Dire, ne pas dire

Bonheurs & surprises

La terminaison des mots en -aon se prononce-t- elle « a-hon » ou « an » ?

Le 5 mai 2022

Bonheurs & surprises

Il existe en français quelques noms, communs ou propres, terminés par -aon. La prononciation de ces trois lettres, qui peut être « a-hon » ou « an », dépend de l’origine de ces noms.

Quand ils viennent, par l’intermédiaire de formes latines en -ao(n), de formes grecques en -aô(n), on fait entendre deux syllabes. C’est le cas avec le lycaon, tiré du grec lukaôn, un nom dérivé de lukos, « loup ». Le latin lycaon désigne un loup d’Éthiopie, le grec lukaôn, qui a pour variante lukanthrôpos, signifie « loup-garou ». Dans la mythologie, Lycaon est aussi le nom du roi d’Arcadie qui fit manger à Zeus de la chair humaine et fut pour cette raison changé en loup. Voyons maintenant le machaon : ce grand papillon doit son nom à Machaon, le fils d’Esculape qui soignait les Grecs et combattait à leur côté pendant la guerre de Troie. Notre lépidoptère fut nommé ainsi parce que Linné comparait les papillons aux soldats grecs et troyens : ceux qui sur le corps avaient du rouge, rappelant le sang des vaincus, devaient leur nom à des Troyens ; les autres, à des Grecs. Un élève de Linné, le Danois Johan Christian Fabricius reprit cette méthode et donna à un grand papillon, appelé couramment le « flambé », le nom d’un frère de Machaon, Podalire, qu’il latinisa en iphiclides podalirius, et à un autre, « le grand sélésier », le nom de son fils, Alexanor, papilio alexanor. Quant au pharaon, son nom, parti de l’égyptien peraa, qui signifiait « grande maison, palais », puis, par métonymie, « roi », est passé par l’hébreu, le grec et le latin avant de venir chez nous.

Quand ces noms ne sont pas d’origine grecque, le groupe -aon est prononcé « an ». C’est le cas avec les toponymes Laon, la ville de l’Aisne, et Thaon, la commune du Calvados célèbre pour son église romane, qui se prononcent donc comme « lent » et « temps ». Notons aussi que la prononciation de Craonne, le village de l’Aisne qui fut entièrement détruit pendant la Première Guerre mondiale avant d’être reconstruit, est « crâne » et non « cra-onne » ; les habitants en sont, phonétiquement, les « crannais » et non les « cra-onnais ».

Il en va de même avec les noms communs faon, paon et taon. S’il arrive que les jeunes lecteurs aient quelques doutes, les adultes s’entendent sur la prononciation du nom de ces animaux, semblable à celle de fend, pend et tend. On peut cependant hésiter parfois quand il faut passer du paon, le mâle adulte, à la femelle et au petit, appelés respectivement paonne et paonneau. Mais, de même que Craonne se prononce comme « crâne », paonne se prononce comme « panne » et paonneau comme « panneau ». La prononciation de faon ne pose pas de problème, mais il n’en a pas toujours été de même pour sa définition et son emploi. À ce sujet, Nicot écrivait : « Ainsi dit-on un faon de biche, jusqu’à ce qu’il soit chevreul. Mais on ne peut dire faon d’une beste mordant, comme Laye, Ourse, Lionne, Elephante, ains ont autres noms particuliers. » Littré, à juste titre, conteste ce point en rappelant que le mot faon est, à l’origine, un terme générique qui s’appliquait aux petits de tous les animaux, et qu’on lit dans La Lionne et l’Ourse, de La Fontaine : « Mère Lionne avait perdu son faon. » De ce nom a été tiré le verbe faonner, ainsi défini par Littré : « Mettre bas, en parlant des biches et des chevrettes ou femelles de chevreuil. Se dit aussi en parlant de toute autre bête fauve. » Tout ce que l’on vient de voir explique que ce verbe se prononce donc comme faner. Ainsi l’homonymie rapproche deux verbes qui sont deux lointains cousins étymologiques : le premier dérive de faon, le second de foin. Celui-ci est issu du latin fenum, celui-là de fetonem, et tous deux remontent à fetus, « enfantement, production, portée » ou, comme l’écrit Littré, « produit de conception », le foin étant proprement le produit du pré et le faon, on l’a vu, étant d’abord le petit de n’importe quel mammifère.

Se prendre un râteau

Le 5 mai 2022

Bonheurs & surprises

L’expression se prendre un râteau s’emploie lorsqu’une personne qui s’est lancée dans une entreprise de séduction échoue lamentablement et se voit repoussée. Elle est parfois modalisée par l’adjonction de l’adjectif gros au nom râteau. On explique en général cette expression par le fait que la douleur de l’échec rappelle celle que l’on ressentirait si, en marchant sur les dents d’un râteau abandonné sur le sol, on recevait le manche de cet outil au visage. Comme ce manche peut frapper violemment les dents, on dit parfois aussi se manger un râteau.

Cependant cette explication, si séduisante soit-elle, n’est sans doute pas la bonne. Il s’agit probablement de la reformulation d’une expression plus ancienne (comme Jeter sa langue aux chiens a été remplacée et adoucie en Donner sa langue au chat). En effet, on lisait à l’article rat de la première édition du Dictionnaire de l’Académie française : « On dit figurément qu’Une arme à feu a pris un rat, Quand l’amorce n’a point pris, ou que l’arme ne tire pas. Vostre pistolet, vostre fusil a pris un rat. Et on dit d’un homme qui a manqué son dessein, qui a manqué son coup, qu’Il a pris un rat. » Au sujet de cet emploi, la deuxième édition ajoutait : « Il est familier & ironique. » Cette expression, qui s’est rencontrée jusqu’à la septième édition de notre Dictionnaire, est à l’origine du verbe « rater », qui apparaît, lui, dans la deuxième édition avec une définition presque identique à celle de prendre un rat : « Verbe qui se dit d’une arme à feu qui manque à tirer. La compagnie de perdrix partit à la portée de son fusil, mais son fusil rata. »

Mais d’où vient que le rat était considéré comme un symbole d’échec ? Probablement des farces innocentes de jeunes polissons, comme nous l’apprend la première édition de notre Dictionnaire : « Parmi le peuple on dit, Donner des rats, pour dire, Marquer les habits des passants avec de la craye ou de la farine dont on a frotté un petit morceau d’estoffe attaché au bout d’un baston, & ordinairement coupé en forme de rat. Pendant les jours gras les petits enfants s’amusent à donner des rats aux passants. » Littré ajoute : « Il a eu un rat, on lui a posé sur le dos la figure d’un rat pour se moquer ensuite de lui, sorte de plaisanterie qui se faisait les jours gras. Donner des rats aux passants. » Ainsi, avec le temps et par un phénomène que la phylogenèse n’explique pas, nos rats furent changés en poissons et leur période d’activité se réduisit des jours gras au 1er avril. Avec prendre un rat, on serait passé du sens d’ « être victime d’une innocente plaisanterie » à celui d’« être berné » et enfin d’« échouer ». On aurait pris un rat avant de prendre un râteau. Littré semble confirmer cette hypothèse quand il nous informe que rater signifie « dans le langage libre, ne pas venir à bout d’une femme ». Un passage rencontré chez Le Sage témoigne de ce sens : le héros éponyme de ce roman, Gil Blas, déclare, parlant d’une jeune femme qu’il convoite : « Nous verrons si un jeune seigneur tel que moi peut rater une conquête. » Mais, pour illustrer son propos, Littré citait cette cruelle épigramme de François-Joseph-Marie Fayolle contre le malheureux académicien Pierre Baour-Lormian, qui fut infortuné en ménage et piètre traducteur ou imitateur des grands classiques étrangers :

« Baour rata sa femme ; il a raté le Tasse ;

Il rata d’Ossian le génie exalté ;

Il rate encore Young ; il rate le Parnasse ;

Et le pauvret, pour dernière disgrâce,

Ratera la postérité. »

Comme des bêtes

Le 7 avril 2022

Bonheurs & surprises

Pouvoir parler est une des caractéristiques de l’homme et il en est légitimement fier. Quand l’un de nos amis animaux nous surprend par ses étonnantes aptitudes, notre réaction est toujours la même : « Il ne lui manque que la parole ! » Force est de constater cependant que la diversité des verbes qui rendent compte des cris des animaux est bien plus grande que celle des synonymes du verbe « parler ». Henri Bertaud du Chazaud, à qui son Dictionnaire des synonymes valut un prix de l’Académie française, trouve une cinquantaine de ces derniers, mais en y ajoutant « des mots de sens voisin ». La performance est honorable, mais elle ne vaut pas celle de nos amis à deux, quatre ou six pattes (voire sans pattes, puisque le serpent siffle).

La langue s’est plu à créer nombre de verbes, généralement d’origine onomatopéique, pour rendre compte de ce paysage sonore. Ainsi le hibou bubule et bouboule, deux formes proches de son nom latin, bubo, mais ce n’est pas tout, il lui arrive aussi de frouer, de hôler, de huer, d’(h)ululer, de miauler ou de tutuber. À ces cris, le chat-huant et la chouette, qui parfois hioquent, ajoutent le chuintement (Antoine Court de Gébelin, qui fut le premier à relever ce terme dans son Histoire naturelle de la parole, écrivit ainsi : « Ce mot, inconnu jusqu’à nous, peint si parfaitement la prononciation de ch, que nous n’avons pu nous refuser à en enrichir notre langue »). Dans ce domaine, il est vrai, les oiseaux se taillent la part du lion – lequel se contente de rugir et de grogner. Ces cris sont source de rapprochements qu’ignore la phylogenèse : on a vu que le serpent siffle, comme le merle – qui peut aussi appeler, babiller ou flûter , la marmotte ou l’oie. Notons d’ailleurs que cette dernière cacarde, cagnarde et criaille également (dans Le Flagellant de Séville, Paul Morand ajoute cacader), tandis que le jars se contente de criailler et de jargonner. Le goéland pleure, comme le crocodile, à qui il arrive aussi de lamenter, de vagir (comme le lièvre) ou d’ancouler. Si l’aigle et le renard ont en commun de glapir, on dit aussi que le premier glatit ou trompette, tandis que le second jappe.

Bien souvent, quand des animaux appartiennent à une même famille, ceux qui ne sont pas domestiqués ont une palette plus variée : le chat miaule et ronronne, le tigre également, mais, de plus, il feule, râle et rauque. Le porc grogne et grouine quand le sanglier grommelle, grumelle, nasille, rauque et roume. Chez les insectes, ce sont la cigale et le grillon qui l’emportent. L’une et l’autre craquettent, mais, de plus, la première chante, criquette et stridule tandis que le second crisse, grésille et grésillonne. L’alouette grisolle et tirelire, mais il lui arrive aussi de turluter, comme le pipit des prés. La fauvette et la mésange zinzinulent. Le plus mélodieux, le rossignol, chante, mais on dit aussi qu’il gringote, qu’il quirrite et qu’il trille.

Quelques-uns de ces verbes ne valent pas que pour les animaux. Comme eux, nous pouvons rugir ou beugler. On feule beaucoup dans la littérature de gare. Il nous arrive de siffler, de huer, de grogner. Naguère nous babillâmes. Nous criaillons, pleurons ou vagissons également. Mais on se souviendra, pour conclure, que si le chameau et le bélier blatèrent, nous sommes les seuls à déblatérer.

Des lettres puis des chiffres

Le 7 avril 2022

Bonheurs & surprises

Naguère, les noms des catégories d’âge dans le sport dessinaient un charmant univers empreint de poésie. Les jeunes pratiquants étaient d’abord appelés poussins, sans doute parce qu’un entraîneur les prenait sous son aile, les couvait de mille attentions et voyait en eux des talents à éclore.

Deux ans se passaient dans ce nid confortable et voici que ces poussins devenaient des benjamins. Ils ne savaient peut-être pas encore qu’ils portaient un nom illustre, celui du fils préféré de Jacob. Ce sens de fils préféré était encore très présent au xixe siècle. Balzac en témoigne dans Le Père Goriot, quand Vautrin propose son aide à Rastignac : « Vous seriez notre enfant gâté, notre Benjamin, nous nous exterminerions tous pour vous avec plaisir. »

Notre jeune sportif continuait à grandir et les exigences à s’accroître : s’il doit courir, les distances à parcourir sont plus longues et les haies à franchir plus hautes, et pour les lancers, les poids sont maintenant plus lourds.

Et le voilà ensuite minime. C’est un terme beaucoup moins poétique. On change de registre avec cette forme empruntée d’un superlatif latin et qui disait que le minime était le plus petit, ce qui était vrai quand cette catégorie fut instituée, bien avant les deux précédentes.

Deux nouvelles années se passaient et le minime devenait cadet, un nom qui mérite que l’on s’y arrête, ne serait-ce que parce qu’il est apparenté à cadeau. Cadet et cadeau remontent en effet au latin caput, « tête », par l’intermédiaire de son dérivé capitellus, à l’origine du provençal capdel, qui désignait à la fois un personnage placé à la tête d’un groupe d’hommes, un capitaine, et une lettre capitale. Cette dernière, richement ornée, était souvent l’initiale de la personne en l’honneur de laquelle on donnait une fête ou à laquelle on offrait quelque chose, et c’est ainsi que cadeau prit le sens de « présent ». Le provençal a donné le gascon capdet, puis cadet, qui désignait le puîné. Comme les biens revenaient à l’aîné, le cadet n’avait guère d’autre choix que celui des armes pour se faire une situation. On a surtout retenu les cadets de Gascogne, chantés par Rostand dans Cyrano, mais les cadets de Normandie subissaient le même sort. Cette inégalité venait de l’ancien droit scandinave, qui voulait que tout aille à l’aîné. Quand un fils naissait après celui-ci, le père se dirigeait vers lui avec une épée qu’il jetait à terre en lui disant : « Je ne te léguerai rien : tu n’auras que ce que tu peux te procurer avec cette arme. »

Nos amis québécois appellent les jeunes du même âge des juvéniles. Ce mot est issu du latin juvenis, « jeune », et c’est son comparatif, junior, qui a donné son nom à la catégorie suivante. À l’origine cependant, appartenir à cette catégorie n’était pas lié à l’âge mais à un niveau. Louis Baudry de Saunier nous l’apprend dans Le Cyclisme théorique et pratique (1892), quand il écrit : « Les juniors sont tous les coureurs qui ne sont pas encore jugés dignes de devenir seniors. » Ces derniers, comme les juniors, tirent leur nom d’un comparatif latin, senior, celui de senex, « vieux, âgé ». Pourtant les seniors ne sont pas les plus âgés des sportifs car après trente-cinq ans, on est vétéran. On est, ou plutôt on était, puisque ce nom, qui rappelait celui des soldats les plus expérimentés des légions romaines, s’efface peu à peu au profit de l’anglais master. On peut le regretter mais ce n’est pas le plus grave. Tous les noms mentionnés plus haut tendent en effet aujourd’hui à être remplacés dans de nombreux sports par les appellations U 10, U 12, U 14, etc., formes abrégées de under 10, under 12, under 14, pour désigner les sportifs ayant « moins de 10 ans, moins de 12 ans, moins de 14 ans », etc. Les chiffres, décidément, ne valent pas toujours les lettres.

Greffier

Le 3 mars 2022

Bonheurs & surprises

Le greffier travaille dans un tribunal, il y assiste les magistrats à l’audience et dresse les actes du greffe ; et c’est à ce nom greffe qu’il doit le sien. Ce dernier est issu, par l’intermédiaire du latin graphium, du grec grapheion, qui désigne un stylet, et qui vient lui-même de graphein, « écrire ». Mais en argot, greffier désigne aussi un chat. Cette extension de sens a été favorisée par le fait que greffe est le paronyme d’un des attributs les plus caractéristiques de cet animal, la griffe, nom qui nous vient du francique grifan, « prendre, saisir ». Ce verbe est aussi à l’origine de l’ancien verbe français gripper, qui signifiait « saisir avec ses griffes », et qui est ainsi défini et illustré dans la première édition de notre Dictionnaire : « Attraper, ravir subtilement. Il se dit proprement du chat & de quelques autres animaux. Ce chat a grippé ce morceau de viande. Il a grippé la souris au sortir de son trou ». Gripper a servi à former le nom d’un des chats les plus fameux de la littérature, Grippeminaud. On le rencontre aux chapitres XIII et XIV du Cinquième Livre de Rabelais, qui nous présente des juges prévaricateurs (« les chats-fourrés ») se réjouissant de leurs profits indus : « Au son de sa bource commencerent tous les Chats-fourrez jouer des griphes. Et tous s’escrierent à haulte voix disans : Ce sont les espices: le proces fut bien bon, bien friant, & bien espicé [rappelons que, sous l’Ancien Régime, la coutume voulait que les plaideurs rétribuassent leurs juges avec des épices, denrée fort précieuse à l’époque]. Adonques interrogua les voyagiers ou & à qui ils portoient ces frians morceaux. Ils respondirent que c’estoit à Grippe-minaud, aux Chats-fourrez, & Chattes fourrees. » Cette évocation des chats-fourrés, auxquels Rabelais adjoint un étonnant féminin chattes fourrées, nous ramène au monde judiciaire. Bien avant que greffier ne désigne un chat, taxonomie féline et langue de la justice s’étaient déjà croisées, puisque chat-fourré était le surnom donné aux magistrats, d’abord parce qu’ils portaient une douillette étole d’hermine, mais aussi et surtout parce qu’on leur prêtait, comme aux chats, un amour du confort et une rapacité féroce dissimulée sous des manières patelines et par la cautèle et la ruse (on se rappelle que, dans Le Roman de Renart, Tibert, le chat, réussit à prendre le goupil à ses propres pièges). La Fontaine s’en fait le témoin quand il brosse, dans Le Chat, la Belette et le Petit Lapin, un édifiant portrait de l’un d’entre eux, Raminagrobis (qu’il appelle également Grippeminaud) :

« C’était un chat vivant comme un dévot ermite,

Un Chat faisant la chattemite,

Un saint homme de Chat, bien fourré, gros et gras,

Arbitre expert sur tous les cas. […]

Les voilà tous deux arrivés

Devant Sa Majesté fourrée.

Grippeminaud leur dit : Mes enfants, approchez,

Approchez, je suis sourd, les ans en sont la cause. […]

Aussitôt qu’à portée il vit les contestants,

Grippeminaud le bon apôtre,

Jetant des deux côtés la griffe en même temps,

Mit les plaideurs d’accord en croquant l’un et l’autre. »

Dans sa panoplie de magistrat, notre greffier a le savoir du juriste, mais il a en sus, on le voit, une éloquence et onction tout ecclésiastiques. Faut-il dès lors s’étonner qu’une race de ces félins et un ordre régulier aient reçu le même nom, celui de chartreux ? La sagesse populaire, qui aime toujours à justifier les appellations, a d’ailleurs parfois considéré que si l’on avait ainsi nommé cette race, c’est parce que, à l’imitation des moines de cet ordre qui évitent toute parole non nécessaire, ces chats ont la particularité de ne miauler que très peu. Signalons pour conclure que, par un très beau système de vases communicants, comme on avait donné le nom de greffiers aux chats, et que ce dernier nom était en quelque sorte sans emploi, les malfrats le prirent pour désigner les greffiers et les concierges des prisons, désormais appelés chats.

Utile, outil, ustensile

Le 3 mars 2022

Bonheurs & surprises

Les noms outil et ustensile sont liés, par l’étymologie et par le sens, à l’adjectif utile. Les étymologies de ces mots se croisent : à l’article Outil de son Thresor de la langue francoyse tant ancienne que moderne, Nicot écrit : « Semble qu’il vienne de Utilis, ou de Utensile. » Il n’a pas tort. Outil, que l’on trouve sous une douzaine de variantes orthographiques en ancien français, est issu du latin tardif usitilium, singulier de usitilia, forme altérée, sous l’influence de usare, « utiliser », de utensilia, qui désignait tout ce qui est nécessaire à nos besoins, les moyens d’existence, les provisions. C’est aussi de utensilia qu’est empruntée l’ancienne forme utensile, encore attestée au xviie siècle, avant d’être transformée, par rapprochement avec user et usage, en ustensile. Quant à utile, il s’est d’abord rencontré sous la forme « utle », comme le montre un sermon de saint Bernard où l’on peut lire : « Certes molt est plus utle en la bataille li haberz (le haubert) qui de fer est. »

Mais outil et ustensile ne désignent pas les mêmes objets, des textes du Moyen Âge le signalent déjà. Tandis que, dans ses Enseignements, Jean de Vignay parle des coustres des charrues, fourches et autres houstils semblables, Jean Boutiller explique dans sa Somme rural : « Utensiles sont nommez les hostils qui communement courent avant la maison et dont de jour en jour se faut necessairement aider, si comme bancs, scabelles, pots, poilles, tables, treteaux. » Il y a là un intéressant élément de distinction, puisque les ustensiles sont du domaine du foyer, de la maison (ustensiles de cuisine, ustensiles de couture) tandis que les outils sont plutôt du dehors, des champs ou de l’atelier de l’artisan (outils aratoires, outils de menuisier). La présentation d’ustensile dans la première édition du Dictionnaire de l’Académie confirme ce fait : « Terme qui se dit proprement de toutes sortes de petits meubles servant au mesnage, & principalement de ceux qui servent à l’usage de la cuisine. Tout l’inventaire ne consistoit qu’en plusieurs petits ustensiles de cuisine. » Mais on y ajoute ce point aujourd’hui oublié : « Ustensile, se dit encore de tout ce que l’hoste est obligé de fournir au soldat qui loge chez luy; & dans ce sens il est collectif, & n’a d’usage qu’au singulier. Sous le nom d’ustensile, on comprend l’usage des ustanciles de cuisine, le feu, le sel & la chandelle. L’hoste n’est obligé de fournir que l’ustensile. ».

Dans ses Synonymes français, l’abbé Roubaud précise ces distinctions en comparant l’outil, l’instrument, l’engin et la machine : « L’outil est une invention utile, usuelle ; l’instrument, une invention adroite, ingénieûse. Si la chôse est plus compliquée, c’est une machine. L’engin (suivant l’étymologie) anonce une sorte de génie ; mais ce n’est pas un terme noble. On dit, les outils d’un Menuisier, d’un charron ; des instrumens, de Chirurgie, de Mathématiques ; la machine pneumatique, électrique. Le Luthier fait avec des outils, des instrumens de Musique. L’instrument est en lui-même un ouvrage supérieur à l’outil. »

Concluons avec un proverbe contenant le mot « outil », qui, au cours du temps, a changé de sens : Un mauvais ouvrier a toujours de mauvais outils. Aujourd’hui, on l’emploie pour indiquer que les outils sont à l’image de leur propriétaire et que le mauvais outil signale le mauvais ouvrier, mais à l’origine ce proverbe disait autre chose. On lit dans la première édition de notre Dictionnaire : « On dit proverbialement qu’Un meschant ouvrier ne sçauroit trouver de bons outils, & qu’un bon ouvrier se sert de toute sorte d’outils », ce qui signifiait que même avec de bons outils un ouvrier maladroit faisait toujours du mauvais travail, tandis qu’un bon ouvrier était toujours capable de faire du bon travail, quelle que soit la qualité des outils dont il disposait.

Juger sur la mine : de Jean à Jean

Le 3 février 2022

Bonheurs & surprises

Dans Les Vaches, Marcel Aymé nous conte l’histoire d’un cochon qui s’efforce de retrouver un troupeau mystérieusement disparu et probablement volé. Il échoue parce que son raisonnement, fondé sur le postulat selon lequel « les voleurs sont les gens les plus mal habillés », le conduit à soupçonner, à tort, des romanichels. C’est le canard qui confond les véritables coupables, bien qu’ayant un postulat de départ assez semblable à celui du cochon : il leur trouvait en effet « des têtes de voleurs ». Son exploit lui permet de clore solennellement l’enquête sur cette sentence sibylline : « Il faut toujours juger les gens sur la mine. Le tout est de ne pas se tromper. »

Pourtant, de saint Jean l’évangéliste à Jean de La Fontaine, c’est bien le contraire qui nous est enseigné. Nolite judicare secundum faciem (« Ne jugez pas sur l’apparence »), prône le premier (7-24), tandis que le second, dans Le Cochet, le Chat et le Souriceau, nous livre cette morale : « Garde-toi, tant que tu vivras, de juger les gens sur la mine. »

Faut-il dès lors condamner nos animaux détectives ? Peut-être pas si l’on en croit les avis, moins tranchés, de quelques dictionnaires. Les éditions précédentes de celui de l’Académie française nous disent qu’« on se trompe souvent à la mine » mais on trouve quelques lignes plus loin « il a la mine, toute la mine d’un pendard, d’un vaurien » ou « il porte bien la mine d’un fripon » (dans la 5e édition) ou encore « on connaît, on voit à sa mine que c’est un méchant sujet » (dans la 6e édition). Plus près de nous, au début du xxe siècle, l’héroïne de La Maternelle, de Léon Frapié, nous apprend qu’en son temps l’école n’allait pas contre ces préceptes : « Ce matin la normalienne a commenté une petite fable, La Renoncule et l’Œillet, d’où cette objurgation : “Il faut rechercher la bonne société, rejeter les promiscuités disgracieuses, juger les gens sur l’extérieur.” » Et juger autrui sur « l’extérieur », c’est aussi le juger sur son apparence vestimentaire, que l’on sait pouvoir être tout aussi trompeuse que la mine. Un autre évangéliste, saint Luc, nous invite ainsi à nous méfier des faux prophètes qui veniunt ad vos in vestimentis ovium, intrisecus sunt autem lupi rapaces (« qui viennent à vous avec des vêtements de brebis, mais sont au-dedans des loups ravisseurs ») (7,15). Rappelons aussi le proverbe qui nous apprend que « l’habit ne fait pas le moine », proverbe repris en latin par Shakespeare dans La Nuit des rois (acte I, scène v) : Lady, cucullus non facit monachum (« Madame, l’habit [ou, mieux, « la coule »] ne fait pas le moine »).

À l’habit, saint Anselme de Cantorbéry ajoute un autre élément dans son Carmen de contemptu mundi (« Poème sur le mépris du monde ») : Non tonsura facit monachum, non horrida vestis (« Ce n’est ni la tonsure ni le mauvais vêtement qui fait le moine »). Cette leçon ne s’applique pas qu’aux moines puisqu’un célèbre proverbe latin nous enseigne que barba non facit philosophum (« La barbe ne fait pas le philosophe ») et que le grammairien Aulu-Gelle écrit, lui, video barbam et pallium, philosophum nondum video (« Je vois la barbe et le manteau, mais je ne vois pas encore le philosophe »). Mais, comme cela arrive souvent avec les proverbes, l’enseignement qu’ils nous donnent est contredit, dans des termes aussi forts, par d’autres proverbes. Ceux que l’on vient de voir n’échappent pas à la règle : une sentence grecque nous apprend que heimat’anêr, « le vêtement fait l’homme », idée reprise par un adage latin de même sens, vestis virum reddit, mais aussi par Rabelais, en latin encore, qui écrit dans Le Tiers Livre : Qualis vestis erit, talia corda gerit (« Tel est le vêtement, tel est le cœur de celui qui le porte »). Le cochon n’avait peut-être pas entièrement tort…

L’Omnibus du langage

Le 3 février 2022

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Redresser l’usage en matière de langue est une tâche infinie commencée il y a bien longtemps. On peut citer, parmi ceux qui s’en chargèrent, Probus, au iiie siècle de notre ère ; un certain Ménudier, au xviie siècle ; MM. Noël et Chapsal, au xixe siècle ; Étienne Le Gal, au xxe siècle, et bien d’autres encore qui, tous, s’efforcèrent de combattre les mauvais usages et d’indiquer quels étaient les bons. Nous devons aujourd’hui ajouter à cette liste Prosper Barthélemy, auteur de L’Omnibus du langage, qui donna à son ouvrage, paru en 1830, un second titre évoquant les figures exterminatrices de films des années 1980 : Le Régulateur des locutions vicieuses, des mots détournés de leurs sens, des termes impropres, de toutes les fautes qui échappent à l’ignorance ou à l’inattention. Cet ouvrage est une mine. On y découvre, entre mille autres merveilles, la nuance existant entre entendre la raillerie, « railler avec esprit », et entendre raillerie, « ne pas s’offenser des moqueries dont on est l’objet », nuance encore présente dans la sixième édition de notre Dictionnaire et chez Littré, mais qui semble s’être perdue depuis. On y lit que de suite peut s’employer correctement au sens d’« avec ordre et méthode », mais qu’il est incorrect de lui donner celui de « tout de suite ». Si l’on sait qu’en anglais les noms de navires sont féminins, on ignorait, avant de lire ce livre, qu’il existait un cas semblable en français, puisque l’on devait dire la navire Argo. Ce point était noté dans les quatre premières éditions de notre Dictionnaire : « Il faut remarquer qu’encore que ce mot soit tousjours masculin, cependant il devient feminin, quand on parle du vaisseau des Argonautes, qu’on appelle La navire Argo. » Littré, lui, écrit à ce sujet : « Ce mot a été longtemps d’un genre incertain, tantôt masculin, tantôt féminin. » Malherbe l’a fait féminin dans Les Larmes de saint Pierre : « Car aux flots de la peur sa navire qui tremble, / Ne trouve point de port… » et Ménage pensait qu’en haute poésie la navire valait mieux que le navire. L’usage dominant a fini par tuer l’exception. C’est aussi ce qui est arrivé avec les formes concurrentes en perfection et à la perfection. Barthélemy condamne la seconde et ne veut que la première. Dans les sept premières éditions de son Dictionnaire, l’Académie française ne mentionnait qu’« en perfection » ; la huitième édition mettait ces deux locutions sur le même pied et l’actuelle édition note « on a dit aussi en perfection ». Certaines fautes semblent plus tenaces que d’autres : elles ont été signalées par Barthélemy et le furent encore presque deux siècles plus tard dans Dire, ne pas dire. C’est le cas, par exemple, de la confusion entre les locutions participer à et participer de (on doit dire : « La nature de l’homme participe de celle de la brute et de celle de Dieu » et « C’est participer au crime que de ne pas l’empêcher lorsqu’on le peut »).

Cet ouvrage donne cependant des raisons d’espérer. Il présente en effet comme courantes des fautes qui, sans doute grâce à l’école, ne se rencontrent plus aujourd’hui. Il écrit « sentir à bon ; à revoir, il faut dire sentir bon, au revoir ». Il condamne aussi venir meilleur pour « devenir meilleur », Je m’avais fié pour « Je m’étais fié », Je vous ai observé que pour « Je vous ai fait observer que », Je m’avais mis dans la tête pour « Je m’étais mis dans la tête », décesser pour « ne pas cesser », voix de centaure pour « voix de Stentor ».

Restons cependant vigilants puisqu’on lit que l’on doit dire Je vous salue tous et non Je vous salue à tous, tournure fautive qui, hélas, fait son retour depuis peu…

Bonne année

Le 6 janvier 2022

Bonheurs & surprises

Année est dérivé du nom an, comme journée l’est de jour ou soirée, de soir. On ne peut donc que se réjouir du fait que l’on souhaite une bonne année plutôt qu’un bon an, c’est-à-dire plutôt un contenu, une durée qu’une date. An est issu du latin annus qui avait deux sens, celui d’« année », que nous connaissons, mais aussi, le monde romain étant essentiellement agricole, celui de « produit de l’année, récolte ». C’est ce sens que l’on retrouve encore dans La Montagne, quand Jean Ferrat chante, évoquant la vie des paysans ardéchois, « une année bonne et l’autre non ». Cette importance accordée aux récoltes explique que de annus, le latin ait tiré le nom annona, « annone », c’est-à-dire la production de l’année puis l’approvisionnement en blé, dont dépendait la paix civile.

C’est aussi de annus qu’est tiré, par l’intermédiaire de ant(e) anu, le nom français « antan », proprement « (ce qui date) de l’année précédente », lui-même à l’origine, dans la langue de l’élevage, du nom antenais, qui désigne un animal d’un an (comme aujourd’hui le nom anglais yearling, « pur-sang âgé d’un an »).

De leur côté, l’anglais year et l’allemand Jahr tirent leur nom d’une racine indo-européenne, jor-, qui pouvait désigner les années, mais aussi et surtout les saisons, appréhendées essentiellement par leur caractère cyclique. Cette racine est à l’origine du grec hôra, auquel nous devons, par l’intermédiaire du latin hora, le nom « heure ». Mais ce mot a d’abord désigné toute période de temps revenant régulièrement, les années, certes, mais aussi les saisons, les mois, les jours et les heures. Ce furent surtout les saisons qui intéressèrent les peuples de l’Antiquité, peuples essentiellement de cultivateurs et d’éleveurs. Dans la mythologie grecque, les Hôrai, que nous appelons improprement « les Heures », sont les filles de Zeus et de Thémis qui accompagnent les dieux et sont au nombre de trois puisque, aux temps archaïques, les Grecs ne comptaient que trois saisons, printemps, été et hiver. On invoquait surtout les deux premières, considérées comme les déesses de la vie et de la croissance.

À ces sens s’ajoutait celui de « moment favorable, propice » et, le cours de la vie des êtres humains étant traditionnellement comparé au déroulement d’une année, ce même nom désignait aussi la jeunesse, puisqu’elle est considérée comme le plus bel âge, celui qui est gros de toutes les promesses de récoltes à venir.

Concluons en rappelant que si heure vient du grec hôra et heur du latin augurium, ces deux termes ont été souvent confondus tant était forte la croyance que le bonheur d’une vie dépendait de l’heure de la naissance et que donc naître à la bonne heure était une promesse de nombreuses bonnes années.

Étonnants numéraux ordinaux

Le 6 janvier 2022

Bonheurs & surprises

Les adjectifs numéraux ordinaux occupent une place à part dans notre langue car jusqu’à dix, ils existent tous sous une double, voire une triple forme : la plus courante, en -ième (à l’exception notable de premier), formée à partir des numéraux cardinaux, est utilisée pour les classements et, à partir de cinq, pour les fractions. Une autre forme, plus ancienne, est issue du latin et on la rencontre essentiellement dans les langues de l’escrime, de la musique et de la liturgie. C’est ainsi que le français distingue premier de prime, son synonyme plus littéraire qui se rencontre, comme adjectif, dans les locutions « prime enfance » ou « prime abord », mais qui existe aussi comme nom pour désigner la première position de la main en escrime et la première des heures canoniales. Unième, sans existence autonome, ne se rencontre qu’en composition : vingt et unième, cent unième, etc.

Deuxième et second ont fait couler beaucoup d’encre. Longtemps, second a été la forme la plus courante, et certains grammairiens souhaitaient réserver l’usage de deuxième aux cas où la série comprenait plus de deux éléments. Mais Littré contestait déjà cette distinction qui ne s’est jamais imposée dans l’usage, même chez les meilleurs auteurs. L’unique différence d’emploi effective entre deuxième et second est que second appartient aujourd’hui à la langue soignée, et que seul deuxième entre dans la formation des ordinaux complexes (vingt-deuxième, trente-deuxième, etc.). Notons aussi qu’en mathématiques, lorsqu’on parle de fractions, ces deux termes sont supplantés par demi.

À côté de troisième, on trouve tierce, pour l’escrime, la musique, les heures canoniales et certains jeux de cartes, mais aussi tiers, employé comme nom en mathématiques et comme adjectif dans des locutions comme tiers-monde, tiers-état. On observe le même phénomène avec quatrième, concurrencé par quarte, en escrime, en musique, pour les heures canoniales et les jeux de cartes où il désigne une suite (pour quatre cartes identiques, c’est « carré » qu’on emploie), et par quart, en mathématiques mais aussi en médecine où il est adjectif dans la fameuse fièvre quarte, « qui revient tous les quatre jours ».

Quinte, sixte et octave se rencontrent eux aussi en musique, en escrime et dans la liturgie. Ces ordinaux, c’est un héritage du latin, étaient également utilisés pour indiquer le rang de tel ou tel dans une dynastie, et pouvaient aussi devenir prénoms. Nous en avons des exemples avec Charles Quint, Septime Sévère et Octave (rappelons au passage que Pompée, « Pompeius » en latin, signifie proprement « né le cinquième », ce mot étant tiré de l’osque pompe, « cinq »). Dans cette série se rencontre une forme plus rare, sixte, qui eut la particularité d’être suivie d’un autre ordinal pour former le nom du pape qui régna de 1585 à 1590, Sixte Quint.

La répartition des emplois entre les diverses formes que peuvent prendre les ordinaux perd sa belle ordonnance à partir de sept : en effet, si l’on parle de septime en escrime, c’est septième que l’on emploie en musique, tandis que c’est la seule forme octave que l’on retrouve dans ces deux domaines. None est une heure canoniale, mais, au pluriel, on emploie aussi ce mot pour désigner le jour qui, dans le calendrier romain, était le neuvième avant les ides. Enfin, à côté de dixième, on trouve décime, qui désignait, sous l’Ancien Régime, la dixième partie du franc et un impôt royal équivalant à la dixième partie des revenus du clergé. Puisque l’on parle du clergé, on n’oubliera pas que la dîme, nom issu du latin decima (pars), « dixième (partie) », désignait, en droit féodal, un prélèvement, en principe d’un dixième, mais en réalité de taux variable, opéré sur les récoltes au profit de l’Église et des pauvres.

Au-delà du nombre dix, par un procédé d’analogie, toutes les formes dans tous les cas, sont en -ième. On ne note qu’une exception notable et durable, que l’on doit à un décret de la Convention, en date du 24 août 1793, énonçant que « le décime sera divisé en dix parties ; chacune de ces parties portera le nom de centime ».

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