Dire, ne pas dire

Extensions de sens abusives

Futur pour avenir

Le 04 juin 2015

Extensions de sens abusives

L’adjectif futur et la locution adjectivale à venir sont souvent synonymes : Les années futures ou les années à venir, le futur gouvernement ou le gouvernement à venir. Il n’en est pas exactement de même pour les noms futur et avenir. Avenir désigne une époque que connaîtront ceux qui vivent aujourd’hui, alors que futur renvoie à un temps plus lointain, qui appartiendra aux générations qui nous suivront. Employer en ce sens futur pour avenir est un anglicisme qu’il convient de proscrire. De la même manière, on n’emploiera pas le terme futur pour évoquer la situation à venir d’une personne, mais on parlera bien de son avenir.

 

on dit

on ne dit pas

Désormais, à l’avenir, je serai plus prudent

 

Dans le futur, je serai plus prudent

Comme il a réussi son concours, son avenir s’éclaircit

Comme il a réussi son concours, son futur s’éclaircit

 

Ultime pour parfait

Le 04 juin 2015

Extensions de sens abusives

Ultime est emprunté du latin ultimus, un superlatif tiré de la préposition ultra, « au-delà, outre ». Est donc ultime ce qui est le plus éloigné dans le temps ou dans l’espace, et au-delà duquel il n’y a plus que le néant. C’est ainsi que les géographes médiévaux parlaient d’Ultima Thulé pour désigner les terres les plus septentrionales de notre monde, au-delà desquelles pensait-on, il n’y avait rien.

Par extension, ultime qualifie aussi ce qui vient en dernier dans une liste, dans une suite ordonnée, dans une progression. On peut ainsi atteindre le degré ultime du désespoir ou parler du but ultime de tel ou tel individu. En ce sens, ce qui est ultime ne saurait être dépassé, mais on se gardera bien d’étendre l’emploi de cet adjectif jusqu’à en faire un synonyme de « parfait » ou « suprême », sens qui malheureusement tend à se répandre, en particulier dans le domaine des productions humaines. Si l’on peut dire que Bouvard et Pécuchet est l’ultime roman de Flaubert, on ne dira pas, en revanche, que Madame Bovary est le roman ultime, quelque grande que soit l’admiration que l’on ait pour cette œuvre.

 

on dit

on ne dit pas

Être à la recherche du bonheur parfait

 

Ce guide est la référence suprême en matière de vin

Être à la recherche du bonheur ultime

 

Ce guide est la référence ultime en matière de vin

 

Éclairer pour éclaircir

Le 07 mai 2015

Extensions de sens abusives

Éclairer et éclaircir remontent l’un et l’autre au latin clarus, « clair ». Mais cette étymologie commune et cette proximité de forme n’empêchent pas ces deux verbes d’avoir des sens assez différents, malheureusement trop souvent confondus. Au sens propre éclaircir signifie en effet « rendre clair », mais aussi « rendre moins serré », alors qu’éclairer signifie « répandre de la clarté, illuminer ».

Au figuré, en revanche, ces deux verbes signifient « rendre intelligible ou plus intelligible ce qui était obscur » : on dira éclaircir ou éclairer un point du débat.

on dit

on ne dit pas

Le soleil éclaire la chambre

Avec le temps ses cheveux s’éclaircissent

Le soleil éclaircit la chambre

Avec le temps ses cheveux s’éclairent

 

 

Herpétologie, herpétologiste

Le 07 mai 2015

Extensions de sens abusives

Les sciences tendent aujourd’hui à se spécialiser en secteurs de plus en plus étroits. La médecine n’échappe pas à ce phénomène, et pour s’en rendre compte il n’est que de voir le nombre de spécialités qui ont été ajoutées dans la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française : on y trouve, entre de nombreuses autres, la carcinologie, la cardiologie, l’endocrinologie, l’épidémiologie, l’hépatologie, la néphrologie, la phlébologie, la podologie, la proctologie ou la radiologie. La dermatologie est plus ancienne et compte elle aussi des subdivisions, mais on se gardera bien d’inclure dans celles-ci l’herpétologie. Ce nom ne désigne en effet pas une branche de la médecine consacrée à l’étude et aux soins de l’herpès, mais une branche de la zoologie consacrée aux reptiles.

 

Adhésion pour Adhérence

Le 02 avril 2015

Extensions de sens abusives

Adhésion et adhérence ont la même origine : ils remontent tous deux au latin adhaerere, « être attaché à », verbe de la même famille que le substantif hedera, dont est issu le français lierre, cette plante grimpante munie de petits crampons qui lui permettent de se fixer solidement sur les troncs, les murs, etc. Les sens de ces deux substantifs sont néanmoins distincts : adhésion concerne les personnes et désigne le fait d’adhérer à un groupe, à une organisation ou, par extension, d’approuver telle ou telle idée, alors qu’adhérence concerne les choses et désigne la liaison étroite entre deux corps solides.

on dit

on ne dit pas

Emporter l’adhésion

Donner son adhésion à un projet

Ce pneu n’a qu’une faible adhérence au sol

Emporter l’adhérence

Donner son adhérence à un projet

Ce pneu n’a qu’une faible adhésion au sol

 

Conjecture pour Conjoncture

Le 02 avril 2015

Extensions de sens abusives

Ces deux paronymes, qui ne diffèrent que d’un phonème, sont souvent confondus à l’oral, alors que leurs sens diffèrent grandement : une conjecture est une opinion, un jugement, une supposition que l’on fonde sur des réalités ou des apparences, alors que la conjoncture désigne l’état, la situation résultant de circonstances diverses. On évitera donc la faute que l’on entend de plus en plus souvent, qui consiste à employer ces deux termes l’un pour l’autre.

on dit

on ne dit pas

Se perdre en conjectures

Bénéficier d’une conjoncture économique favorable

Se perdre en conjonctures

Bénéficier d’une conjecture économique favorable

 

 

Compliqué pour difficile

Le 05 mars 2015

Extensions de sens abusives

L’emphase est produite par une volonté d’exagération, mais aussi par un manque de confiance dans les mots. Il semble ainsi que difficile ne soit plus guère employé, comme si ce qui n’était que difficile paraissait trop simple pour être digne d’attention, et cet adjectif se voit bien souvent remplacé, à tort, par compliqué, voire par complexe. Il conviendrait pourtant de redonner aux mots leur véritable sens plutôt que de les affaiblir en les employant à tort et à travers, et de réserver l’hyperbole à quelque tournure plaisante.

on dit

on ne dit pas

Les retours de vacances s’annoncent difficiles

Il va être difficile de skier si la neige n’est pas au rendez-vous

Les retours de vacances s’annoncent complexes

Il va être compliqué de skier si la neige n’est pas au rendez-vous

 

Positionner pour placer

Le 05 mars 2015

Extensions de sens abusives

Le verbe positionner s’emploie dans des domaines précis, en particulier technique (positionner une balise) et militaire (positionner des troupes). On ne doit pas l’étendre à la langue courante pour donner à ses paroles un vernis d’érudition ou parce que l’on croit, ce faisant, être plus précis. On évitera particulièrement de l’employer en lieu et place des verbes situer ou placer. On se gardera également d’user de la forme pronominale, se positionner, que l’on rencontre de plus en plus au sens de « prendre position sur tel ou tel sujet ». Ces remarques valent tout aussi bien pour le substantif dérivé positionnement.

on dit

on ne dit pas

La maison est située en bordure de forêt

Je ne sais quel parti prendre, comment me situer dans cette affaire

La maison est positionnée en bordure de forêt

Je ne sais comment me positionner dans cette affaire

 

Accidentologie

Le 05 février 2015

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Le nom accidentologie est formé à l’aide d’accident et du très productif suffixe -logie, tiré du grec logos, désignant une étude, une science. L’accidentologie est l’étude, dans ses différents aspects, des accidents de la circulation. On ne doit donc pas donner à ce nom le sens restreint de « statistiques concernant les accidents ». On évitera également la tendance actuelle qui consiste à en faire un synonyme pompeux d’« accident ».

 

on dit

on ne dit pas

Il y a de nombreux accidents sur cette route

Les statistiques de cette région en matière d’accidents sont mauvaises

Il y a une forte accidentologie sur cette route

L’accidentologie de cette région est mauvaise

 

Classifier pour classer

Le 05 février 2015

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Classifier est attesté en français depuis le xvie siècle et signifie « classer méthodiquement ». Il s’emploie naturellement dans la taxinomie animale et végétale. On ne doit pas en faire un synonyme, qui semblerait plus savant, de classer et il est préférable de le réserver au domaine des sciences. Si donc on classifie des animaux et des végétaux, on se rappellera que, s’agissant de livres, de documents, etc., on emploiera des formes comme classer ou ranger.

 

on dit

on ne dit pas

Classer des fiches, des factures

Classifier des fiches, des factures

 

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