Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Calixte F. (France)

Le 20 avril 2013

Courrier des internautes

Existe-t-il une distinction entre l’utilisation de « maman » et de « ma mère » pour parler de notre mère ?

« Aujourd’hui, maman est morte » ou « Aujourd’hui, ma mère est morte » ?

N’est-ce qu’une question d’éducation, d’époque, ou de style ?

Sinon, quel est le terme le plus approprié ?

Calixte F. (France, 20 avril)

L'Académie répond

Maman est un nom familier qui signale une proximité, presque une intimité entre celui qui parle et sa mère.

On le voit d’ailleurs bien dans L’Étranger, que vous citez. Le narrateur dit Maman quand il commence son récit, mais il est seul avec lui-même. Quand il cite le télégramme, il écrit Mère décédée et quand il demande un congé pour aller à l’enterrement, il parle de sa mère.

On évitera d’ailleurs de parler des mamans pour parler des mères de famille.

Nathalie R. (Sceau)

Le 13 avril 2013

Courrier des internautes

Partir à Jérusalem ou partir pour Jérusalem ?

Nathalie R. (Sceau, 13 avril)

L’Académie répond

Partir à a longtemps été condamné par les puristes.

Littré écrivait Il ne faut pas dire partir à la campagne, mais partir pour la campagne.

L’académicien et professeur de lettres Émile Faguet qualifiait partir à « d’affreux provincialisme de Paris ».

Abel Hermant le présentait comme un solécisme ignoble. Mais partir à, dont la construction est analogue à aller à, se trouve aujourd’hui chez les meilleurs auteurs et dans le Dictionnaire de l’Académie française.

On considère partir pour comme plus élégant et plus soutenu, mais partir à, plus familier, est également correct.

Eric T. (France)

Le 27 mars 2013

Courrier des internautes

J’utilise oralement le terme « vraisemblablement »/« vraisemblable » régulièrement, et l’ai toujours imaginé comme écrit avec deux « S ».

Aujourd’hui je l’ai employé à l’écrit, et tout naturellement j’ai mis 2 « S » pour « vraiSSemblablement ». Mon fidèle correcteur orthographique m’ayant repris, en respectant le dictionnaire de l’Académie (pour ne mettre qu’un seul « S »), j’en arrive à m’interroger sur le pourquoi de ce seul « S ». Est-ce une exception à la prononciation du S entre deux voyelles ?

Y a-t il un historique orthographique qui a mené à cette « aberration » ?

S’agit-il d’une règle qui me soit inconnue ?

Et pourquoi un terme tel que « ressemblance » ne bénéficie-t-il pas du même traitement ?

Eric T. (France, 27 mars)

L’Académie répond

Vraisemblable et ses composés ne prennent effectivement qu’un s qui néanmoins se prononce comme une consonne sourde (-ss-) : il s’agit effectivement d’une exception à la règle orthographique qui s’explique historiquement par la composition du mot.

Vraisemblable est toujours ressenti comme un composé de vrai + semblable (il a été calqué sur le latin verisimilis, de même sens). On l’écrit d’ailleurs vray-semblable ou vrai-semblable (en deux mots) jusqu’à la fin du xviie siècle, date à laquelle apparaît la soudure en un mot.

Mais les autres termes formés sur la même base -semble- prennent bien ss (entre deux voyelles) : assembler, ressembler, dissemblable. Quand la composition du mot est encore présente dans l’esprit des locuteurs, on peut donc observer des distorsions entre orthographe et prononciation : voyez, par exemple, resaler, resaluer à côté de ressentir, ressemer, ressortir. L’orthographe n’a pas été fixée avant la fin du xviie siècle, les mêmes mots pouvaient s’écrire avec un ou deux -s- selon que l’on souhaitait être proche de l’étymologie ou de la prononciation.

Pierre-Loup C. (France)

Le 14 mars 2013

Courrier des internautes

En corrigeant un texte écrit par un étranger apprenant la langue française, il m’est apparu que j’étais encore loin d’en maîtriser tous les aspects. Cette personne avait écrit : « Un de mes sites de musique préférés », ce qui ne m’a pas semblé poser de problème, jusqu’à ce qu’un compatriote me demande s’il n’était pas plus correct d’écrire : « Un de mes sites préférés de musique ». J’étais dans l’incapacité d’expliquer pourquoi la première tournure me semblait plus naturelle.

J’ai essayé d’expliquer ceci de la manière suivante : « Parmi tous les sites traitant de musique, c’est un des sites que je préfère » s’est métamorphosé en : « Parmi tous les sites de musique c’est un de mes préférés » puis en : « Un de mes sites de musique préférés ».

L’autre version séparerait les idées : « un de mes sites préférés » et « il traite de la musique ».

J’ai tenté de justifier ceci par l’exemple suivant :

« mon crayon de couleur préféré »

et « mon crayon préféré de couleur » qui me semble étrange comme tournure.

Serais-je dans l’erreur?

Existe-t-il une règle dans ce cas de figure?

Que doit-on dire?

Pierre-Loup C. (France)

L’Académie répond

Vous posez une très intéressante question. On peut écrire un de mes sites de musique préférés ou un de mes sites préférés de musique, mais on préfèrera la première manière, pour ne pas couper la locution site de musique. Dans certains cas, la locution a pris le statut de nom, et on le voit parce que l’on ne peut plus insérer d’adjectif dans cette locution : des crayons de couleur verts et non *des crayons verts de couleur, une pomme de terre pourrie et non *une pomme pourrie de terre. Parfois on doit déplacer l’adjectif pour éviter l’ambiguïté : le fils malade de mon oncle (c’est le fils qui est malade) ; le fils de mon oncle malade (c’est l’oncle qui est malade). L’accord permet aussi parfois de préciser à quel nom se rapporte l’adjectif : des animaux en porcelaine fragiles (les animaux sont fragiles) ; des animaux en porcelaine fragile (la porcelaine est fragile).

Estelle D. (Toulouse)

Le 12 mars 2013

Courrier des internautes

Bonjour, je souhaite obtenir une réponse de l’Académie quant à une formule de politesse imposée par mon employeur. De façon officielle, par courrier si cela vous est possible, pourriez-vous me confirmer ou m’infirmer que la phrase de politesse suivante est correcte : «Veuillez agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées. »

Je vous remercie par avance de votre réponse, qui me permettra d’avoir une validation ou une modification reconnue.

Estelle D. (Toulouse)

L’Académie répond

L’Académie française n’exerce aucun magistère en matière de codes sociaux : elle ne saurait en aucun cas constituer une « autorité officielle » concernant les formules de politesse. Ces dernières relèvent des usages, des bonnes manières et certains ouvrages, qui se disent spécialistes en la matière, peuvent se contredire les uns les autres. On s’accorde néanmoins pour dire que le verbe agréer peut introduire les termes d’expression ou d’assurance : veuillez agréer l’expression de mes hommages, de mes respects, l’assurance de ma considération. En revanche la forme « expression de mes salutations distinguées » est considérée comme incorrecte : on ne peut transmettre que l’expression d’un sentiment, d’une attitude (respect, hommage, etc.). On peut seulement dire « (…) agréer mes salutations » (« l’expression de mes salutations » est une sorte de non-sens).

Michel C. (France)

Le 12 mars 2013

Courrier des internautes

Je cherche à préciser le mot « once-pessade » qui, semble-t-il, mais je n’en suis pas sûr, désigne un soldat de première classe. Pouvez-vous m’aider?

Merci pour votre diligence

Michel C. (France)

L’Académie répond

Je pense que vous voulez parler du terme anspessade qui a pour variantes orthographiques ancepessade et lance-pessade.

Ce terme est tiré de l’italien lancia spezzata, composé de lancia, « lance», et de spezzata, participe passé de spezzare, « briser ».

Ce mot désigne d’abord dans l’ancienne infanterie française, un soldat ayant le premier grade de la hiérarchie militaire puis, dans l’argot de Saint-Cyr, un élève de première classe.

Séverine B. (Oullins)

Le 07 mars 2013

Courrier des internautes

Je souhaiterais savoir d’où provient et ce que signifie l’expression « Gentil n’a qu’un œil », que nous utilisons fréquemment dans ma région d’origine (Franche-Comté).

Vous remerciant par avance de votre réponse, au plaisir de vous lire,

Séverine B. (Oullins)

L’Académie répond

Cette expression signifie que les personnes qui sont trop gentilles ne sont pas capables de voir les défauts des autres. Elles ne voient que leurs qualités. Ne voyant qu’à moitié, on ne leur attribue qu’un œil.

Marcia N. (Rio de Janeiro)

Le 22 février 2013

Courrier des internautes

Nous devons dire parleurs du portugais ou plutôt locuteurs du portugais?

Marcia N. (Rio de Janeiro)

L’Académie répond

On peut dire Une personne qui parle le portugais. On peut dire aussi un locuteur portugais, mais le plus simple est d’écrire lusophone.

Voyez la définition de ce mot, telle qu’elle figure dans notre Dictionnaire :

« LUSOPHONE adj. XXe siècle. Composé de luso-, tiré du nom de la Lusitanie, et de -phone, du grec phônê, « voix », d’où « langage, langue ». Qui parle la langue portugaise ; où l’on parle le portugais. Populations lusophones. La communauté lusophone. Pays, État lusophone, où le portugais est langue officielle ou langue de communication. Le Brésil est un État lusophone. Subst. Un, une lusophone. »

J.-Michel R., St-Nazaire-les-Eymes

Le 13 février 2013

Courrier des internautes

Je m’étonne de trouver sur ce site (à propos de l’utilisation abusive du mot « blindé ») la formulation recommandée suivante : « Je n’ai plus une date de libre dans mon agenda », au lieu de « Je n’ai plus une date libre dans mon agenda » qui me semble plus correcte. Qu’en pensez-vous ?

Pourquoi entend-on souvent ajouter ce « de » qui n’apporte rien et sonne en général mal (et qui déclenchait les foudres de mes professeurs de français il y a bien longtemps) ?

J.-Michel R., St-Nazaire-les-Eymes

L’Académie répond

Méritons-nous le Pan sur le bec que s’inflige un journal satirique paraissant le mercredi quand il a été pris en faute ? Ce n’est pas sûr.

Le rôle de ce de (préposition) difficilement analysable a fait couler beaucoup d’encre. Voyez ce qu’écrit Grevisse à ce sujet :

L’adjectif et surtout le participe passé accompagnant, comme attributs du « sujet réel », il y a, il est, il reste, il se trouve, peuvent être introduits par de, notamment quand le nom sujet réel est accompagné d’une indication de quantité (article indéfini, numéral déterminant indéfini). Il y eut cent hommes DE tués (Littré). Il y eut encore quelques mots D’échangés (Stendhal).

Cette construction apparaît aussi avec c’est suivi d’un sujet annoncé par ce, puis d’un adjectif ou d’un participe, ainsi qu’avec l’attribut du complément d’objet direct notamment des verbes avoir, posséder, voir, rencontrer, connaître, remarquer, trouver, etc. ; avec l’attribut des compléments de voici et voilà avec des attributs de phrases averbales : C’était déjà un bon pas DE fait (Victor Hugo). Encore une journée DE perdue pour le travail ! (François Mauriac). Dans les cas examinés ci-dessus, le de n’est pas obligatoire : Il y eut cent hommes tués (Littré). Il n’y a eu que trois élèves admis sur dix (Académie, 8e édition). Avez-vous encore une place libre dans la malle ? (Jules Verne).

Le de est très fréquent quand l’expression comporte le pronom en : Sur cent habitants, il y en a deux DE riches (Littré). Sur dix, il n’y en avait pas un DE bon (Académie, 8e édition).

Enfin, le de est obligatoire : 1° quand l’adjectif attribut précède son sujet et que le verbe est construit avec ne... que ; 2° quand l’adjectif se rapporte à quelqu’un, quelque chose, personne, rien, à que relatif, à que, quoi interrogatifs, à ceci, cela : Il n’y a D’universel que ce qui est suffisamment grossier pour l’être (Paul Valéry). Nous n’avons DE battu que le fer de nos casques (Hugo). Il y avait ceci D’étrange dans ces négociations que les concessions successives ne rapprochaient pas de l’état de paix (André Maurois). Il y a quelqu’un DE malade. Qu’a- t-il DE remarquable ?

Cependant, avec un verbe comme trouver, le de sert à introduire l’épithète, tandis que l’attribut du complément d’objet se construit sans préposition : Il a trouvé ceci DE remarquable (= Comme chose remarquable, il a trouvé ceci). Il a trouvé ceci remarquable (= Il a trouvé que cette chose-ci est remarquable).

Vincent P., Canada

Le 11 février 2013

Courrier des internautes

Il y a de cela trois soirs, j’étais avec des amis, attablé pour le repas. En voulant faire une blague j’ai déclaré que l’antonyme du mot « atomique » était « anatomique ». Sur le coup on a tous bien ri. Cependant, j’ai continué à me questionner sur le sens réel du mot « atomique » et à me demander si il y un antonyme qui s’y associe... La définition du dictionnaire nous dit : relatif à l’atome. Ayant très peu de connaissances en physique, je reste perplexe face à cette définition.

Je reste donc avec deux questions :

1. Est-ce que le mot « atomique » peut être employé comme adjectif ?

2. Si oui, a-t-il un antonyme et quel est-il ?

J’aimerais beaucoup avoir votre point de vue sur les questions.

Vincent P., Canada

L’Académie répond

Atomique est un adjectif. Ce mot a un rapport avec anatomique, mais il n’en est pas l’antonyme. Atomique est dérivé d’atome, qui est lui-même emprunté de l’adjectif grec atomos, qui signifie

« qu’on ne peut couper, indivisible ».

Ce mot est formé du nom tomê, « coupure », et du préfixe négatif a-.

Anatomique est dérivé d’anatomie ; ce dernier est emprunté du grec anatomê, « incision, dissection » Ce mot est formé de tomê et du préfixe ana-, « de bas en haut, en arrière ».

Le mot atomique n’a pas d’antonyme, mais on peut considérer que des adjectifs comme sécable ou divisible sont des antonymes du sens originel d’atome.

Pages