Dire, ne pas dire

Emplois fautifs

Dépradation

Le 01 décembre 2016

Emplois fautifs

Dans la mythologie grecque, le monstre appelé Chimère était composé de trois animaux, un  lion, une chèvre et un dragon. Nous en avons un équivalent linguistique avec le mot inventé de toutes pièces dépradation, qui semble avoir emprunté à la fois aux noms dégradation, dépravation et déprédation. Le premier, dégradation, est un synonyme de « destitution » et désigne, par extension, la détérioration de quelque objet, concret ou abstrait ; le deuxième, dépravation, désigne le fait d’inciter au mal ; quant à la déprédation, il s’agit d’un pillage accompagné de destruction. Ce dernier nom, tiré du latin praeda, « proie », a été employé pour la première fois pour évoquer les exactions des hordes vikings et semble être celui auquel on substitue le plus souvent, et à tort, le monstrueux dépradation.

 

on dit

on ne dit pas

Le monument a souffert de nombreuses dégradations

Les déprédations commises par les envahisseurs

Le monument a souffert de nombreuses dépradations

Les dépradations commises par les envahisseurs

 

Dilemne pour Dilemme

Le 01 décembre 2016

Emplois fautifs

Il existe peu de mots terminés par -emme en français. Les plus connus sont bien sûr femme et flemme, mais la prononciation atypique du premier et le caractère très familier du second les empêchent de servir de référence. Gemme, lemme et maremme appartiennent à des registres trop spécialisés pour prétendre jouer ce rôle. Sans doute est-ce pour cette raison que l’on hésite parfois sur l’orthographe du dernier, dilemme, que, par influence de l’adjectif indemne, on écrit trop souvent dilemne. On rappellera donc que la seule forme correcte est dilemme.

on écrit

on n’écrit pas

Les héros classiques sont souvent confrontés à de cruels dilemmes

Les héros classiques sont souvent confrontés à de cruels dilemnes

 

Expérience utilisateurs

Le 01 décembre 2016

Emplois fautifs

Le français est une langue analytique, c’est-à-dire qu’il utilise volontiers des tours prépositionnels, et non des formes déclinées comme cela se fait dans d’autres langues ; la multiplication des formes appositives lui est également étrangère. On s’attachera donc bien à ne garder, en ce qui concerne les appositions, que celles qui ont reçu la sanction de l’usage et qui ne présentent pas d’ambigüités. On se souviendra aussi que ce qui est susceptible d’être gagné en vitesse par l’emploi de ces tours est bien moindre que ce que l’on perd en clarté et en élégance en y ayant recours. Une locution appositive comme expérience utilisateurs, que l’on rencontre de plus en plus, jusque dans des documents administratifs, pourra être avantageusement remplacée par la locution prépositionnelle, guère plus longue en l’occurrence, l’expérience des utilisateurs.

Significatif pour Important

Le 01 décembre 2016

Emplois fautifs

 

L’adjectif significatif s’emploie pour qualifier ce qui a une signification claire et précise ce qui exprime nettement la pensée, l’intention de quelqu’un. On parle donc, par exemple, d’un geste significatif ou d’un lapsus significatif : un infléchissement significatif de la courbe du chômage. Mais on évitera d’affaiblir le sens de ce terme et de l’employer en lieu et place d’important, comme on l’entend souvent : ainsi lorsqu’on parle d’une croissance, d’une augmentation significative, on ne souligne pas son ampleur, mais le fait qu’elle est le signe, l’indice de quelque autre phénomène.

on dit

on ne dit pas

Une somme importante, un bénéfice important

Un grand intérêt

Une somme significative, un bénéfice significatif

Un intérêt significatif

 

Avoir beaucoup de choses à penser

Le 03 novembre 2016

Emplois fautifs

Le verbe penser peut avoir un complément direct et signifie alors « concevoir par la pensée » : L’architecte a pensé le bâtiment en fonction des contraintes du terrain. Il peut aussi avoir un complément indirect et signifie alors « prendre pour objet de réflexion », « avoir l’esprit occupé par quelqu’un ou quelque chose », et l’on dira par exemple penser à la vie, à l’amour, aux soucis quotidiens. Il convient de ne pas mélanger ces deux tournures, et si de nombreux points nous encombrent l’esprit, on dira Il y a beaucoup de choses auxquelles je dois penser, et non J’ai beaucoup de choses à penser, à moins, bien sûr, qu’il s’agisse d’objets qu’il faille concevoir par la pensée.

Cette nouvelle s’est avérée fausse

Le 03 novembre 2016

Emplois fautifs

Le verbe avérer signifie « reconnaître ou faire reconnaître pour vrai ». On dira ainsi, par exemple : Les faits sont avérés. Il signifie aussi « se révéler en réalité », et l’on dira alors : Il s’avéra un excellent médecin, l’enquête s’est avérée difficile. Mais on se gardera bien d’employer la forme, trop souvent entendue et qui constitue un non-sens : La nouvelle s’est avérée fausse. De la même manière, on évitera l’inutile redondance d’une forme comme Cette histoire s’est avérée vraie.

Chaque, chacun

Le 03 novembre 2016

Emplois fautifs

L’adjectif indéfini chaque a été tiré du pronom indéfini chacun, dont il est proche par le sens ; tous deux sont des distributifs, mais leur nature fait qu’ils ne se construisent pas de la même manière : chaque, qui est un déterminant, ne peut s’employer sans être suivi d’un nom, alors que chacun, qui est de nature pronominale, s’emploie seul. On veillera donc à ne pas les confondre et l’on dira Chaque volume coûte douze euros ou ces volumes coûtent douze euros chacun. On notera que chacun, contrairement à chaque, est mobile puisque l’on peut aussi dire ces volumes coûtent chacun douze euros.

on dit

on ne dit pas

Ils ont gagné une partie chacun

En boxe, les reprises durent trois minutes chacune

Ils ont gagné une partie chaque

En boxe, les reprises durent trois minutes chaque

 

Descendre en flèches

Le 03 novembre 2016

Emplois fautifs

La locution Descendre en flèches est fautive. Elle est le résultat du mélange malheureux de deux autres locutions : en flèche et descendre en flammes. La première a d’abord qualifié un mode d’attelage où les chevaux n’étaient pas de front, mais l’un dernière l’autre. Comme les flèches sont des armes de trait particulièrement rapides, en flèche a ensuite pris le sens de « rapidement » et est entré dans des tournures comme partir, repartir en flèche, monter, remonter en flèche. La seconde locution, descendre en flammes, appartient à l’origine au vocabulaire des combats aériens : descendre un avion en flammes signifiait qu’on l’avait abattu mais aussi que les tirs avaient déclenché un incendie, ce qui laissait peu d’espoir au pilote d’en réchapper. Par extension et de manière figurée, descendre en flammes signifie critiquer vertement une personne, éreinter un ouvrage, un spectacle, etc.

 

on dit

on ne dit pas

Son dernier livre a été éreinté par la critique

Le jury a descendu en flammes ce candidat

Son dernier livre a été descendu en flèches par la critique
Le jury a descendu en flèches ce candidat

 

Difficultueux

Le 06 octobre 2016

Emplois fautifs

L’adjectif difficultueux est aujourd’hui vieilli quand il sert à qualifier quelqu’un qui fait des difficultés à tout propos et sans raison, et il n’est plus en usage quand il s’applique à des choses que l’on juge compliquées à saisir, à réaliser. Si donc, par volonté d’user d’archaïsmes, on peut encore dire qu’Untel est un homme fort difficultueux ou, par métonymie, que son esprit, son caractère sont difficultueux, on évitera des tours comme Voilà un règlement bien difficultueux pour dire qu’il est mal rédigé et que l’on peine à en saisir le sens.

on dit

on ne dit pas

Un texte difficile à comprendre

Une tâche bien ardue

Un texte difficultueux

Une tâche difficultueuse

 

 

Efficient pour Efficace

Le 06 octobre 2016

Emplois fautifs

L’adjectif efficient s’est d’abord employé dans le domaine de la philosophie pour qualifier une cause qui possède en elle-même la force nécessaire pour produire son effet. On peut ainsi dire qu’un sculpteur est la cause efficiente de la statue qu’il taille. Depuis les années 1950, efficient s’est enrichi d’un sens nouveau emprunté à l’anglais, et peut ainsi s’appliquer à ce qui produit un effet par soi-même, à ce qui est réellement agissant : il peut servir par exemple à qualifier une machine ou des moyens mis en œuvre pour telle ou telle action. En revanche, on se gardera de l’employer à propos de personnes, même si l’anglais désigne par la locution efficient workman un travailleur efficace, et qu’un grand prosateur comme le général de Gaulle a pratiqué cette extension de sens dans ses Mémoires de guerre.

on dit

on ne dit pas

Une équipe efficace

Un employé compétent

Une équipe efficiente

Un employé efficient

 

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