des phrases nominales dans lesquelles c’est précisément le nom qui régit les autres éléments ; c’est vrai, mais, comme le cousin Pons ou la cousine Bette, elles sont les parents pauvres de la comédie grammaticale, que l’on tolère du bout des lèvres et dont on moque en secret les prétentions à s’égaler aux phrases verbales.

Mariage, mari, union, époux, femme

Le 6 mai 2021

Bonheurs & surprises

Le mot mariage, qui apparaît dans la première moitié du xiie siècle, est dérivé de marier, lui-même issu du latin maritare, « unir, mettre ensemble », puis « marier » ; ce dernier est tiré de maritus, « uni, associé », puis « marié, mari ». Le fait que ces mots n’ont pas d’abord été directement liés au mariage explique pourquoi ce n’est pas chez des spécialistes romains du droit de la famille qu’ils se sont d’abord rencontrés, mais chez des agronomes ou des poètes qui traitaient d’agriculture. On lit ainsi dans le De agricultura, de Caton (32, 2) : Arbores facito ut bene maritae sint (« Fais en sorte que les arbres soient bien associés ») ; dans le De re rustica, de Columelle (11, 2, 79) : Ulmi quoque vitibus bene maritantur (« On unit avec succès les vignes aux ormes ») ; tandis que, dans les Géorgiques, Virgile, passant des plantes aux animaux, écrit (3, 125) : […] quem legere ducem et pecori dixere maritum (« [l’animal] qu’on a choisi comme chef du troupeau et désigné comme reproducteur »). La spécialisation de maritus au sens de « mari, époux » est assez tardive et semble être liée à l’influence de mas, maris, « mâle ». Notons dès maintenant qu’il y a en français une dissymétrie dans le nombre des mots qui désignent les époux, puisque l’on a, d’un côté, époux, mari, homme et, de l’autre, épouse et femme.

Pour dire « se marier », le latin utilisait nubere, à l’origine de nubile, en parlant d’une femme, et uxorem domum ducere, proprement « amener une femme chez soi », en parlant d’un homme. Du reste, Le Thresor de la langue francoyse de Jean Nicot (1606) montre bien que, pour désigner le mariage, le latin n’employait pas de termes tirés de maritus et maritare, mais les noms matrimonium, conjugium ou connubium. Maritus et maritare, on l’a vu, étaient liés aux productions de la terre. Il en est un peu de même de la parentèle d’union. C’est Molière qui a fait d’union conjugale, dans Les Précieuses ridicules, puis simplement d’union, dans Le Bourgeois gentilhomme, des synonymes de mariage. Or union, qui est issu du latin unio, « le fait de faire un à partir de plusieurs éléments », est un cousin lointain du nom oignon, ce dernier étant ainsi nommé parce que, contrairement à l’ail par exemple, il n’a qu’un seul tubercule. Les formes époux et épouse ont, elles, un caractère beaucoup plus officiel. Ce sont d’ailleurs celles que l’on trouve dans l’article 212 du Code civil : « Les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, recours, assistance. » Le mariage était en effet l’alliance de deux familles, alliance scellée par un contrat, et la littérature abonde d’exemples où celui qui joue le rôle le plus important dans cette union n’est ni un prêtre ni un officier de l’état civil, mais un notaire. Cela n’a rien d’étonnant puisque les noms époux et épouse sont issus du latin sponsus, sponsa, participes passés de spondere, « promettre solennellement », et, de ces participes, le latin a tiré sponsare, « promettre en mariage ». À cette famille appartient aussi le nom spondée, un emprunt du grec spondeios, qui a d’abord désigné une pièce de musique solennelle jouée pendant les libations, puis un pied de deux syllabes longues qui donnait le rythme de ces cérémonies. C’est un dérivé de spondê, « libation offerte aux dieux ». Promettre devant les dieux engageait si fortement les contractants que l’on utilisa aussi le nom spondê pour désigner les traités entre États. La force de cet engagement est aussi attestée en français par le fait que, longtemps, la future épouse fut appelée « la promise » et les futurs mariés « les promis ». Nous avons vu que les mots latins à l’origine de mariage étaient liés à l’agriculture ; le mot latin à l’origine du nom femme, « être humain du sexe féminin », puis « compagne de l’homme unie par les liens du mariage », était, lui, lié à l’élevage. Ce nom femina s’est d’abord employé en apposition pour désigner un animal femelle ; ainsi bos femina était la vache, tandis que bos mas était le taureau. On a vu que cette dernière forme, dont le génitif était maris, a contribué à donner à maritus le sens de « mari ». Ce n’est que très tardivement que femina, proprement « celle qui allaite », puis « femelle », a concurrencé mulier, « femme », et uxor, « épouse ».

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