Dire, ne pas dire

Emplois fautifs

Assis-toi

Le 04 juin 2015

Emplois fautifs

Est-ce parce que, comme le dit le proverbe, on ne prête qu’aux riches, que le verbe s’asseoir - un cas exceptionnel dans la grammaire puisque, ses formes étant doubles, il compte deux impératifs : assois-toi et assieds-toi - se trouve parfois gratifié d’une troisième forme, assis-toi. Assis est une forme de participe passé qui, employée seule, peut avoir une valeur d’impératif quand elle s’oppose, par exemple, à Debout ! À genoux ! Couché ! mais on n’oubliera pas que, dans ces cas, on sous-entend le verbe restez ou mettez-vous. On n’emploiera donc pas plus assis-toi que l’on emploierait couché-toi.

 

on dit

on ne dit pas

Prends une chaise et assieds-toi

 

Assois-toi près de la cheminée

Prends une chaise et assis-toi

 

Assis-toi près de la cheminée

 

Bénéficier à

Le 04 juin 2015

Emplois fautifs

Le verbe bénéficier signifie « tirer profit ou avantage de quelque chose », ce qui implique que le sujet du verbe doit être le bénéficiaire de telle mesure ou de tel avantage, et non la mesure ou l’avantage eux-mêmes. On se gardera donc de faire la faute, malheureusement largement répandue, qui consiste à construire le verbe bénéficier avec pour sujet un inanimé et pour complément un nom introduit par la préposition à, quand bien même cette construction se rencontre avec le verbe « profiter ».

on dit

on ne dit pas

Tous bénéficient de cette mesure ou Une mesure dont tous bénéficient

Un décret au bénéfice des plus démunis

Une mesure qui bénéficie à tous

 

Un décret qui bénéficie aux plus démunis

 

Ce faisant pour Se faisant

Le 04 juin 2015

Emplois fautifs

Les formes ce faisant et se faisant sont homophones mais ne sont pas homographes. Dans la première, le verbe est à la voix active et a pour complément d’objet direct le pronom démonstratif ce ; ce faisant signifie donc « en faisant cela ». Dans la seconde, le verbe est à la voix pronominale et a pour complément d’objet direct le pronom réfléchi se. Se faisant s’emploie pour indiquer qu’une action est en train de se dérouler, alors que ce faisant est une locution figée qui équivaut à « pour cette raison », le pronom ce reprenant un fait évoqué précédemment. Se souvenir de ces différences de sens permet d’éviter de confondre ces deux formes, et donc de les écrire correctement.

on écrit

on n’écrit pas

Il s’entraîne avec ardeur et, ce faisant, il obtient de bons résultats

 

La récolte se faisant à la main, il faut beaucoup de personnel

Il s’entraîne avec ardeur et, se faisant, il obtient de bons résultats

 

La récolte ce faisant à la main, il faut beaucoup de personnel

 

Pas que au sens de pas seulement, pas uniquement

Le 04 juin 2015

Emplois fautifs

Que peut être un élément de la locution restrictive ne que et il est alors synonyme de « seulement » : Il n’est pas que bête, il est méchant aussi. Mais contrairement à « seulement » ou « uniquement », on ne peut l’employer en fin de phrase avec un verbe à la forme affirmative. Si l’on peut en effet dire, et écrire, Il est charmant, mais pas uniquement, on se rappellera que la forme il est charmant, mais pas que est une grave incorrection qu’il convient de proscrire.

on dit

on ne dit pas

Il a visité l’Italie, mais pas seulement

 

Il parle allemand, mais pas uniquement

Il a visité l’Italie, mais pas que

 

Il parle allemand, mais pas que

 

 

Disgression au lieu de digression

Le 07 mai 2015

Emplois fautifs

Le préfixe dis- appartient à la langue latine et à la langue française et, dans ces deux langues, il est particulièrement productif. Le plus souvent, il conserve sa forme originale, mais il arrive, en latin, que le s de dis- s’efface quand la consonne initiale du mot auquel il se lie est une consonne sonore. C’est pour cette raison que le nom latin *disgressio, composé à l’aide de la particule dis-, qui marque la négation ou l’écart, et de gradi, « marcher, s’avancer », est devenu digressio. Dire et écrire disgression est donc une faute parfaitement explicable, d’autant plus que le s est conservé dans le nom de la même famille transgression, mais n’en reste pas moins une faute et, pour évoquer ce type de pas de côté, on veillera à n’utiliser que le substantif digression.

on dit

on ne dit pas

Se perdre dans des digressions

Si vous me permettez cette digression

Se perdre dans des disgressions

Si vous me permettez cette disgression

 

Prolixe pour prolifique

Le 07 mai 2015

Emplois fautifs

Ces deux adjectifs sont proches par la forme, mais éloignés par le sens. Comme souvent, le recours à l’étymologie peut nous aider à les distinguer. Prolifique est formé à partir du latin proles, « lignée, descendance », et facere, « faire ». Est donc prolifique une espèce qui se reproduit beaucoup et rapidement. Par extension cet adjectif peut aussi qualifier un créateur dont l’œuvre est particulièrement abondante. Prolixe, lui, est emprunté du latin prolixus, « allongé », un dérivé de liqui, « s’écouler, fondre ». Est donc prolixe celui qui dans ses paroles est abondant et, souvent, trop long et verbeux. On se gardera bien d’employer l’un pour l’autre, même si certains auteurs furent parfois aussi prolixes que prolifiques.

on dit

on ne dit pas

Bach, Hugo, Picasso furent des artistes prolifiques

Ne soyez ni trop prolixe ni trop concis

Bach, Hugo, Picasso furent des artistes prolixes

Ne soyez ni trop prolifique ni trop concis

 

Tout à chacun pour tout un chacun

Le 07 mai 2015

Emplois fautifs

Nous avons vu récemment que le son un était de moins en moins correctement prononcé et qu’il était souvent confondu avec le son in. Dans le cas que nous allons évoquer, c’est avec le son a qu’il est confondu. L’expression Tout un chacun, c’est-à-dire « n’importe qui, tout le monde », est souvent remplacée par la forme fautive tout à chacun, locution sans grande cohérence et qui signifierait que « tous auraient tout », un cas de figure qui n’arrive jamais en dehors de ces vers de Victor Hugo, tirés de « Ce siècle avait deux ans » :

« Ô l’amour d’une mère ! Amour que nul n’oublie

Pain merveilleux qu’un dieu partage et multiplie

Table toujours servie au paternel foyer !

Chacun en a sa part et tous l’ont tout entier. »

on dit

on ne dit pas

Tout un chacun sait cela

C’est à la disposition de tout un chacun

Tout à chacun sait cela

C’est à la disposition de tout à chacun

 

 

Y a, y a pas

Le 07 mai 2015

Emplois fautifs

Une forme de paresse amène trop souvent à ne pas articuler deux sons phonétiquement proches quand ils sont voisins dans la phrase. C’est ainsi que dans la locution Il y a, le pronom il est trop souvent omis et l’on n’entend plus que la tournure incorrecte y a. On se gardera bien de céder à cette facilité, et plus encore si l’on est à la forme négative puisque, dans ce cas, disparaît aussi l’adverbe de négation élidé n’.

on dit

on ne dit pas

Il y a beaucoup de monde

Il n’y a pas de problème

Y a beaucoup de monde

Y a pas de problème

 

Au cas où tu seras

Le 02 avril 2015

Emplois fautifs

Les locutions conjonctives au cas où et dans le cas où, qui introduisent une proposition subordonnée hypothétique, se sont largement substituées aux formes littéraires et vieillissantes, mais cependant toujours correctes, en cas que, au cas que. Ces dernières introduisent un verbe au subjonctif : En cas qu’il vienne, tenez-vous prêts. Au cas où et dans le cas où, bien qu’ayant le même sens, commandent, elles, le conditionnel : on veillera donc à ne les faire suivre ni d’un verbe au subjonctif ni d’un verbe à l’indicatif, fût-ce un indicatif futur.

on dit

on ne dit pas

Au cas où une complication se produirait, appelez-moi

Au cas où tu serais malade…

Au cas où une complication se produise, appelez-moi

Au cas où tu seras malade…

 

Dénoter pour détonner

Le 02 avril 2015

Emplois fautifs

Ces deux verbes sont proches par la forme, mais ils diffèrent par le sens et la construction. Dénoter est transitif direct et signifie « révéler, indiquer telle ou telle caractéristique », alors que détonner est intransitif et signifie « ne pas s’accorder avec ce qui est autour de soi, produire un contraste désagréable ». Si la faute qui consiste à employer détonner à la place de dénoter est peu fréquente, on entend malheureusement de plus en plus l’erreur inverse (sa tenue dénote au lieu de détonne), erreur qui s’explique sans doute parce qu’on associe dénote et fausse note, mais dont il convient cependant de se garder.

on dit

on ne dit pas

Ses propos détonnent en ce lieu

Ses propos dénotent en ce lieu

 

Ajoutons pour conclure que l’on se gardera également de confondre ces verbes avec le verbe détoner, qui signifie « exploser ».

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