Dire, ne pas dire

Dire, ne pas dire

« Ce n’est pas possible ! »

Le 05 février 2015

Bloc-notes

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À chaque fait divers un peu vraiment différent de ce qui arrive habituellement (accident, perturbation météorologique, inondation ou tremblement de terre, attentat ou autre catastrophe), à chaque fois donc que surgit un fait justement divers, autre que ce que les normes ou du moins les statistiques permettaient de prévoir, les victimes ou les simples témoins s’écrient très souvent que « ce n’est pas possible ! ». Ainsi quand les tours de New York s’effondrèrent pourtant effectivement devant des millions de téléspectateurs et faisant des milliers de morts, ainsi quand un raz de marée dévastait une presqu’île entière sous l’œil de cinéastes improvisés, ainsi devant un proche dont je découvrirais le cadavre au pied d’une falaise ou au fossé d’une route, tous nous dirions sans doute que « ce n’est pas possible ! ». Étrange réaction, puisque que, possible ou non, il s’agit d’une effectivité, d’un fait, d’un donné, qu’on ne peut que constater et dont l’existence ne saurait se discuter.

Il y aurait ici une inconséquence, s’il ne s’agissait pas en fait d’un dédoublement de sens de la catégorie même du possible. Au sens commun (qui ne fait qu’un avec celui de la métaphysique), le possible précède l’effectif et il le prépare à son passage à l’effectivité en attestant que sa définition (ou essence) ne se contredit pas selon les règles de notre entendement et donc qu’elle n’a rien d’impossible. Cette possibilité par non-contradiction se redouble d’ailleurs d’une autre possibilité, celle des conditions du passage à l’effectivité (l’existence) : il faut s’assurer d’avance que la chose possible en son concept peut encore être produite en effet, dans les conditions dites normales de l’expérience. Bref, ce possible respecte, avant de passer à l’effectivité, le principe d’identité et le principe de raison suffisante. Il pré-voit ainsi la chose avant qu’elle n’arrive. Et elle n’arrive jamais sans montrer son identité ni assurer qu’elle détient les moyens (causes, raisons) de pourvoir à sa subsistance (son existence). Une telle définition de la possibilité convient parfaitement aux objets, dont le concept se trouve pensé et pré-vu avant leur production dans l'effectivité. Ici, nulle surprise, mais rien que des projets, des projets de produits : l’effectivité se borne à compléter la possibilité, n’y ajoutant que la réalisation elle-même de ce qui, dans la pensée, se trouvait déjà là.

Mais le sens de la possibilité qui définit les objets ne convient plus lorsqu’il s’agit d’événements. L’événement a en propre d’advenir sans avoir été pré-vu. Il n’a demandé aucune permission pour surgir. Il s’impose d’un coup, sortant de nulle part (de nulle prévision). Il éclate, comme une guerre, un obus, une explosion. Il ne vient que de lui-même, d’un lieu inconnu et insoupçonné avant cette irruption. Quand il arrive, il est déjà trop tard : il occupe toute la scène, son effectivité règne de fait. Étrange situation, puisque que cette effectivité, qui ne peut se contester, puisqu’elle détruit souvent les autres possibles et redéfinit l’équilibre des autres existences, nous reste, la plupart du temps, incompréhensible : l’événement est là, bien là, mais cette existence en devient encore moins pensable, elle n’offre pas d’essence déjà vérifiée ou connue. Bref, l’événement accomplit son effectivité sans passer par la case préalable du possible. Non qu’il soit impossible, puisqu’il a bien franchi la porte d’entrée dans l’effectivité, puisqu’aussi il va rendre intelligibles les autres possibles (redéfinis à partir de lui) ; mais il reste, et pour d’autant plus longtemps qu’il a d’importance, à nous inconcevable. Sa possibilité en tant qu’événement ne dépend pas de notre concept de possibilité (la non-contradiction de l’essence, la suffisance des causes ou des raisons).

Cet autre possible, que le langage quotidien n’hésite pas à invoquer contre l’usage logique (et métaphysique), aussi extraordinaire qu’il reste, n’a rien de marginal ou d’excentrique. Car ce sont les événements impossibles et effectifs qui définissent l’histoire : les guerres et certaines paix, les découvertes, les exploits et les désastres, les morts et les naissances surgissent comme des voleurs, ou avancent sur des pas silencieux comme des colombes. Et nous devons vivre avec eux, en apprenant à leur trouver un sens, si possible, vrai.

 

Jean-Luc Marion
de l’Académie française

Il risque de gagner

Le 05 février 2015

Emplois fautifs

Le verbe risquer signifie « s’exposer à un danger éventuel ou à une situation désagréable ». On ne peut donc l’employer qu’avec des termes appartenant à ces mêmes champs lexicaux. On dira très bien Il risque de se blesser, de perdre, il risque un accident, ou, si ce verbe est employé de manière impersonnelle, Il risque de pleuvoir. Mais on ne dira pas Elle risque de gagner ni Nous risquons d’avoir beau temps. De la même façon, avoir des chances ne peut s’employer qu’avec des termes ayant une connotation positive. On dira donc Il a des chances de réussir mais non le blessé a des chances de ne pas passer la nuit.

on dit

on ne dit pas

Elle peut réussir son examen, elle a des chances de réussir son examen

Il risque de finir dernier

Elle risque de réussir son examen
 

Il a des chances de finir dernier

 
 

Le pitaine des Ricains

Le 05 février 2015

Emplois fautifs

On lisait dans un ouvrage du XIXe siècle qui évoquait l’aphérèse : « […] au lieu de prouver la vigueur de l’esprit, elle prouve plutôt sa paresse et son ignorance ; elle consiste à supprimer une lettre ou une syllabe au commencement d’un mot ». Ce procédé appartient surtout à la langue populaire qui a ainsi fait, à partir de noms Nicolas, Antoinette, Elise ou Sébastien, les formes Colas, Toinette, Lise ou Bastien. Si quelques mots se sont imposés dans la langue, comme bus, gnon (tiré d’oignon) ou tudieu (tiré de vertu Dieu), il convient cependant de ne pas abuser de ce procédé, pas plus que du procédé inverse, l’apocope, comme nous l’avons déjà signalé.

 

on dit

on ne dit pas

Vous allez bien ?

Bonjour, Bonsoir

Les Américains

Z’allez-bien ?

Jour, Soir

Les Ricains

 

Participer à, participer de

Le 05 février 2015

Emplois fautifs

Le verbe participer peut s’employer absolument. Il signifie alors « prendre part aux activités d’un groupe » et s’emploie beaucoup dans le domaine scolaire. On dira fréquemment d’un élève qu’il doit participer en cours. Mais il peut aussi avoir un complément introduit par une préposition. Le sens du verbe variera alors selon qu’il sera suivi de la préposition à ou de la préposition de. Participer à signifie « prendre part à une activité donnée », alors que participer de signifie « avoir une similitude de nature avec, relever de ». On se gardera bien de confondre ces différents sens.

 

on dit

on ne dit pas

Nos amis voudraient participer à la fête

Ce spectacle participe du cirque et du music-hall

Nos amis voudraient participer de la fête

Ce spectacle participe au cirque et au music-hall

 

Satyre, satire

Le 05 février 2015

Emplois fautifs

Ces deux homonymes sont trop souvent confondus, mais leurs sens, leur origine et leur genre sont différents ; l’un nous vient de la mythologie, l’autre de la cuisine. Satyre, nom masculin, est emprunté, par l’intermédiaire du latin Satyrus, du grec Saturos. Ce dernier est un demi-dieu rustique, compagnon de Dionysos et traditionnellement représenté avec de longues oreilles pointues, de petites cornes sur la tête, une queue et des jambes de chèvre. Devenu nom commun, il désigne aujourd’hui un homme particulièrement lubrique. Satire, nom féminin, est emprunté du latin satira ou satura, qui a d’abord désigné une macédoine de légumes, un mets regroupant toutes sortes d’ingrédients puis, en littérature, une pièce comique mêlant différents genres. Aujourd’hui satire désigne une œuvre pleine d’ironie mordante. Notons d’ailleurs que les liens entre cuisine et art ne sont pas si rares : en témoignent les mots farce ou pot-pourri, passés eux aussi de l’une à l’autre.

 

on écrit

on n’écrit pas

Une satire contre le pouvoir

Un satyre au comportement obscène

Une satyre contre le pouvoir

Un satire au comportement obscène

 

Dealer

Le 05 février 2015

Néologismes & anglicismes

L’anglais deal peut désigner différents types de commerces ou d’arrangements, un trafic de substances illicites et, enfin, une donne aux cartes. Ce dernier sens, employé de manière métaphorique, se répandit dans le monde entier quand le président Roosevelt proposa à ses concitoyens une nouvelle organisation de la société, le New Deal. Si cette locution est entrée dans l’histoire, l’anglicisme dealer, verbe (prononcé ) et nom (prononcé -eur), n’est employé en français que pour évoquer la vente de drogue, et on peut donc lui substituer les formes trafiquer et trafiquant. Il est certes regrettable que les mots de cette famille, jadis neutres – comme en témoigne cet extrait de La Princesse de Clèves : « Le lendemain qu’elle fut arrivée, elle alla pour assortir des pierreries chez un Italien qui en trafiquait par tout le monde. Cet homme […] s’était tellement enrichi dans son trafic… » –, ne servent aujourd’hui qu’à désigner des commerces illégaux, mais force est de constater qu’ils conviennent parfaitement pour éviter cet anglicisme.

 

on dit

on ne dit pas

Un trafiquant de drogue

Vendre de la drogue

Un dealer

Dealer de la drogue

 

En live

Le 05 février 2015

Néologismes & anglicismes

Cette forme n’est correcte ni en français ni en anglais parce qu’elle participe des deux langues. Les Anglais emploient le terme live seul quand nous utilisons la locution adjectivale ou adverbiale en direct : Notre envoyé spécial, en direct de New-York, une émission en direct, retransmettre en direct. C’est donc cette locution que l’on emploiera dans un texte français, non le monstre en live, pas plus que l’étrange et redondante juxtaposition en direct live.

 

on dit

on ne dit pas

Un concert retransmis en direct

Un concert retransmis en (direct) live

 

Accidentologie

Le 05 février 2015

Extensions de sens abusives

Le nom accidentologie est formé à l’aide d’accident et du très productif suffixe -logie, tiré du grec logos, désignant une étude, une science. L’accidentologie est l’étude, dans ses différents aspects, des accidents de la circulation. On ne doit donc pas donner à ce nom le sens restreint de « statistiques concernant les accidents ». On évitera également la tendance actuelle qui consiste à en faire un synonyme pompeux d’« accident ».

 

on dit

on ne dit pas

Il y a de nombreux accidents sur cette route

Les statistiques de cette région en matière d’accidents sont mauvaises

Il y a une forte accidentologie sur cette route

L’accidentologie de cette région est mauvaise

 

Classifier pour classer

Le 05 février 2015

Extensions de sens abusives

Classifier est attesté en français depuis le xvie siècle et signifie « classer méthodiquement ». Il s’emploie naturellement dans la taxinomie animale et végétale. On ne doit pas en faire un synonyme, qui semblerait plus savant, de classer et il est préférable de le réserver au domaine des sciences. Si donc on classifie des animaux et des végétaux, on se rappellera que, s’agissant de livres, de documents, etc., on emploiera des formes comme classer ou ranger.

 

on dit

on ne dit pas

Classer des fiches, des factures

Classifier des fiches, des factures

 

Avette, miel et abeille

Le 05 février 2015

Bonheurs & surprises

Avette est une forme régionale ou vieillie d’abeille. Ces deux noms sont issus de diminutifs de apis, le nom latin de cet insecte : avette est tiré de apitta et abeille de apicula. Si avette se lit encore chez Giono, ce nom fut surtout en vogue à la Renaissance. On lit ainsi chez Théophile de Viau :

« Déjà la diligente avette / Boit la marjolaine et le thym

Et revient riche du butin / Qu’elle a pris sur le mont Hymette. »

Si l’abeille était précieuse aux poètes, elle l’était aussi dans la vie de tous les jours, et en voler était sévèrement puni. Un recueil de coutumes de la fin du XIVe siècle nous apprend en effet que « Cil qui emble (dérobe) avettes, que l’on appelle eps en France et veilles en Poitou, l’en li doit crever les oeilz ».

Au XIXe siècle, on ne crève plus les yeux des voleurs, mais s’emparer d’une ruche est toujours durement condamné : de trois mois à un an d’emprisonnement si le forfait a été commis de jour, le double s’il a eu lieu la nuit. La sévérité du châtiment est liée au fait que le miel était le sucre de l’Occident ancien : qui possédait des abeilles pouvait avoir du miel, un produit de très grande valeur. Si en Chine, en effet, on savait dès l’Antiquité extraire, d’une variété de canne, du sucre, alors appelé « miel de roseau », il n’en était rien en Occident.

L’importance du rôle économique de l’abeille et la manière dont on la nomme (son nom n’est pas tiré d’une racine indo-européenne unique) pourraient amener à penser qu’elle a été l’objet de ce qu’ethnologues et linguistes appellent un tabou linguistique. Antoine Meillet avait montré que l’ours, dans les pays du Nord et de l’Est de l’Europe, n’était pas nommé par des formes tirées de la racine qui donne le grec arktos et le latin ursus, mais par une périphrase : ber, « le brun », dans les langues germaniques, medved, « le mangeur de miel », en russe, et d’autres encore comme « le vieux », « le maître de la forêt » ou « le grogneur ». On supposait qu’une forme de pensée magique interdisait de nommer l’animal que l’on chassait, sans doute en raison du prix qu’on lui accordait. Peut-être en est-il ainsi des abeilles, à la grande variété de noms : melitta, « qui lèche le miel », ou bougenês, « née d’un bœuf » (on croyait que cadavres d’animaux produisaient des abeilles), en grec ; mettiainen, « la forestière », en finnois ; madhu-lih, « qui lèche le miel », bhramarah, « la bourdonnante », et maksika, « la petite mouche », en sanscrit, ou encore mezilind, « oiseau à miel », en estonien.

Le miel produit par les abeilles est aussi depuis longtemps un symbole de douceur, et il est donc normal que cette douceur ait été rapprochée de celle du langage, en particulier chez les Grecs, dont André Chénier évoquait ainsi le parler, dans L’Invention :

« Un langage sonore aux douceurs souveraines.

Le plus beau qui soit né sur des lèvres humaines. »

La légende ne dit-elle pas que des abeilles se posèrent sur les lèvres de Pindare et de Platon alors qu’ils étaient encore des nourrissons pour annoncer la qualité littéraire de leurs œuvres à venir ?

Victor Hugo rappelle ce point dans Le Manteau impérial :

« Nous sommes les abeilles […] Nous volons […] Sur les lèvres de Platon… » Mais dans ce poème, il invite essentiellement les abeilles à quitter le manteau de Napoléon Ier pour fondre sur Napoléon III :

« Envolez-vous de ce manteau ! / Ruez-vous sur l’homme, Guerrières ! […]

Et percez-le toutes ensemble, / […] Acharnez-vous sur lui, farouches… »

Bien des siècles plus tard le phénomène se reproduisit avec saint Ambroise. Sans doute est-ce pour cela que l’évêque de Milan devint, après sa canonisation, le patron des apiculteurs. C’est un hasard heureux que cette fonction ait été dévolue à un saint nommé Ambroise, proprement « l’immortel », puisque dès la plus haute Antiquité le miel a été considéré comme un élixir de jeunesse. Nombre de vaillants vieillards, tels Pythagore et Démocrite, attribuaient leur robustesse à sa consommation, et un certain Romilius Pollion, alors âgé de plus de cent ans, répondit à l’empereur Auguste qui lui demandait par quel moyen il conservait cette vigueur d’esprit et de corps : intus mulso, foris oleo, « avec du vin miellé en dedans et de l’huile au dehors ».

 

Zizanie aquatique et ivraie

Le 05 février 2015

Bonheurs & surprises

Cette étrange locution, zizanie aquatique, ne désigne pas quelque bataille navale ni quelque différend sur l’extension des zones de pêche ou la délimitation des eaux territoriales de tel ou tel pays. Certes l’eau peut être source de bien des querelles et l’on se souviendra que le latin rivalis, à l’origine de rival, a désigné des riverains du même cours d’eau en litige quant à son utilisation avant de désigner des rivaux en amour. Zizanie vient du latin zizania, qui est à la fois un neutre pluriel désignant l’ivraie et un féminin singulier désignant la discorde, la jalousie. Ces deux formes sont empruntées du grec zizanion, « ivraie », lui-même venu du sumérien zizân, « blé ». On se réjouira que zizanie trouve son origine en Mésopotamie, proprement « entre les deux fleuves », ce qui nous rappellera l’importance de l’eau pour la culture des céréales, quand bien même elles ne seraient pas appelées aquatiques. Mais on ne sait par quel détour on est passé du blé, céréale emblématique de la naissance de l’agriculture, à l’ivraie, plante devenue un symbole du mal.

Ivraie partage avec d’autres mots la particularité d’être issu d’un adjectif. Ce nom, en effet, vient du latin médiéval planta, herba ebriaca, « plante, herbe qui enivre », parce qu’il en existe une espèce aux effets hallucinogènes qui plonge celui qui en consomme dans une forme d’ivresse. Est-ce cette ivresse originelle qui explique le manque d’assurance, les vacillements et les hésitations orthographiques de ce mot dans le Dictionnaire de l’Académie française ? En 1694 et 1718, on le rencontre sous la forme yvroye, en 1740, on lit ivroye, en 1762, ivroie et, à partir de 1798, ivraie. L’ivresse engendrée par cette plante en est un élément caractéristique puisque quand Linné la fera entrer dans sa taxinomie, il lui donnera son nom usuel en latin, lolium, auquel il ajoutera l’adjectif temulentum, signifiant, comme ebriacus, « qui enivre ». On constatera avec intérêt que les Latins n’ont pas traduit le nom grec zizanion par lolium, qui se lit pourtant chez les auteurs les plus anciens, comme Plaute ou Ennius, et aussi chez l’agronome Varron ou encore chez Virgile, mais qu’ils ont choisi de le transcrire en créant la forme zizania, sans doute pour rester plus près du texte des Évangiles. Les noms ivraie et zizanie doivent en effet leur fortune au texte de saint Matthieu. C’est grâce à lui que le nom de cette graminée est aussi universellement connu, qu’il est répandu aussi largement, linguistiquement s’entend, en dehors du champ de la botanique. Voici le début de la parabole du bon grain et de l’ivraie (XIII, 24) : « Le royaume des cieux est semblable à un homme qui avait semé de bon grain dans son champ. Mais pendant que les hommes dormaient, son ennemi vint, et sema de l’ivraie au milieu du blé (et superseminavit zizania in medio tritici) et s’en alla. »

Le nom zizanie connut, une vingtaine de siècles plus tard, un regain de vigueur quand un autre auteur, René Goscinny, dont les ouvrages, eux aussi traduits dans plus de cent langues et vendus à plusieurs centaines de millions d’exemplaires, publia un livre mettant en scène un intrigant nommé Tullius Detritus et intitulé La Zizanie.

Que ces ouvrages ne nous fassent pas oublier ce qu’est la véritable zizanie aquatique : c’est une graminée poussant dans les eaux douces peu profondes d’Amérique du Nord, nommée encore zizanie du Canada, zizanie des marais ou riz des Indiens, parce que ceux-ci connaissaient et récoltaient depuis très longtemps cette céréale aux longs grains rouge foncé.