Dire, ne pas dire

Extensions de sens abusives

Investir au sens d’Envahir

Le 02 février 2017

Extensions de sens abusives

Le verbe investir est emprunté de l’italien investire, « mettre en possession d’une charge », puis « attaquer », lui-même étant issu du latin investire, « garnir, entourer » et donc « assiéger », c’est-à-dire entourer étroitement comme le fait un vêtement. En français investir a conservé les sens de l’italien : on peut donc investir quelqu’un d’une dignité et, dans le domaine militaire, investir une place forte, c’est-à-dire en faire le siège. Il convient de ne pas ajouter à ce dernier sens celui de « prendre, envahir ».

on dit

on ne dit pas

Après un long siège, les assaillants ont pris la ville

Après un long siège, les assaillants ont investi la ville

 

La mémoire, le mémoire

Le 02 février 2017

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En français, il existe deux noms mémoire. Le premier et le plus courant est féminin. Il peut désigner la faculté de l’esprit de conserver et de rappeler des idées, des situations, des personnes, etc. On dira ainsi que telle personne a une bonne mémoire, une mémoire peu sure, une mémoire infidèle, etc. Il peut aussi désigner le souvenir conservé par cette faculté : un exploit digne de mémoire, voilà un fait qui restera dans les mémoires. Mais mémoire est aussi un nom masculin. Si on ne le confond guère avec le premier quand ce mot désigne un texte exposant quelque requête ou donnant des instructions, l’état des sommes dues à un artisan ou encore une dissertation sur un sujet scientifique ou littéraire (l’architecte a présenté son mémoire ; un mémoire de maîtrise), il arrive trop souvent que, au pluriel et généralement avec une majuscule, le nom mémoires, qui désigne les écrits d’une personne ayant été témoin ou acteur de la vie publique de son temps, soit considéré comme un nom féminin.

on dit

on ne dit pas

Les « Mémoires d’outre-tombe » sont merveilleusement écrits

Les Mémoires du cardinal de Retz sont pleins d’ironie

Les « Mémoires d’outre-tombe » sont merveilleusement écrites

Les Mémoires du cardinal de Retz sont pleines d’ironie

 

Basique au sens de Fondamental

Le 05 janvier 2017

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Basique au sens de Fondamental

L’adjectif basique appartient au vocabulaire de la chimie et qualifie une substance qui a les propriétés d’une base ; en minéralogie, il sert à caractériser une roche contenant au moins cinquante-cinq pour cent de silice. Il s’agit là de sens techniques et il convient de ne pas y ajouter celui de fondamental, quand bien même dans certains cas base et fondement seraient synonymes. On ajoutera que c’est aussi une faute de donner à basique le sens d’élémentaire, de primitif, et plus encore d’appliquer cet adjectif à une personne qui manquerait de finesse.

on dit

on ne dit pas

C’est un principe fondamental du droit

Il a acquis le vocabulaire de base

Il manque de nuances, de subtilité dans ses raisonnements

C’est un principe basique du droit

Il a acquis le vocabulaire basique

Il est un peu basique dans ses raisonnements

 

Incessant au sens de Prochain, immédiat

Le 05 janvier 2017

Extensions de sens abusives

Incessant au sens de Prochain, immédiat

L’adverbe incessamment a deux significations : « d’une manière incessante, sans interruption » et « sans délai, tout prochainement ». L’adjectif incessant, dont est tiré incessamment, ne signifie, lui, que « qui se poursuit sans interruption, qui se répète très fréquemment ». Il convient donc de ne pas donner à cet adjectif le sens de « proche, immédiat ».

on dit

on ne dit pas

Leur arrivée est imminente

Un départ, un embarquement immédiat

Leur arrivée est incessante

Un départ, un embarquement incessant

 

Rabattre pour Rebattre

Le 01 décembre 2016

Extensions de sens abusives

Rabattre pour Rebattre

Les verbes rabattre et rebattre sont des paronymes, mais ils n’en sont pas pour autant des synonymes. Rabattre, dérivé d’abattre, signifie « ramener vers le bas, rabaisser ce qui était levé », et aussi « diriger vers un endroit donné » : on pourra ainsi dire que l’on rabat le col de son manteau, que le vent rabat la fumée, ou que le gibier est rabattu vers les chasseurs. Rebattre, dérivé de battre, signifie lui  « battre de nouveau ». On peut ainsi rebattre un tapis, rebattre des cartes, au sens propre en les mélangeant de nouveau, mais aussi, au sens figuré, lorsque l’on bouleverse les données d’une situation. Rebattre s’emploie aussi particulièrement dans le tour rebattre les oreilles à quelqu’un, c’est-à-dire, le lasser à force de lui parler toujours du même sujet, de la même histoire. On se gardera donc bien d’employer ces verbes l’un pour l’autre.

on dit

on ne dit pas

Il va encore nous rebattre les oreilles avec cette vieille anecdote

Le chat en colère rabat ses oreilles

Il va encore nous rabattre les oreilles avec cette vieille anecdote

Le chat en colère rebat ses oreilles

 

Subordination pour Subornation

Le 01 décembre 2016

Extensions de sens abusives

Subordination pour Subornation

Les noms subornation et subordination sont proches par la forme, mais de sens fort différents. La subornation est une action qui vise à faire agir quelqu’un contre son devoir. La subordination, quant à elle, est un ordre établi entre des personnes et qui fait que les unes dépendent des autres. Par extension, il peut s’employer à propos de choses. On parlera ainsi en taxinomie de la subordination des espèces aux genres, mais ce terme s’emploie surtout en grammaire pour évoquer la dépendance d’une proposition à l’égard d’une autre. Précisons également que seul subordination possède un antonyme formé avec le préfixe négatif in-, insubordination, qui désigne le fait de refuser d’obéir à un supérieur.

on dit

on ne dit pas

Une tentative de subornation de témoins

La subordination du pouvoir exécutif au pouvoir législatif

Une tentative de subordination de témoins

La subornation du pouvoir exécutif au pouvoir législatif

 

Déficit

Le 03 novembre 2016

Extensions de sens abusives

Le nom déficit, qui nous vient du latin deficere, « faire défaut », s’emploie dans la langue des finances et de la médecine. On parlera ainsi du déficit de la balance commerciale quand le montant des importations excède celui des exportations, ou de déficit immunitaire pour évoquer la diminution ou la disparition de la résistance d’un individu face aux agressions microbiennes, virales, etc. On évitera d’étendre l’emploi de ce nom en dehors de ces domaines spécialisés, et l’on ne parlera pas plus de déficit communicationnel pour souligner un défaut de communication que l’on ne dira que telle personnalité souffre d’un déficit de popularité pour dire qu’elle est peu populaire. Le français peut rendre cette idée avec des termes comme manque, absence, déficience, etc., qu’il serait dommage de laisser inemployés.

on dit

on ne dit pas

On déplore un manque d’autorité

Il n’est pas assez populaire

On déplore un déficit d’autorité

Il souffre d’un déficit de popularité

 

Effectuer au sens de faire

Le 03 novembre 2016

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Effectuer au sens de faire

L’enfer est, dit-on, pavé de bonnes intentions. On le vérifie aussi dans l’usage de la langue. Nous avons tous appris à l’école que le verbe faire était un verbe fourre-tout dont il fallait se méfier comme de la peste. Notre Dictionnaire appuie cette recommandation ; on y lit en effet ceci : « Faire est employé avec excès à propos de toute activité. Il convient, chaque fois qu’on le peut, de préférer au verbe faire le verbe approprié à l’action. Ainsi, on préfèrera Construire une maison à Faire une maison, Peindre un portrait à Faire un portrait, On s’habitue à tout à On se fait à tout ». Remarques pleines de bon sens mais il convient de nuancer quelque peu ces propos en rappelant que le verbe faire entre dans un grand nombre de locutions figées, où il serait dommage et inélégant de le remplacer. Il arrive trop fréquemment que, par crainte d’employer faire, c’est effectuer qui devient, à mauvais escient, un verbe universel. Effectuer s’emploie pour parler d’une opération d’une certaine complexité ou qui peut présenter certaines difficultés : on effectue, par exemple, une manœuvre ou un calcul mathématique. Mais lorsqu’il s’agit d’actions ordinaires, on préfèrera le verbe faire. On dira donc faire un voyage, ses courses et non effectuer un voyage, ses courses, et, plutôt que de dire effectuer des travaux de jardinage, on dira faire du jardinage.

on dit

on ne dit pas

Faire des progrès

Faire du repassage

Effectuer des progrès

Effectuer du repassage

 

Confrontation au sens d’Affrontement

Le 06 octobre 2016

Extensions de sens abusives

À l’origine, le nom confrontation appartient à la langue du droit : il est tiré du latin juridique médiéval confrontatio, qui a désigné la partie limitrophe de deux propriétés (là où elles sont front à front), puis, au figuré, le rapprochement de deux choses que l’on veut comparer. Le nom confrontation désigne d’abord aujourd’hui l’action de mettre en présence des témoins pour opposer et vérifier leurs déclarations. Par extension il peut aussi s’employer pour évoquer toute comparaison minutieuse : la confrontation de deux écritures, de deux versions d’un même texte, etc. On se gardera donc bien de confondre ce nom avec affrontement, qui désigne une attaque pleine de hardiesse, et, par extension, une lutte ou une compétition. Il importe de se souvenir que la confrontation de deux armées, c’est l’étude de leurs forces et organisation respectives et non la guerre qui pourrait les opposer. Ces remarques valent aussi pour les verbes confronter et affronter : une armée en affronte une autre (et ne la confronte pas).

Encourir le risque de

Le 06 octobre 2016

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Encourir le risque de

L’expression courir le risque de, que l’on fait suivre d’un infinitif, est d’emploi courant : c’est un équivalent développé du verbe simple risquer. Le verbe encourir, qui se construit avec un substantif, appartient à l’origine au domaine du droit et signifie « s’exposer à une peine, à une sanction émanant d’une autorité ». On peut, par extension, encourir une punition, une réprimande, etc. Si dans certains cas, courir le risque et encourir sont bien de sens équivalent, on évitera de mêler ces deux formes et de créer un monstrueux « encourir le risque de ».

on dit

on ne dit pas

Il risque, il court le risque de perdre

Il risque la prison

Il encourt une amende

Il encourt le risque de perdre

Il encourt le risque d’être emprisonné

Il encourt le risque d’une amende

 

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