Dire, ne pas dire

Emplois fautifs

Au complète pour Au complet

Le 4 octobre 2018

Emplois fautifs

Quand il ne désigne pas un vêtement d’homme, le mot complet est un adjectif signifiant « à quoi il ne manque rien » et « achevé ». C’était aussi naguère un nom qui ne s’employait que dans des tours comme le complet d’un régiment, c’est-à-dire le nombre d’hommes requis pour que ce régiment soit entier. On a gardé une trace de cet emploi nominal dans la locution adjectivale au complet : un compartiment au complet, une troupe au complet. Il convient de rappeler que dans ces tours complet est un nom commun masculin singulier, comme le montre l’article contracté au et reste donc invariable. On dira donc Notre assemblée est au complet et non notre assemblée est au complète.

On dit

On ne dit pas

L’armée est au complet

Les deux équipes sont au complet

L’armée est au complète

Les deux équipes sont aux complètes

 

Préférer A que B

Le 4 octobre 2018

Emplois fautifs

Les verbes et locution verbale préférer et aimer plus que sont synonymes, mais ils ne sont pas suivis des mêmes compléments. Le verbe préférer se construit avec un complément direct et un complément indirect : Je préfère Jean à Louis, alors qu’avec la locution aimer plus que, les deux compléments sont l’un et l’autre compléments d’objet direct, celui qui est introduit par que étant le C.O.D. du verbe aimer sous-entendu : j’aime plus Jean que Louis s’analyse en effet comme j’aime plus Jean que je n’aime Louis. Ces deux tours sont corrects, mais il ne faut pas les mêler pour en faire l’étrange et fautif préférer Jean que Louis.

On dit

On ne dit pas

J’aime plus les chiens que les chats, je préfère les chiens aux chats

Je préfère les chiens que les chats

Tant qu’à présent pour Jusqu’à présent

Le 4 octobre 2018

Emplois fautifs

La locution tant que, qui avait jadis encore un sens spatial signifiant « aussi loin que » (tant que la vue peut s’étendre), ne s’emploie aujourd’hui qu’avec une valeur temporelle et signifie « aussi longtemps que » : tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir ; tant que je serai chef, les choses se passeront ainsi. Dans la langue classique, cette locution avait le sens de « jusqu’à ce que » et se construisait avec le subjonctif. On lit ainsi dans une fameuse chanson à boire du Bourgeois gentilhomme : « Sus, sus, du vin partout, versez, garçons, versez / Versez, versez, tant qu’on vous dise assez. » Mais même si tant qu’à a eu autrefois la valeur de jusqu’à, il faut veiller aujourd’hui à ne pas employer l’un pour l’autre et l’on se rappellera que tant qu’à présent est une incorrection.

Vous faîtes pour vous faites

Le 4 octobre 2018

Emplois fautifs

Les parfaits latins, à l’origine de nos passés simples, se terminaient, à la deuxième personne du pluriel, en istis : amavistis, « vous aimâtes », fecistis, « vous fîtes ». Dans le passage du latin au français, le premier s est tombé, mais il a été remplacé, comme on peut le voir, par un accent circonflexe. Ce dernier permet de distinguer, dans certains cas, des formes de présent de formes de passé simple : vous dites est un présent tandis que vous dîtes est un passé simple. Il convient de ne pas oublier cette distinction, mais aussi de ne pas ajouter cet accent circonflexe à d’autres formes où il n’a pas à se trouver, et l’on rappellera que, si l’on écrit bien vous fîtes avec un accent circonflexe, ce dernier serait incorrect dans vous faites.

On se gardera bien sûr de confondre ces formes avec le nom faîte.

On écrit

On n’écrit pas

Faites des efforts

Que faites-vous ce soir ?

Faîtes des efforts

Que faîtes-vous ce soir ?

Merci pour vos diligences

Le 6 septembre 2018

Emplois fautifs

Quand il désigne le soin scrupuleux et l’empressement mis pour exécuter une tâche, le nom diligence s’emploie au singulier. On pouvait certes le trouver jadis, au pluriel, dans la langue de la justice ; il signifiait alors « poursuite, requête ». On lisait dans les cinquième, sixième et septième éditions du Dictionnaire de l’Académie française : « Faire ses diligences contre un tiers ». Mais ce pluriel, tombé en désuétude, ne figurait plus dans la huitième édition, celle de 1935. On le rencontrait aussi parfois avec le sens de « soin vigilant, recherche exacte ». « J’ai fait diligence, toutes mes diligences pour le trouver, pour venir à bout de tel dessein », lisait-on dans la sixième édition du Dictionnaire de l’Académie française et, dans Jeannot et Colin, Voltaire fait dire à un valet : « Je vais faire mes diligences pour être payé de mes gages. » Mais aujourd’hui, ces emplois sont hors d’usage et, à moins de vouloir donner une teinte historique à ses propos, on n’emploiera diligence en ce sens qu’au singulier et on évitera le tour Merci pour vos diligences.

Selon si pour Selon que

Le 6 septembre 2018

Emplois fautifs

Selon est l’un de ces mots outils qui ont de nombreuses natures. Il peut être préposition (selon votre frère, selon lui) et il peut aussi être adverbe dans des tours comme c’est selon. Mais il est le plus souvent employé pour former la locution conjonctive selon que, qui signifie « dans la mesure où, si », et dont La Fontaine a donné un exemple fameux dans les derniers vers des Animaux malades de la peste : « Selon que vous serez puissant ou misérable / Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. » Il convient, dans cette locution conjonctive, de ne pas substituer si à que, puisque les sens de selon que et de si sont déjà proches et qu’il y aurait là une forme de pléonasme.

on dit

on ne dit pas

Selon que vous travaillerez ou non ou si vous travaillez ou non, vos résultats ne seront pas les mêmes

Selon si vous travaillez ou non, vos résultats ne seront pas les mêmes

Écoutes ! et regardes !

Le 5 juillet 2018

Emplois fautifs

Les verbes des deuxième et troisième groupes ont des formes identiques à la 2e personne du singulier (comme du pluriel) de l’indicatif et de l’impératif : tu finis/finis, tu dors/dors, tu prends/prends, et tous les verbes du premier groupe ont des formes identiques à la 2e personne du pluriel de l’indicatif et de l’impératif : vous aimez/aimez, vous mangez/mangez. Aussi arrive-t-il que, mêlant ces différentes formes, on crée, pour les verbes du premier groupe, des impératifs incorrects comme écoutes ou regardes. Des fautes facilitées par le fait que, quand ces impératifs ont comme complément les pronoms en et y, on leur adjoint un s euphonique, comme dans manges-en, restes-y. Mais quand bien même des effets d’analogie pourraient expliquer cette faute, elle n’en reste pas moins une faute, facilement évitable.

On écrit

On n’écrit pas

Regarde attentivement cette scène

Travaille avec soin

Porte cette galette à ta grand-mère, mais ne t’arrête pas en chemin

Regardes attentivement cette scène

Travailles avec soin

Portes cette galette à ta grand-mère, mais ne t’arrêtes pas en chemin

Émouler pour Émoudre

Le 5 juillet 2018

Emplois fautifs

Le verbe émoudre n’est assurément pas le plus employé de la langue française. Il est vrai que l’on n’aiguise plus guère les couteaux ou d’autres outils sur une meule et que l’on trouve peu de rémouleurs (aussi appelés autrefois émouleurs). Émoudre se rencontre aujourd’hui essentiellement au participe passé, émoulu, qui signifie, au sens propre, « affûté, fraîchement aiguisé à la meule » ; il arrivait ainsi que dans certains tournois, plutôt que d’employer, selon l’usage ordinaire, des armes émoussées et rebattues, on combatte à fer émoulu, c’est-à-dire avec des armes particulièrement affilées et tranchantes. Au sens figuré, ce même participe qualifie une personne qui est tout récemment sortie d’un établissement d’éducation. Mais on se rappellera que si le français dispose d’un couple moudre/mouler, il n’existe pas un pendant *émouler à émoudre. Employer la forme *émouler est un barbarisme dont il faut bien se garder.

S.N.C.F. pour La S.N.C.F., Crédit agricole pour Le Crédit agricole

Le 5 juillet 2018

Emplois fautifs

Les noms de marques ou d’entreprises sont essentiellement de deux catégories : des noms dépourvus de sens, soit parce que c’est celui du fondateur de l’entreprise : Renault, Peugeot, soit parce qu’il s’agit d’une création simple : Vivendi, Canon, etc. Mais il arrive aussi que le nom de l’entreprise indique son activité, ou que celui-ci en soit un élément. C’est par exemple le cas pour la Régie autonome des transports parisiens (R.A.T.P.) ou la plupart des banques, dans le nom desquelles figurent souvent des termes comme crédit, société, etc. Quand le nom de l’entreprise a pour élément principal un nom commun, donc porteur de sens, ce nom doit être précédé de l’article défini. On évitera donc des tours comme S.N.C.F. vous accueille, quand c’est La S.N.C.F. qu’il faudrait employer. Cette mauvaise habitude, fréquente en particulier dans le monde de la Bourse, doit être combattue.

Arborigène pour Aborigène

Le 7 juin 2018

Emplois fautifs

L’adjectif et nom aborigène a été emprunté, sous l’influence d’indigène, du latin aborigines, qui désignait les premiers habitants du Latium, qui y vivaient ab origine, « depuis leur origine ». Aborigène, souvent employé au pluriel, désigne les premiers habitants d’un pays, en particulier ceux de l’Australie, par opposition à ceux qui vinrent s’y établir plus tard. C’est un synonyme d’autochtone, un mot d’origine grecque signifiant proprement « issu du sol même », et d’indigène.

Mais comme les représentations que nous nous faisons de nos plus lointains ancêtres ne sont pas toujours nettes ou exactes, il arrive fréquemment qu’on se les figure vivant ou se réfugiant dans des arbres. De cette image, et par souci de cohérence avec elle, on tire parfois la forme arborigène, étonnant mélange d’aborigène et d’arboricole. Création ingénieuse, certes, mais qui n’en reste pas moins fautive.

On dit

On ne dit pas

Les aborigènes d’Australie

La faune aborigène de cette région doit être préservée

Les arborigènes d’Australie

La faune arborigène de cette région doit être préservée

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