Dire, ne pas dire

Extensions de sens abusives

Compréhensible au sens de Compréhensif

Le 06 avril 2017

Extensions de sens abusives

Les adjectifs compréhensif et compréhensible sont attestés depuis plusieurs siècles dans notre langue ; l’un et l’autre viennent du latin, le premier de comprehensivus, « qui comprend, qui contient », le second de comprehensibilis, « qui peut être saisi, concevable, compréhensible », deux formes qui dérivent de comprehendere, « saisir ensemble », puis « saisir par la pensée, comprendre ». En français compréhensible signifie « qui peut être compris », et compréhensif « qui a la faculté de saisir par l’esprit » (une intelligence compréhensive), puis « qui juge avec indulgence ». Ces deux termes ne sont donc pas synonymes et un texte où l’on emploierait l’un pour l’autre serait bien peu compréhensible.

 

on dit

on ne dit pas

Un message difficilement compréhensible

Il a la chance d’avoir des parents très compréhensifs

Un message difficilement compréhensif

Il a la chance d’avoir des parents très compréhensibles

 

Tant bien même

Le 06 avril 2017

Extensions de sens abusives

Nous sommes généralement beaucoup plus en contact avec les mots et expressions de manière orale que de manière visuelle ; il résulte de ce fait que des locuteurs hésitent ou se trompent quand il s’agit d’employer des formes qu’ils ont entendues, mais qu’ils n’ont jamais ou presque jamais vues écrites. Certains humoristes ont joué de ces confusions, en employant, par exemple, Ni des lèvres ni des dents, quand c’était Ni d’Ève ni d’Adam qui était attendu. Le problème ne reste pas qu’oral puisque, rapidement, ce qui est mal entendu et mal compris sera mal écrit. Nous en avons un exemple avec la forme tant bien même que l’on commence à entendre et à lire en lieu et place de quand bien même. Rappelons donc que seule cette dernière est correcte et que tant bien même doit être proscrit.

 

on dit

on ne dit pas

Quand bien même il réussirait, nous ne saurions l’approuver

Il agira ainsi quand bien même vous ne le voudriez pas

Tant bien même il réussirait, nous ne saurions l’approuver

Il agira ainsi tant bien même vous ne le voudriez pas

A minima au sens d’Au moins

Le 02 mars 2017

Extensions de sens abusives

La locution a minima s’emploie dans le domaine du droit, et se rencontre dans l’expression appel a minima, qui signifie que le ministère public fait appel pour augmenter une peine qu’il juge en inadéquation avec la faute commise. Cette locution, tirée du latin juridique a minima poena, « à partir de la plus petite peine », appartient donc à une langue spécialisée et ne doit être employée que dans ce cadre. On ne doit pas en faire un synonyme de tours comme au moins ou au minimum.

 

on dit

on ne dit pas

Sa copie mérite au minimum 17/20

Il devrait obtenir au moins la médaille de bronze

À tout le moins, il pourrait se sentir gêné

Sa copie mérite a minima 17/20

Il devrait obtenir a minima la médaille de bronze

A minima, il pourrait se sentir gêné

 

Sinon au sens de Par ailleurs, d’autre part

Le 02 mars 2017

Extensions de sens abusives

La conjonction sinon signifie « si ce n’est » : je ne sais rien, sinon qu’il est venu ; tous l’aimaient, sinon comme un frère, au moins comme un ami. Elle peut aussi signifier « sans quoi, faute de quoi » : travaillez avec constance et application, sinon vous n’obtiendrez que de médiocres résultats. On ne doit pas ajouter à ces sens celui de « par ailleurs, d’autre part ». On ne dira donc pas, ce que l’on entend hélas trop souvent, il a un bel appartement à Paris, sinon il a aussi une maison en Vendée ; toute sa famille va bien, et, sinon, sa sœur vient de se marier.

 

on dit

on ne dit pas

Il marche beaucoup et, par ailleurs, il nage régulièrement

Quant à toi, comment te portes-tu ?

Il marche beaucoup et, sinon, il nage régulièrement.

Et sinon, toi, ça va ?

 

Investir au sens d’Envahir

Le 02 février 2017

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Le verbe investir est emprunté de l’italien investire, « mettre en possession d’une charge », puis « attaquer », lui-même étant issu du latin investire, « garnir, entourer » et donc « assiéger », c’est-à-dire entourer étroitement comme le fait un vêtement. En français investir a conservé les sens de l’italien : on peut donc investir quelqu’un d’une dignité et, dans le domaine militaire, investir une place forte, c’est-à-dire en faire le siège. Il convient de ne pas ajouter à ce dernier sens celui de « prendre, envahir ».

on dit

on ne dit pas

Après un long siège, les assaillants ont pris la ville

Après un long siège, les assaillants ont investi la ville

 

La mémoire, le mémoire

Le 02 février 2017

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En français, il existe deux noms mémoire. Le premier et le plus courant est féminin. Il peut désigner la faculté de l’esprit de conserver et de rappeler des idées, des situations, des personnes, etc. On dira ainsi que telle personne a une bonne mémoire, une mémoire peu sure, une mémoire infidèle, etc. Il peut aussi désigner le souvenir conservé par cette faculté : un exploit digne de mémoire, voilà un fait qui restera dans les mémoires. Mais mémoire est aussi un nom masculin. Si on ne le confond guère avec le premier quand ce mot désigne un texte exposant quelque requête ou donnant des instructions, l’état des sommes dues à un artisan ou encore une dissertation sur un sujet scientifique ou littéraire (l’architecte a présenté son mémoire ; un mémoire de maîtrise), il arrive trop souvent que, au pluriel et généralement avec une majuscule, le nom mémoires, qui désigne les écrits d’une personne ayant été témoin ou acteur de la vie publique de son temps, soit considéré comme un nom féminin.

on dit

on ne dit pas

Les « Mémoires d’outre-tombe » sont merveilleusement écrits

Les Mémoires du cardinal de Retz sont pleins d’ironie

Les « Mémoires d’outre-tombe » sont merveilleusement écrites

Les Mémoires du cardinal de Retz sont pleines d’ironie

 

Basique au sens de Fondamental

Le 05 janvier 2017

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Basique au sens de Fondamental

L’adjectif basique appartient au vocabulaire de la chimie et qualifie une substance qui a les propriétés d’une base ; en minéralogie, il sert à caractériser une roche contenant au moins cinquante-cinq pour cent de silice. Il s’agit là de sens techniques et il convient de ne pas y ajouter celui de fondamental, quand bien même dans certains cas base et fondement seraient synonymes. On ajoutera que c’est aussi une faute de donner à basique le sens d’élémentaire, de primitif, et plus encore d’appliquer cet adjectif à une personne qui manquerait de finesse.

on dit

on ne dit pas

C’est un principe fondamental du droit

Il a acquis le vocabulaire de base

Il manque de nuances, de subtilité dans ses raisonnements

C’est un principe basique du droit

Il a acquis le vocabulaire basique

Il est un peu basique dans ses raisonnements

 

Incessant au sens de Prochain, immédiat

Le 05 janvier 2017

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Incessant au sens de Prochain, immédiat

L’adverbe incessamment a deux significations : « d’une manière incessante, sans interruption » et « sans délai, tout prochainement ». L’adjectif incessant, dont est tiré incessamment, ne signifie, lui, que « qui se poursuit sans interruption, qui se répète très fréquemment ». Il convient donc de ne pas donner à cet adjectif le sens de « proche, immédiat ».

on dit

on ne dit pas

Leur arrivée est imminente

Un départ, un embarquement immédiat

Leur arrivée est incessante

Un départ, un embarquement incessant

 

Rabattre pour Rebattre

Le 01 décembre 2016

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Rabattre pour Rebattre

Les verbes rabattre et rebattre sont des paronymes, mais ils n’en sont pas pour autant des synonymes. Rabattre, dérivé d’abattre, signifie « ramener vers le bas, rabaisser ce qui était levé », et aussi « diriger vers un endroit donné » : on pourra ainsi dire que l’on rabat le col de son manteau, que le vent rabat la fumée, ou que le gibier est rabattu vers les chasseurs. Rebattre, dérivé de battre, signifie lui  « battre de nouveau ». On peut ainsi rebattre un tapis, rebattre des cartes, au sens propre en les mélangeant de nouveau, mais aussi, au sens figuré, lorsque l’on bouleverse les données d’une situation. Rebattre s’emploie aussi particulièrement dans le tour rebattre les oreilles à quelqu’un, c’est-à-dire, le lasser à force de lui parler toujours du même sujet, de la même histoire. On se gardera donc bien d’employer ces verbes l’un pour l’autre.

on dit

on ne dit pas

Il va encore nous rebattre les oreilles avec cette vieille anecdote

Le chat en colère rabat ses oreilles

Il va encore nous rabattre les oreilles avec cette vieille anecdote

Le chat en colère rebat ses oreilles

 

Subordination pour Subornation

Le 01 décembre 2016

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Subordination pour Subornation

Les noms subornation et subordination sont proches par la forme, mais de sens fort différents. La subornation est une action qui vise à faire agir quelqu’un contre son devoir. La subordination, quant à elle, est un ordre établi entre des personnes et qui fait que les unes dépendent des autres. Par extension, il peut s’employer à propos de choses. On parlera ainsi en taxinomie de la subordination des espèces aux genres, mais ce terme s’emploie surtout en grammaire pour évoquer la dépendance d’une proposition à l’égard d’une autre. Précisons également que seul subordination possède un antonyme formé avec le préfixe négatif in-, insubordination, qui désigne le fait de refuser d’obéir à un supérieur.

on dit

on ne dit pas

Une tentative de subornation de témoins

La subordination du pouvoir exécutif au pouvoir législatif

Une tentative de subordination de témoins

La subornation du pouvoir exécutif au pouvoir législatif

 

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