Dire, ne pas dire

Emplois fautifs

Cotisation ou Prime d’assurance

Le 5 novembre 2020

Emplois fautifs

Prime est un mot polysémique (et encore, nous ne nous arrêterons pas ici sur la forme issue du latin primus, qui désigne la première des heures canoniales). La forme qui nous intéresse signifie « récompense », mais désigne aussi une somme que l’on verse contractuellement à une société d’assurances pour être couvert en cas de sinistre. C’est avec ce dernier sens que prime est entré dans notre langue par l’intermédiaire de l’anglais premium, et ce n’est qu’un peu plus tard que, par extension, il a pris le sens de « récompense, gratification ». Il s’agit là d’un juste retour au sens du mot latin praemium dont il est tiré. Aujourd’hui le même mot désigne donc, d’une part, ce qui est accordé à celui qui a particulièrement donné satisfaction et, d’autre part, la somme dont on doit s’acquitter pour être protégé contre tel ou tel accident. Dans ce dernier cas, prime est parfois concurrencé par cotisation : si, en ce sens, l’emploi de ce terme n’est pas incorrect, on préfèrera néanmoins utiliser cotisation pour désigner la somme versée à une association, à un organisme pour en être membre (payer sa cotisation à un syndicat, à un club sportif).

Malaise voyageur

Le 5 novembre 2020

Emplois fautifs

Mettre en apposition deux noms plutôt que d’indiquer, par une préposition, le lien qui les unit peut amener à la création de formes étranges et qui parfois pourraient prêter à sourire. On en a un exemple avec le tour malaise voyageur, employé pour signaler que la circulation de quelque transport en commun est interrompue ou ralentie parce qu’un voyageur a fait un malaise. Cet assemblage pose un problème dans la mesure où, quand le mot voyageur est placé à côté d’un nom, il prend une valeur d’adjectif, comme le prouvent des syntagmes tels que « pigeon voyageur » ou « commis voyageur ». On serait alors tenté de croire que le malaise voyageur est une forme de malaise passager, ce qui n’est bien sûr pas le cas. Ne serait-il pas plus clair, et à peine plus long, de dire que le trafic est ralenti « en raison du malaise d’un voyageur » ?

Nihil obstat au sens de Veto

Le 5 novembre 2020

Emplois fautifs

Le droit de veto est le pouvoir reconnu au chef d’un État de ne pas promulguer les lois votées par l’assemblée législative ; c’est aussi une prérogative accordée à quelques membres de certaines assemblées de s’opposer aux décisions prises à la majorité. Ainsi, la France, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, y dispose d’un droit de veto. On emploie parfois, dans la langue courante, l’ellipse veto : on dira ainsi qu’un chef d’État a mis son veto à une mesure. Par extension, et en dehors de tout cadre constitutionnel, veto est devenu synonyme de « refus, opposition catégorique ». Il ne faudrait pas que l’amour du latin amène à un fâcheux contresens, que l’on entend hélas parfois, qui pousse à remplacer veto par la locution latine de sens opposé nihil obstat, proprement « rien ne s’oppose », formule par laquelle un censeur ecclésiastique chargé de vérifier la conformité d’un ouvrage aux enseignements de l’Église atteste ne pas s’opposer à la publication de celui-ci. On peut utiliser plaisamment cette formule pour signifier qu’on ne s’oppose pas à quelque chose, mais rappelons que veto et nihil obstat sont deux tours antonymes qu’il convient de ne pas confondre.

Un virage à 360 °

Le 5 novembre 2020

Emplois fautifs

Bien souvent l’emphase est le résultat d’une crainte de ne pas réussir à donner à ses paroles ou à ses écrits toute la force expressive que l’on souhaiterait y mettre. Pour pallier ce manque, on use et abuse de termes à valeur superlative, mais il arrive que, même dans ce cas, les mots ne semblent pas suffisants. Ce que les lettres ne peuvent donner, on le demande alors aux chiffres, avec des résultats parfois surprenants. Ainsi, certains, pour évoquer des individus à l’attitude louvoyante et qui se renient, emploient une image qui emprunte à la conduite et à la géométrie, et parlent de virage à 360 °. Mais la géométrie nous enseigne qu’après avoir effectué ce type de virage, on se retrouverait à son point de départ et dans la même direction, quand celui qui, plus modestement, se contenterait d’un virage à 180 °, ferait bien ici demi-tour.

La question est répondue

Le 1 octobre 2020

Emplois fautifs

Le verbe répondre se construit ordinairement avec deux compléments, un complément direct et un complément indirect : on répond quelque chose à quelqu’un. Il peut arriver que le nom de la personne à qui l’on répond soit remplacé par des noms comme question, interrogation, etc. : Elle a bien répondu à nos questions comme Elle a bien répondu à Pierre. Ici, les noms questions et Pierre sont les complément indirects de répondre, verbe qui, dans ce cas, n’a pas de complément direct et ne peut donc se mettre à la voix passive. On évitera donc des phrases comme la question est répondue, qui, malheureusement, commencent insidieusement à se répandre.

Martyrologe

Le 1 octobre 2020

Emplois fautifs

Les noms en -loge sont peu nombreux en français. Quelques-uns, très fréquents, comme loge ou horloge, ne posent pas de problème de prononciation, mais il en est d’autres, plus rares, qui, sans doute sous l’influence des mots en -logue, sont parfois source d’erreur. C’est le cas pour martyrologe (que l’on trouve d’ailleurs parfois écrit, faussement, martyrologue). Ce nom désigne un catalogue où furent inscrits les noms des martyrs de l’Église primitive, et dans lequel on a inséré au fil du temps les noms des autres saints dont l’Église fait commémoration. On y apprend par exemple que « quarante soldats Cappadociens de Sébaste [Apollinaire évoque leur triste sort dans La Chanson du mal-aimé] du temps de l’Empereur Licinius sous le Président Agricolaüs, après avoir été chargez de chaînes & mis dans des cachots pleins d’infection, après avoir eu le visage meurtry de pierres, furent dans le temps le plus froid de l’hyver exposez tout nuds à l’air sur un étang glacé durant toute une nuit, où leurs corps transis s’en alloient par pieces » et mille autres anecdotes et faits passionnants. Il n’en reste pas moins que, conformément à l’écriture, et bien qu’il désigne une forme de catalogue, ce nom se prononce comme horloge.

Un autoroute

Le 1 octobre 2020

Emplois fautifs

Le nom autoroute nous vient de l’italien autostrada ; on l’a d’abord rencontré sous la forme, aujourd’hui obsolète, autostrade, qui était une simple transcription de l’italien, avant que le second élément, strade, qui n’avait pas d’existence autonome dans notre langue ne soit remplacé par route. Les noms italien autostrada et français autoroute sont féminins, comme le sont les éléments qui les composent, auto, forme abrégée d’automobile, et strada ou son équivalent français, route. Pourtant, on entend, ou on lit parfois, un autoroute. C’est une erreur et c’est bien une autoroute qu’il faut dire et écrire

on dit

on ne dit pas

La bande d’arrêt d’urgence d’une autoroute

Les autoroutes sont plus sûres, mais elles sont onéreuses

La bande d’arrêt d’urgence d’un autoroute

Les autoroutes sont plus sûrs, mais ils sont onéreux

Une horaire

Le 1 octobre 2020

Emplois fautifs

Le nom horaire est attesté en français depuis le xixe siècle. C’est un emprunt de l’italien orario, de même sens. Comme orario, horaire est un nom masculin. Pourtant, on commence, à tort, à faire de ce nom un féminin. Peut-être est-ce parce que ce dernier s’emploie avec l’article défini élidé, ce qui fait oublier son genre, ou parce qu’il s’emploie souvent au pluriel et que la marque de pluriel écrase celle des genres, les articles les et des étant épicènes. Peut-être est-ce aussi par analogie avec le nom féminin horloge ? Qu’importe ! La règle et l’usage veulent le masculin. 

on dit

on ne dit pas

L’horaire sera inscrit sur le tableau

Avoir des horaires irréguliers

L’horaire sera inscrite sur le tableau

Avoir des horaires irrégulières

De cela, j’en suis fier

Le 2 juillet 2020

Emplois fautifs

Le pronom en remplace un complément introduit par la préposition de : Il est amoureux de la princesse, il en est amoureux ; Il revient de la ville, il en revient ; Il a peur des serpents, il en a peur. Ce pronom en remplace un nom introduit par la préposition de. On doit alors éviter la redondance qui consisterait à reprendre par le pronom en un complément déjà introduit par cette préposition. On ne dira donc pas : de cela, j’en suis fier, mais : de cela, je suis fier ou : cela, j’en suis fier.

on dit

on ne dit pas

De cette action, il avait honte ou Cette action, il en avait honte

De ce beau jeune homme, elle s’était éprise ou Ce beau jeune homme, elle s’en était éprise

De cette action, il en avait honte


De ce beau jeune homme, elle s’en était éprise

Entendable

Le 2 juillet 2020

Emplois fautifs

Il arrive parfois en français que des adjectifs marquant la possibilité viennent de deux verbes ayant le même sens, un verbe latin et un verbe français. C’est le cas pour le couple croyable/crédible. Le premier est dérivé de croire ; le second, emprunté du latin credibilis, « que l’on peut croire », l’est de credere. On a peu ou prou le même cas avec les formes buvable, tiré de buv-, qui vient de boire, et potable, emprunté du latin potabilis, « qui peut être bu », dérivé de potare. Mais, généralement, il n’y a qu’une forme adjectivale, venant tantôt d’un verbe français, et tantôt d’un verbe latin. Ainsi, à l’idée d’« entendre » correspond l’adjectif audible, emprunté du latin chrétien audibilis, lui-même tiré de audire, « entendre ». On veillera bien à ne pas employer, en lieu et place de cet adjectif, le barbarisme entendable.

on dit

on ne dit pas

Des propos difficilement audibles

Des ultrasons audibles par les chiens

Des propos difficilement entendables

Des ultrasons entendables par les chiens

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