Dire, ne pas dire

Emplois fautifs

Des bonshommes bien bonhommes

Le 04 mai 2016

Emplois fautifs

Le mot bonhomme n’a pas le même pluriel selon qu’il est nom ou adjectif. Dans le premier cas, les deux éléments qui le composent, bon et homme, portent tous deux la marque du pluriel, particularité que notre bonhomme partage avec gentilhomme, madame, mademoiselle, monsieur et monseigneur. On dira donc Deux bonshommes (bon-z-hommes) passaient sur la route. Quand bonhomme est adjectif, seul le dernier élément prend la marque du pluriel, et l’on dira donc avoir des manières bonhommes (bon-hommes). On acceptera cependant les formes bonshommes de neige et bonhommes de neige, en sachant que la première est de meilleure langue.

on dit

on ne dit pas

De gentils bonshommes

Ils ont des allures bonhommes

De gentils bonhommes

Ils ont des allures bonshommes

 

Il a été stupéfait par la nouvelle

Le 04 mai 2016

Emplois fautifs

Stupéfait et stupéfié ont le même sens. On peut ainsi dire Il a été stupéfié de l’apprendre et Il a été stupéfait de l’apprendre. Ces mots sont aussi très proches par l’étymologie : stupéfait est emprunté de stupefactus, le participe passé passif de stupefacere, « frapper de stupeur, étourdir, paralyser », alors que stupéfié est le participe passé de stupéfier, qui s’est d’abord rencontré dans la langue médicale et qui est lui aussi emprunté de stupefacere. On évitera donc, même si ce terme se rencontre chez de bons écrivains, d’employer stupéfaire, doublet inutile de stupéfier, et on n’utilisera que stupéfié comme forme de passif, stupéfait ne jouant qu’un rôle d’adjectif.

 

on dit

on ne dit pas

Il a été stupéfié par son audace

Il a été stupéfait par son audace

 

 

Il faut mieux partir

Le 04 mai 2016

Emplois fautifs

F et v sont des consonnes très proches ; ce sont l’une et l’autre des fricatives labiodentales, mais f est sourd, tandis que v est sonore. Cette proximité explique le fait que, sous l’influence d’une voyelle, f puisse se transformer en v, comme dans les couples neuf / neuve, vif / vive ou encore cerf / cervidé. Mais cette proximité peut aussi être source d’erreurs. On entend de plus en plus Il faut mieux en lieu et place d’Il vaut mieux. On rappellera que le verbe falloir indique une obligation qui n’est pas susceptible de varier en degré, et qu’il convient de distinguer Il vaut mieux écouter votre professeur (« il est préférable d’écouter votre professeur »), dans lequel l’adverbe mieux porte sur vaut, d’Il faut mieux écouter votre professeur (« il faut l’écouter plus attentivement »), dans lequel l’adverbe mieux porte non sur faut mais sur écouter.

 

on dit

on ne dit pas

Il vaut mieux ne pas rester

Il vaudrait mieux appeler un agent

Il faut mieux ne pas rester

Il faudrait mieux appeler un agent

 

 

Le livre de Antoine

Le 04 mai 2016

Emplois fautifs

Dans certaines prépositions et conjonctions de subordination, certains pronoms et certains articles, la voyelle finale s’élide quand le mot qui suit commence par une voyelle ou un h muet : un livre d’histoire, je sais qu’il viendra, il l’aime, l’orange. Ce phénomène est indépendant de la nature du mot qui suit : il convient de faire l’élision même quand ce mot est un nom propre. On dira ainsi le livre d’Antoine et non le livre de Antoine. Les quelques cas où l’usage hésite sont ceux où ledit nom propre – mais le problème est le même avec un nom commun – commence par un h dont on ne sait s’il est muet ou aspiré ; ainsi il arrive que le h initial d’un même nom soit muet en français et aspiré dans une langue étrangère. Si l’on doit dire Le cheval blanc d’Henri IV, on peut dire Les six femmes d’Henri VIII ou de Henri VIII. Et on trouve aussi, chez les meilleurs écrivains, de Hanoï et d’Hanoï, de Hitler et d’Hitler.

 

on dit

on ne dit pas

Les prouesses d’Hector

Le médecin qu’Albert a consulté

Un film d’Arnaud Desplechin

Les prouesses de Hector

Le médecin que Albert a consulté

Un film de Arnaud Desplechin

 

C’est le livre que je te parle

Le 07 avril 2016

Emplois fautifs

Le pronom relatif que a le plus souvent la fonction de complément d’objet direct : Les livres que vous m’avez offerts m’ont beaucoup plu. Mais il tend aujourd’hui, et c’est une grave faute, à se substituer au pronom relatif complément du nom ou complément indirect dont. Cette erreur est sans doute liée au fait que la conjonction de subordination homonyme que est extrêmement fréquente en français. Il convient donc de rappeler que le pronom relatif que ne doit être employé que dans les cas voulus par la grammaire.

on dit

on ne dit pas

C’est le livre dont je t’ai parlé

C’est ce dont il a envie

Ce dont les Français ont besoin

C’est le livre que je t’ai parlé

C’est ce qu’il a envie

Ce que les Français ont besoin

 

Les questionnaires doivent être répondus

Le 07 avril 2016

Emplois fautifs

Le verbe répondre connaît quelques emplois transitifs directs. Le plus souvent c’est le texte de la réponse qui est le complément d’objet : Il a répondu : « Je ne veux pas ». Cette réponse peut être au style indirect et introduite par que : Il a répondu qu’il ne voulait pas. Il existe également quelques domaines spécialisés où le complément d’objet direct peut être un nom : on disait ainsi dans la langue de la justice répondre une requête et l’on dit encore, dans le langage religieux, répondre la messe. En dehors de ces cas, le complément de répondre est construit indirectement : on répond à une question, à un interrogatoire. On évitera donc absolument la forme passive : les questionnaires doivent être répondus, (et les formulaires doivent être renseignés) qui malheureusement commence à s’entendre et à se lire, et que l’on remplacera par on doit répondre aux questions ou les questionnaires doivent être remplis.

Perd-t-il ? Vend-t-il ?

Le 07 avril 2016

Emplois fautifs

Dans les mots terminés par un d et qui se lient aux mots qui suivent, c’est-à-dire quand ceux-ci commencent par une voyelle ou un h muet, ce d se prononce « t ». On dit ainsi quan-t-il viendra ; un gran-t-homme ; c’est aussi le cas pour fond dans l’expression de fon-t-en comble. Ces mots étaient plus nombreux à l’époque de Littré qui, dans son Dictionnaire, écrit à l’article Brigand : « Le d ne se lie pas dans le parler ordinaire ; dans le parler soutenu on dit un brigan-t-armé ». On trouve les mêmes remarques aux articles Fécond (un fékon-t-écrivain) et Profond (un profon-t-archéologue). Si ces formes ne s’entendent plus guère, la prononciation en « t » de d final se maintient quand on a un verbe à la forme interrogative : Que vend-elle ? Que perd-il ? On rappellera donc que, puisque le d se prononce « t », il est interdit d’en rajouter un, comme on le voit hélas trop souvent sur les bandeaux déroulants de telle ou telle chaîne télévisée.

on écrit

on n’écrit pas

Que prend-elle ?

Qui attend-on ?

Que prend-t-elle ?

Qui attend-t-on ?

 

Une promenade en chiens de traîneau

Le 07 avril 2016

Emplois fautifs

Le développement des activités sportives et de loisir liées à la montagne ne doit pas se faire au détriment de la langue française ; or on trouve malheureusement de plus en plus d’annonces invitant à des promenades en chiens de traîneau. Il s’agit d’un raccourci hasardeux pour « des promenades en traîneau à chiens (de traîneau) », ces chiens de traîneau étant des chiens d’origine nordique, appartenant à plusieurs races et servant d’animaux de trait sur la neige et sur la glace. On évitera donc cette expression qui pourrait amener à croire que ceux qui font ces promenades les feraient juchés sur ces pauvres bêtes : on la remplacera par promenade en traîneau à chiens, expression qui suppose bien sûr que les chiens en question sont des chiens de traîneau.

Car en effet

Le 03 mars 2016

Emplois fautifs

Car et en effet, conjonction et locution de coordination, servent l’une et l’autre à introduire une proposition expliquant la proposition précédente : Il n’est pas venu car il pleuvait. Ses succès sont mérités : en effet il travaille beaucoup. Ces deux outils coordonnants ayant le même sens, il convient de ne pas les juxtaposer, mais de choisir l’un ou l’autre. Cette remarque ne vaut bien sûr plus si en effet est employé comme locution adverbiale avec son sens premier de « dans la réalité, dans les faits » : Je connais bien le problème car, en effet, j’y ai été confrontée.

on dit

on ne dit pas

Il est resté chez lui car il était malade

Il est resté chez lui car en effet il était malade

Nous devons vous remercier, en effet vous nous avez beaucoup aidés

Nous devons vous remercier car en effet vous nous avez beaucoup aidés

 

Infractus

Le 03 mars 2016

Emplois fautifs

La substitution d’infractus à infarctus est une maladie de la langue fort répandue mais dont, heureusement, on peut facilement venir à bout. Elle a plusieurs causes qui, réunies, produisent le mal. Elle est provoquée d’abord par la rareté du groupe -rct- en français, que l’on ne trouve guère que dans arctique et antarctique. Elle est également due à un effet d’analogie sonore qui pousse à rapprocher l’infarctus de l’infraction ou bien de la fracture, terme en usage dans la langue médicale. Tout cela amène à un déboîtement du r, qui abandonne sa place naturelle avant le c et vient se placer directement après le f. Pour guérir l’infractus, on fera repasser ce r après le a pour retrouver un bel infarctus, particulièrement sain d’un point de vue orthographique et étymologique, puisqu’on pourra le rapprocher du latin farcire, « farcir, remplir », le cœur se remplissant de sang lors de cet accident.

on dit

on ne dit pas

Un infarctus du myocarde

Être victime d’un infarctus

Un infractus du myocarde

Être victime d’un infractus

 

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