Dire, ne pas dire

Extensions de sens abusives

Agoniser d’injures

Le 07 janvier 2016

Extensions de sens abusives

Les langues sont redevables à l’analogie. C’est à ce phénomène que nous devons de nombreuses simplifications ; ainsi disons-nous, à la 1re personne de l’indicatif présent des verbes aider et peser, « aide » et « pèse », et non plus, comme en ancien français, « aiu » et « pois ». Mais ce phénomène est aussi à la source de bien des fautes, parmi lesquelles faisez ou disez. Il peut aussi amener des confusions : les verbes agonir, « accabler », et agoniser, « lutter contre sa fin toute proche », font à l’indicatif présent au pluriel agonisons, agonisez et agonisent, ce qui amène certains à confondre leur infinitif et leur 3e personne du singulier et à utiliser agoniser ou agonise quand c’est agonir ou agonit qu’il faudrait employer. Il s’agit d’une faute grossière dont il faut absolument se garder.

on dit

on ne dit pas

Ils m’ont agoni d’injures

Ils m’ont agonisé d’injures

 

Sanctionner

Le 07 janvier 2016

Extensions de sens abusives

Le verbe sanctionner s’emploie en droit constitutionnel et signifie, s’agissant du souverain d’une monarchie constitutionnelle, « donner son approbation à une loi pour la rendre exécutoire ». Par extension, il s’utilise aussi au sens de « valider, entériner » : Trois années d’études sanctionnées par une licence. Il signifie enfin couramment « punir une faute ». C’est en effet bien la faute qui est sanctionnée et l’on se gardera d’employer ce verbe avec le nom du coupable comme complément d’objet direct. Pour ce dernier on aura recours à des verbes comme châtier, punir, etc.

On dit

on ne dit pas

Sanctionner un délit
L’arbitre a sanctionné l’en-avant

Le coupable a été puni

Sanctionner l’auteur d’un délit
L’arbitre a sanctionné le joueur qui a commis un en-avant
Le coupable a été sanctionné

 

Focus

Le 04 décembre 2015

Extensions de sens abusives

Le nom focus appartient au vocabulaire de l’optique depuis le xviie siècle et a désigné, conformément à l’étymologie, le foyer d’une lentille ou d’un miroir, le latin focus signifiant en effet « feu », puis « foyer ». Par extension focus désigne également aujourd’hui, toujours dans la langue de l’optique, et par l’intermédiaire de l’anglais to focus, « mettre au point », le système de mise au point d’un appareil photo (dans ce sens, on parle aussi de longueur focale). On évitera d’étendre ses sens au-delà de son domaine d’origine et de l’employer figurément pour désigner, de manière un peu vague, un gros plan ou un centre d’intérêt.

on dit

on ne dit pas

Faire un gros plan sur un sujet

Nous allons mettre ce point en lumière

Faire un focus sur un sujet

Nous allons mettre le focus sur ce point

 

Littéralement

Le 04 décembre 2015

Extensions de sens abusives

L’adverbe littéralement signifie « conformément à la lettre ». Il a d’abord été employé dans des tournures verbales comme copier littéralement, citer littéralement. Il a ensuite été utilisé pour modifier des adjectifs et signifier que leur sens était à prendre au pied de la lettre : Il a été, littéralement, estomaqué. Il est préférable de ne pas ajouter à ces sens celui de « très » ou de quelque autre forme à valeur superlative, et l’on évitera donc des formes emphatiques comme Je suis littéralement mort de fatigue.

Assertif au sens d’Assuré

Le 05 novembre 2015

Extensions de sens abusives

L’adjectif assertif appartient au domaine de la logique et de la linguistique ; il signifie dans un cas « qui exprime une vérité de fait », (un jugement assertif) et dans l’autre « qui exprime une assertion », (une proposition assertive). On se gardera bien d’ajouter à ces sens ceux de « péremptoire, cassant » ou d’« assuré », qu’il n’a pas, mais qui sont des emprunts fautifs à l’anglais assertive.

On dit

On ne dit pas

Parler d’un ton péremptoire

Avoir un caractère très affirmé

Parler d’un ton assertif

Avoir un caractère très assertif

Faire au sens de Visiter

Le 05 novembre 2015

Extensions de sens abusives

Le verbe faire est victime de sa plasticité. Il tend à devenir un verbe passe-partout. L’employer ainsi amène à se priver de formes aux sens beaucoup plus restreints, mais aussi beaucoup plus précis, et à user d’une langue dont on semble s’appliquer à gommer toutes les nuances. Parmi les verbes qui disparaissent au profit de faire, il y a visiter : Nous avons fait le Mexique cet été. Est-ce à cause de la polysémie flatteuse de ce verbe qui nous élève du rang de touriste à celui d’architecte, voire de bâtisseur que cette substitution a autant de succès ? Ou est-ce parce le voyage devient aujourd’hui une forme d’obligation sociale, dont on ne s’acquitterait plus par plaisir, mais pour tenir un rang, et parce que, après tout, ce qui est fait n’est plus à faire ? C’est sans doute ce qui explique qu’on ne se contente pas de « faire », on indique une vitesse, on « fait » dans un temps donné : les châteaux de la Loire en trois jours et l’Espagne en deux semaines. On rappellera donc que si le proverbe dit que Rome ne s’est pas faite en un jour, c’est par allusion à la lente extension de cette ville et non au commentaire de quelque touriste qui aurait eu besoin de plus de vingt-quatre heures pour visiter la Ville éternelle.

Attardé au sens de retardataire

Le 01 octobre 2015

Extensions de sens abusives

Attardé peut être adjectif : il qualifie alors quelqu’un qui se trouve à une heure tardive en quelque endroit (Des passants attardés se hâtaient de rentrer) ou, figurément, ce qui est d’un autre temps, qui est démodé (Des conceptions attardées). Employé comme nom, il prend un sens différent et désigne une personne dont le développement intellectuel a été entravé. On se gardera donc bien de le confondre, en ce sens et dans la langue du sport, avec des mots ou expressions comme retardataire, qui a pris du retard, etc.

On dit

On ne dit pas

Le peloton des retardataires

Le retour des coureurs qui avaient été distancés

Le peloton des attardés

Le retour des attardés

 
 

Urgence au sens d’imminence

Le 01 octobre 2015

Extensions de sens abusives

Les mots urgence et urgent s’emploient pour évoquer ce qui requiert une action, une décision très rapide : on parlera par exemple de l’urgence d’une mesure, d’une intervention. On se gardera donc bien de les confondre avec les mots imminence et imminent, qui servent à évoquer ce qui menace de survenir très prochainement. On ne parlera donc pas, comme le faisait il y a peu une chaîne d’informations en continu, de « l’urgence du réchauffement climatique », mais bien de « l’imminence du réchauffement climatique ».

On dit

On ne dit pas

L’imminence d’une guerre, d’une crise

La catastrophe est imminente

L’urgence d’une guerre, d’une crise

La catastrophe est urgente

 

Adversité

Le 07 septembre 2015

Extensions de sens abusives

Les noms adversaire et adversité ont la même origine, le latin advertere, « tourner vers ou contre », mais leur sens différent grandement. Adversité désigne le sort contraire, la fortune adverse et, par extension, les malheurs provoqués par cette mauvaise fortune. L’adversaire est la personne opposée à une autre dans un procès, une lutte, une compétition. Il convient de ne pas confondre ces deux termes et de faire d’adversité une forme de singulier collectif qui désignerait l’ensemble des adversaires.

on dit

on ne dit pas

Nous n’avons pas pu mettre notre jeu en place, les adversaires étaient trop forts

Affronter des adversaires redoutables

Nous n’avons pas pu mettre notre jeu en place, l’adversité était trop forte

Affronter une adversité redoutable

 

Solutions alternatives

Le 07 septembre 2015

Extensions de sens abusives

L’adjectif alternatif signifie « qui se produit selon une alternance » ; on parlera ainsi de feux de circulation alternatifs ou de présidence alternative. Il se dit encore de ce qui a lieu régulièrement dans un sens puis dans un autre : c’est le sens qu’a cet adjectif dans les expressions courant alternatif et mouvement alternatif des marées. Il signifie enfin « qui présente un choix entre deux possibilités ». Ce dernier sens se rencontre surtout en logique dans la locution proposition alternative, proposition énonçant deux assertions qui s’excluent mutuellement (« Il faut vivre en ermite ou accepter les autres »). On se gardera bien d’étendre ce dernier sens et de faire d’alternatif un synonyme aux allures pompeuses de l’adjectif autre ou de la locution adjectivale de remplacement. Quant à l’alternative, ce peut être la succession de deux états différents revenant tour à tour : Des alternatives de pluie et de soleil, mais ce nom ne désigne pas la clé d’un problème : Il n’y a qu’une alternative ne signifie pas que seule une solution s’offre à nous, mais que nous ne pouvons choisir qu’entre deux possibilités.

on dit

on ne dit pas

Il n’y a pas d’autre plan

Une solution de remplacement

Y a-t-il une autre possibilité ?

Il n’y a pas de plan alternatif

Une solution alternative

Y a-t-il une autre alternative ?

 

Pages