Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Alexandre P. (France)

Le 12 juillet 2016

Courrier des internautes

Une nouvelle invention / exception linguistique commence son existence dans un paysage linguistique déjà assez embrouillé. Aujourd’hui, dans les média, on dit « à Cuba ». Souvent, le nom de ce pays est privé d’article. « Le Cuba » devient ainsi « Cuba » tout court et tout énervant.

Pourriez-vous intervenir publiquement pour (r)établir la norme ?

Alexandre P. (France)

L’Académie répond :

Devant les noms de certaines petites îles d’Europe et devant des noms masculins de grandes îles lointaines, on ne met pas d’article et on emploie la préposition : À Malte, à Chypre, à Guernesey, à Jersey, à Cuba, à Madagascar, à Haïti.

B. (Allemagne)

Le 12 juillet 2016

Courrier des internautes

Je suis allemande et je fais un exposé sur la langue que les jeunes en France utilisent dans leurs messages (Par exemple des abréviations comme aprem pour « après-midi », mdr pour « mort de rire » etc.).

Je me demande ce que pense l’Académie française sur cette tendance.

Est-ce que c’est accepté ?

B. (Allemagne)

L’Académie répond :

En ce qui concerne les SMS, le recul historique manque sans doute un peu pour savoir s’il s’agit d’une menace. Il me semble qu’il y a peu de danger. Il s’agit d’une technique d’abréviation qui a toujours été utilisée. Les étudiants qui prennent leurs cours en notes en utilisent d’autres, les moines copistes en utilisaient d’autres encore. À l’article Tiron (le secrétaire de Cicéron) du Grand Larousse, on trouve ceci : Il se rendit surtout célèbre par les perfectionnements qu’il apporta à la tachygraphie. [ ] Cet art était déjà connu des Grecs ; le poète Ennius fut, dit-on, le premier à Rome qui fit usage de cette écriture abrégée, à laquelle Tiron fit faire de grands progrès. Les notes tironiennes, bientôt perfectionnées par Sénèque, furent bientôt en usage dans tout l’empire et on s’en servit en France pour les actes publics jusqu’à la fin du IXe siècle.

Si les utilisateurs sont capables de percevoir la situation dans laquelle ils écrivent, il n’y a pas de problème. Un bon étudiant utilise des abréviations quand il prend des notes, qu’il n’emploie pas quand il rédige un devoir. Le problème se pose quand des personnes pensent que les formes abrégées sont la norme en toutes circonstances.

David T. K. (France)

Le 12 juillet 2016

Courrier des internautes

J’aimerais savoir si le mot « retrouvailles » doit toujours être employé au pluriel ou alors si un emploi au singulier serait correct.

David T. K. (France)

L’Académie répond :

Retrouvailles s’emploie essentiellement au pluriel pour évoquer le fait que des personnes se retrouvent.

Mais cette forme existe au singulier ; elle a alors un autre sens. Retrouvaille désigne le fait de retrouver ce dont on était séparé, ce qu’on avait perdu.

Émilie T. (France)

Le 12 juillet 2016

Courrier des internautes

Je suis professeur de français et professeur principal. Je suis en désaccord avec une collègue concernant l’usage de l’infinitif (dans un bulletin de notes). Cette personne marque « Bon trimestre. Résultats satisfaisants. Continuer ainsi. » Je lui ai indiqué qu’il fallait utiliser la forme impérative « Continuez » mais elle persiste et refuse de corriger, ce qui me parait être une erreur. J’ai feuilleté ma Grevisse mais je ne trouve pas la réponse explicite à ma question (l’article sur l’Infinitif étant un peu long). Auriez-vous l’obligeance de m’éclairer soit en me disant si cet usage est possible (pour que je progresse moi-même) soit en m’indiquant la règle que je pourrais fournir à cette collègue ?

Émilie T. (France)

L’Académie répond :

L’infinitif peut servir à exprimer un ordre ; il est dit alors infinitif impératif ou, de manière plus imagée, infinitif des recettes de cuisine. On le trouve dans des phrases comme Battre les œufs, verser l’huile, tenir sa droite, ne pas descendre avant l’arrêt, écrire en majuscules. Mais il est vrai qu’on évite, en général de l’associer à des pronoms ou adjectifs de 1ère ou 2e  personne.

Cela étant, il est préférable d’employer un véritable impératif car l’infinitif impératif ne s’adresse pas à une personne en particulier.

Dans un bulletin, on écrira donc Faites des efforts plutôt que faire des efforts.

Mickael R. (France)

Le 12 juillet 2016

Courrier des internautes

J’ai lu avec beaucoup d’attention vos explications relatives à l’utilisation du verbe « acter » et à la construction de l’expression « acter de ». Qu’en est-il cependant lorsque l’expression « acter de » ou « prendre acte de » n’est pas suivie d’un nom ? Le vocabulaire juridique conduit ainsi souvent ses utilisateurs à écrire « le conseil d’administration prend acte qu’il lui sera rendu compte de l’utilisation de l’autorisation ainsi accordée », ou encore « l’assemblée générale prend acte que le conseil d’administration déterminera... ». Ne devrait-on pas, dans de telles hypothèses, préférer à cette tournure, l’expression « prendre acte de ce que »?

Mickael R. (France)

L’Académie répond :

La construction acter que est régulière. On peut dire prendre acte de ce que... en donnant à acte toute sa valeur nominale ou prendre acte que en considérant prendre acte comme une locution verbale.

Roxane D. (France)

Le 12 juillet 2016

Courrier des internautes

J’aimerais savoir si l’on doit dire « Nous vivons les portes grand ouvertes » ou « grandes ouvertes »

Peut-on écrire grand’mère, grand’ place, ou doit-on écrire grand-mère, grand-place ?

Roxane D. (France)

L’Académie répond :

Grand employé adverbialement est le plus souvent variable dans des formules comme : ouvrir la porte toute grande ; ouvrir toute grande la porte ; les portes sont grandes ouvertes ; des rideaux grands ouverts ; les yeux grands ouverts. Cependant, on ne doit pas considérer l’invariabilité comme fautive : elle n’est pas rare à l’écrit.

Grand est issu du latin grandis, qui est un adjectif épicène, c’est-à-dire qu’il a la même forme au masculin et au féminin. C’était le cas en ancien français où grand était aussi la forme de féminin.

C’est à cette époque qu’a été créée la forme grand-mère, mais aussi d’autres comme grand rue ou grand porte. Ensuite, par analogie avec petit/petite, on a ajouté un e au féminin de grand.

Alexandre L.-A. (France)

Le 02 juin 2016

Courrier des internautes

Vigilant sur ou vigilant à.

Alexandre L.-A. (France)

L’Académie répond :

On dit bien veiller à mais l’adjectif vigilant ne se construit pas avec la préposition à : on l’emploiera le plus souvent sans complément ou éventuellement avec un complément introduit par avec (il est très vigilant avec ses enfants).

On dit aussi Il est vigilant sur ce point.

Geoffroy L. (Belgique)

Le 02 juin 2016

Courrier des internautes

Quelle est la différence entre « le soir » et « au soir » ? Comment s’utilisent-ils ?

Geoffroy L. (Belgique)

L’Académie répond :

Si on dit au soir on introduit une préposition qui tend à préciser et à restreindre l’extension temporelle. On peut dire Il vient le soir après le dîner, mais non Il vient au soir après le dîner. Si soir est suivi d’un complément, on peut avoir l’un ou l’autre, mais au soir est considéré comme plus littéraire : Au soir (au le soir) de la bataille.

George S. (Royaume-Uni)

Le 02 juin 2016

Courrier des internautes

Quelles sont les bonnes orthographes pour les mots concernant le réseau social Twitter ? Utiliserait-on tout simplement les anglicismes « un tweet, » « un tweeteur, » « tweeter, » etc., ou les orthographes gallicisées que l’on voit parfois – « je touite », « un touiteur », etc. - représenteraient-elles un français plus correct ?

George S. (Royaume-Uni)

L’Académie répond :

Twitter est le nom d’un système de communication développé par l’entreprise du même nom. Si ce terme et ceux qui en dérivent sont, peut-être, en train de passer dans la langue courante, il est d’usage de proposer un générique neutre, pouvant décrire tous les outils de ce type. Ainsi, le Dictionnaire terminologique du Québec propose micromessage pour un twitt (on trouve ainsi la graphie tweet) ; pour le verbe il donne microbloguer, ce qui amène assez facilement vers le mot microblogueur. La commission d’enrichissement de la langue française a également publié les fiches blogue, microblogue et microblogage, disponibles sur le site France Terme (www.culture.fr/franceterme ).

Guillaume de V. (France)

Le 02 juin 2016

Courrier des internautes

J’ai le souvenir de mes cours de grammaire d’enfant, il me semble que les prépositions à utiliser pour les verbes partir et aller sont respectivement « pour » et « à ».

Néanmoins je vois très souvent écrit « partir à », cette utilisation est-elle correcte ?

Guillaume de V. (France)

L’Académie répond :

Partir à a longtemps été condamné par les puristes.

Littré écrivait Il ne faut pas dire partir à la compagne, mais partir pour la compagne.

L’académicien et professeur de lettres Émile Faguet qualifiait partir à « d’affreux provincialisme de Paris ».

Abel Hermant le présentait comme un solécisme ignoble. Mais partir à, dont la construction est analogue d’aller à, se trouve aujourd’hui chez de nombreux auteurs et dans le Dictionnaire de l’Académie française quand le complément n’est pas un lieu précis.

On considère que la forme correcte demeure partir pour ; partir à, sans être franchement incorrect, est considéré comme familier.

Pages