Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Gilles M. (France)

Le 5 mai 2014

Courrier des internautes

J’entends souvent l’expression « avoir du pep’s », souvent utilisée en cuisine : ce plat a du pep’s. Pouvez-vous me dire ce que cela signifie exactement et d’où vient cette expression ? Et si cet usage est correct ?

Gilles M. (France, 19 février)

L’Académie répond

Dans l’expression familière avoir du pep’s, pep vient de l’anglais pepper, « poivre ».

Avoir du pep’s signifie donc « être fort, être épicé », même si l’épice en question n’est plus du poivre, et, en parlant d’une personne, « être dynamique, avoir du tonus ».

Jean-Hubert C. (France)

Le 5 mai 2014

Courrier des internautes

Dans le but de limiter au maximum l’utilisation d’anglicismes, pourriez vous m’indiquer quel est l’équivalent français du genre cinématographique « thriller ». Je ne pense pas que le terme de policier soit le plus précis car trop restrictif.

Jean-Hubert C. (France, 19 février)

L’Académie répond

Il n’y a pas d’équivalent français à thriller, mot anglais entré dans notre langue en 1927 avec le sens de « livre qui donne le frisson » (du verbe to thrill, « tressaillir », « frissonner »). Par la suite, le mot a désigné un film.

Devenu nom de genre, le thriller n’a pas à être traduit, étant donné son implantation déjà ancienne en français.

Vous avez raison, policier est trop restrictif.

Joseph L. (Réalmont la Charmante)

Le 5 mai 2014

Courrier des internautes

Depuis tout petit on m’a appris à dire : une dénivelée, or je constate qu’une majorité de personnes et donc d’écrits topographiques écrivent : un dénivelé. Réponse, quand je fais la réflexion : on peut dire les deux.

Je ne suis pas des plus doués en orthographe mais il me semble que bien qu’une grande majorité fasse la faute ce n’est pas pour autant qu’il faut s’y plier et l’accepter. Ne dit-on pas une dénivellation et non « un » et là tout le monde est d’accord.

Qu’en est-il vraiment ?

Joseph L. (Réalmont la Charmante, 12 février)

L’Académie répond

La seule forme acceptée par le Dictionnaire de l’Académie française est celle-ci :

*DÉNIVELÉE n. f. XXe siècle. Forme féminine substantivée du participe passé de déniveler. topographie. Différence d’altitude. Il y a 325 mètres de dénivelée entre la gare de départ du téléphérique et le sommet. – balist. Différence de niveau entre une arme à feu et l’objectif visé. Pour régler le tir, il faut tenir compte de la dénivelée.

Il est vrai que comme ce mot se rencontre essentiellement dans le groupe de dénivelée, l’article se fait peu entendre et il y a souvent une hésitation sur le genre. Mais, une fois encore, la forme juste est dénivelée.

Adeline A. (Paris)

Le 3 avril 2014

Courrier des internautes

L’expression « au quotidien » est-elle correcte ?

Il semble qu’elle ait envahi la radio et la presse et qu’aucun journaliste, publicitaire etc. ne puisse plus s’en passer (et pourtant 9 fois sur 10 ces 2 mots pourraient être supprimés sans altérer le sens de la phrase).

Même mon paquet de sucre proclame qu’il « me facilite la vie au quotidien ».

Adeline A. (Paris, 28 janvier)

L’Académie répond

Cette forme est familière, mais elle n’est pas incorrecte. On la trouve dans notre Dictionnaire, à l’article Quotidien. Mais il est vrai qu’il convient de ne pas en faire un tic de langage et de l’employer quand, comme dans l’exemple que vous citez, elle ne sert à rien.

Donatienne de S. (Suisse)

Le 3 avril 2014

Courrier des internautes

Est-il correct d’utiliser le verbe manger dans une forme intransitive. Exemple : je vais manger. Je vais déjeuner me semble plus approprié. Merci de votre réponse

Donatienne de S. (Suisse, 28 janvier)

L’Académie répond

Manger peut s’employer de manière absolue.

Voyez ce que nous écrivons à ce sujet dans notre Dictionnaire.

Absolt. Prendre de la nourriture, des aliments. Avoir besoin de manger. Il n’a ni bu, ni mangé aujourd’hui. Il ne mange pas tous les jours à sa faim. Cet animal est resté trois jours sans manger. Manger de bon appétit, avec appétit. Il mange mieux, il a davantage d’appétit. On mange mal dans cette maison, la nourriture y est mauvaise. Manger froid, chaud.   Par ext. Prendre un repas, ses repas. Une salle à manger. Il mange plus souvent à son cercle que chez lui. Il a souvent mangé avec nous, à notre table.

Gilles M. (France)

Le 3 avril 2014

Courrier des internautes

Je vous ai envoyé un message il y a deux semaines pour vous poser une question, mais je doute que vous l’ayez reçu.

Je me demande si les termes utilisés dans les émissions culinaires en vogue, sont corrects. Souvent, les présentateurs désignent les plats de cette façon : « ce plat est malin », « ce plat est graphique ». Est-ce correct ?

De même, on entend des expressions toutes faites, telles que : « je vais partir sur (une langouste grillée) » ou « je lance mes préparations ». Est-ce correct également ?

Gilles M. (France 7 février)

L’Académie répond

Il me semble que des expressions comme ce plat est malin, graphique relèvent d’une forme d’emphase un peu prétentieuse.

Partir sur peut s’employer au sens d’« Entreprendre quelque chose, se lancer dans une action, commencer à ».

On trouve aussi lancer au sens de « commencer ».

Pierre A. (Meyzieu)

Le 3 avril 2014

Courrier des internautes

Je me permets ce message pour solliciter l’avis de votre illustre assemblée sur les ravages de l’utilisation du mot « impact » dans les médias, donc dans les copies d’étudiants...

Que préconisez-vous à ce sujet ? Quel sens autorisez-vous ? « Impact de balle » à coup sûr. Mais une politique peut-elle « impacter » un territoire ? À mon humble avis, non. Fort de votre expertise, je pourrais peut-être enfin convaincre mes étudiants...

Pierre A. (Meyzieu, 19 février)

L’Académie répond

Voici ce que dit l’article « impact » dans la 9e édition du Dictionnaire de l’Académie française :

*IMPACT (c et t se font entendre) n. m. XIXe siècle. Emprunté du latin impactum, supin de impingere, « frapper contre ».  1. Choc d’un projectile contre un corps. Point d’impact, endroit où un projectile vient frapper. Le point d’impact d’une météorite. Par méton. Trace, trou qu’un projectile laisse à l’endroit qu’il a heurté. Des impacts de balles.  2. Fig. Effet violent, vive répercussion. L’impact du « J’accuse » d’Émile Zola sur l’opinion.   C’est par une extension abusive qu’on emploie Impact en parlant d’une influence diffuse ou générale.

Il faut donc éviter d’employer impact pour influence. Quant au verbe impacter, en dehors de son usage technique en chirurgie, c’est un pur barbarisme.

Vous pouvez donc à juste titre déconseiller l’emploi de ces mots à la mode à vos étudiants.

Pierre G. (Rennes)

Le 3 avril 2014

Courrier des internautes

Je cherche à savoir s’il est désuet et abusif de considérer l’expression « ceci dit » comme fautive (pour « cela dit ») ; et, partant, s’il convient encore de respecter la distinction suivante : « voici ce que j’ai à vous dire », « voilà ce que j’avais à vous dire » : pourriez-vous me le dire ? Je vous en saurais gré.

Pierre G. (Rennes, 30 janvier)

L’Académie répond

Ceci renvoie au dernier élément d’une série, énoncée précédemment, ou à ce qui suit : cela renvoie au premier élément, ou au plus éloigné, ou à ce qui précède : Ceci est l’ancien emplacement du village ; cela, sur la colline au loin, celui du fort. Si vous prétendez cela, je vous répondrai ceci : Vous commettez une grave erreur. Ceci dit est donc incorrect. On doit dire : Cela dit, comme : Cela étant, cela fait, cela étant admis, etc.

Ceci explique cela signifie que la dernière chose qui a été dite explique ce qui l’avait été auparavant.

On dira donc, effectivement, Voici ce que j’ai à vous dire et Voilà ce que j’avais à vous dire.

Axel B. (Lyon)

Le 6 mars 2014

Courrier des internautes

L’article « Pleuvioter, pleuviner, pleuvasser » du sept novembre deux-mille-treize cite Jean Rouaud, pour qui la pluie est « la moitié fidèle d’une vie ». Cette formule si concise et si pertinente m’a donné l’envie de lire Des hommes illustres, puisque selon l’Académie, c’est de cet ouvrage que proviennent ces mots.

Après quatre-cents pages, certes fascinantes, j’ai dû me rendre à l’évidence : le narrateur ne fait jamais allusion aux pluies fréquentes en Loire-Inférieure, son département natal.

Quelques secondes sur un moteur de recherche et l’explication apparaît : il s’agit en réalité d’un extrait des Champs d’honneur, un autre texte de Jean Rouaud ! Merci pour la découverte d’une plume qui m’était inconnue et dont j’ai pu terminer deux livres ; mais mieux vaudrait tout de même corriger cette erreur dans l’article concerné.

Axel B. (Lyon, 12 février)

L’Académie répond

Je vous prie d’accepter mes excuses pour cette erreur. J’ai lu avec beaucoup de plaisir ces deux romans il y a une vingtaine d’années. Je me souvenais assez vaguement de jolis passages sur la pluie et plutôt que de les reprendre, j’ai fait confiance ma mémoire trompeuse.

J’ai quand même l’impression d’avoir fait œuvre utile puisque je vous ai donné envie de lire ces livres.

J’ai pris aussi énormément de plaisir à lire un court ouvrage de ce même auteur, qui traitait de la littérature française. C’était, me semble-t-il, La Désincarnation.

Une fois encore, merci beaucoup de nous avoir signalé cette erreur.

Damien H. (France)

Le 6 mars 2014

Courrier des internautes

Désolé de vous déranger mais j’aurais une question :

Peut-on utiliser un mot anglais pour désigner quelque chose, alors que le mot existe dans le dictionnaire français mais que la définition est différente ?

Exemple : le mot « phase » en anglais peut désigner une apparence, peut-on utiliser ce mot pour designer l’apparence d’un animal (par exemple) qui ne serait pas celle d’un animal classique (albinos ou autre) alors que le mot « phase » désigne tout autre chose en français ?

Damien H. (France, 13 février)

L’Académie répond

Il ne faut absolument pas le faire. On ne peut dans un même texte, mêler des mots de même forme, mais appartenant à des langues différentes.

On évitera par exemple de confondre Cane nero, « chien noir » en italien et « chante Néron », en latin ou I vitelli dei romani sono belli, « Les veaux des Romains sont beaux » en italien ou « Va, ô Vitellius, au son de la guerre du dieu romain ».

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