Dire, ne pas dire

Extensions de sens abusives

Mettre à jour pour Mettre au jour

Le 02 octobre 2014

Extensions de sens abusives

La locution verbale mettre à jour signifie « mettre en ordre pour n’avoir aucun retard », et peut s’employer à la forme pronominale (se mettre à jour pour son travail). Elle peut aussi s’employer au sens d’« actualiser », comme dans mettre à jour ses connaissances, mettre à jour son agenda. Cet emploi connaît aujourd’hui un regain d’usage grâce à la langue de l’informatique où se rencontre fréquemment l’expression mettre à jour un logiciel.

La locution Mettre au jour, quoique voisine de la précédente par la forme, n’a pas la même signification. Elle a d’abord le sens concret d’exhumer : elle est utilisée, par exemple, en archéologie lorsque l’on fait sortir de terre tel ou tel objet, tel ou tel monument. Par extension, on peut aussi mettre au jour un complot, un scandale, c’est-à-dire les dévoiler, les rendre publics. On se gardera bien de confondre ces deux expressions et l’on évitera également d’employer l’une pour l’autre les locutions nominales correspondantes mise à jour et mise au jour.

 

On dit

On ne dit pas

Ce règlement devrait être mis à jour

Les fouilles ont permis de mettre au

jour les murs du temple

Ce règlement devrait être mis au jour

Les fouilles ont permis de mettre à jour les murs du temple

 

Une ossature bois, des bacs acier

Le 02 octobre 2014

Extensions de sens abusives

On trouve dans la langue française d’assez nombreux groupes nominaux, le plus souvent des locutions figées, formés de deux noms dont le second est apposé au premier : on parle ainsi de crapaud accoucheur, de lit bateau, de verre cathédrale ou encore d’épeire diadème. Ceux-ci sont toutefois beaucoup moins fréquents que les tours prépositionnels parce qu’ils conviennent moins au génie de la langue française. Aussi évitera-t-on de remplacer systématiquement les constructions prépositionnelles par des constructions appositives. Si, en effet, ces dernières tournures peuvent convenir pour des petites annonces facturées en fonction du nombre de signes utilisés, il convient de ne pas en faire une mode comme cela semble parfois être le cas dans certains domaines liés, le plus souvent, à l’architecture ou à la décoration. On dira donc des lames d’acier ou en acier, et non des lames acier. On se souviendra néanmoins que cette construction est autorisée quand c’est le nom d’une couleur dont on fait l’ellipse : Une moquette gris acier ou, elliptiquement, une moquette acier.

 

On dit

On ne dit pas

Des bacs en acier, des bacs d’acier

Une ossature en bois, en métal

Une structure métallique

Des bacs acier

Une ossature bois, métal

Une structure métal

 

 

Crise

Le 09 septembre 2014

Extensions de sens abusives

Le nom crise est emprunté, par l’intermédiaire du latin crisis, du grec krisis, qui a d’abord le sens d’action ou de faculté de choisir (d’où sont tirés les autres sens d’élection, de décision judiciaire et de dénouement) et celui d’accident d’ordre médical, brusque et inattendu. En français, c’est essentiellement ce dernier sens qui est conservé, ainsi que ses emplois figurés, pour désigner un évènement soudain qui vient, comme l’altération brusque de la santé, troubler et bouleverser une situation jusqu’alors paisible. On parlera ainsi, à juste titre, de la crise financière de 1929 ou de la crise pétrolière de 1973, que l’on appelle également choc pétrolier, ce qui souligne bien son caractère ponctuel. On évitera donc d’employer crise pour parler de phénomènes durables et l’on s’efforcera de le réserver à des évènements précis et limités dans le temps.

On dit

On ne dit pas

La remise en cause, en question des institutions, de la représentativité démocratique

L’épuisement des énergies fossiles

La crise des institutions, de la représentativité démocratique
 

La crise des énergies fossiles

Historique

Le 09 septembre 2014

Extensions de sens abusives

L’adjectif historique a de nombreux sens ; il signifie « qui est relatif à l’histoire », mais aussi « qui a réellement eu lieu », par opposition à légendaire ou fictif. Il signifie encore « qui est resté dans l’histoire, célèbre, mémorable », comme dans victoire historique, discours historique, journée historique. Une fâcheuse tendance se répand actuellement qui consiste à étendre abusivement ce dernier sens, et à faire d’historique un synonyme de « sans précédent » ou d’« inégalé », ce qu’il convient d’éviter puisque le français dispose déjà de nombreux termes pour traduire cette idée.

On dit

On ne dit pas

La Bourse a atteint son plus haut niveau

Cet athlète a réussi une performance exceptionnelle

La Bourse a atteint un niveau historique

Cet athlète a réussi une performance historique

 

De par

Le 11 juillet 2014

Extensions de sens abusives

La locution prépositive de par a encore son sens premier « de la part de », « au nom de », dans des formules figées comme de par le roi, de par la loi, de par la Constitution, de par la justice. Mais, en dehors de ces cas et de la forme de par le monde, il est préférable de ne pas employer cette locution en lieu et place de formes comme par, du fait de, grâce à, étant donné, etc.

On dit

On ne dit pas

Il a réussi par son seul talent

Du fait de son expérience, il est le mieux placé pour réussir

Il a réussi de par son seul talent

De par son expérience, il est le mieux placé pour réussir

 

Frustre (mélange de fruste et de rustre)

Le 11 juillet 2014

Extensions de sens abusives

L’adjectif fruste a été emprunté de l’italien frusto, « usé ». Il s’emploie au sens propre en archéologie. On parle ainsi de « monnaie fruste » ou de « sculpture fruste » quand les reliefs de celles-ci s’estompent. En médecine fruste s’emploie pour parler d’une maladie dont les manifestations sont atténuées. La proximité de forme avec l’adjectif rustre, « grossier, brutal », fait que l’on a ajouté à fruste les sens de « rude, inculte, mal dégrossi ». Il serait bon de ne pas abuser de cette extension de sens, et on se gardera plus encore d’utiliser le barbarisme frustre, produit monstrueux de ces deux adjectifs.

On dit

On ne dit pas

Des manières un peu rustres

Un individu rustre, fruste

Des manières un peu frustres

Un individu frustre

 

Confidentiel

Le 10 juin 2014

Extensions de sens abusives

L’adjectif confidentiel signifie « qui se fait en secret » et « qui ne doit être communiqué qu’à des personnes qualifiées ». On parle ainsi d’entretien confidentiel, de dossier confidentiel. Par extension, cet adjectif peut aussi s’appliquer à une revue qui a peu de lecteurs. On parlera ainsi de revue confidentielle, tirage confidentiel, mais on évitera d’étendre ce sens à des établissements qui n’ont pas une clientèle importante.

On dit

on ne dit pas

Un restaurant peu fréquenté

Un café connu des seuls initiés

Un restaurant confidentiel

Un café confidentiel

 

Peureux

Le 10 juin 2014

Extensions de sens abusives

On rencontre depuis quelques années, dans la langue populaire, le verbe craindre, appliqué à un lieu, avec le sens d’« être dangereux ». Par une étrange inversion, le sujet de ce verbe n’est plus les personnes qui se trouvent dans un endroit où elles pourraient avoir peur pour leur sécurité, mais cet endroit lui-même. Il convient de ne pas abuser de ce tour.

Ce phénomène d’inversion s’étant étendu depuis peu, on constate l’apparition d’une même métonymie avec l’adjectif peureux, auquel on ne donne plus le sens de « qui a peur », mais de « qui provoque la peur ».

Il s’agit là d’une extension abusive qu’il convient de proscrire en rendant à ce verbe et à cet adjectif leur véritable sens, leur véritable emploi.

On dit

On ne dit pas

Ce coin est mal famé

Ce coin est peureux

 

Évident pour facile

Le 05 mai 2014

Extensions de sens abusives

L’adjectif Évident est emprunté du latin evidens, « clair, manifeste », et signifie « qui s’impose clairement à l’esprit ». On dira ainsi : Une erreur évidente ou Il est évident qu’il met de la mauvaise volonté à nous répondre. Mais il faut se garder de faire de cet adjectif un synonyme d’« aisé », « de réalisation facile ». Cela s’entend malheureusement de plus en plus souvent, surtout à la forme négative.

on dit

on ne dit pas

Trouver une boulangerie ne va pas être facile

Terminer ce rapport pour demain ne va pas être chose aisée

C’est difficile

Trouver une boulangerie ne va pas être évident

Terminer ce rapport pour demain ne va pas être évident

Ce n’est pas évident

 

Promettre au sens d’assurer

Le 05 mai 2014

Extensions de sens abusives

Le verbe Promettre suppose un engagement pour l’avenir. Il peut se construire avec un infinitif à valeur de futur : Je vous promets de venir, une complétive au futur, ou au conditionnel si le verbe introducteur est au passé : Tu promets que tu ne le feras plus, il a promis qu’il laverait la vaisselle, ou un complément d’objet : Nous vous promettons une forte récompense si vous réussissez. On ne peut, en revanche, le faire suivre d’un présent ou d’un passé. Si on doit garantir la véracité d’un fait présent ou passé, on utilisera des verbes comme assurer, certifier. On ne dira donc pas Je vous promets que ce que vous venez de lire est correct, mais Je vous garantis que ce que vous venez de lire est correct.

on dit

on ne dit pas

Je vous assure qu’il est là

Je vous certifie que cela s’est passé ainsi

Je vous promets qu’il est là

Je vous promets que cela s’est passé ainsi

 

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