L’habit vert et l’épée

Dominique Bona dans la bibliothèque de l'Institut, le jour de sa réception [photo: Michel Monsay]De l’an IV à l’an IX, à plusieurs reprises, les membres de l’Institut ont manifesté le désir d’avoir un signe distinctif : carte, médaille, insigne, habit. Ces demandes se sont produites, semble-t-il, après des incidents de séance publique ou de cérémonie officielle : question de préséance, difficulté de parvenir à la place désignée, outrages même puisque le mot a été écrit par un président. C’est après avoir reconnu la nécessité d’un signe distinctif et éprouvé l’insuffisance de la carte ou de la médaille, que l’Institut juge convenable de solliciter un costume particulier.

 

L’habit vert

Le costume, comme l’épée, est commun à tous les membres de l’Institut de France. Il est en drap bleu foncé ou noir, brodé de rameaux d’olivier vert et or, d’où son nom d’habit vert.

Un arrêté du Consulat (13 mai 1801), dans son article II, le définit comme suit : habit, gilet ou veste, culotte ou pantalon noirs, ornés de broderies en feuilles d’olivier en soie vert foncé, chapeau à la française. Il existait deux types d’habit vert. Le grand (le seul encore porté) avec des broderies « en plein » et le petit où l’on ne trouvait des broderies que sur les parements de manches et le collet.

Si Victor Hugo remplace le premier la culotte à la française avec bas de soie par le pantalon (1848), c’est le peintre Édouard Détaille qui crée la cape noire (1892). Les femmes élues (depuis 1980) à l’Académie disposent d’une grande liberté dans le choix de leur costume, l’arrêté de 1801 n’ayant pas prévu de tenue féminine.

Henri Lavedan donne le ton en expliquant le choix de la couleur : « Le rouge était d’une humeur violente et guerrière incompatible avec nos honnêtes travaux. Le bleu  ? Par galanterie anticipée, on le réservait aux dames porteuses de bas de cette même nuance, pour le jour où elles deviendraient, elles aussi, membres de l’Institut. Le blanc, si salissant, sentait d’ailleurs trop son roi. Le violet était trop d’église, l’orangé d’un vaniteux fracas et le jaune eût fait sourire. Alors ? Il ne restait donc que le vert de vraiment qualifié pour un habit qui déchaîne à la fois tant de convoitises, de dédains, de sarcasmes, d’ambitions et de rêves, le vert qui est justement la couleur de l’absinthe, de la bile et de l’espérance ... Et fallait-il, étant donné l’inévitable vert que ce fût un vert « artiste » et poétique, le vert frivole et vain de l’émeraude ou de la feuille d’eau ? ou le vert montagnard et gai du Tyrolien ? ou le vert exotique, ce vert glorieux de l’étendard du Prophète, ou celui, plein de volupté, des voiles de Scheherazade ? Non, tous ces verts là n’étaient pas pour nous. Le seul qui s’imposait, se justifiait, le seul définitif était bien celui qui sut nous échoir, le vert sérieux, le vert académique. »

De nos jours, la confection de cet habit est réalisée par des couturiers tels que Lanvin, Pierre Balmain, Pierre Cardin, Delacroix, etc. ou bien le tailleur de l’armée.

 

Lépée

epee_veil.jpgRemise à l’élu quelques jours avant sa réception, l’épée est à l’origine le signe de l’appartenance des académiciens à la Maison du roi ; son port se généralise à partir de la Restauration ; seuls les ecclésiastiques et, en principe, les femmes n’en reçoivent pas. Mme de Romilly n’en portait pas, ayant remplacé l’épée par un attribut féminin, un sac à main brodé. Mmes Hélène Carrère d’Encausse, Florence Delay, Assia Djebar, Simone Veil, Danièle Sallenave en portent une.

Traditionnellement la poignée de l’épée porte les symboles représentant la vie et l’œuvre du futur académicien. Son épée, emblème de sa personnalité, est généralement offerte au nouvel académicien par ses amis et admirateurs grâce à l’ouverture d’une souscription (Comité de l’épée), au cours d’une cérémonie qui précède la réception officielle. Elle revient à la famille lors du décès de ce dernier.

L’épée d’académicien est conçue avec beaucoup de liberté par des artistes joailliers tels que Goudji, Pascal Arthus Bertrand, Cartier, Stéphane Bondu, René Boivin, Mellerio, etc.