Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Gilles R. (France)

Le 10 février 2013

Courrier des internautes

J’écris (par exemple) « je crains qu’il mente » au lieu de l’habituel « je crains qu’il ne mente », car il me semble que l’emploi de l’adverbe de négation « ne » contredirait ma pensée : le non-mensonge étant la vérité, « ne mente » équivaut à « dise vrai », et « je crains qu’il ne mente » équivaut à « je crains qu’il dise vrai ».

Ai-je tort de penser ainsi ?

Gilles R. (France)

L’Académie répond

Le ne que l’on trouve après « craindre que » est dit explétif, c’est-à-dire qu’il n’est pas exigé par la syntaxe ni nécessaire au sens de la phrase. Mais  l’employer est de meilleure langue.

Ce ne est un héritage du latin qui distinguait Timeo ne veniat, « J’ai peur qu’il (ne) vienne » (c’est-à-dire « Je crains sa venue ») de Timeo ne non veniat, « Je crains qu’il ne vienne pas ».

On trouve aussi ce ne explétif après avant que.

Jacques J., Albi

Le 08 février 2013

Courrier des internautes

L’étymologie du mot « pédophile » s’oppose radicalement à l’acception qu’on lui attribue généralement. Ne serait-il pas plus correct d’utiliser le néologisme « pédoclaste » que propose Mme Véronique Margron dans un article paru dans le journal La Croix en 2007 ?

Le terme pédophile subsisterait pour qualifier les personnes qui ont des attirances sexuelles pour des mineurs, sans en faire l’ami des enfants. Alors que pédoclaste qualifierait celui ou celle qui, par ses actes sur la personne d’un enfant, provoque de graves dégâts, souvent irréparables.

Jacques J., Albi

L’Académie répond

Il arrive parfois que le sens d’un mot ne soit pas la somme des sens de ses composés, surtout quand ceux-ci viennent d’une autre langue. En grec, philos signifie « ami, qui aime », mais le suffixe -phile n’a pas toujours ce sens ; il n’est que de songer à des mots comme zoophile ou nécrophile.

Il est d’autres cas, certes plus légers, où les mots ne sont pas réductibles à leur étymologie. Aujourd’hui les piscines ont peu à voir avec les poissons, et les caméléons ne sont pas des « lions à terre ».

Patrick T., La Celle-Saint-Cloud

Le 20 janvier 2013

Courrier des internautes

Pour désigner les personnes travaillant dans une entreprise,  on utilise le mot « collaborateur ». Or celui-ci a une connotation désagréable (2e guerre mondiale). Je propose de le remplacer par le mot « contributeur ». Je sais qu'il n'est pas admis pour l'instant dans le dictionnaire, mais peut-être pourriez-vous l'autoriser et préconiser son emploi.

Patrick T., La Celle-Saint-Cloud

L’Académie répond

COLLABORATEUR, -TRICE n. XVIIIe siècle. Dérivé savant de collaborer.  1. Personne qui travaille avec une ou plusieurs autres à une œuvre commune. Les collaborateurs d'un journal. Sa femme a été pour lui une collaboratrice précieuse.   Par ext. Celui ou celle qui seconde une personne chargée d'importantes responsabilités. Les collaborateurs du ministre. Il sait choisir ses collaborateurs. Se défaire d'un collaborateur  2. Spécialt. Péj. Personne qui, sous l'occupation allemande, entre 1940 et 1944, a choisi de collaborer avec les occupants. Un collaborateur condamné à l'indignité nationale. Par ext. Personne apportant son aide à ceux qui ont envahi son pays. Par abréviation. Pop. Collabo. Il fut un collabo notoire.

Comme vous le voyez, en dehors du contexte de la Deuxième Guerre mondiale, collaborateur n'a rien de péjoratif. Contributeur, plus rare, a un sens spécialisé. Il désigne une personne qui donne un article à une revue.

Emmanuelle R., Paris

Le 15 janvier 2013

Courrier des internautes

Vous faites partager votre savoir sur notre magnifique langue française, et le rendez accessible par le biais de cette excellente idée qu'est « Dire, ne pas dire… » : je vous en suis très reconnaissante.

Voilà ma question :

Que dit l'Académie française sur la tournure qu'il faut privilégier entre « nous avons convenu de.. », le plus souvent employé, et «  nous sommes convenus de ... » que d'aucuns considèrent comme plus juste...

Emmanuelle R., Paris

L’Académie répond

Sur cette question, je vous renvoie à la recommandation faite par l'Académie à l'article « Convenir » de son Dictionnaire et reproduite ci-dessous :

CONVENIR v. intr. (se conjugue comme Tenir, mais avec les auxiliaires Avoir ou Être, selon les emplois). XIe siècle, au sens de « être convenable », « falloir » ; souvent sous la forme covenir en ancien français. Du latin convenire, « venir ensemble », « s'adapter », « être d'accord ». Devenu convenir sous l'influence de venir.

(…)

II  2. Convenir de (suivi d'un substantif ou d'un verbe à l'infinitif), convenir que (suivi d'une proposition complétive à l'indicatif ou au conditionnel), décider, arrêter d'un commun accord. Nous devons convenir du jour et de l'heure. Les négociateurs sont convenus de ne pas aborder ce problème. Nous sommes convenus qu'aucune déclaration ne serait faite à la presse.   Spécialt. À la forme passive. Une date a été convenue pour la remise du manuscrit. Nous avons conclu la vente aux conditions convenues. Au signal convenu, tous se précipitèrent vers la sortie. Ils usent entre eux d'un langage convenu, secret, accessible aux seuls initiés. Impers. Il est convenu que, il a été entendu, décidé que. Il est convenu que vous participerez à la discussion. Il était convenu que nous nous reverrions le lendemain. Il a été convenu que sa candidature serait retenue. Ellipt. Comme convenu, selon l'accord passé. Je vous adresse, comme convenu, un second versement. Je vous téléphone, comme convenu.   Dans cet emploi, Avoir convenu de est fautif. On ne doit pas dire et moins encore écrire : nous avons convenu de, mais nous sommes convenus de.

Erwin G., France

Le 12 janvier 2013

Courrier des internautes

Suite à un débat agité avec un collègue sur deux questions de français, j'ai souhaité vous contacter afin d'éclairer notre problème.

1- L’utilisation de « nettoye » est elle possible (non sanctionnable) ? – plus précisément : « je nettoye quelque chose », formulation semblant assez « antique », « vieux français »

2- Laquelle de ces deux formulations est valide :

- le chat de quelqu'un

- le chat à quelqu'un

et pourquoi ?

Erwin G., France

L’Académie répond

Je nettoie est la seule forme correcte.

Le chat de quelqu'un. En français, le complément indiquant un rapport d'appartenance est introduit par De. L'emploi de À est familier et de mauvaise langue (la faute à Voltaire), sauf dans des expressions figées (Une bête à bon Dieu, Un fils à papa).

Dorian C.

Le 11 janvier 2013

Courrier des internautes

Je fais partie d'un groupe de rock et, lors de la mise en forme de notre CD, nous avons eu un problème. Nous voulons appeler notre album 27h42 (passées de quelques secondes). Mais comment devons-nous écrire « passées » ? Faut-il l'accorder avec les 27 heures et les 42 minutes (passées), ou juste avec l'heure (passée), ou l'heure est-elle une entité avec laquelle nous n'accordons pas les verbes (passé) ?

Dorian C.

L’Académie répond

Ici on accordera passé avec ce qui précède et l’on écrira 27 h 42 passées de quelques secondes.

Laurence P., Lamotte-Beuvron

Le 10 janvier 2013

Courrier des internautes

L'adjectif « maline » me pose question : existe-il dans la langue française et quelle est la différence avec « maligne » s'il existe.

Est-il le féminin de « malin »?

Il me semblait avoir appris que l'on disait maligne et non maline.

Laurence P., Lamotte-Beuvron

L’Académie répond

La forme correcte est maligne. Mais force est de constater que, par analogie avec des couples comme gamin/gamine, la forme maline se rencontre de plus en plus.

Camille C.

Le 14 décembre 2012

Courrier des internautes

Actuellement étudiante en deuxième année d'anglais, j'ai quelques différends avec mon professeur de version.

En effet, nous ne sommes pas d'accord sur la traduction de "move out".

Littéralement, cela signifie "déménager" mais dans le contexte ("Mes parents avaient déménagé quand j'avais trois ans"), ce verbe me semble étrange et me donne l'impression que les parents sont partis sans leur enfant. À cela, j'avais préféré "quitter la ville". Mon professeur ne semble pas d'accord, selon lui, cela implique trop l'idée de fuir quelque chose et refuse catégoriquement cette traduction.

Pourriez-vous me dire si j'ai tout de même raison, ou du moins si ma version est acceptable ?

Une étudiante un peu désespérée.

Camille C.

L’Académie répond

Je ne saurais trancher dans ce différend qui vous oppose à votre professeur. Nous ne sommes en effet pas spécialistes de la langue anglaise ni de version. Il me semble néanmoins que si le verbe déménager vous donne l'impression que les parents laissent leur enfant, quitter la ville ne résout guère l'ambiguïté. D'autre part, déménager me semble en soi moins précis que quitter la ville (on peut déménager au sein d'une même ville).

Didier P., Langon

Le 03 décembre 2012

Courrier des internautes

L'Académie pourrait-elle lancer un RÉEL débat interne sur l'utilité des ABRÉVIATIONS pour designer une personne ou un groupe de personnes ?

Les pratiques des médias et de la rue ne doivent pas forcément être entérinées si elles mettent en cause des valeurs républicaines partagées, je l'espère, par l'Académie elle-même. Des valeurs de RESPECT, d'ÉGALITÉ.

Pouvez-vous entendre S.D.F. à chaque coin de phrase, par les médias, la rue et les politiques sans réagir???

L'utilisation d'abréviations a et a toujours eu une forte connotation bien-pensante, pour ne pas dire totalitaire.

L'Académie, dernier rempart dans le respect des personnes, doit s'attacher à des valeurs et défendre au quotidien une approche essentielle de reconnaissance et de respect. L'Académie doit INTERDIRE de son Dictionnaire et donc de la langue, toute abréviation se rapportant à des personnes.

Nous utiliserons tous les médias possible pour changer ces mentalités de nivellement par le bas. Le respect de la personne ne se discute pas en République. Quand on commence à stigmatiser  officiellement des personnes par des abréviations, on revient à des périodes de honte de l'humanité.

Bien cordialement, les Sans Abri, SANS DOMICILE, sans maison, sans foyer, les sans définition fixe.

Didier P., Langon

L’Académie répond

Vous avez raison de condamner l’abus des abréviations, dans la mesure où cet abus relève de la paresse intellectuelle ou d’un style négligé. Néanmoins, on ne saurait voir dans leur emploi une quelconque volonté de stigmatiser. Les sigles et les acronymes sont d’ailleurs vieux comme l’écriture. Ils remontent à la plus haute antiquité. Aujourd’hui encore Rome a conservé un peu partout les lettres S.P.Q.R. (Senatus populusque romanus), et INRI (Iesus Nazarenus, Rex Iudaeorum) est présent dans bien des églises pour désigner Jésus-Christ.

Elliott C., Fontenay-sous-Bois

Le 02 décembre 2012

Courrier des internautes

Ma question concerne "il en va de même de", "il en est de même de". Laquelle est correcte ? Dit-on : "L’assertion A est vraie si l’hypothèse H est vérifiée. Il en va de même de (ou pour ?) l’assertion B"

ou "... Il est de même de (ou pour ?) l’assertion B". Et, à ce propos, doit-on laisser une espace entre un mot et le point d’interrogation qui le suit ? Mille mercis.

Et enfin, pourquoi ne pas faire suivre les exemples de courriers de lecteurs par la réponse correspondante ? Merci pour ce service précieux, en espérant que la charge n’est pas trop lourde.

Elliott C., Fontenay-sous-Bois

L’Académie répond

Permettez-moi d’abord de vous remercier, au nom de toute l’équipe de Dire, Ne pas dire, pour vos compliments. Nous publions régulièrement des lettres de lecteurs, mais vous êtes trop nombreux à nous écrire pour que nous puissions toutes les faire figurer sur notre site.

J’en arrive maintenant à votre question. Toutes les formes que vous proposez sont correctes. Il en est de même de/pour se rencontre plus que Il en va de même de/pour, mais cette dernière forme est de meilleure langue. D’autre part, il faut une espace insécable avant et après le point d’interrogation.

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