Dire, ne pas dire

Extensions de sens abusives

Compliqué pour difficile

Le 05 mars 2015

Extensions de sens abusives

L’emphase est produite par une volonté d’exagération, mais aussi par un manque de confiance dans les mots. Il semble ainsi que difficile ne soit plus guère employé, comme si ce qui n’était que difficile paraissait trop simple pour être digne d’attention, et cet adjectif se voit bien souvent remplacé, à tort, par compliqué, voire par complexe. Il conviendrait pourtant de redonner aux mots leur véritable sens plutôt que de les affaiblir en les employant à tort et à travers, et de réserver l’hyperbole à quelque tournure plaisante.

on dit

on ne dit pas

Les retours de vacances s’annoncent difficiles

Il va être difficile de skier si la neige n’est pas au rendez-vous

Les retours de vacances s’annoncent complexes

Il va être compliqué de skier si la neige n’est pas au rendez-vous

 

Positionner pour placer

Le 05 mars 2015

Extensions de sens abusives

Le verbe positionner s’emploie dans des domaines précis, en particulier technique (positionner une balise) et militaire (positionner des troupes). On ne doit pas l’étendre à la langue courante pour donner à ses paroles un vernis d’érudition ou parce que l’on croit, ce faisant, être plus précis. On évitera particulièrement de l’employer en lieu et place des verbes situer ou placer. On se gardera également d’user de la forme pronominale, se positionner, que l’on rencontre de plus en plus au sens de « prendre position sur tel ou tel sujet ». Ces remarques valent tout aussi bien pour le substantif dérivé positionnement.

on dit

on ne dit pas

La maison est située en bordure de forêt

Je ne sais quel parti prendre, comment me situer dans cette affaire

La maison est positionnée en bordure de forêt

Je ne sais comment me positionner dans cette affaire

 

Accidentologie

Le 05 février 2015

Extensions de sens abusives

Le nom accidentologie est formé à l’aide d’accident et du très productif suffixe -logie, tiré du grec logos, désignant une étude, une science. L’accidentologie est l’étude, dans ses différents aspects, des accidents de la circulation. On ne doit donc pas donner à ce nom le sens restreint de « statistiques concernant les accidents ». On évitera également la tendance actuelle qui consiste à en faire un synonyme pompeux d’« accident ».

 

on dit

on ne dit pas

Il y a de nombreux accidents sur cette route

Les statistiques de cette région en matière d’accidents sont mauvaises

Il y a une forte accidentologie sur cette route

L’accidentologie de cette région est mauvaise

 

Classifier pour classer

Le 05 février 2015

Extensions de sens abusives

Classifier est attesté en français depuis le xvie siècle et signifie « classer méthodiquement ». Il s’emploie naturellement dans la taxinomie animale et végétale. On ne doit pas en faire un synonyme, qui semblerait plus savant, de classer et il est préférable de le réserver au domaine des sciences. Si donc on classifie des animaux et des végétaux, on se rappellera que, s’agissant de livres, de documents, etc., on emploiera des formes comme classer ou ranger.

 

on dit

on ne dit pas

Classer des fiches, des factures

Classifier des fiches, des factures

 

Contact, contacter

Le 08 janvier 2015

Extensions de sens abusives

Le nom contact désigne la relation, la liaison qui s’établit entre deux personnes. On entre en contact avec quelqu’un, on prend contact avec lui. Par métonymie contact peut désigner la personne avec qui il convient d’entrer en relation : voici l’adresse de votre contact à Istanbul. Mais on se gardera bien de faire de contact un synonyme d’entretien ou de discussion. L’usage de son dérivé contacter, « entrer en liaison avec une personne ou une organisation », est plus restreint et ce terme doit être réservé au langage du commerce international, du renseignement ou de la clandestinité.

 

On dit

On ne dit pas

Les deux ministres ont eu de longs entretiens téléphoniques

Prenez contact, mettez-vous en rapport avec votre médecin dès que possible

Les deux ministres ont eu de longs contacts téléphoniques

Contactez votre médecin dès que possible

 

Tout à fait

Le 08 janvier 2015

Extensions de sens abusives

La locution adverbiale tout à fait signifie « entièrement ». On peut donc l’employer dans des expressions comme : L’ouvrage est tout à fait terminé ou Elle est tout à fait guérie. Mais il faut s’appliquer à ne pas en faire un synonyme un peu pompeux de Oui. On ne répondra pas Tout à fait à la question Viendrez-vous avec nous demain ?  un oui, agrémenté éventuellement d’un volontiers, avec plaisir, devrait suffire à renseigner les questionneurs.

 

On dit

On ne dit pas

Un verre de vin ? Avec plaisir

Pouvez-vous me donner l’heure ? Oui

Le patient est-il mort ? Hélas, oui

Un verre de vin ? Tout à fait

Pouvez-vous me donner l’heure ? Tout à fait

Le patient est-il mort ? Tout à fait

 

C’est culte

Le 04 décembre 2014

Extensions de sens abusives

C’est culte

Le nom culte a d’abord désigné un hommage que l’on rend au divin par des rituels religieux et la piété qu’on manifeste à l’égard du sacré. Il a ensuite désigné l’ensemble des cérémonies et des rites établis par une religion et, par affaiblissement, la vénération presque sacrée pour quelqu’un ou pour quelque chose. Il s’emploie désormais en apposition pour montrer que telle personne, tel spectacle ou tel objet a des zélateurs qui lui vouent une admiration presque religieuse parce que, pense-t-on, il constitue une référence qu’on ne saurait ignorer. On parle ainsi d’auteur culte, de livre culte, de films culte. Si ce type de construction, qui relève le plus souvent de l’emphase, est accepté, on se gardera bien de faire de culte un attribut dans des expressions comme c’est culte, cette émission est devenue culte. L’hyperbole peut facilement être exprimée en français sans qu’il soit besoin de recourir à ce type de barbarisme.

On dit

On ne dit pas

C’est la référence

C’est ce qui se fait de mieux dans ce domaine

Il est la perfection incarnée

C’est culte

C’est culte

 

Il est culte

 

Motivé pour enthousiaste

Le 04 décembre 2014

Extensions de sens abusives

L’adjectif motivé a d’abord été employé en droit pour signifier « dont on donne les motifs ; justifié ». Il a connu ensuite une grande fortune dans la langue de la psychopédagogie et dans le monde du travail avec le sens de « qui a des motivations, qui est prêt à faire les efforts nécessaires pour réussir ». On se gardera de confondre cet adjectif avec enthousiaste, « qui a un goût très vif, qui est plein d’ardeur », dont le sens et la construction sont différents.

 

Domestique pour Intérieur

Le 06 novembre 2014

Extensions de sens abusives

L’adjectif français domestique vient du latin domesticus, adjectif correspondant au nom domus, qui désigne la maison. En latin comme en français, ces adjectifs qualifient ce qui a trait à la maison, à la vie de la maison, comme dans les locutions affaires, travaux domestiques ou économie domestique. Si l’anglais domestic a également ce sens, il en a un second, qui en est l’extension, et qui correspond sans doute à une vision plus large de l’habitat : il qualifie tout ce qui concerne un pays, un territoire délimité à l’intérieur de ses frontières, le pays étant en quelque sorte l’échelon supérieur à la maison. Mais le français possède plusieurs adjectifs, national, intérieur en particulier, qui pourront être employés en lieu et place de cet anglicisme inutile. Ne nous en privons pas.

On dit

On ne dit pas

Un vol intérieur, national

Transport intérieur de marchandises

Le commerce intérieur progresse

Le produit intérieur brut

Un vol domestique

Transport domestique de marchandises

Le commerce domestique progresse

Le produit domestique brut

 

Trafic pour Circulation

Le 06 novembre 2014

Extensions de sens abusives

Le nom trafic est d’abord, en moyen français et jusqu’au xviie siècle, un synonyme de « négoce ». Il s’est ensuite spécialisé pour désigner un commerce illicite et c’est ce sens qu’il revêt principalement en français moderne : on a parlé de trafic d’indulgences, on parle de trafic d’armes, d’esclaves, de stupéfiants. Il désigne aussi le fait de monnayer un bien moral surtout dans la locution trafic d’influence. Le second sens que nous lui connaissons, celui de mouvement, de flux de véhicules, est plus tardif (il apparaît au milieu du xixe siècle) et vient de l’anglais traffic, qui l’avait lui-même emprunté au moyen français par une sorte de métonymie, le commerce impliquant un mouvement, un va-et-vient entre argent et marchandises. On parle donc de trafic ferroviaire, maritime, aérien, etc. Mais traffic en anglais désigne aussi une circulation intense d’automobiles : le recours à cet anglicisme dans ce cas précis est à proscrire.

On dit

On ne dit pas

Il y a beaucoup de circulation, une circulation dense, importante, sur l’autoroute

Être bloqué dans les embouteillages

Il y a du trafic sur l’autoroute

 

Être bloqué dans le trafic

 

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