Dire, ne pas dire

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Le deuxième Trafalgar

Le 07 décembre 2017

Bloc-notes

Passant place de la Concorde, des milliers de touristes et de Parisiens peuvent lire désormais, affichée en lettres géantes, devant les colonnes de l’ancien ministère de la Marine, une phrase absurde en anglais. En bas et à gauche, mais en petits caractères, ils se consoleront en déchiffrant une traduction pour les nuls en un idiome désormais considéré comme un patois ringard et méprisable : la langue française.

Je parle ici au nom des marins et amiraux de l’histoire, humiliés jadis par l’Angleterre au soir de la bataille navale de Trafalgar. Aucun d’entre eux, je veux dire d’entre nous, n’en oublia jamais la blessure. Ne se révolteraient-ils pas si, revenus, ils voyaient cet aplatissement, cet avachissement, ce « lèche-cul » des puissants de ce monde ?

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les armées nazies avaient multiplié sur les murs de Paris et des villes de France des phrases en allemand. Et nos collabos disaient qu’il fallait bien que nous apprenions les mots des triomphants. Il faut bien qu’aujourd’hui nous soyons assujettis aux diktats des dominants.

Abêtissons-nous, acceptons, tête baissée, l’humiliation de ce deuxième Trafalgar, où l’armée ennemie est composée de nos concitoyens.

Michel SERRES
de l’Académie française

Attentionné pour Attentif

Le 07 décembre 2017

Emplois fautifs

Attentif est un adjectif tiré du latin attentus, de même sens, participe passé de adtendere, qui signifie « tendre vers » et, en particulier « tendre son esprit vers », c’est-à-dire « accorder toute son attention à ». On le trouve dans notre langue depuis le xive siècle. Attentionné n’apparaît, lui, qu’au xixe siècle. Il est dérivé d’attention au sens de « prévenance envers autrui » et se construit avec un nom de personne, tandis qu’attentif se construit généralement avec un nom de chose abstrait. Employer l’un de ces adjectifs pour l’autre est une maladresse dont il faut se garder.

On dit

On ne dit pas

Cet élève réussit car il est attentif à ce qu’on lui dit en cours

Il est très attentionné avec ses grands-parents

Cet élève réussit car il est attentionné à ce qu’on lui dit en cours

Il est très attentif avec ses grands-parents

J’ai pris le parti pris

Le 07 décembre 2017

Emplois fautifs

La locution nominale parti pris désigne une opinion préconçue ou une décision prise d’avance. Elle entre dans la composition d’autres locutions, le plus souvent péjoratives, signalant que tel ou tel est partial et se refuse à juger objectivement : il est de parti pris dans cette affaire. Elle cesse cependant de l’être quand elle désigne l’intention déterminée qu’un artiste manifeste dans l’exécution d’une œuvre : un parti pris de modernité. La locution Parti pris est tirée de l’expression prendre parti, c’est-à-dire soutenir une personne, un camp, dans une querelle ou un débat. Cette dernière existe depuis le xive siècle avec ce sens ; au xviie siècle, elle signifiait aussi « choisir un métier, une profession dans les affaires ou dans les armes », tandis que prendre son parti apparaît avec le sens de « se résigner » ou d’« adopter une résolution ». Il s’agit là de de tours parfaitement corrects, mais qu’il ne faut pas mêler pour en faire l’étrange phrase J’ai pris mon parti pris que l’on commence, hélas, à entendre ici ou là.

On dit

On ne dit pas

J’ai pris le parti de venir

J’ai pris le parti pris de venir

L’intéressement, l’intérêt

Le 07 décembre 2017

Emplois fautifs

Dans son Recueil général des anciennes lois françaises de 420 à la révolution de 1789, qu’il fit paraître avec Jourdan et Decrusy, François André Isambert cite un texte du 19 juin 1464 où on peut lire ceci : « Que tous les maistres coureurs aient […] pour leur interessement […] chacun 50 livres. » Intéressement désigne alors la somme allouée pour un service. Ce nom fait un petit tour dans la langue et puis s’en va. On ne le reverra qu’au xxe siècle, en économie, pour désigner le fait d’intéresser financièrement le personnel aux résultats d’une entreprise. On se gardera bien d’imiter les quelques auteurs qui en ont fait un synonyme grandiloquent d’intérêt au sens d’« attention » ou de « curiosité qu’une chose éveille dans l’esprit et qui incite à vouloir la mieux connaître ». On dira donc j’ai lu votre livre avec beaucoup d’intérêt et non avec beaucoup d’intéressement. Ces conseils valent aussi, bien sûr, pour le couple désintérêt / désintéressement.

On dit

On ne dit pas

Il montre le plus grand intérêt pour ses études

Ses propos sont sans intérêt

L’intéressement aux bénéfices

Il montre le plus grand intéressement pour ses études

Ses propos sont sans intéressement

L’intérêt aux bénéfices

Un peintre pointilliste, un banquier pointilleux

Le 07 décembre 2017

Emplois fautifs

Les adjectifs pointilleux et pointilliste sont paronymes mais si, in fine, ils ont la même étymologie, ils ont pourtant des sens bien différents. Pointilleux, qui se rencontre dès la fin du xvie siècle et qui signifie « qui aime à chicaner sur les moindres détails », est un dérivé de pointille, « chose futile, bagatelle », nom aujourd’hui sorti d’usage et qui nous venait, par l’intermédiaire de l’espagnol, de l’italien puntillo, de même sens et qui signifiait proprement « petit point ». Ce dernier était issu du latin punctum, à l’origine de notre « point ». De point dérive le verbe pointiller, « faire des points avec la plume, le crayon, le burin, le pinceau », et de ce verbe, pointillisme, une technique qui consiste à peindre en juxtaposant des points de tons purs et que pratiquent les peintres pointillistes. Même si des peintres peuvent être attentifs aux plus petits détails et se montrer parfois pointilleux, on se gardera donc bien de confondre ces deux formes et l’on veillera à ne pas employer l’une pour l’autre.

On dit

On ne dit pas

Seurat et Signac étaient des peintres pointillistes

Un examinateur très pointilleux

Seurat et Signac étaient des peintres pointilleux

Un examinateur très pointilliste

Néologismes et anglicismes en 1855

Le 07 décembre 2017

Néologismes & anglicismes

De nombreuses personnes sont inquiètes et agacées par la prolifération des anglicismes dans notre langue. Cette prolifération n’est pas récente. En témoigne cet extrait de l’Épître à Boileau sur les mots nouveaux, un texte que l’académicien Jean-Pons-Guillaume Viennet lut en séance publique de l’Institut en 1855, et dans lequel il s’efforce de défendre notre langue tout en se louant de la concorde qui grandit entre la France et l’Angleterre.

« On n’entend que des mots à déchirer le fer,

Le railway, le tunnel, le ballast, le tender,

Express, trucks, wagons ; une bouche française

Semble broyer du verre ou mâcher de la braise. […]

Certes de nos voisins l’alliance m’enchante,

Mais leur langue, à vrai dire, est trop envahissante

Faut-il pour cimenter un merveilleux accord

Changer l’arène en turf et le plaisir en sport,

Demander à des clubs l’aimable causerie,

Flétrir du nom de grooms nos valets d’écurie

Traiter nos cavaliers de gentlemen-riders ;

Et de Racine un jour parodiant les vers,

Montrer, au lieu de Phèdre, une lionne inglèse,

Qui, dans un handicap ou dans un steeple-chase,

Suit de l’œil un wagon de sportsmen escorté,

Et fuyant sur le turf par le truck emporté ? »

À l’avance, par avance, d’avance, en avance

Le 07 décembre 2017

Extensions de sens abusives

La locution à l’avance, autrefois critiquée, est aujourd’hui acceptée comme synonyme de par avance et d’avance et elle se lit plus de trente fois dans le Dictionnaire de l’Académie française. On se gardera de confondre ces locutions avec en avance, qui a un sens légèrement différent et qu’on emploie pour parler d’une action qui a eu lieu avant le moment fixé ou prévu.

On dit

On ne dit pas

Je sais à l’avance, par avance, d’avance ce qu’il va faire

Il est arrivé en avance à son rendez-vous

Je sais en avance ce qu’il va faire

Il est arrivé à l’avance, par avance à son rendez-vous

Un tantinet soit peu pour Un tantinet ou Un tant soit peu

Le 07 décembre 2017

Extensions de sens abusives

Le mot tantinet se rencontre comme nom commun et a le sens de « petite quantité ». Donnez-moi un tantinet de pain, lit-on dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française. Il entre aussi dans la composition de la locution adverbiale un tantinet, « un peu » : Elle est un tantinet fâchée contre vous. La locution un tant soit peu a une valeur adverbiale et signifie « en très petite quantité, presque rien ». Rappelons que mêler ces deux expressions pour en faire le tour un tantinet soit peu est incorrect.

On dit

On ne dit pas

Il est un tantinet impatient, il est un tant soit peu impatient

Il est un tantinet soit peu impatient

Cela est triste mais Ça rigole

Le 07 décembre 2017

Bonheurs & surprises

Le pronom cela a été victime du long travail de sape de son diminutif ça. Les quatre premières éditions du Dictionnaire de l’Académie française avaient superbement ignoré ce dernier, mais, en 1798, peu d’années après qu’on avait beaucoup entendu chanter « Ah ça ira, ça ira… », en pleine période révolutionnaire, il se faufila dans la cinquième édition : « Ça se prend quelquefois pour Cela, mais il est populaire et familier. Qu’est-ce que ça vaut ? Donnez-moi ça. » Une édition plus tard, en 1835, on cessa de le présenter comme populaire : « Ça se dit par contraction, dans le langage familier, pour Cela. »

Il faut dire que ce fourbe de ça était bien servi par la chance : des deux rivaux qu’il avait, ce et cela, le premier était atone et le second trop long.

Pourtant cela ne manquait pas d’atouts : le couple harmonieux qu’il formait avec ceci, mais aussi, et surtout, une capacité à se substituer à un on de deuxième ou de troisième personne pour remplacer des êtres animés, ce dont son comparse ceci était bien incapable. Dans sa Grammaire française, parue en 1821, l’abbé Cheucle dit fort justement à ce propos : « Quelquefois, dans le style familier, cela se dit aussi des personnes. Par exemple, on dira d’un enfant : Cela ne fait que jouer. En moins de rien cela pleure et cela rit. Il faudrait à cela toujours de nouveaux jouets. » En général cela s’emploie en ce sens avec la tendresse qu’on réserve aux plus faibles ou avec le mépris condescendant dont on use envers ceux que l’on considère comme inférieurs. L’abbé Cheucle avait parlé des enfants ; un autre ecclésiastique, le père Binet, employait ce tour deux siècles plus tôt dans ses Œuvres spirituelles pour parler des femmes : « … Encor luy faut-il demander pardon après avoir été outragé d’elle ; cela crie, cela menace, cela fait des sermens horribles […]. » L’académicien Jules Janin fit usage du même pronom pour évoquer, dans ses souvenirs, le chien qu’il rêvait d’avoir quand il était encore enfant : « Un chien ! Cela bondit, cela pleure, cela rit avec vous et comme vous. » Le xixe siècle va chérir ce tour et les plus grands emploient cela avec sa valeur hypocoristique, que ce soit Hugo, dans Lucrèce Borgia : « Comme cela dort, ces jeunes gens », ou dans La Légende des siècles : « Elle allait et venait dans un gai rayon d’or ; / Cela jouait toujours, pauvre mouche éphémère ! », ou George Sand, dans Mauprat : « Cela parle de donner la mort, et tout au plus si cela est né. »

Mais, là encore, cela a vite été concurrencé par ça. On lit déjà dans Le Lys dans la vallée, de Balzac : « Elle […] se croit une sainte ; ça communie tous les mois. » Quant à Vigny, dans Quitte pour la peur, il propose une façon de guide par l’exemple de l’emploi des pronoms ça, ce et la « Le jour où je la vis, ce n’était pas ça du tout. C’était tout empesé, tout guindé, tout raide, ça venait du couvent, ça ne savait ni entrer ni sortir […]. » Et l’on se gardera bien d’oublier les innombrables ça fait sa duchesse, sa sucrée, ça fait son intéressant, ça répond, ça n’obéit pas, ça n’a seulement pas de tête si présents dans la langue parlée.

On ne s’étonnera donc pas que, supplanté dans l’usage par ça, cela ait été mis au ban des outils grammaticaux. L’histoire de notre malheureux pronom confirme les vers d’Ovide, dans les Tristes : Donec eris felix, multos numerabis amicos ; tempora si fuerint nubila, solus eris : « Tant que tu seras dans la prospérité, tu compteras de nombreux amis ; que ton ciel vienne à se couvrir et tu seras seul. » Seul ? Non, bien pis, ostracisé ! Alors que la préface de la deuxième édition du Dictionnaire de l’Académie française, en 1718, annonçait que les mots devaient être traités sur le même pied : « Il semble en effet qu’il y ait entre les mots d’une Langue, une espèce d’égalité, comme entre les Citoyens d’une République. Ils jouissent des mesmes privilèges, & sont gouvernez par les mesmes loix », on fut à deux doigts de créer contre ce pauvre cela une loi d’exception, de rétablir les proscriptions. Ne lit-on pas, en effet, dans la Grammaire des grammaires ou Analyse raisonnée des meilleurs traités sur la grammaire française, que Charles Pierre Girault-Duvivier fit paraître en 1811, cette abomination : « Les anciens grammairiens avaient cherché à établir une exception bien singulière : ils voulaient que le participe passé, employé dans les temps composés d’un verbe actif, quoique précédé de son régime direct, ne s’accordât pas avec ce régime, lorsque le sujet était énoncé par le démonstratif cela, et ils étaient d’avis d’écrire : Les soins que cela a exigé, les peines que cela a donné au lieu de Les soins que cela a exigés, les peines que cela a données ».

Était-il possible d’imaginer plus scandaleuse injustice ? Cette proposition ne fut pas adoptée, mais le mal était fait. Si le pauvre pronom cela ne fut pas exclu des règles d’accord, il fut peu à peu banni de l’usage et remplacé par ça. Comment s’étonner dès lors que, quand bien même notre langue aurait conservé quelques cela pleure, cela geint, cela gémit ou cela est triste, ce soit à foison que l’on trouve des ça sourit, ça s’amuse, ça chante ou ça rigole ?

On laissait clabauder les caillettes et les cafards

Le 07 décembre 2017

Bonheurs & surprises

Pour évoquer les ennuis qu’on lui fait à Genève, Rousseau écrit au livre XII des Confessions : « […] On [le pouvoir en place] laissait clabauder les caillettes et les cafards […]. » Après avoir admiré l’allitération, penchons-nous sur ces mots qui ont ce son [k] à l’initiale, clabauder, caillettes et cafards.

Clabauder vient du vocabulaire de la vènerie. Il signifie « aboyer fréquemment ; se récrier sans être sur les voies de l’animal chassé » et, figurément, « se répandre en bavardages malveillants ». Dans une épigramme intitulée À messieurs les Académiciens d’au-delà des monts, Saint-Amant l’employait pour brocarder ses confrères :

« Vous feriez mieux de vous taire,

Messieurs les doctes impudents,

Que de clabauder en pédants

Sur des vétilles de grammaire. »

Ce verbe est dérivé de clabaud, chien de chasse aux oreilles pendantes qui aboie sans raison. Ce sens s’est vite étendu aux hommes. On lit ainsi dans la quatrième édition du Dictionnaire de l’Académie française : « On dit figurément & par injure, en parlant d’Un homme stupide & grossier, & qui parle beaucoup & mal-à-propos, que C’est un clabaud. » On y apprend également que, par analogie de forme, clabaud désigne aussi certain couvre-chef : « On dit figurément & familièrement d’Un chapeau qui a les bords pendans, qu’il fait le clabaud, qu’il est clabaud. »

L’origine de clabaud a longtemps été discutée. Littré en faisait une forme tirée de l’ancien haut allemand klaffôn, « bavarder, faire du bruit », mais il évoquait aussi le passage dans la langue commune de Clabault, nom donné à un chien dans le Mistere du vieil testament. Cependant, les autres noms qu’on y trouve : Patault (c’est aussi la première apparition de ce mot en français), Veloux, Satin, laissent à penser que ces noms ont été donnés aux chiens en raison de leur aspect (à grosses pattes pour le premier, au poil doux pour les deux autres).

On a également rapproché ce mot de l’hébreu cheleb ou chalab, ce qui en aurait fait un voisin de notre clebs, emprunté, lui, de l’arabe.

Voyons maintenant les caillettes. Il semble que ce nom soit tiré d’un nom propre, Caillette, qui fut le fou de Louis XII et de François Ier, mais l’influence de caillette, le diminutif de caille, a fortement contribué à son expansion. Ce volatile avait en effet la réputation de criailler continuellement et on supposait que la chaleur de cet animal, signalée par l’expression chaud comme une caille, était liée à une grande ardeur sexuelle. Nicot écrit d’ailleurs dans son Dictionnaire que « L’usage de telle chair engendre le sperme », et Littré signale que l’on appelait familièrement une femme galante « une caille coiffée ». Mais caillette peut aussi qualifier un homme frivole et babillard, appelé franche caillette dans la quatrième édition du Dictionnaire de l’Académie française.

C’est sans doute Voltaire qui assura définitivement le succès de ce nom quand il écrivit, à propos de Mme de Sévigné : « Je l’ai prise une fois [Mme du Deffand] pour madame de Sévigné à son style, mais je n’aurais jamais pris madame de Sévigné pour elle, car, en fait de raison, cette madame de Sévigné est une grande caillette. » On notera avec amusement que l’on trouve comme un écho de ce texte dans la correspondance de Frédéric II de Prusse, qui écrivit au sujet de Mme de Pompadour, qu’il tenait pour responsable des malheurs de la France, qu’elle était « une petite caillette de la rue Saint-Denis ». Rappelons, pour conclure sur nos caillettes et sur l’importance de bien parler, ce mot de l’académicien Duclos dans Les Confessions du comte de*** : « La caillette de qualité ne se distingue de la caillette bourgeoise que par certains mots d’un meilleur usage… »

Venons-en maintenant à nos cafards, nom emprunté de l’arabe kafir, « incroyant », puis « renégat » et enfin « faux dévot, hypocrite », et que les guerres de Religion popularisèrent. Comme ces faux dévots affectaient de fuir la lumière et arboraient des vêtements noirs – pour montrer l’austérité de leurs mœurs –, on donna aussi ce nom aux blattes, insectes sombres et à la vie essentiellement nocturne.

Cafard passa ensuite dans l’argot scolaire pour désigner un délateur. De ce sens on tira le verbe cafarder et sa forme altérée cafter. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’au xixe siècle, les voleurs, qui opéraient plus à l’aise et avec moins de risques quand les nuits étaient bien noires, appelaient la lune la cafarde. À cette même époque, le noir des vêtements des faux dévots et celui des élytres de nos Blattidés fut associé à de sombres pensées, et cafard devint aussi un synonyme de « spleen » ou, pour avoir un nom porteur dans son étymologie de ce noir, de « mélancolie ». Notons, pour conclure, l’élégance bucolique de Rousseau qui, pour désigner ses ennemis, préféra emprunter au registre animalier plutôt que de parler vulgairement de femmes légères et d’hommes empesés.