Dire, ne pas dire

Extensions de sens abusives

À l’avance, par avance, d’avance, en avance

Le 07 décembre 2017

Extensions de sens abusives

La locution à l’avance, autrefois critiquée, est aujourd’hui acceptée comme synonyme de par avance et d’avance et elle se lit plus de trente fois dans le Dictionnaire de l’Académie française. On se gardera de confondre ces locutions avec en avance, qui a un sens légèrement différent et qu’on emploie pour parler d’une action qui a eu lieu avant le moment fixé ou prévu.

On dit

On ne dit pas

Je sais à l’avance, par avance, d’avance ce qu’il va faire

Il est arrivé en avance à son rendez-vous

Je sais en avance ce qu’il va faire

Il est arrivé à l’avance, par avance à son rendez-vous

Un tantinet soit peu pour Un tantinet ou Un tant soit peu

Le 07 décembre 2017

Extensions de sens abusives

Le mot tantinet se rencontre comme nom commun et a le sens de « petite quantité ». Donnez-moi un tantinet de pain, lit-on dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française. Il entre aussi dans la composition de la locution adverbiale un tantinet, « un peu » : Elle est un tantinet fâchée contre vous. La locution un tant soit peu a une valeur adverbiale et signifie « en très petite quantité, presque rien ». Rappelons que mêler ces deux expressions pour en faire le tour un tantinet soit peu est incorrect.

On dit

On ne dit pas

Il est un tantinet impatient, il est un tant soit peu impatient

Il est un tantinet soit peu impatient

Afin, à fin ou aux fins

Le 02 novembre 2017

Extensions de sens abusives

Afin entre dans la construction de la locution prépositive, suivie de l’infinitif, afin de et dans celle de la locution conjonctive, suivie du subjonctif, afin que. On emploie la première quand le sujet de l’infinitif et du verbe introducteur sont identiques : il travaille afin de progresser ; on emploie la seconde quand les sujets sont différents : tu les fais travailler afin qu’ils progressent. On ne doit pas confondre afin avec le groupe prépositionnel à fin, qui signifie « au terme » : arriver à fin de bail, à fin de contrat, ou qui indique le but, la visée et s’emploie alors essentiellement dans la langue juridique : des démarches à fin d’adoption. Il arrive aussi qu’à fin soit remplacé par aux fins. On lit par exemple dans le Dictionnaire de l’Académie française, à l’article Essai : « Prise d’essai, prélèvement opéré sur une substance, un corps aux fins d’analyse ».

Quelque, quelques, quel que

Le 02 novembre 2017

Extensions de sens abusives

Ces trois formes sont homonymes, mais elles n’ont pas la même nature et ne s’écrivent pas de la même manière. L’adverbe quelque est invariable. Il signifie « environ » quand il est placé devant un nombre : Il y a quelque trente ans que cela s’est passé ; il entre aussi dans la composition de la locution conjonctive à valeur restrictive quelque … que. Cette locution peut modifier un adjectif : Quelque courageux qu’ils soient, oseront-ils l’affronter ? ou un adverbe : Quelque adroitement que vous jouiez, vous ne gagnerez pas.

Quelque peut aussi être un adjectif indéfini. Dans ce cas, il est variable en nombre. Il peut signifier « un certain » : Il a bien quelque idée sur la question. Il peut aussi exprimer une faible quantité : J’ai éprouvé quelque peine à achever ce travail. Il est venu avec quelques amis.

On veillera bien à ne pas confondre ces formes avec l’adjectif qualificatif quel quand il est suivi de la conjonction que et signifie alors « en dépit de la nature de » et qui, lui, varie en genre et en nombre : quelles que soient les circonstances, il garde le sourire.

 

On écrit

On n’écrit pas

Encore quelque cinquante mètres et il aura gagné

Quelque méfiants qu’ils soient, ils se sont fait berner

Quels que soient ses adversaires, il les surclasse tous

Encore quelques cinquante mètres et il aura gagné

Quelques méfiants qu’ils soient, ils se sont fait berner

Quelque, quelques soient ses adversaires, il les surclasse tous

 

En mode

Le 05 octobre 2017

Extensions de sens abusives

En mode s’entend régulièrement aujourd’hui dans une langue particulièrement relâchée pour indiquer la manière dont se fait telle ou telle chose. Il s’agit d’une extension du nom masculin mode tel qu’il est employé d’abord en musique : en mode majeur, en mode mineur, puis dans des domaines techniques, en mode connecté, en mode autonome, etc., mais il s’agit d’une extension fautive. Cette locution est employée aujourd’hui soit avec le sens d’« à la manière de, comme », ou pour porter un jugement sur la manière, réelle ou supposée, dont a agi la personne qu’on évoque : Elle s’est endormie en mode tortue retournée, pour « elle s’est endormie sur le dos », Il lui a répondu en mode « cause toujours », « il a répondu en manifestant que son interlocuteur ne l’intéressait pas ». Il convient de rappeler qu’il s’agit là de tours qui sont à proscrire, même de la langue familière.

Jointer, joindre, jointoyer

Le 05 octobre 2017

Extensions de sens abusives

Le verbe jointoyer appartient à la langue de la maçonnerie et signifie « remplir les joints avec du mortier, du ciment ou du plâtre », les joints étant les espaces subsistant normalement entre deux éléments d’un mur, d’un carrelage, etc. On ne confondra pas ce verbe avec jointer, un synonyme paresseux de joindre quand il n’est pas employé en technologie avec le sens de « rapprocher et coller deux feuilles de placage dans la fabrication de panneaux de contre-plaqué ». Et on ne l’emploiera pas non plus, au participe passé, pour désigner une personne ayant fumé un « joint ».

On dit

On ne dit pas

Jointoyer un mur de briques, un pavage

Joindre des tôles avec des rivets

Jointer un mur de briques, un pavage

Jointer des tôles avec des rivets

Davantage, d'avantages

Le 07 septembre 2017

Extensions de sens abusives

Au xvie siècle, la préposition élidée d' et le nom avantage se sont agglutinés pour former l’adverbe davantage. Mais cinq siècles plus tard, le sentiment de composition est toujours très fort et bien souvent cet adverbe se rencontre sous sa forme originelle, aujourd’hui fautive, d'avantage. Cette graphie, même si elle est empreinte de bon sens, n’en reste pas moins une erreur. Peut-être, pour ne plus la commettre, faut-il en appeler aux mânes du regretté Bobby Lapointe, qui jonglait si brillamment avec ces termes dans Avanie et Framboise. Il y chantait en effet ce distique, qui mériterait de prendre place dans tous les manuels d’orthographe :

Davantage d’avantages

Avantagent davantage.

 

On écrit

On n’écrit pas

Il nous faudrait davantage de temps

Je ne l’en aime que davantage

Il nous faudrait d'avantage de temps

Je ne l’en aime que d'avantage

Décrépi, décrépit

Le 07 septembre 2017

Extensions de sens abusives

Ces deux formes sont homonymes, mais diffèrent par l’orthographe et le sens. Décrépi est le participe passé du verbe décrépir et signifie donc « dont on a retiré le crépi », le crépi étant un enduit que l’on projette sur un mur sans le lisser. Décrépit est un adjectif emprunté du latin decrepitus, « atteint de décrépitude ». L’étymologie populaire a lié artificiellement ces deux mots, en considérant que c’était avant tout l’âge et l’usure du temps qui faisait perdre aux bâtiments leur crépi et en oubliant qu’il était aussi possible de décrépir un mur pour le ravaler. On se souviendra que si décrépit peut qualifier une personne, un bâtiment ou une institution, décrépi ne s’emploie qu’au sens propre et ne s’applique qu’à des murs ou à des bâtiments.

 

On écrit

On n’écrit pas

Un vieillard décrépit

Le maçon a décrépi le mur

Un vieillard décrépi

Le maçon a décrépit le mur

En au sens de À ou Sur

Le 07 juillet 2017

Extensions de sens abusives

Certaines langues, comme le latin, le grec ancien, l’allemand ou l’anglais, sont synthétiques. Le français est plus analytique, c’est-à-dire qu’il recourt volontiers aux prépositions. Notre langue en compte une trentaine et leur emploi en est une des caractéristiques fortes. Certaines de ces prépositions sont très utilisées, comme pour, à ou de ; d’autres sont vieillies, comme ès, lez, jouxte, ou régionales, comme endéans, et s’évanouissent au profit d’autres, plus fréquentes. Il serait bon de conserver ces vestiges du passé, mais plus encore d’éviter que certaines prépositions ne deviennent hégémoniques, comme cela semble être le cas pour en. On rappellera donc que, s’il est parfaitement possible de mettre des fruits ou des livres en caisse ou en caisses, ou de faire pousser des lauriers, des orangers en caisse, c’est à la caisse que l’on passe quand il s’agit de régler ses achats. D’autre part, si certains tours un peu désuets comme en l’église, en la cathédrale sont encore en usage, on évitera les formes comme en mairie ou en préfecture.

on dit

on ne dit pas

Déposer une demande de permis de construire à la mairie

Un document à remettre à la préfecture

Déposer une demande de permis de construire en mairie

Un document à remettre en préfecture

Prémisse, prémices

Le 07 juillet 2017

Extensions de sens abusives

Prémisse et prémices : ces deux noms sont souvent confondus, ce qui n’est guère étonnant puisque nos deux homonymes sont assez rares et que leurs sens ne sont pas très éloignés, alors que des homonymes d’usage fréquent et ayant des significations vraiment différentes ne courent pas ce risque. Ainsi qui entend ou lit les vers de Corneille ne soupçonne pas notre dramaturge de pratiquer en amateur la sériciculture, ni de souffrir d’une infection intestinale, mais présume que l’on évoque son œuvre poétique. La proximité de prémisse et de prémices est plus périlleuse. Prémices, qui ne s’emploie qu’au pluriel, a d’abord désigné les premières productions de la terre ou de l’élevage que l’on offrait en sacrifice aux dieux, puis, par extension, ce nom a aussi pris le sens de « prélude, signe avant-coureur ». Quant à prémisse, qui se rencontre au singulier comme au pluriel, il appartient à la langue de la logique et désigne chacune des deux propositions d’un syllogisme d’où résulte la conclusion ; par extension, ce nom désigne aussi tout argument d’où découle une conséquence. On veillera donc bien à ne pas employer l’un pour l’autre et on rappellera que tous deux sont des féminins.

on écrit

on n’écrit pas

Offrir à Cérès les prémices d’une récolte

Ces manifestations furent les prémices de l’émeute

Une théorie fondée sur des prémisses douteuses

Offrir à Cérès les prémisses d’une récolte

Ces manifestations furent les prémisses de l’émeute

Une théorie fondée sur des prémices douteuses

 

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