Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Damien H. (France)

Le 6 mars 2014

Courrier des internautes

Désolé de vous déranger mais j’aurais une question :

Peut-on utiliser un mot anglais pour désigner quelque chose, alors que le mot existe dans le dictionnaire français mais que la définition est différente ?

Exemple : le mot « phase » en anglais peut désigner une apparence, peut-on utiliser ce mot pour designer l’apparence d’un animal (par exemple) qui ne serait pas celle d’un animal classique (albinos ou autre) alors que le mot « phase » désigne tout autre chose en français ?

Damien H. (France, 13 février)

L’Académie répond

Il ne faut absolument pas le faire. On ne peut dans un même texte, mêler des mots de même forme, mais appartenant à des langues différentes.

On évitera par exemple de confondre Cane nero, « chien noir » en italien et « chante Néron », en latin ou I vitelli dei romani sono belli, « Les veaux des Romains sont beaux » en italien ou « Va, ô Vitellius, au son de la guerre du dieu romain ».

H. (France)

Le 6 mars 2014

Courrier des internautes

L’autre jour j’étais en cours de français et lorsque nous parlions de la notion d’anachronisme, par rapport à un texte, j’ai remarqué, dans le même texte, une sorte d’anachronisme mais de façon géographique. C’est-à-dire un objet qui ne devait pas être dans ce pays, cet endroit-là. Ensuite j’ai demandé à mon professeur si un mot existait pour exprimer une telle notion.

Il m’a dit qu’il n’en connaissait pas. J’ai fait plusieurs recherches pour un tel mot, mais j’en ai pas trouvé. Est-ce qu’il y a un terme pour exprimer le fait qu’il y a un objet dans un endroit où il ne devrait pas être (de la même façon qu’un anachronisme) ? Sinon je propose : anakinéisme avec ana comme préfixe, « à travers », comme radical « κινέω », le verbe « se déplacer », puis -isme comme suffixe. Merci de bien me répondre.

H. (France, 11 février)

L’Académie répond

Votre proposition est intéressante, mais il me semble que dans la mesure où khronos s’oppose plutôt à topos, « le lieu », on parlerait d’anatopisme. La forme anatopism existe d’ailleurs en anglais. On aurait ainsi le même parallèle qu’avec les formes utopie et uchronie.

Jean B. (France)

Le 6 mars 2014

Courrier des internautes

Je suis effaré d’entendre des journalistes se louper complètement dans l’utilisation basique des temps de la langue française. Ont-ils le droit de dire des phrases telles que « En 1842, il mangera sa première soupe », sachant que la date citée est passée, mais que le futur est utilisé pour le verbe.

Si la réponse est positive, pensez-vous que la peine de mort soit avisée pour un tel méfait ?

Jean B. (France, 18 février)

L’Académie répond

À côté des valeurs temporelles du futur, il existe des emplois dits stylistiques dans lesquels le futur n’est plus employé pour dire l’avenir mais pour atténuer l’expression d’un ordre (Vous préparerez immédiatement le dossier), pour marquer l’impatience, la reprise, etc. dans des phrases exclamatives (comprendras-tu enfin !), ou bien encore, dans un récit historique, au présent comme au passé, pour mettre en valeur un évènement. En soi, ce procédé stylistique est tout à fait correct ; lorsqu’il devient tic de langage, il peut en effet agacer.

T.B. (France)

Le 6 mars 2014

Courrier des internautes

Je vous écris car je ne comprends absolument pas votre position sur l’utilisation de « le » ou « ce midi ». En effet vous faites un parallèle avec le matin, ce qui est absurde ! Le parallèle devrait se faire avec « minuit » qui est utilisé exactement de la même façon, et pour lequel « ce » ou « le »

ne serait jamais utilisé ! Je ne vois donc aucun élément convaincant et ne comprends toujours pas cette utilisation...

T.B. (France, 11 février)

L’Académie répond

Le mot midi est polysémique. Il désigne un point précis dans le temps, marqué par le douzième coup de l’horloge, mais aussi une durée, située autour de ce point, de manière plus ou moins large.

Quand on parle de pause de midi, de repas de midi, on évoque la durée et non le point dans le temps.

J’ajoute que le minuit, ce minuit se trouve chez de grands écrivains comme Valéry, Mallarmé ou Morand.

Antoine P. (France)

Le 6 février 2014

Courrier des internautes

Je voudrais des renseignements sur la signification de l’expression « mon binôme ». Le binôme est normalement un « polynôme » d’ordre deux, c’est-à-dire un ensemble de deux éléments.

De plus en plus souvent, j’entends dire « mon binôme » dans le sens de « l’autre personne faisant partie de mon binôme ». Je trouvais cette expression assez agaçante puisqu’elle ne correspondait pas au sens étymologique du terme binôme, mais je pensais qu’elle était acceptée par extension de sens.

Cependant, je ne trouve aucune référence à cette expression employée dans ce sens dans aucun dictionnaire ; est-elle tout de même justifiée ?

Antoine P. (France, 18 novembre)

L’Académie répond

Binôme se rencontre en ce sens. Il vient de l’argot des grandes écoles. On lit dans Le Langage de l’École polytechnique, de Marcel Cohen : « Lorsque deux camarades travaillent régulièrement l’un près de l’autre, comme il est d’usage à l’École, chacun d’eux est dit le binôme de l’autre. »

Camille A. (Amiens)

Le 6 février 2014

Courrier des internautes

Étudiantes à Amiens, ma colocataire et moi avons rencontré un désaccord par rapport au terme « miroir à raser » que notre enseignant d’optique à employé. En effet, ma colocataire et l’enseignant ont utilisé ce terme pour définir « le miroir utilisé lors d’une action : le rasage ». Néanmoins le terme est-il correct ? Car en effet le miroir n’est pas utilisé pour le rasage en lui-même (comme rasoir) mais il n’est qu’accessoire. Pour moi, cette dénomination n’est donc pas correcte car il n’existe pas de spécificité à chaque miroir, le fait d’en utiliser un pour se coiffer ou se raser n’en fait pas un « miroir à coiffer » ou un « miroir à raser ». On ne peut attribuer l’action au miroir, c’est donc le « à » qui ne me convient pas.

Quel est votre avis ? Peut-on employer cette expression ?

Camille A. (Amiens, 12 novembre)

L’Académie répond

Le complément de détermination, en français, peut correspondre à plusieurs structures et, par là, à plusieurs sens. Ainsi, la corde à sécher le linge n’est pas une corde qui sèche le linge, mais sur laquelle on fait sécher le linge ; cela tient à la polysémie de la préposition à (ce qui est vrai aussi pour de).

Une jupe de laine est faite en laine, un accident de la route se produit sur la route (et ce n’est pas la route qui est accidentée), un baiser de Russie est envoyé depuis la Russie et n’est pas un baiser à la russe, etc.

En soi, donc, grammaticalement rien n’empêche de comprendre « à raser » comme un complément de détermination à valeur de destination : « un miroir destiné au rasage ». Cependant, il faut admettre que, dans l’usage, les compléments de détermination concernant le mot miroir décrivent davantage son format que sa destination (miroir en pied, miroir de poche, miroir à trois faces) et que, sur le modèle de miroir de toilette, il serait peut-être plus conforme de dire miroir de rasage.

En espérant contribuer à la réconciliation.

Jean-Pierre J. (Zalana)

Le 6 février 2014

Courrier des internautes

Quel est le bon accord : « une dizaine de jeunes chantait ou chantaient » ?

Quelle est la règle ?

Jean-Pierre J. (Zalana, 8 novembre)

L’Académie répond

Vous pouvez écrire les deux, selon que vous faites l’accord avec dizaine ou avec jeunes.

Mais dans des constructions composées de noms du genre de dizaine, centaine, millier au singulier (qui sont particulièrement proches des déterminants numéraux) et d’un complément au pluriel, c’est ce dernier qui commande l’accord. Dans Le Grand Meaulnes, d’Alain-Fournier, on trouve par exemple : « Une dizaine de voix répondent. »

Il est vraisemblable que l’accord en fonction du sens domine.

Justine D. G. (France)

Le 6 février 2014

Courrier des internautes

Doit-on dire « une semaine après que je sois allée » ou « une semaine après que je suis allée » ?

Justine D. G. (France, 15 novembre)

L’Académie répond

Après après que, on doit utiliser l’indicatif. Voyez L’Âme des poètes, de Charles Trénet : « Longtemps, longtemps, après que les poètes ont disparu, leurs chansons courent encore dans les rues»

Certains auteurs, sans doute par analogie avec avant que, utilisent le subjonctif après après que ; ils font alors une faute de grammaire.

L. Le G. (Tours)

Le 6 février 2014

Courrier des internautes

Je me pose depuis trop longtemps deux questions.

La première, la plus vieille, concerne les phrases du type « Cette affirmation me semble juste ». Quelle est alors la fonction grammaticale du pronom personnel « me » ? Il ressemble à un complément d’objet indirect mais sembler est attributif et je ne sais pas si les deux sont compatibles.

Il ne semble pas non plus être attribut du sujet.

Ma seconde question concerne le verbe « insulter ». J’avais l’habitude de corriger mes amis lorsqu’ils prononçaient des phrases comme « Pierre m’a insulté d’abruti », leur expliquant qu’on disait plutôt

« Pierre m’a traité d’abruti » et qu’insulter n’était pas transitif indirect mais seulement transitif direct. Récemment, j’ai voulu vérifier et ai ouvert un Bescherelle de conjugaison, où il était écrit : « Insulter T, Ti » (Ti correspondant à transitif indirect). Me suis-je trompé et peut-on dire « insulter d’abruti » ? Est-il transitif indirect dans un autre cas auquel je n’ai pas pensé ? Le Bescherelle s’est-il trompé ?

L. Le G. (Tours, 14 novembre)

L’Académie répond

Dans Cette affirmation me semble juste, me est complément de l’attribut juste.

La phrase Il m’a insulté d’abruti est incorrecte grammaticalement. On doit écrire Il m’a traité d’abruti, abruti étant attribut du complément d’objet direct me.

Cela étant, si, dans tous les cas, insulter de est fautif, il est vrai que dans la langue classique insulter à existe, avec le sens de « manquer à ce que l’on doit aux personnes, aux choses ; constituer une provocation, un outrage, une inconvenance à leur égard ». On a dit ainsi Insulter au roi, aux dieux (ce tour est vieilli), mais on dit encore aujourd’hui Ce livre insulte à sa mémoire. De tels propos insultent à la raison, au bon sens, au bon goût. Leur faste insulte à la détresse publique.

Stéphane L. (La Réunion)

Le 6 février 2014

Courrier des internautes

Je suis encore au lycée et je vous contacte parce que mon professeur de cette année ne dit pas la même chose que celui de l’année dernière en ce qui concerne l’adverbe « aussi ». L’un d’eux dit qu’on ne doit jamais l’employer en début de phrase et l’autre dit que si on le fait, on doit effectuer l’inversion sujet/verbe de la proposition à laquelle il est rattaché.

Merci de m’éclairer sur le sujet.

Stéphane L. (La Réunion, 20 novembre)

L’Académie répond

On peut trouver aussi en tête de phrase. Dans ce cas aussi ne signifie pas « autant », mais « À cause de cela, c’est pourquoi, en conséquence ». Il était déjà tard. Aussi décidèrent-ils de chercher une auberge.

On peut peut-être essayer, sinon de réconcilier, au moins de rapprocher les points de vue de vos professeurs. Comme aussi, avec l’inversion du sujet, amène une conclusion, il se trouve effectivement en tête de proposition, mais souvent à l’intérieur de la phrase qui contient une autre proposition à laquelle il amène une forme de conclusion. Il aurait eu tort d’agir de la sorte ; aussi ne l’a-t-il point fait. Mais, une fois encore, il peut se trouver en tête de phrase.    

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