Dire, ne pas dire

Emplois fautifs

Ombrageux, ombreux

Le 08 juillet 2015

Emplois fautifs

Ces deux adjectifs sont proches par la forme, mais n’ont pas le même sens. Ombreux est dérivé d’ombre, alors qu’ombrageux est dérivé d’ombrage. Ombrageux a d’abord qualifié un cheval qui avait peur de son ombre et que cette peur rendait agressif et impossible à dompter. Le plus célèbre fut assurément Bucéphale, qu’Alexandre le Grand monta en le mettant face au soleil. Cet adjectif s’emploie surtout aujourd’hui à propos de toute personne au caractère un peu farouche. Ombreux s’est d’abord appliqué à ce qui donnait de l’ombre, et s’emploie, par extension, pour qualifier ce qui est protégé par l’ombrage des rayons du soleil.

 

on dit

on ne dit pas

Un poulain ombrageux

De grands chênes ombreux

Des allées ombreuses (ou ombragées)

Un poulain ombreux

De grands chênes ombrageux

Des allées ombrageuses

 

Postuler à, postuler pour

Le 08 juillet 2015

Emplois fautifs

Le verbe postuler se construit intransitivement quand il appartient à la langue du droit, et signifie alors « s’occuper des actes nécessaires à l’instruction d’une affaire » : postuler devant une cour d’appel, devant un tribunal. En revanche, postuler est un verbe transitif direct dans le vocabulaire de la logique où il signifie « tenir pour acquis » : on peut ainsi dire que Lamarck postulait la transmission des caractères acquis ou que les Anciens postulaient que la terre était plate. Il en va de même dans la langue courante où ce verbe signifie « essayer d’obtenir un emploi, un état ». On ne dira donc pas plus postuler à que postuler pour.

 

on dit

on ne dit pas

Postuler un emploi de jardinier

Postuler un poste en province

Postuler à un emploi de jardinier

Postuler pour un poste en province

 

Quatre z-assiettes, Il va-t-à la pêche

Le 08 juillet 2015

Emplois fautifs

Ne pas omettre de faire les liaisons est une marque de correction et d’élégance, mais il ne faut pas que la crainte d’oublier quelqu’une d’entre elles pousse à en faire qui ne soient pas légitimes. On rappellera donc que, quand un mot se termine par une voyelle, il ne se lie pas au mot suivant. Il existe quelques cas où, pour des raisons d’euphonie, l’usage a créé des consonnes de transition. On dit, et on écrit, ainsi : manges-en, vas-y, comment va-t-elle ou, familièrement, entre quat’z-yeux. Mais, en dehors de ces cas, si la voyelle finale est un e elle s’élide devant une autre voyelle ou un h muet et, si c’en est une autre, le hiatus est maintenu.

 

on dit

on ne dit pas

J’ai lavé quatre assiettes

Il va à la pêche

J’ai lavé quatre z-assiettes

Il va-t-à la pêche

 

Septique pour Sceptique

Le 08 juillet 2015

Emplois fautifs

Ces deux adjectifs homonymes, mais non homographes, ont des sens très différents. Si ces deux mots ne prêtent guère à confusion en ce qui concerne leurs sens, il arrive trop souvent que leurs formes soient confondues et donc mal orthographiées. Septique, qui nous vient, par l’intermédiaire du latin, du grec sêptikos, « qui engendre la putréfaction », sert à qualifier ce qui provoque une infection. Cet adjectif est de la même famille qu’antisepsie ou aseptiser. Sceptique, lui, est directement emprunté du grec skeptikos, « qui observe, qui réfléchit », dans lequel on retrouve la racine *skep / skop de notre suffixe -scope, indiquant une observation (horoscope, périscope, télescope, etc.). Ainsi les philosophes de l’Antiquité dits sceptiques avaient reçu cette appellation car ils pensaient que de leurs observations ils ne pouvaient tirer de vérités définitives. Par extension cet adjectif s’emploie aujourd’hui essentiellement avec le sens de « méfiant, incrédule ».

 

on écrit

on n’écrit pas

Ses propos me laissent sceptique

Une fosse septique

Ses propos me laissent septique

Une fosse sceptique

 

Assis-toi

Le 04 juin 2015

Emplois fautifs

Est-ce parce que, comme le dit le proverbe, on ne prête qu’aux riches, que le verbe s’asseoir - un cas exceptionnel dans la grammaire puisque, ses formes étant doubles, il compte deux impératifs : assois-toi et assieds-toi - se trouve parfois gratifié d’une troisième forme, assis-toi. Assis est une forme de participe passé qui, employée seule, peut avoir une valeur d’impératif quand elle s’oppose, par exemple, à Debout ! À genoux ! Couché ! mais on n’oubliera pas que, dans ces cas, on sous-entend le verbe restez ou mettez-vous. On n’emploiera donc pas plus assis-toi que l’on emploierait couché-toi.

 

on dit

on ne dit pas

Prends une chaise et assieds-toi

 

Assois-toi près de la cheminée

Prends une chaise et assis-toi

 

Assis-toi près de la cheminée

 

Bénéficier à

Le 04 juin 2015

Emplois fautifs

Le verbe bénéficier signifie « tirer profit ou avantage de quelque chose », ce qui implique que le sujet du verbe doit être le bénéficiaire de telle mesure ou de tel avantage, et non la mesure ou l’avantage eux-mêmes. On se gardera donc de faire la faute, malheureusement largement répandue, qui consiste à construire le verbe bénéficier avec pour sujet un inanimé et pour complément un nom introduit par la préposition à, quand bien même cette construction se rencontre avec le verbe « profiter ».

on dit

on ne dit pas

Tous bénéficient de cette mesure ou Une mesure dont tous bénéficient

Un décret au bénéfice des plus démunis

Une mesure qui bénéficie à tous

 

Un décret qui bénéficie aux plus démunis

 

Ce faisant pour Se faisant

Le 04 juin 2015

Emplois fautifs

Les formes ce faisant et se faisant sont homophones mais ne sont pas homographes. Dans la première, le verbe est à la voix active et a pour complément d’objet direct le pronom démonstratif ce ; ce faisant signifie donc « en faisant cela ». Dans la seconde, le verbe est à la voix pronominale et a pour complément d’objet direct le pronom réfléchi se. Se faisant s’emploie pour indiquer qu’une action est en train de se dérouler, alors que ce faisant est une locution figée qui équivaut à « pour cette raison », le pronom ce reprenant un fait évoqué précédemment. Se souvenir de ces différences de sens permet d’éviter de confondre ces deux formes, et donc de les écrire correctement.

on écrit

on n’écrit pas

Il s’entraîne avec ardeur et, ce faisant, il obtient de bons résultats

 

La récolte se faisant à la main, il faut beaucoup de personnel

Il s’entraîne avec ardeur et, se faisant, il obtient de bons résultats

 

La récolte ce faisant à la main, il faut beaucoup de personnel

 

Pas que au sens de pas seulement, pas uniquement

Le 04 juin 2015

Emplois fautifs

Que peut être un élément de la locution restrictive ne que et il est alors synonyme de « seulement » : Il n’est pas que bête, il est méchant aussi. Mais contrairement à « seulement » ou « uniquement », on ne peut l’employer en fin de phrase avec un verbe à la forme affirmative. Si l’on peut en effet dire, et écrire, Il est charmant, mais pas uniquement, on se rappellera que la forme il est charmant, mais pas que est une grave incorrection qu’il convient de proscrire.

on dit

on ne dit pas

Il a visité l’Italie, mais pas seulement

 

Il parle allemand, mais pas uniquement

Il a visité l’Italie, mais pas que

 

Il parle allemand, mais pas que

 

 

Disgression au lieu de digression

Le 07 mai 2015

Emplois fautifs

Le préfixe dis- appartient à la langue latine et à la langue française et, dans ces deux langues, il est particulièrement productif. Le plus souvent, il conserve sa forme originale, mais il arrive, en latin, que le s de dis- s’efface quand la consonne initiale du mot auquel il se lie est une consonne sonore. C’est pour cette raison que le nom latin *disgressio, composé à l’aide de la particule dis-, qui marque la négation ou l’écart, et de gradi, « marcher, s’avancer », est devenu digressio. Dire et écrire disgression est donc une faute parfaitement explicable, d’autant plus que le s est conservé dans le nom de la même famille transgression, mais n’en reste pas moins une faute et, pour évoquer ce type de pas de côté, on veillera à n’utiliser que le substantif digression.

on dit

on ne dit pas

Se perdre dans des digressions

Si vous me permettez cette digression

Se perdre dans des disgressions

Si vous me permettez cette disgression

 

Prolixe pour prolifique

Le 07 mai 2015

Emplois fautifs

Ces deux adjectifs sont proches par la forme, mais éloignés par le sens. Comme souvent, le recours à l’étymologie peut nous aider à les distinguer. Prolifique est formé à partir du latin proles, « lignée, descendance », et facere, « faire ». Est donc prolifique une espèce qui se reproduit beaucoup et rapidement. Par extension cet adjectif peut aussi qualifier un créateur dont l’œuvre est particulièrement abondante. Prolixe, lui, est emprunté du latin prolixus, « allongé », un dérivé de liqui, « s’écouler, fondre ». Est donc prolixe celui qui dans ses paroles est abondant et, souvent, trop long et verbeux. On se gardera bien d’employer l’un pour l’autre, même si certains auteurs furent parfois aussi prolixes que prolifiques.

on dit

on ne dit pas

Bach, Hugo, Picasso furent des artistes prolifiques

Ne soyez ni trop prolixe ni trop concis

Bach, Hugo, Picasso furent des artistes prolixes

Ne soyez ni trop prolifique ni trop concis

 

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