Dire, ne pas dire

Extensions de sens abusives

Rabattre pour Rebattre

Le 01 décembre 2016

Extensions de sens abusives

Les verbes rabattre et rebattre sont des paronymes, mais ils n’en sont pas pour autant des synonymes. Rabattre, dérivé d’abattre, signifie « ramener vers le bas, rabaisser ce qui était levé », et aussi « diriger vers un endroit donné » : on pourra ainsi dire que l’on rabat le col de son manteau, que le vent rabat la fumée, ou que le gibier est rabattu vers les chasseurs. Rebattre, dérivé de battre, signifie lui  « battre de nouveau ». On peut ainsi rebattre un tapis, rebattre des cartes, au sens propre en les mélangeant de nouveau, mais aussi, au sens figuré, lorsque l’on bouleverse les données d’une situation. Rebattre s’emploie aussi particulièrement dans le tour rebattre les oreilles à quelqu’un, c’est-à-dire, le lasser à force de lui parler toujours du même sujet, de la même histoire. On se gardera donc bien d’employer ces verbes l’un pour l’autre.

on dit

on ne dit pas

Il va encore nous rebattre les oreilles avec cette vieille anecdote

Le chat en colère rabat ses oreilles

Il va encore nous rabattre les oreilles avec cette vieille anecdote

Le chat en colère rebat ses oreilles

 

Subordination pour Subornation

Le 01 décembre 2016

Extensions de sens abusives

Les noms subornation et subordination sont proches par la forme, mais de sens fort différents. La subornation est une action qui vise à faire agir quelqu’un contre son devoir. La subordination, quant à elle, est un ordre établi entre des personnes et qui fait que les unes dépendent des autres. Par extension, il peut s’employer à propos de choses. On parlera ainsi en taxinomie de la subordination des espèces aux genres, mais ce terme s’emploie surtout en grammaire pour évoquer la dépendance d’une proposition à l’égard d’une autre. Précisons également que seul subordination possède un antonyme formé avec le préfixe négatif in-, insubordination, qui désigne le fait de refuser d’obéir à un supérieur.

on dit

on ne dit pas

Une tentative de subornation de témoins

La subordination du pouvoir exécutif au pouvoir législatif

Une tentative de subordination de témoins

La subornation du pouvoir exécutif au pouvoir législatif

 

Déficit

Le 03 novembre 2016

Extensions de sens abusives

Le nom déficit, qui nous vient du latin deficere, « faire défaut », s’emploie dans la langue des finances et de la médecine. On parlera ainsi du déficit de la balance commerciale quand le montant des importations excède celui des exportations, ou de déficit immunitaire pour évoquer la diminution ou la disparition de la résistance d’un individu face aux agressions microbiennes, virales, etc. On évitera d’étendre l’emploi de ce nom en dehors de ces domaines spécialisés, et l’on ne parlera pas plus de déficit communicationnel pour souligner un défaut de communication que l’on ne dira que telle personnalité souffre d’un déficit de popularité pour dire qu’elle est peu populaire. Le français peut rendre cette idée avec des termes comme manque, absence, déficience, etc., qu’il serait dommage de laisser inemployés.

on dit

on ne dit pas

On déplore un manque d’autorité

Il n’est pas assez populaire

On déplore un déficit d’autorité

Il souffre d’un déficit de popularité

 

Effectuer au sens de faire

Le 03 novembre 2016

Extensions de sens abusives

L’enfer est, dit-on, pavé de bonnes intentions. On le vérifie aussi dans l’usage de la langue. Nous avons tous appris à l’école que le verbe faire était un verbe fourre-tout dont il fallait se méfier comme de la peste. Notre Dictionnaire appuie cette recommandation ; on y lit en effet ceci : « Faire est employé avec excès à propos de toute activité. Il convient, chaque fois qu’on le peut, de préférer au verbe faire le verbe approprié à l’action. Ainsi, on préfèrera Construire une maison à Faire une maison, Peindre un portrait à Faire un portrait, On s’habitue à tout à On se fait à tout ». Remarques pleines de bon sens mais il convient de nuancer quelque peu ces propos en rappelant que le verbe faire entre dans un grand nombre de locutions figées, où il serait dommage et inélégant de le remplacer. Il arrive trop fréquemment que, par crainte d’employer faire, c’est effectuer qui devient, à mauvais escient, un verbe universel. Effectuer s’emploie pour parler d’une opération d’une certaine complexité ou qui peut présenter certaines difficultés : on effectue, par exemple, une manœuvre ou un calcul mathématique. Mais lorsqu’il s’agit d’actions ordinaires, on préfèrera le verbe faire. On dira donc faire un voyage, ses courses et non effectuer un voyage, ses courses, et, plutôt que de dire effectuer des travaux de jardinage, on dira faire du jardinage.

on dit

on ne dit pas

Faire des progrès

Faire du repassage

Effectuer des progrès

Effectuer du repassage

 

Confrontation au sens d’Affrontement

Le 06 octobre 2016

Extensions de sens abusives

À l’origine, le nom confrontation appartient à la langue du droit : il est tiré du latin juridique médiéval confrontatio, qui a désigné la partie limitrophe de deux propriétés (là où elles sont front à front), puis, au figuré, le rapprochement de deux choses que l’on veut comparer. Le nom confrontation désigne d’abord aujourd’hui l’action de mettre en présence des témoins pour opposer et vérifier leurs déclarations. Par extension il peut aussi s’employer pour évoquer toute comparaison minutieuse : la confrontation de deux écritures, de deux versions d’un même texte, etc. On se gardera donc bien de confondre ce nom avec affrontement, qui désigne une attaque pleine de hardiesse, et, par extension, une lutte ou une compétition. Il importe de se souvenir que la confrontation de deux armées, c’est l’étude de leurs forces et organisation respectives et non la guerre qui pourrait les opposer. Ces remarques valent aussi pour les verbes confronter et affronter : une armée en affronte une autre (et ne la confronte pas).

Encourir le risque de

Le 06 octobre 2016

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L’expression courir le risque de, que l’on fait suivre d’un infinitif, est d’emploi courant : c’est un équivalent développé du verbe simple risquer. Le verbe encourir, qui se construit avec un substantif, appartient à l’origine au domaine du droit et signifie « s’exposer à une peine, à une sanction émanant d’une autorité ». On peut, par extension, encourir une punition, une réprimande, etc. Si dans certains cas, courir le risque et encourir sont bien de sens équivalent, on évitera de mêler ces deux formes et de créer un monstrueux « encourir le risque de ».

on dit

on ne dit pas

Il risque, il court le risque de perdre

Il risque la prison

Il encourt une amende

Il encourt le risque de perdre

Il encourt le risque d’être emprisonné

Il encourt le risque d’une amende

 

Expliciter au sens d’Expliquer

Le 01 septembre 2016

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Le verbe expliciter signifie « rédiger ou énoncer de façon claire et précise ce qui était implicite » ; il s’emploie surtout dans le domaine du droit pour préciser qu’un document est rédigé sans laisser d’ambiguïtés. C’est donc une erreur que de donner à ce verbe le sens d’expliquer, ce dernier signifiant « faire comprendre, exposer avec clarté » et « faire connaître la cause, les motifs de tel ou tel fait ».

on dit

on ne dit pas

Expliquer une théorie

Expliquer le fonctionnement d’une machine

Expliquer le développement d’une épidémie

Expliciter une théorie

Expliciter le fonctionnement d’une machine

Expliciter le développement d’une épidémie

 

Présenter un examen au sens de Se présenter à un examen

Le 04 août 2016

Extensions de sens abusives

Le verbe présenter s’emploie fréquemment dans les domaines scolaires et universitaires. On peut ainsi très bien dire présenter une thèse parce que l’on expose cette thèse à un jury, mais présenter un examen est incorrect : le candidat, en effet, n’« expose » pas un examen, mais s’y soumet. On doit donc dire se présenter à un examen ou passer un examen. On rappellera que cette dernière expression ne signifie pas qu’on le passe avec succès, comme pourrait le laisser croire le faux ami anglais to pass an exam, « être reçu à un examen ».

on dit

on ne dit pas

Il s’est présenté à l’examen du barreau

Il a passé les épreuves d’admission à Polytechnique

Il a présenté l’examen du barreau

Il a présenté Polytechnique

 

Performant

Le 12 juillet 2016

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L’adjectif performant, dérivé de performance, s’emploie dans les domaines économique et technique pour qualifier des véhicules, des machines, des dispositifs dotés de capacités de fonctionnement importantes. On peut aussi l’employer pour qualifier une entreprise au rendement satisfaisant. En revanche, on se gardera d’étendre l’usage de cet adjectif à des personnes. Le français dispose de nombreux adjectifs ou locutions adjectivales, comme consciencieux, efficace, compétent, qui permettent de louer les qualités de tel ou tel employé, de tel ou tel salarié.

Philosophie au sens d’Opinion

Le 12 juillet 2016

Extensions de sens abusives

Le nom philosophie a des sens bien précis. Il convient de ne pas les affaiblir et de ne pas les étendre de manière inappropriée, comme on l’entend trop souvent, en faisant de ce mot un synonyme trop vague et quelque peu prétentieux d’idée, d’avis ou d’opinion, ou même, dans ce sens, religion.

on dit

on ne dit pas

Je n’arrive pas à cerner son opinion

A-t-il quelque avis sur la question ?

Je n’arrive pas à cerner sa philosophie

A-t-il quelque philosophie sur la question ?

 

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