Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Antoine P. (France)

Le 05 décembre 2013

Courrier des internautes

Je voudrais des renseignements sur la signification de l’expression « mon binôme ». Le binôme est normalement un « polynôme » d’ordre deux, c’est-à-dire un ensemble de deux éléments.

De plus en plus souvent, j’entends dire « mon binôme » dans le sens de « l’autre personne faisant partie de mon binôme ». Je trouvais cette expression assez agaçante puisqu’elle ne correspondait pas au sens étymologique du terme binôme, mais je pensais qu’elle était acceptée par extension de sens.

Cependant, je ne trouve aucune référence à cette expression employée dans ce sens dans aucun dictionnaire ; est-elle tout de même justifiée ?

Antoine P. (France, 18 novembre)

L’académie répond

Binôme se rencontre en ce sens. Il vient de l’argot des grandes écoles. On lit dans Le Langage de l’École polytechnique, de Marcel Cohen : « Lorsque deux camarades travaillent régulièrement l’un près de l’autre, comme il est d’usage à l’École, chacun d’eux est dit le binôme de l’autre. »

Camille A. (Amiens)

Le 05 décembre 2013

Courrier des internautes

Étudiantes à Amiens, ma colocataire et moi avons rencontré un désaccord par rapport au terme « miroir à raser » que notre enseignant d’optique à employé. En effet, ma colocataire et l’enseignant ont utilisé ce terme pour définir « le miroir utilisé lors d’une action : le rasage ». Néanmoins le terme est-il correct ? Car en effet le miroir n’est pas utilisé pour le rasage en lui-même (comme rasoir) mais il n’est qu’accessoire. Pour moi, cette dénomination n’est donc pas correcte car il n’existe pas de spécificité à chaque miroir, le fait d’en utiliser un pour se coiffer ou se raser n’en fait pas un « miroir à coiffer » ou un « miroir à raser ». On ne peut attribuer l’action au miroir, c’est donc le « à » qui ne me convient pas.

Quel est votre avis ? Peut-on employer cette expression ?

Camille A. (Amiens, 12 novembre)

L’académie répond

Le complément de détermination, en français, peut correspondre à plusieurs structures et, par là, à plusieurs sens. Ainsi, la corde à sécher le linge n’est pas une corde qui sèche le linge, mais sur laquelle on fait sécher le linge ; cela tient à la polysémie de la préposition à (ce qui est vrai aussi pour de).

Une jupe de laine est faite en laine, un accident de la route se produit sur la route (et ce n’est pas la route qui est accidentée), un baiser de Russie est envoyé depuis la Russie et n’est pas un baiser à la russe, etc.

En soi, donc, grammaticalement rien n’empêche de comprendre « à raser » comme un complément de détermination à valeur de destination : « un miroir destiné au rasage ». Cependant, il faut admettre que, dans l’usage, les compléments de détermination concernant le mot miroir décrivent davantage son format que sa destination (miroir en pied, miroir de poche, miroir à trois faces) et que, sur le modèle de miroir de toilette, il serait peut-être plus conforme de dire miroir de rasage.

En espérant contribuer à la réconciliation.

Jean-Pierre J. (Zalana)

Le 05 décembre 2013

Courrier des internautes

Quel est le bon accord : « une dizaine de jeunes chantait ou chantaient » ?

Quelle est la règle ?

Jean-Pierre J. (Zalana, 8 novembre)

L’académie répond

Vous pouvez écrire les deux, selon que vous faites l’accord avec dizaine ou avec jeunes.

Mais dans des constructions composées de noms du genre de dizaine, centaine, millier au singulier (qui sont particulièrement proches des déterminants numéraux) et d’un complément au pluriel, c’est ce dernier qui commande l’accord. Dans Le Grand Meaulnes, d’Alain-Fournier, on trouve par exemple : « Une dizaine de voix répondent. »

Il est vraisemblable que l’accord en fonction du sens domine.

Justine D. G. (France)

Le 05 décembre 2013

Courrier des internautes

Doit-on dire « une semaine après que je sois allée » ou « une semaine après que je suis allée » ?

Justine D. G. (France, 15 novembre)

L’Académie répond

Après après que, on doit utiliser l’indicatif. Voyez L’Âme des poètes, de Charles Trénet : « Longtemps, longtemps, après que les poètes ont disparu, leurs chansons courent encore dans les rues»

Certains auteurs, sans doute par analogie avec avant que, utilisent le subjonctif après après que ; ils font alors une faute de grammaire.

L. Le G. (Tours)

Le 05 décembre 2013

Courrier des internautes

Je me pose depuis trop longtemps deux questions.

La première, la plus vieille, concerne les phrases du type « Cette affirmation me semble juste ». Quelle est alors la fonction grammaticale du pronom personnel « me » ? Il ressemble à un complément d’objet indirect mais sembler est attributif et je ne sais pas si les deux sont compatibles.

Il ne semble pas non plus être attribut du sujet.

Ma seconde question concerne le verbe « insulter ». J’avais l’habitude de corriger mes amis lorsqu’ils prononçaient des phrases comme « Pierre m’a insulté d’abruti », leur expliquant qu’on disait plutôt

« Pierre m’a traité d’abruti » et qu’insulter n’était pas transitif indirect mais seulement transitif direct. Récemment, j’ai voulu vérifier et ai ouvert un Bescherelle de conjugaison, où il était écrit : « Insulter T, Ti » (Ti correspondant à transitif indirect). Me suis-je trompé et peut-on dire « insulter d’abruti » ? Est-il transitif indirect dans un autre cas auquel je n’ai pas pensé ? Le Bescherelle s’est-il trompé ?

L. Le G. (Tours, 14 novembre)

L’Académie répond

Dans Cette affirmation me semble juste, me est complément de l’attribut juste.

La phrase Il m’a insulté d’abruti est incorrecte grammaticalement. On doit écrire Il m’a traité d’abruti, abruti étant attribut du complément d’objet direct me.

Cela étant, si, dans tous les cas, insulter de est fautif, il est vrai que dans la langue classique insulter à existe, avec le sens de « manquer à ce que l’on doit aux personnes, aux choses ; constituer une provocation, un outrage, une inconvenance à leur égard ». On a dit ainsi Insulter au roi, aux dieux (ce tour est vieilli), mais on dit encore aujourd’hui Ce livre insulte à sa mémoire. De tels propos insultent à la raison, au bon sens, au bon goût. Leur faste insulte à la détresse publique.

Stéphane L. (La Réunion)

Le 05 décembre 2013

Courrier des internautes

Je suis encore au lycée et je vous contacte parce que mon professeur de cette année ne dit pas la même chose que celui de l’année dernière en ce qui concerne l’adverbe « aussi ». L’un d’eux dit qu’on ne doit jamais l’employer en début de phrase et l’autre dit que si on le fait, on doit effectuer l’inversion sujet/verbe de la proposition à laquelle il est rattaché.

Merci de m’éclairer sur le sujet.

Stéphane L. (La Réunion, 20 novembre)

L’académie répond

On peut trouver aussi en tête de phrase. Dans ce cas aussi ne signifie pas « autant », mais « À cause de cela, c’est pourquoi, en conséquence ». Il était déjà tard. Aussi décidèrent-ils de chercher une auberge.

On peut peut-être essayer, sinon de réconcilier, au moins de rapprocher les points de vue de vos professeurs. Comme aussi, avec l’inversion du sujet, amène une conclusion, il se trouve effectivement en tête de proposition, mais souvent à l’intérieur de la phrase qui contient une autre proposition à laquelle il amène une forme de conclusion. Il aurait eu tort d’agir de la sorte ; aussi ne l’a-t-il point fait. Mais, une fois encore, il peut se trouver en tête de phrase.

Bernard S. (France)

Le 07 novembre 2013

Courrier des internautes

Vous condamnez avec raison l’expression « au final ». Mais pourquoi ne pas ajouter dans votre rubrique que la formule « au finale » (finale étant alors un substantif) est correcte ?

Bernard S. (France, 17 août)

L’académie répond

Nous vous remercions vivement pour cette judicieuse remarque, dont nous allons tenir compte.

Bernard S. (France)

Le 07 novembre 2013

Courrier des internautes

Le 17 août dernier je vous faisais une suggestion au sujet de l’expression « au final ». Vous avez eu l’amabilité de me répondre. Mais depuis, comme sœur Anne, je ne vois rien vernir sur votre site.

Auriez-vous oublié ?

Bernard S. (France, 10 octobre)

L’académie répond

Nous n’avons pas oublié votre suggestion. Nous recevons un courrier abondant, ce qui nous empêche de tenir compte immédiatement de toutes les remarques pertinentes de nos lecteurs.

Si la locution au final est incorrecte, il est en effet tout à fait licite d’écrire, par exemple, au final de cette sonate, au finale du troisième acte. Le substantif Finale (que l’on trouve aussi écrit Final) désigne alors la dernière partie d’une pièce musicale, ou d’un acte au théâtre, et doit être réservé à ces domaines.

Frederic T. (Kehl am rhein)

Le 07 novembre 2013

Courrier des internautes

Je souhaiterais connaître la règle d’écriture des noms patronymes à particule, et notamment ceux d’origine étrangère, en l’occurrence M De Moro, ou M de Moro ? Merci d’avance.

Frederic T. (Kehl am rhein, 21 juillet)

L’académie répond

En principe, les particules étrangères prennent la minuscule – et se trouvent rejetées après le nom dans les index, dans les dictionnaires – quand elles sont espagnoles ou portugaises ; elles prennent la majuscule – et restent avant le nom dans les index – quand elles sont italiennes, anglo-saxonnes (sauf of), flamandes ou néerlandaises, scandinaves. Les particules allemandes prennent soit la minuscule (an, von, zu…), soit la majuscule, quand il s’agit de prépositions contractées (Am, Vom, Zur…). Telle est la règle, mais elle n’est pas toujours respectée ; et dans la vie courante, on suivra par courtoisie la graphie qu'utilisent les intéressés eux-mêmes.

L. A. (France)

Le 07 novembre 2013

Courrier des internautes

Je souhaite savoir quel est le verbe qui « va avec le nom requête », je m'explique : que fait la personne à qui je demande une requête, elle y répond, elle l’accomplit ?

L. A. (France, 14 juillet)

L’Académie répond

On peut dire répondre à une requête, faire droit à une requête, satisfaire une requête, accéder à une requête, etc.

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