Dans son Dictionnaire critique de la langue française (1787-1788), Jean-François Féraud écrivait en tête de l’article « Baser » : « Mot nouveau, aujourd’hui fort à la mode. » Après avoir donné plusieurs exemples dans lesquels baser est construit avec la préposition sur, il terminait par ces mots : « Voilà un néologisme des plus remarquables dans la foule immense de ceux qui naissent tous les jours. » L’académicien Royer-Collard ne partageait pas ce point de vue. Alors que l’Académie française travaillait à la sixième édition de son Dictionnaire, qui paraîtrait en 1835, il aurait eu ces mots au sujet de baser : « S’il entre, je sors. » En réalité, notre académicien aurait dû dire « S’il reste, je sors », puisque ce verbe avait déjà fait son entrée, en 1798, dans la cinquième édition du Dictionnaire de l’Académie française. On y lisait alors : « Verbe actif qu’on emploie depuis quelque temps, et plus au figuré qu’au propre. Fonder, établir sur une base solide, donner une base. On doit baser un impôt sur la consommation habituelle. Ce système est basé sur des faits constans. » Mais c’est Royer-Collard qui l’emporta et baser fut banni des trois éditions suivantes : il ne réapparut que dans la neuvième, accompagné de cette remarque : « Ce verbe ne doit pas être employé au sens figuré. Il faut lui préférer Fonder, établir. » L’usage en a voulu autrement, et cet emploi semble aujourd’hui parfaitement courant. La dixième édition de notre Dictionnaire l’enregistre donc, avec les exemples suivants : « Une théorie basée sur des observations précises. Ce pays a basé sa prospérité sur l’industrie et l’agriculture. »