Dire, ne pas dire

Extensions de sens abusives

Gourmand

Le 03 avril 2014

Extensions de sens abusives

Naguère était gourmand qui aimait manger abondamment. Par métonymie, on l’a employé comme adjectif avec des noms comme bouche, lèvres, regards, mines, etc. pour former des expressions marquant un fort désir de nourriture ou de plaisir charnel.

Mais on observe depuis quelque temps un renversement dans les expressions, puisque le gourmand n’est plus celui qui mange, mais ce qui est mangé. On parle maintenant de produits gourmands, de desserts gourmands, et de bien d’autres encore, quand il aurait suffi que ces produits ou desserts soient pleins de goût ou savoureux. Livre de cuisine semble alors une faute, qu’il faut combattre en employant, évidemment, livre gourmand. On ne suivra pas cette mode et l’on n’emploiera gourmand que pour qui aime les plaisirs de la table et de la chair.

 

On dit

On ne dit pas

De délicieuses pâtisseries

Des fruits savoureux, appétissants

Un café accompagné de mignardises

Des pâtisseries gourmandes

Des fruits gourmands

Un café gourmand

 

Impondérable

Le 03 avril 2014

Extensions de sens abusives

L’adjectif Impondérable est dérivé du latin pondus, « poids », et signifie « que l’on ne peut peser, dont le poids échappe aux mesures les plus précises » ; par extension, cet adjectif s’applique à ce qu’on ne peut prévoir, mais qui peut avoir une certaine importance. Le nom tiré de cet adjectif désigne donc un évènement que l’on ne peut ni mesurer ni préciser, mais dont les conséquences sont d’importance. On pourra parler des impondérables de la politique ou des affaires, mais on évitera d’affaiblir ce nom en en faisant un synonyme de souci, tracas, ennui, problème, etc.

On dit

On ne dit pas

Les petits soucis de la vie quotidienne

Les impondérables de la vie quotidienne

 

Éponyme

Le 06 mars 2014

Extensions de sens abusives

L’adjectif Éponyme est emprunté du grec epônumos, « qui donne son nom ». Il s’est d’abord employé en histoire ancienne, pour désigner des dieux ou des héros qui donnaient leur nom à une cité, à une tribu, à une dynastie, etc. Ainsi Athéna est la déesse éponyme d’Athènes, Égée est le héros éponyme de la mer Égée. Parmi les dix archontes, on appelait également éponyme celui qui donnait son nom à l’année en cours. Par extension, éponyme a qualifié des personnages de fiction qui ont donné leur nom à l’œuvre dans laquelle ils apparaissent. Lucien Leuwen est le héros éponyme d’un roman inachevé de Stendhal et Madame Bovary est l’héroïne éponyme du plus célèbre des romans de Flaubert. On se gardera bien de confondre le héros qui donne son nom et l’œuvre qui le reçoit. Ce n’est que le premier qui peut être qualifié d’éponyme.

On dit

On ne dit pas

Phèdre est une héroïne éponyme de Racine

Aurélien est le héros éponyme d’un roman d’Aragon

Phèdre, dans la pièce éponyme de Racine…

Aurélien, le roman éponyme d’Aragon, a été écrit en 1944

 

 

Introduire au sens de présenter

Le 06 mars 2014

Extensions de sens abusives

Le verbe Introduire, quand il a pour complément un nom de personne, peut signifier « faire entrer une personne dans un lieu » (on les introduisit au salon), « faire admettre dans une société, auprès de quelqu’un » (il souhaite que je l’introduise auprès de vous, dans notre cercle). On dira d’une personne qui a ses entrées dans tel ou tel milieu qu’elle y est bien introduite. Mais on évitera d’ajouter à ces sens celui du faux-ami anglais introduce, « présenter », même si celui-ci, comme le français introduire, est emprunté du latin introducere, « conduire dans ».

On dit

On ne dit pas

Elle l’a présenté à ses parents

Elle l’a introduit à ses parents

 

Maturer

Le 06 février 2014

Extensions de sens abusives

On peut lire dans un document datant de 1874 intitulé Réponses aux questions de l’enquête sur le monopole des tabacs et des poudres : « Les manutentions dans les magasins ont pour but de faire disparaître les excédents d’eau, d’uniformiser l’aspect des feuilles et de les maturer, tout en maintenant la résistance pour leur emploi ultérieur dans les manufactures»

On veillera à ce que le verbe maturer ne sorte pas des magasins de tabac où il a pris naissance et l’on évitera d’en faire, sans doute à cause de l’influence de l’anglais to mature, un synonyme de mûrir, croître, se développer, etc.

On dit

On ne dit pas

Laisser mûrir un projet

Une affaire qui se développe bien

Laisser maturer un projet

Une affaire qui mature bien

 

Souhaiter ses vœux

Le 06 février 2014

Extensions de sens abusives

Le nom vœu, surtout dans un contexte religieux, désigne une promesse par laquelle on prend quelque engagement. On parle ainsi des vœux de chasteté, de pauvreté et d’obéissance prononcés par les religieux. Mais vœu peut aussi être synonyme de souhait, en particulier de souhait que l’on forme pour autrui. Il convient alors de ne pas employer vœu comme complément du verbe souhaiter. On ne dit pas que l’on souhaite des souhaits à tel ou tel, on ne dit pas plus qu’on lui souhaite des vœux.

On dit

On ne dit pas

Présenter ses vœux à quelqu’un

Souhaiter le meilleur, beaucoup de bonheur, la réussite, etc., à quelqu’un.

 

Souhaiter ses vœux à quelqu’un

 

Adresser au sens d’aborder

Le 06 janvier 2014

Extensions de sens abusives

Le nom anglais address a, entre autres sens, celui d’« abord ». A man of good address désigne un homme à l’abord distingué. Le sens correspondant du verbe to address est celui d’« aborder (une personne) ». Par extension, ce verbe anglais admet un complément d’objet inanimé et s’emploie pour évoquer un sujet, un point qu’on vient à traiter. Bien que ce soit le français adresser qui se trouve être à l’origine du verbe anglais, il n’a jamais eu cette signification particulière, propre à l’anglais. On se gardera donc bien de confondre les sens des verbes anglais et français et l’on préfèrera le verbe aborder qui, lui, admet des compléments d’objet animés et inanimés, comme dans « aborder un passant », « aborder un rivage », « aborder un sujet difficile ».

On dit

On ne dit pas

Aborder un problème, une question

Adresser un problème, une question

Qui est le mien

Le 06 janvier 2014

Extensions de sens abusives

Nous avons regretté il y a peu l’effacement de oui au profit d’adverbes plus longs ou de périphrases de même sens. On constate aujourd’hui un phénomène du même ordre concernant l’adjectif possessif mon, qui tend à être remplacé par la relative « qui est le mien ». Ce tour n’a rien de condamnable en soi et peut correspondre à des choix stylistiques. On le trouve chez de très bons auteurs comme Verlaine, Loti, Bloy, Cendrars, Green, ou encore chez Jacques Brel qui chante Le plat pays qui est le mien. Les formes qui est le nôtre, qui est la nôtre renvoient fort bien à ce que, en tant qu’hommes, nous partageons tous : le monde qui est le nôtre, la condition qui est la nôtre, etc. Mais il existe aussi nombre de cas où cette périphrase n’ajoute rien au sens et où l’adjectif possessif mon serait tout à fait suffisant. Il serait sans doute possible d’éviter la prolifération, en particulier dans le discours politique, de formules dont le caractère emphatique masque mal la vacuité, comme l’engagement qui est le mien, les responsabilités qui sont les miennes, les valeurs qui sont les miennes.

Communauté

Le 05 décembre 2013

Extensions de sens abusives

Communauté désigne un groupe humain uni par un lien social. On parle ainsi de communauté familiale, de communauté villageoise ou, plus largement de communauté nationale ou internationale. Par extension, on utilise aussi ce terme pour évoquer ceux qui ont en commun une langue ou une religion ; ces extensions sont légitimes, mais l’on peut s’interroger sur l’étrange prolifération du mot communauté aujourd’hui, qui est de plus en plus souvent utilisé pour désigner tout agglomérat de personnes, quand bien même nombre de ces personnes ne souhaitent pas être définis par leur appartenance à tel ou tel groupe. Dans bien des cas le syntagme la communauté pourrait facilement et élégamment être remplacé par l’article défini les.

 

On dit

On ne dit pas

Les utilisateurs de…

Ceux qui fument le cigare, les amateurs de cigares

La communauté des utilisateurs de…

La communauté des fumeurs de cigares

 

Visuel au sens d’image

Le 05 décembre 2013

Extensions de sens abusives

Visuel est un adjectif vieux de presque cinq cents ans, mais ce n’est qu’à la fin du xixe siècle qu’on en fit un nom. Il fut employé par les psychologues Alfred Binet et Victor Henri pour désigner un individu chez qui le sens de la vue prédomine. Au début du xxe siècle, il est utilisé en sport pour désigner, au tir, le centre de la cible et, depuis les années 1970, ce même nom désigne, en informatique, le dispositif d’affichage sur un écran et, enfin, l’écran lui-même. Ces extensions, conformes au procédé d’enrichissement de notre langue sont parfaitement légitimes. Si visuel est entré et est accepté dans le monde de la communication pour désigner tout ce qui ressortit à la confection d’un support visuel, comme le choix des illustrations, de la couleur et de la police des textes, etc., on se gardera d’en abuser dans la langue courante, en particulier quand des termes précisant la nature du support visuel comme tableau, image, affiche, schéma, etc., seraient plus pertinents.

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