Dire, ne pas dire

Bonheurs & surprises

Bonne année

Le 6 janvier 2022

Bonheurs & surprises

Année est dérivé du nom an, comme journée l’est de jour ou soirée, de soir. On ne peut donc que se réjouir du fait que l’on souhaite une bonne année plutôt qu’un bon an, c’est-à-dire plutôt un contenu, une durée qu’une date. An est issu du latin annus qui avait deux sens, celui d’« année », que nous connaissons, mais aussi, le monde romain étant essentiellement agricole, celui de « produit de l’année, récolte ». C’est ce sens que l’on retrouve encore dans La Montagne, quand Jean Ferrat chante, évoquant la vie des paysans ardéchois, « une année bonne et l’autre non ». Cette importance accordée aux récoltes explique que de annus, le latin ait tiré le nom annona, « annone », c’est-à-dire la production de l’année puis l’approvisionnement en blé, dont dépendait la paix civile.

C’est aussi de annus qu’est tiré, par l’intermédiaire de ant(e) anu, le nom français « antan », proprement « (ce qui date) de l’année précédente », lui-même à l’origine, dans la langue de l’élevage, du nom antenais, qui désigne un animal d’un an (comme aujourd’hui le nom anglais yearling, « pur-sang âgé d’un an »).

De leur côté, l’anglais year et l’allemand Jahr tirent leur nom d’une racine indo-européenne, jor-, qui pouvait désigner les années, mais aussi et surtout les saisons, appréhendées essentiellement par leur caractère cyclique. Cette racine est à l’origine du grec hôra, auquel nous devons, par l’intermédiaire du latin hora, le nom « heure ». Mais ce mot a d’abord désigné toute période de temps revenant régulièrement, les années, certes, mais aussi les saisons, les mois, les jours et les heures. Ce furent surtout les saisons qui intéressèrent les peuples de l’Antiquité, peuples essentiellement de cultivateurs et d’éleveurs. Dans la mythologie grecque, les Hôrai, que nous appelons improprement « les Heures », sont les filles de Zeus et de Thémis qui accompagnent les dieux et sont au nombre de trois puisque, aux temps archaïques, les Grecs ne comptaient que trois saisons, printemps, été et hiver. On invoquait surtout les deux premières, considérées comme les déesses de la vie et de la croissance.

À ces sens s’ajoutait celui de « moment favorable, propice » et, le cours de la vie des êtres humains étant traditionnellement comparé au déroulement d’une année, ce même nom désignait aussi la jeunesse, puisqu’elle est considérée comme le plus bel âge, celui qui est gros de toutes les promesses de récoltes à venir.

Concluons en rappelant que si heure vient du grec hôra et heur du latin augurium, ces deux termes ont été souvent confondus tant était forte la croyance que le bonheur d’une vie dépendait de l’heure de la naissance et que donc naître à la bonne heure était une promesse de nombreuses bonnes années.

Étonnants numéraux ordinaux

Le 6 janvier 2022

Bonheurs & surprises

Les adjectifs numéraux ordinaux occupent une place à part dans notre langue car jusqu’à dix, ils existent tous sous une double, voire une triple forme : la plus courante, en -ième (à l’exception notable de premier), formée à partir des numéraux cardinaux, est utilisée pour les classements et, à partir de cinq, pour les fractions. Une autre forme, plus ancienne, est issue du latin et on la rencontre essentiellement dans les langues de l’escrime, de la musique et de la liturgie. C’est ainsi que le français distingue premier de prime, son synonyme plus littéraire qui se rencontre, comme adjectif, dans les locutions « prime enfance » ou « prime abord », mais qui existe aussi comme nom pour désigner la première position de la main en escrime et la première des heures canoniales. Unième, sans existence autonome, ne se rencontre qu’en composition : vingt et unième, cent unième, etc.

Deuxième et second ont fait couler beaucoup d’encre. Longtemps, second a été la forme la plus courante, et certains grammairiens souhaitaient réserver l’usage de deuxième aux cas où la série comprenait plus de deux éléments. Mais Littré contestait déjà cette distinction qui ne s’est jamais imposée dans l’usage, même chez les meilleurs auteurs. L’unique différence d’emploi effective entre deuxième et second est que second appartient aujourd’hui à la langue soignée, et que seul deuxième entre dans la formation des ordinaux complexes (vingt-deuxième, trente-deuxième, etc.). Notons aussi qu’en mathématiques, lorsqu’on parle de fractions, ces deux termes sont supplantés par demi.

À côté de troisième, on trouve tierce, pour l’escrime, la musique, les heures canoniales et certains jeux de cartes, mais aussi tiers, employé comme nom en mathématiques et comme adjectif dans des locutions comme tiers-monde, tiers-état. On observe le même phénomène avec quatrième, concurrencé par quarte, en escrime, en musique, pour les heures canoniales et les jeux de cartes où il désigne une suite (pour quatre cartes identiques, c’est « carré » qu’on emploie), et par quart, en mathématiques mais aussi en médecine où il est adjectif dans la fameuse fièvre quarte, « qui revient tous les quatre jours ».

Quinte, sixte et octave se rencontrent eux aussi en musique, en escrime et dans la liturgie. Ces ordinaux, c’est un héritage du latin, étaient également utilisés pour indiquer le rang de tel ou tel dans une dynastie, et pouvaient aussi devenir prénoms. Nous en avons des exemples avec Charles Quint, Septime Sévère et Octave (rappelons au passage que Pompée, « Pompeius » en latin, signifie proprement « né le cinquième », ce mot étant tiré de l’osque pompe, « cinq »). Dans cette série se rencontre une forme plus rare, sixte, qui eut la particularité d’être suivie d’un autre ordinal pour former le nom du pape qui régna de 1585 à 1590, Sixte Quint.

La répartition des emplois entre les diverses formes que peuvent prendre les ordinaux perd sa belle ordonnance à partir de sept : en effet, si l’on parle de septime en escrime, c’est septième que l’on emploie en musique, tandis que c’est la seule forme octave que l’on retrouve dans ces deux domaines. None est une heure canoniale, mais, au pluriel, on emploie aussi ce mot pour désigner le jour qui, dans le calendrier romain, était le neuvième avant les ides. Enfin, à côté de dixième, on trouve décime, qui désignait, sous l’Ancien Régime, la dixième partie du franc et un impôt royal équivalant à la dixième partie des revenus du clergé. Puisque l’on parle du clergé, on n’oubliera pas que la dîme, nom issu du latin decima (pars), « dixième (partie) », désignait, en droit féodal, un prélèvement, en principe d’un dixième, mais en réalité de taux variable, opéré sur les récoltes au profit de l’Église et des pauvres.

Au-delà du nombre dix, par un procédé d’analogie, toutes les formes dans tous les cas, sont en -ième. On ne note qu’une exception notable et durable, que l’on doit à un décret de la Convention, en date du 24 août 1793, énonçant que « le décime sera divisé en dix parties ; chacune de ces parties portera le nom de centime ».

La montre des cordonniers

Le 2 décembre 2021

Bonheurs & surprises

Dans la première partie de L’Éducation sentimentale, Flaubert parle de « la montre des cordonniers » ; il ne désigne pas, ce faisant, un appareil portatif indiquant l’heure dont disposeraient ces artisans, mais leurs étals. Dans la même page, la « montre des cordonniers » voisine d’ailleurs avec « les boutiques » et « l’éventaire des marchandes ».

On retrouve un sens assez proche de ce déverbal de montrer dans des expressions comme faire montre de, « faire preuve de » et, péjorativement, « faire étalage de » (encore un terme pris à la langue du commerce), ou être pour la montre et rien que de la montre employées pour dénoncer qui parade beaucoup et agit peu. Au sens précis d’« étal », en revanche, montre est aujourd’hui désuet. Il n’en va pas de même pour son équivalent italien, mostra, qui a encore, à côté des sens d’« exposition » et de « parade », celui de « vitrine ». Autre intérêt du substantif italien, la présence du « s », disparu en français, qui nous rappelle que montre et monstre ont une même étymologie.

Monstre est en effet emprunté du latin monstrum que le grammairien latin Pompeius Festus, dans son De verborum significatione (« Le Sens des mots »), au iiie siècle de notre ère, expliquait ainsi : a monendo dictum est […] quod monstret futurum et moneat voluntatem deorum (« il tire son nom de monere [avertir] parce qu’il annonce ce qui va se passer et avertit de la volonté des dieux »). Dans la langue religieuse, ce monstrum par lequel se manifeste la volonté divine apparaît le plus souvent sous la forme d’un être surnaturel : monstra dicuntur naturae modum egredentia, ut serpens cum pedibus, avis cum quattuor alis, homo duobus capitibus (« on appelle monstres des êtres qui outrepassent les lois de la nature, comme un serpent avec des pattes, un oiseau avec quatre ailes, un homme à deux têtes »).

Le verbe monstrare, dérivé de monstrum, a d’abord eu, dans la langue augurale, la même signification que monere, celle d’« avertir », mais, contrairement à ce dernier, il l’a rapidement perdue pour ne garder que celle d’« indiquer, montrer ».

Ce dernier sens nous invite à revenir à nos montres… Le sens ancien de montre, dont nous avons précédemment parlé, a disparu au profit de celui d’appareil portatif indiquant l’heure. Le nom montre a d’ailleurs suivi un chemin assez proche de celui qu’emprunta jadis son cousin le pendule ; ce dernier est en effet la réduction de l’expression « horloge à pendule », le pendule étant ce qui donne le mouvement à cet appareil. Par attraction, pendule, en ce sens, a changé de genre pour prendre celui d’horloge. Montre, lui, s’est d’abord rencontré dans l’expression montre d’une horloge, pour en désigner le cadran, qui « montrait l’heure », avant de se rencontrer seul pour désigner ce que la sixième édition du Dictionnaire de lAcadémie française définissait comme une « petite horloge qui se porte ordinairement dans une poche destinée à cet usage ».

Concluons en rappelant à quel point notre langue peut être subtile, qui distingue, d’un côté, le porte-montre, coussinet plat et enjolivé contre lequel on suspend une montre, ou petit meuble, en forme de pendule, où l’on peut placer une montre de manière que le cadran seul paraisse, et, d’un autre côté, le porte-montres, petite armoire vitrée où les horlogers exposent des montres, une montre pour les montres en quelque sorte…

Un joli Noël

Le 2 décembre 2021

Bonheurs & surprises

Le nom Noël est issu de l’adjectif latin natalis, tiré de l’expression natalis dies, « jour de naissance ». Le fait que, dans une locution latine composée d’un adjectif et d’un nom, c’est de l’adjectif que soit tiré le nom français ne doit pas nous étonner : nous savons que foie vient de l’adjectif ficatum, « (foie) farci avec des figues », hermine, de armenius, « (rat) d’Arménie », bronze, de brundisium, « (airain) de Brindisi ».

Noël, natalis dies, fait bien sûr référence à la date supposée de la naissance du Christ. C’est une singularité dans le latin chrétien ; en effet, quand il s’agissait de saints, natalis dies ne désignait pas le jour de leur naissance, mais celui de leur mort terrestre, considéré comme celui de leur naissance à la vie éternelle.

D’un pays à l’autre, cette fête n’est pas désignée de la même manière. Nos amis anglais disent Christmas, proprement « célébration du Christ », et chez eux Noël semble être la fête par excellence, puisque Christmas comes but once a year est l’équivalent de notre proverbe « Ce n’est pas tous les jours dimanche ». L’allemand dit Weihnacht, « nuit consacrée », et notre « Noël au balcon, Pâques au tison » se transforme en Weihnacht im Klee, Ostern im Schnee, proprement « Noël au trèfle, Pâques à la neige ». Notons aussi que, si en France c’est souvent une dinde qui fait les frais des agapes liées à cette fête, de l’autre côté du Rhin c’est die Weihnachtgans, « l’oie de Noël », qui est sacrifiée. L’espagnol dit navidad, « nativité, naissance », mais la forme de pluriel pascuas, proprement « les pâques », désigne aussi le temps compris entre Noël et l’Épiphanie.

Le temps de Noël était, au Moyen Âge, une période de paix et de réconciliation : on parlait aussi de la trêve (ou de la paix) de Dieu. Celle-ci s’observa encore dans certaines tranchées pendant la Première Guerre mondiale. Elle avait cependant, depuis le début de la Troisième République, partiellement perdu son caractère religieux et, parallèlement à cette trêve de Dieu, existait déjà celle des confiseurs. L’académicien Albert de Broglie a expliqué l’apparition de cette locution : « On convint de laisser écouler le mois de décembre [1874] pour ne pas troubler par nos débats la reprise d’affaires commerciales qui, à Paris et dans les grandes villes, précède toujours le jour de l’an. On rit un peu de cet armistice, les mauvais plaisants l’appelèrent la trêve des confiseurs. »

Oublions, à l’occasion de cette trêve, notre lutte contre les anglicismes de mauvais aloi et voyons comment Noël rapproche le français et l’anglais. Celui-ci nous a emprunté noel, pour désigner le temps de Noël ou un chant de Noël, mot qui existe aussi sous une forme archaïque et plus anglicisée nowel. Il est un autre nom, qui fit, après un voyage déjà long, halte chez nous avant de traverser la Manche : le grec khoraulês (dans lequel on reconnaît khoros, « chœur », et aulos, « flûte ») désigne un joueur de flûte qui accompagne un chœur de danse. Martial emprunta le mot et en fit choraulês, que Suétone latinisa en choraula dans son Néron. La langue populaire simplifia cette forme en corolla, puis l’ancien français en carole, qui désignait une ronde populaire accompagnée de chants. Avançons encore un peu dans le temps et vers l’ouest. La carole, en traversant la Manche, perdit son e final pour désigner des chants de Noël, les fameux Christmas carols.

Notons enfin qu’en Angleterre la période de Noël est parfois appelée yuletide, forme tirée de l’ancien scandinave jöl, aussi à l’origine de jul, « Noël » en suédois et en norvégien, mais qui, autrefois, désignait les fêtes païennes de la lumière organisées quand les jours commençaient à rallonger. Ces fêtes anciennes célébraient, nous dit Littré, le tour que fait le soleil retournant sur ses pas au solstice d’hiver, et cette idée de retour explique que ce mot soit à l’origine de l’anglais wheel, « roue ». Mais c’est aussi de cette forme jöl qu’ont été tirés l’ancien français se jolivier, « faire la fête », et – d’abord avec le sens de « festif » et sous la forme « jolif » – notre adjectif joli.

Ces lettres qui font le pont

Le 4 novembre 2021

Bonheurs & surprises

Qu’on ne se méprenne pas, il ne s’agit pas de lettres qui cesseraient de travailler durant les jours ouvrés séparant deux jours fériés, mais, au contraire, de lettres qui, pour nous aider à prononcer tel ou tel mot, viennent s’intercaler entre un élément terminé par une voyelle et un suffixe commençant, lui aussi, par une voyelle. Elles permettent alors d’éviter un hiatus. Ainsi, le suffixe -ain, employé pour former des gentilés, comme dans Maroc/Marocain, peut, grâce à une consonne [t], dite « de transition », être utilisé pour former aussi les noms des habitants de la Samarie (les Samaritains) ou de Brou (les Broutains). Le suffixe peut être autre, et la consonne de transition peut bien sûr avoir d’autres timbres : [d] dans Spa/Spadois, [l] dans Congo/Congolais ; [n] dans Java/Javanais… Ce pont entre un radical et un suffixe peut également servir à former des adjectifs à partir de noms communs, comme souriquois, néologisme forgé à partir de souris par La Fontaine dans Le Combat des rats et des belettes :

« Mais la perte la plus grande
Tomba presque en tous endroits
Sur le peuple souriquois. »

Dans un environnement consonantique, ce rôle de pont est joué par une voyelle : [i] dans calorifère, [a] dans hexadécimal ou [o] dans anglo-saxon. Cette lettre, d’origine non étymologique et qui contribue à faciliter l’articulation d’un mot, est aussi appelée épenthèse, un nom emprunté du grec epenthesis, « intercalation d’une lettre », lui-même composé à l’aide de epi, « sur », et tithenai, « poser ». Elle se trouve, on l’a vu, à la jonction de deux éléments distincts, mais on la rencontre parfois aussi à l’intérieur de certains mots. Ainsi du néerlandais bolwerc, « bastion », on a tiré, après ajout d’un e épenthétique, « boulevard », à l’arabe t’bib, « médecin », on doit, après l’adjonction de ou, la forme populaire toubib.

La présence de certaines lettres épenthétiques s’explique essentiellement par l’histoire de la langue. L’accusatif latin cinerem est à l’origine de « cendre » : le [d], que l’on ne trouve pas dans des mots savants tirés de ce nom, comme incinérer, a été ajouté après que le premier e de cinerem, non accentué, a disparu, mettant en contact les lettres de n à r. Le passage de l’une à l’autre était difficile car elles sont, phonétiquement, fort différentes. C’est pourquoi l’usage a spontanément lié ce n, dentale nasale sonore, et ce r, consonne liquide, à l’aide d’une consonne d’appui d, elle aussi dentale sonore. Nous ne pouvons qu’être admiratifs du sentiment linguistique très sûr du parler populaire, puisque dans un autre environnement phonétique, c’est une autre consonne qui a été ajoutée : dans cameram, après la chute du e, l’usage a fait suivre le m, nasale labiale sonore, d’une autre labiale sonore, b, ce qui donnait une suite mbr, de prononciation beaucoup plus aisée que mr. Ce [b], nous en avons conservé une trace dans « chambre », ou « chambrière », mais il n’est ni dans « caméra » ni dans « camériste ».

Quelle tristesse alors de constater que ces phonèmes, pourtant si utiles, sont parfois appelés des sons parasites et qu’au sujet de l’un d’entre eux, Littré écrivait : « L’Académie devrait supprimer le p de dompter, lettre qui ne se prononce pas, qui n’est pas étymologique, et qui provient d’une vicieuse tendance qu’avait le Moyen Âge à mettre un p après une m ou une n ; d’où temptation, qui est resté en anglais. » Cette « vicieuse tendance » n’est pourtant que le phénomène que nous venons de voir : le p de dompter est une consonne d’appui. La forme latine à l’origine de ce verbe était domitare, mais le i, non accentué, a vite cessé d’être prononcé, ce qui fait que m et t ont été en contact. Pour en faciliter l’enchaînement, la langue a ajouté un p, consonne labiale sourde, qui pouvait idéalement être un pont entre une labiale sonore, m, et une dentale sourde, t. Une fois encore, les locuteurs ordinaires, sans rien connaître des règles de la phonétique, avaient trouvé le phonème le mieux adapté pour faciliter, en un temps où toutes les lettres écrites étaient articulées, la prononciation de ce verbe.

Le nombre écrase le genre

Le 4 novembre 2021

Bonheurs & surprises

Les catégories grammaticales du nombre, le singulier et le pluriel, nous semblent naturelles et paraissent rendre parfaitement compte de l’état du monde. Ce n’est pourtant pas entièrement exact. D’abord parce qu’il existe d’autres langues où il y a plus que deux nombres : le grec ancien, l’hébreu et le sanscrit connaissent aussi le duel, qui survit à l’état de trace en latin avec les formes ambo, duo et octo (« les deux », « deux », « huit [deux fois quatre] ») marqué par la désinence finale en o long, mais aussi en anglais et en allemand avec both et beide, mais aussi en italien avec le braccia, « les (deux) bras », le soppracciglia, « les (deux) sourcils », ou le labbra, « les (deux) lèvres ». De plus, notre langue, comme beaucoup d’autres, possède également des noms singuliers collectifs, comme, pour les équivalents du duel, paire et couple, et, pour le pluriel indéterminé, quantité, nombre, masse, etc. Ces derniers sont d’ailleurs source d’interrogations quant à l’accord du verbe qui suit. Bouvard et Pécuchet en avaient fait la réflexion, qui se demandaient si on doit dire « une troupe de voleurs survint ou survinrent ». Ce n’est pas tout, le genre des noms, on le sait, est arbitraire en synchronie. Au singulier, l’article, quand il n’est pas élidé, nous renseigne sur ce genre : un homme, masculin ; une femme, la femme, féminin. Mais cette distinction n’existe plus au pluriel, où la marque du nombre écrase celle du genre (l’allemand connaît le même problème quand d’autres langues, comme l’italien ou l’espagnol l’ignorent) : des hommes, des femmes, les hommes, les femmes. Mais, dira-t-on peut-être, le genre de ces mots est connu ; certes, mais il en est dont le genre semble parfois incertain parce qu’on ne les rencontre guère qu’au pluriel : ainsi, dans « la route est bloquée par les congères » ou encore, chez Maupassant, « les chants des glaires dans les larynx », le pluriel cache le genre féminin de congère et de glaire.

Le problème se complique quand l’article se contracte avec la préposition à. On peut avoir une sauce à la moutarde ou au vin blanc, une soupe aux orties ou aux choux, ce qui fait que dans trois combinaisons sur quatre, c’est « au(x) » que l’on entend. C’est pour cette raison que, en cas d’hésitation, quand un nom sera précédé de l’article « au(x) », on sera facilement amené à penser qu’il s’agit d’un masculin. On le voit avec la sauce aux câpres, que nombre de gastronomes supposent être faite à l’aide de délicieux câpres, quand de délicieuses câpres en sont l’ingrédient principal, le nom du fruit du câprier étant, comme celui du pommier ou du poirier, féminin. Se rattacher à un hyperonyme ne nous aide guère : colchique est un nom de fleur, ellébore un nom de plante, fleur et plante sont des noms féminins ce qui n’empêche pas colchique et ellébore d’être des masculins ; l’araire est une charrue, mais son nom est bel et bien masculin. Le nom trille a beau rimer avec quille, aiguille, goupille ou fille, il est masculin. On rapproche du nom scorpion le nom scolopendre, et ce n’est pas sans raison puisque tous deux sont des arthropodes venimeux dont les noms commencent par sco- ; mais on arrêtera là le parallèle et on se souviendra que si l’on dit un scorpion, c’est une scolopendre que l’on doit dire.

De plus, comme le pluriel, l’élision cache le genre. Qu’en est-il de l’asphodèle, que dans Booz endormi, Victor Hugo fait rimer avec solennelle ? Voilà un nom qui semble bien féminin, et nous sommes d’autant plus portés à le croire aujourd’hui que nous n’avons plus, pour nous détromper, le secours de cet exemple que l’on pouvait lire dans les 6e et 7e éditions de notre Dictionnaire : « [La plante] qui croît naturellement dans le midi de la France, et qu’on nomme Asphodèle rameux, a des racines charnues et nourrissantes… »

Qui entend l’akène, l’alvéole, l’ambre, l’albâtre, l’antidote, l’astragale, l’ocelle ou l’haltère et l’italique peut ne pas savoir qu’il s’agit de noms masculins, de même que l’on ignore parfois qu’alcôve, anagramme, ébène, écritoire ou épitaphe sont des féminins.

Il en est enfin que l’on croise essentiellement comme complément de nom sans déterminant. C’est le cas de jute, que l’on rencontre le plus souvent dans toile de jute, lequel est souvent considéré, par contamination avec toile, comme un nom féminin, alors que c’est « du jute » que l’on doit dire.

Dans la paroisse de mon voisin, les écologistes mangent des sandwichs

Le 7 octobre 2021

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La chose n’est pas évidente au premier abord, mais les quatre noms contenus dans cette phrase ont une origine commune. Voyons d’abord sandwich. L’histoire est connue : John Montagu, comte de Sandwich, adorait les cartes, mais l’obligation de se nourrir l’obligeait trop souvent à quitter la table de jeu, ce qui l’ennuyait beaucoup. Le problème fut résolu quand un domestique lui apporta de la viande froide entre deux tranches de pain. On donna à ce mets le nom du comte : le sandwich était né. Sandwich, le comté de John Montaigu, s’écrivait Sandwic au xe siècle, nom composé à l’aide de sand, « sable », et wic, « port, anse » mais aussi « village ». La terminaison -wic ou -wich, qu’on retrouve dans de nombreux toponymes, comme Norwich ou Greenwich, est tirée d’une racine indo-européenne weik/woik, qui désignait l’unité sociale juste supérieure à la maison.

Cette racine est également à l’origine du gaulois vix, proprement « village », qui est aujourd’hui encore le nom d’une commune de Côte-d’Or où fut découvert, dans la tombe d’une princesse celte, un cratère d’une très grande valeur, mais aussi du latin vicus, qui désignait un village, un bourg, un quartier. Plusieurs villages portent la trace de cette origine latine, tels Vic-sous-Thil ou Vic-sur-Aisne. C’est aussi à l’aide de ce nom latin qu’a été formé Longwy, « le village allongé ». De vicus, le latin a tiré l’adjectif vicinus, qui qualifie des personnes appartenant au même village, au même quartier et qui habitent donc à proximité. C’est à ce vicinus que nous devons notre adjectif « vicinal » mais aussi le nom et adjectif « voisin ».

Passons maintenant aux écologistes. La forme grecque la plus connue, venant de la racine indo-européenne citée plus haut, est oikos, désignant une maison, un domaine. Les Grecs, peuple essentiellement composé d’agriculteurs, réfléchirent à une manière raisonnée de mettre ces domaines en valeur et en tirèrent une science, oikonomia, à l’origine de notre « économie ». Xénophon lui consacra un ouvrage, Oikonomikos, « L’Économique », c’est -à-dire « l’art d’administrer un domaine ». De ce texte, nous avons une traduction de La Boétie, intitulée La Mesnagerie, ce qui nous rappelle qu’avant de prendre le sens qu’on lui connaît aujourd’hui, le nom ménagerie a d’abord désigné l’administration d’une maison, et surtout d’une ferme, puis tout ce qui appartient à la ferme, et en particulier les animaux. Ce nom ne doit pas nous étonner puisqu’il est dérivé de « ménage », au sens ancien de « demeure » puis d’« administration des biens », mot dérivé de l’ancien verbe français manoir, signifiant « demeurer ». On se souvient aussi que, dans Les Regrets, Du Bellay se plaint du « soin ménager » dont il est travaillé. Comme pour faire pendant à économie, et toujours à partir de oikos, le biologiste et zoologiste allemand Ernst Haeckel (1834-1919) créa, en 1866, le nom Ökologie, à l’origine de notre écologie. Autre création à partir de la racine oikos et de para, « du côté de, d’auprès », l’adjectif et nom paroikos, « qui demeure auprès, voisin » puis « étranger », d’où on tira paroikia, pour désigner un séjour à l’étranger et qui prit en grec chrétien le sens de communauté. Le latin chrétien en fit le nom parochia, qui désigna, entre autres, une église de campagne et le territoire dont elle avait la charge, sens tout proche du français paroisse, qui en est issu.

Rusé comme un renard

Le 7 octobre 2021

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Ruse et renard. Voilà deux mots qui semblent étroitement liés entre eux par le sens. La ruse est en effet la caractéristique essentielle du renard et celui-ci est le parangon de celle-là. Cet animal occupe une place à part dans notre imaginaire, tant pour le rôle qu’il y joue que pour son étymologie. Les latins l’appelaient volpes, ou vulpes, nom que Varron explique ainsi dans son De Lingua latina : « volpes […] quod volat pedibus » (« volpes […] parce qu’il vole avec ses pieds »). À son sujet, Ernout et Meillet écrivent dans leur Dictionnaire de la langue latine : « Le genre féminin que présentent plusieurs des noms de cet animal, est, comme dans le grec huaina, « hyène », un moyen de marquer du mépris pour une bête sans courage. » On lit chose à peu près semblable chez Chantraine qui, dans son Dictionnaire historique de la langue grecque, explique le genre féminin du grec alôpêx par le fait qu’il s’agit d’« un animal craint et méprisé ». L’allemand et l’anglais ont donné des noms différents au mâle et à la femelle de cette espèce, le premier avec Fuchs et Füchsin, le second avec fox et vixen, ce dernier désignant, outre une renarde, une mégère (sens qu’il partage, étonnamment, avec shrew, « musaraigne »). Alôpêx, qui ne nous a donné que le nom alopécie, affection cutanée caractérisée par la chute anormale des cheveux ou des poils, et qui fut d’abord observée chez les renards, est voisin du sanscrit lopasa, même si, dans les contes indiens et persans, le rôle de joueur de tours est plutôt dévolu au chacal. Du latin volpes/vulpes est dérivé la forme vulpeculus, « petit renard », d’où est issu le français goupil. Ce dernier mot, devenu rare dans la langue courante, survit dans l’onomastique. En effet, pour dénommer des personnes rusées, on a employé aussi bien Renard que Goupil ou, particulièrement dans l’Ouest, Lerenard et Legoupil, toutes formes devenues des patronymes. Cette substitution d’un nom commun usuel par un ancien nom propre est exceptionnelle et il a fallu pour cela l’extraordinaire succès du poème du Moyen Âge, Le Roman de Renard. Dans les versions allemandes de ce récit, le héros s’appelle Reginhart, « rusé, malin », et, proprement « fort au conseil ». Et force est de constater que, dans les différentes branches de cette œuvre, Renard, même s’il échoue parfois, passe l’essentiel de son temps à berner les autres animaux, et particulièrement le loup Ysengrin, ainsi nommé en raison de la couleur gris de fer de son pelage. Comment s’étonner dès lors qu’un tel animal, dont l’académicien et naturaliste Buffon reconnaissait le talent dans son Histoire naturelle (« Le renard est fameux pour ses ruses et mérite en partie sa réputation »), ait servi de modèle à tous les individus passés maîtres dans l’art de la feinte ? On trouve d’ailleurs ce nom déjà employé comme surnom en grec ou en latin. Plus près de nous, le renard est l’animal que l’on rencontre le plus dans les Fables d’un autre académicien. Il a aussi donné son nom, outre-manche, à des personnages de fiction, comme dans Volpone or the fox, « Volpone ou le renard », de Ben Jonson (1607). Rappelons aussi que le général Rommel était surnommé, par ses adversaires et par ses soldats « le renard du désert ». Enfin, on n’oubliera pas non plus le roman-feuilleton américain The Curse of Capistrano, « Le Fléau de Capistrano », de Johnston Mc Culley, dont le héros est un jeune aristocrate qui combat la tyrannie, dissimulé sous un masque noir et répond au surnom de Zorro, « le Renard ».

Tunnel, tonnelle

Le 2 septembre 2021

Bonheurs & surprises

Voici deux noms aux connotations fort opposées. Le premier suppose l’effort, le labeur du percement, puis le flux frénétique des marchandises et des voyageurs transportés ; les Latins y auraient peut-être vu un symbole du negotium, c’est-à-dire, de l’occupation, du travail, des affaires. Le second offre, lui, une image de fraîcheur et de loisir ; c’est le repos du séjour, c’est l’otium latin. D’un côté, la sueur, de l’autre, le petit vin blanc. Rappelons d’ailleurs que tonnelle a pour synonyme gloriette, un diminutif de glorie, forme ancienne de « gloire » qui connotait le luxe et la richesse. Pourtant ces deux mots sont parents, mais chronologiquement, le tunnel suit la tonnelle. Cette dernière, qui désigne aussi un filet pour attraper les oiseaux, est un dérivé de tonne, non pas l’unité de masse, mais le grand tonneau. L’anglais nous l’a emprunté sous la forme tonel, avec son sens de filet de chasse auquel il a ajouté celui de « conduit de cheminée ». Arrive enfin le mot tunnel avec le sens que nous lui connaissons maintenant. Ce sont cette forme et ce sens que nous avons repris. Aujourd’hui, l’un des plus célèbres tunnels est celui qui, passant sous la Manche, relie la France à l’Angleterre. Mais bien avant le percement de cet ouvrage d’art, de nombreux mots avaient déjà fait le voyage, partant de France avec une forme et une signification, puis revenant, quelques siècles plus tard, sous une autre forme et pourvus d’un ou de plusieurs nouveaux sens. Voyons-en quelques-uns : le mot fouaille ne désigne plus aujourd’hui que les bas morceaux du sanglier, cuits au feu, que l’on donne aux chiens pour les récompenser après la chasse et, par métonymie, le moment de cette récompense. Ce mot est dérivé de fou, variante de feu, et a désigné au xiiie siècle, sous la forme füaille, du bois de chauffage. Un petit tour outre-Manche et la füaille nous revenait, avec un sens et un genre nouveaux, sous la forme fuel puis fioul. Prenons maintenant notre mot poney : il s’est d’abord écrit pooni, mais on trouvait également la forme francisée ponet, comme en témoigne un article paru en 1825 dans le Journal des dames et des modes. Celle-ci ne résista pas longtemps, en ces temps d’anglomanie triomphante, devant la terminaison -ey si évidemment anglaise. Et pourtant, ponet était plus proche du mot d’origine. Ce cheval de petite taille doit en effet son nom au moyen français poulenet, « petit poulain ». On rappellera aussi l’emprunt de l’anglais mess pour désigner la pièce où les officiers ou les sous-officiers d’un même corps prennent leurs repas, nom tiré, par métonymie, de l’ancien français mes, « mets ». Au siècle dernier nous avons également accueilli panel, qui désigne un groupe de personnes sélectionnées pour constituer un échantillon représentatif. C’était le retour sur ses terres de l’ancien français panel, qui, entre autres sens, repris sous la graphie moderne de panneau, avait ceux de « morceau d’étoffe » et de « filet tendu pour prendre le gibier » (d’où l’expression donner ou tomber dans le panneau) ; ce panel, issu du latin vulgaire pannellus, désignait aussi un morceau de parchemin et, par métonymie, le parchemin sur lequel était établie la liste des jurés, puis cette liste ou le jury lui-même, et c’est quand il avait ce sens que l’anglais nous l’a emprunté. À cette liste, on pourrait ajouter auburn, qui qualifie une chevelure châtain roux à reflets de cuivre, tiré de l’ancien français auborne, « blond » ; challenge, venu de l’ancien français chalenge, « chicane, attaque, défi » ; chèque, emprunté de l’anglais check, dérivé de to check, « contrôler », qui avait été pris du français échec, le procédé de la souche ayant pour but premier de faire échec aux malversations sur les bons de trésorerie. Enfin, on n’oubliera pas que commodore, titre donné au Royaume-Uni et aux États-Unis à un capitaine de vaisseau commandant une division navale, vient du français commandeur. Ainsi, nombre de mots français sont allés outre-Manche et, comme l’Ulysse de Du Bellay, y ont fait un beau voyage puis sont retournés, non pleins « d’usage et raison », mais « de sens nouveaux », au pays qui les avait vu naître.

Une phalène, une baleine, des Belges et un crapaud

Le 2 septembre 2021

Bonheurs & surprises

La phalène est un insecte qui doit sa renommée à sa capacité d’adaptation : ce petit papillon diurne se pose ordinairement sur des bouleaux et sa couleur blanche se fond avec celle de l’arbre, ce qui lui permet de ne pas être repéré par ses prédateurs. Une autre variété, de couleur noire, beaucoup plus exposée à ces derniers, a été découverte en Angleterre au xixe siècle. Mais la pollution a fait que l’écorce des bouleaux s’est couverte de dépôts noirâtres et, dans les années 1950, la variété noire, désormais presque invisible sur les troncs, en était venue à représenter 98 % des phalènes. Depuis, l’attention portée à l’environnement a permis le retour en force des phalènes blanches. Cette adaptation au milieu n’est pas le seul point digne d’intérêt de notre bestiole. Ce lépidoptère d’à peine quelques grammes a un étrange lien avec le plus lourd des animaux vivants actuels, la baleine. En français, les noms qui les désignent sont des paronymes, mais ils sont parfaitement identiques en grec ancien, phallaina. Il était tentant de chercher à lier cette identité de forme à une étymologie commune, mais force fut de reconnaître que ce n’était pas le cas : notre insecte tire son nom de l’adjectif phalos, « blanc », et notre cétacé d’une racine bhel-, signifiant « se gonfler », qui est aussi à l’origine du nom commun phallus et, le fait est moins connu, du nom propre Belges. Ces derniers, Jules César nous l’a appris, « sont les plus courageux des Gaulois » (horum omnium fortissimi sunt Belgae), « parce qu’ils se trouvent plus éloignés de notre province et de sa civilisation, et que les marchands vont plus rarement leur porter ces objets qui peuvent amollir le courage ; enfin parce qu’ils sont sans cesse en guerre avec les Germains leurs voisins, qui habitent sur l’autre rive du Rhin ». Le latin Belgae signifie donc proprement « ceux qui se gonflent (de colère et d’audace) ». Aujourd’hui, la langue familière utilise encore être gonflé pour « être audacieux », et la langue populaire être gonflant pour « être énervant », c’est-à-dire capable de faire se gonfler autrui de colère. Il n’est donc guère étonnant que ce soit à cette même racine bhel que l’on rattache les verbes gonfler, enfler et souffler. On lui doit aussi le nom bouge, qui, bien avant de désigner un logement exigu, malpropre et sordide, désignait un sac de cuir, sens qu’avait le latin bulga, dont il est issu. Ce mot latin, par analogie, désignait aussi le ventre, et plus particulièrement l’utérus, car celui-ci se gonfle pendant la grossesse. Cette même racine nous a donné le latin bufo, « crapaud », que, dans ses Commentaires sur les Géorgiques, au ive siècle apr. J.-C., le grammairien Servius définit ainsi : rana terrestris nimiae magnitudinis (« grenouille terrestre d’une taille extraordinaire »). On sait en effet que certains batraciens mâles, particulièrement à la saison des amours, peuvent étonnamment gonfler leurs joues pour produire de puissants sons et se faire remarquer par les femelles. Espérons qu’ils se souviennent, comme nous, de La Fontaine qui a montré, avec La grenouille qui se veut faire aussi grosse que le bœuf, que l’enflure n’est pas toujours bonne pour les batraciens.

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