Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Eloïse Ch. (Mexique)

Le 08 janvier 2015

Courrier des internautes

Bonjour, j’aimerais savoir si l’on peut dire « il n’y a pas de sous métier » ou si c’est une déformation de « il n’y a pas de sot métier ». Merci d’avance.

Eloïse Ch. (Mexique, 7 mai)

L’Académie répond :

On écrit Il n’y a pas de sot métier.

Cette expression est attestée depuis le milieu du XIXe siècle dans le Livre des proverbes de Leroux de Lincy.

Ce proverbe souligne la valeur intrinsèquement morale du travail, quelle qu’en soit la nature. On ajoute généralement, à l’intention de ceux qui moquent telle ou telle profession : Il n’y a que de sottes gens.

Justine V. (France)

Le 08 janvier 2015

Courrier des internautes

Pourquoi ne peut-on pas dire « redéposer », tandis que l’on peut dire « remettre » ou « refaire » ? Est-ce parce que le verbe « déposer » est déjà constitué du radical « poser » et du préfixe « dé- »?

D’ailleurs, quelle différence doit-on faire entre « poser » et « déposer » ?

Justine V. (France, 3 décembre)

L’Académie répond :

Théoriquement, tous les verbes sont susceptibles d’avoir un dérivé en re-. Les dictionnaires n’enregistrent que ceux qui sont bien ancrés dans l’usage.

Je vous invite, d’autre part, à consulter les définitions de poser et de déposer. Vous y verrez que si dans nombre de cas ces verbes sont synonymes, déposer a des sens que poser n’a pas. Il peut en effet signifier « retirer, enlever » comme dans déposer une fenêtre (il est alors non plus le synonyme mais l’antonyme de poser une fenêtre), poser un moteur, ou encore « chasser » comme dans déposer un roi.

Rodolphe L. (France)

Le 08 janvier 2015

Courrier des internautes

Je suis salarié d’une importante association ornithologique. L’ensemble des ornithologues français utilisent les termes « nicher » ou « nicheur » pour indiquer qu’un oiseau couve ou se reproduit. À mon avis, il faut utiliser « nidifier » à la place de « nicher ». En revanche, je ne vois pas d’équivalent au terme « nicheur » qui signifie qu’à partir de critères bien définis les ornithologues considèrent qu’un oiseau se reproduit sur un site.

Je vous remercie de votre avis sur ces deux termes.

Rodolphe L. (France, 24 novembre)

L’Académie répond :

Les dictionnaires que j’ai consultés ne présentent pas nicheur. Nidifier est un doublet savant de nicher ; l’un et l’autre viennent du latin nidificare, « faire un nid ».

On trouve dans certains dictionnaires, Faire nicher avec le sens de « Provoquer la nidification pour faire couver ».

De façon générale, l’Académie française ne crée pas de néologisme ; elle enregistre l’usage. Il peut être préférable de recourir à des périphrases pour désigner toutes ces opérations. Il est aussi possible qu’à l’usage le couple nicher/nidifier voit chacun de ces mots prendre un sens particulier. Dans la mesure où on reconnaît un peu dans nidifier la racine latine facere, « faire », il me semble que l’on pourrait garder nidifier pour « faire un nid » et nicher pour « couver ».

T. P. (France)

Le 08 janvier 2015

Courrier des internautes

Les anglicismes « before », « after » et « after work » traduisant « une fête d’après midi avant celle du soir », « une réunion festive qui suit un événement » et une « période après le temps de travaille dans une journée » contribuent-ils à la vie de la langue ? Ou sont-ils des emprunts nuisibles au français ? (Existerait-il des équivalences d’expression française ?)

T. P. (France, 18 novembre)

L’Académie répond :

Effectivement, les anglicismes se répandent et il n’existe pas, à ma connaissance, d’équivalents pleinement satisfaisants en français. On trouve un peu en usage les expressions évènement post-soirée, après-soirée ou arrière-soirée. Des propositions sur le même modèle sont envisageables pour « before » ou « after work ».

Vous pouvez soumettre ces termes pour étude dans la boîte à idées du site France Terme (www.culture.fr/franceterme).

V. (France)

Le 08 janvier 2015

Courrier des internautes

Bonjour, je suis médecin légiste, et avec plusieurs collègues nous nous questionnons sur le genre de « crevé ». Ce terme désigne dans notre spécialité les incisions cutanéo-musuclaires profondes réalisées lors d’une autopsie pour visualiser des lésions traumatiques profondes. Certains disent que ce mot est féminin, d’autres masculin car il dériverait du vocabulaire vestimentaire. Qu’en est-il réellement ?

V. (France, 11 décembre)

L’Académie répond :

Ce terme est trop spécialisé pour figurer dans des dictionnaires généraux. Mais on lit dans le Dictionnaire de médecine, édité chez Flammarion et préfacé par Jean Hamburger :

« Crevées n. f. pl. (à l’origine terme de couturière ou de tailleur désignant une ouverture longitudinale pratiquée aux manches de certains vêtements) (angl. Body incisions). Incisions longitudinales de la peau et des muscles des membres et du tronc pratiquées au cours d’une autopsie médico-légale, dans le but de rechercher l’existence d’hématomes profonds ».

Je vous conseille de choisir cette forme (le féminin pluriel) ou, éventuellement, au singulier, « une crevée ».

A-Cécile C. (États-Unis)

Le 04 décembre 2014

Courrier des internautes

Est-il correct de dire : « il me faut partir » ? Je dirais plutôt : « il faut que je parte », mais ayant entendu des personnes utiliser le verbe falloir avec un pronom personnel, je me demande si c’est une construction de phrase correcte. J’utilise le pronom personnel avec un nom : « il me faut une voiture », mais pas avec un verbe. Je voudrais donc savoir s’il est aussi possible de dire « il me faut partir ».

A-Cécile C. (États-Unis, 20 mars)

L’Académie répond :

Il me faut partir est un tour rare, mais parfaitement correct. Sa rareté fait qu’il est considéré comme une forme archaïque ou soutenue.

La fonction de me n’est pas la même dans Il me faut partir et dans Il me faut une voiture. Dans Il me faut partir, me est sujet de l’infinitif partir. Dans Il me faut une voiture, me est C.O.I. de falloir.

Caroline C. (Mexique)

Le 04 décembre 2014

Courrier des internautes

Bonjour, j’ai lu les phrases « j’ai horreur du théâtre », « j’ai horreur de la musique ». Je voudrais savoir s’il est correct de dire « J’ai horreur des romans policiers ».

Dans le même sujet, pourriez-vous me dire si la construction « avoir besoin de » suit la même règle ? Par exemple « J’ai besoin des billets pour le spectacle ».

Caroline C. (Mexique, 7 mai)

L’Académie répond :

Il est tout à fait permis de dire J’ai horreur des romans policiers. Cette locution ne tolère pas uniquement des compléments au singulier.

Quant à votre seconde question, là encore, il est possible de dire des billets mais il faut savoir que les deux phrases n’ont alors pas le même sens. Dans J’ai besoin de billets, de est une préposition ayant la valeur de l’article indéfini des.

Dans J’ai besoin des billets, des est l’article défini contracté au pluriel (de les). Vous indiquez donc que vous parlez de billet précis, particuliers et non de billets en général.

Jérôme K. (Allemagne)

Le 04 décembre 2014

Courrier des internautes

Je vis en Allemagne et donne des cours de français.

Je suis actuellement confronté à une difficulté pour laquelle je ne trouve pas de réponse claire : dit-on : Ils sont tombés malade ou malades ?

Jérôme K. (Allemagne, 24 mars)

L’Académie répond :

Tomber a ici la valeur d’un verbe d’état. L’attribut s’accorde donc avec le sujet et on écrit Ils sont tombés malades, elle est tombée amoureuse.

Matthieu B. (France)

Le 04 décembre 2014

Courrier des internautes

Je souhaiterais, s’il vous plaît, savoir comment est connoté le suffixe -ard ? Que signifie-t-il à l’origine et aujourd’hui ?

Matthieu B. (France, 5 mars)

L’Académie répond :

Le suffixe –ard est issu de l’adjectif allemand hart, « dur, fort ». On l’a d’abord trouvé dans des noms propres Alard, Bernard, Gérard, Renard, Richard.

Ces noms propres sont passés en français après les invasions barbares, et le suffixe -ard a été étendu aux noms communs par l’intermédiaire de surnoms, comme batard, ou de noms propres devenus noms communs, comme renard.

Très vite, il prend la valeur péjorative qu’il a encore aujourd’hui.

Matthieu M. (France)

Le 04 décembre 2014

Courrier des internautes

Suite à une discussion avec quelques amis, nous avons eu un doute sur la prononciation du mot « dégingandé ». Compte tenu de l’écriture du mot et de l’écriture phonétique associée dans le Petit Robert, le « gin » semble se prononcer comme « jeun ». Or, il semble que dans le langage courant, la forme phonétique en « guin » soit davantage usitée. Est-ce un abus de langage généralisé ou une exception de la langue française non reflétée dans les dictionnaires ?

Matthieu M. (France, 3 mars)

L’Académie répond :

Croyez bien que nous sommes ravis que ce service vous donne satisfaction et vous soit utile ; c’est sa raison d’être.

J’en arrive maintenant à votre question.

Dans dégingandé, gin se prononce comme j’in dans j’invite. Ce n’est pas exactement la même prononciation que jeun ; on a les mêmes différences qu’entre brun et brin.

Si l’on entend souvent, trop souvent, dé-gain-gandé, c’est à cause d’un phénomène phonétique appelé assimilation régressive. La prononciation gu- de gan influe sur la consonne g qui précède et, inconsciemment, la personne qui parle prononce parfois gain pour ne pas avoir à produire deux articulations différentes. Il s’agit d’un phénomène phonétique très fréquent.

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