Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Bruno L. (France)

Le 07 avril 2016

Courrier des internautes

La formule « faire plaisir » est correcte mais pourquoi nombre de personnes de grande qualité disent « Cela me ferait très plaisir » ? Cet usage étant de plus en plus répandu, j’en arrive à douter. Très devant un adjectif ou un adverbe, c’est très normal mais devant un substantif, est-ce français ?

Je comprendrais que l’on dise cela me ferait grand plaisir mais très plaisir ?

J’aimerais connaître votre position sur ce point.

Bruno L. (France)

L’Académie répond :

L’introduction d’un adverbe de degré dans des locutions constituées d’un verbe et d’un nom (avoir mal, faire plaisir...), sans doute par analogie avec d’autres locutions dont le second élément peut être analysé comme adjectif (avoir froid, faire chaud...), est généralement considérée comme familière, mais on tolérera plus facilement « avoir si peur » (Sartre) qu’« avoir si tort » (La Varende), avoir très mal, faire très plaisir, que « avoir très raison » (Maupassant).

Claude A. (France)

Le 07 avril 2016

Courrier des internautes

J’entends souvent dire : « j’ai un de ces mals de tête ».

Le mot « mals » étant précédé de « ces » me semblerait devoir être « maux ».

Ne devrait-on pas dire : « un de ces maux de tête. »

Claude A. (France)

L’Académie répond :

Dans la langue parlée, la formule un de ces joue le rôle d’un adjectif à un haut degré.

La valeur primitive de « de ces » est si bien affaiblie que le substantif reste au singulier malgré son environnement syntaxique. On écrira donc : « J’ai un de ces mal de tête ».

Jeannine B. (France)

Le 07 avril 2016

Courrier des internautes

Peut-on dire « entre chaque », sachant que « chaque » est un mot singulier.

Cette question me taraude depuis  le collège des années 50 car on m’a appris qu’il fallait dire « entre deux ».

Jeannine B. (France)

L’Académie répond :

Dans la mesure où le déterminant indéfini chaque a une valeur distributive, son emploi implique forcément que le nom qu’il détermine appartienne à un ensemble pluriel.

C’est pourquoi l’usage autorise la construction entre chaque + substantif, là où le purisme exigerait la forme entre deux + substantif.

La 9e édition du Dictionnaire de l’Académie propose du reste, pour définir la notion de couture sellier, la glose suivante : « couture très solide exécutée à la main, à gros points légèrement inclinés, avec un fil épais que l’on noue entre chaque point ».

Myriam B. (France)

Le 07 avril 2016

Courrier des internautes

Comment appelle-t-on l’action de savourer ? Un synonyme serait dégustation mais y a-t-il un nom formé à partir de savourer ?

Myriam B. (France)

L’Académie répond :

On trouve chez Flaubert, dans Par les champs et par les grèves, le mot savouration : Longue savouration de cette nature calme, mais c’est un hapax.

Solène O. (France)

Le 07 avril 2016

Courrier des internautes

Que doit-on dire : « la sœur de Hugo » ou « la sœur d’Hugo » ?

Solène O. (France)

L’Académie répond :

Le e de la préposition de s’élide devant un h muet comme devant une voyelle avec les noms communs et les noms propres. On dira donc un dictionnaire d’hébreu, d’anglais, le pinceau d’Hélène, le cheval blanc d’Henri IV, les habitants d’Haïti mais un regard de hibou, un jeu de hasard, les œuvres de Haydn. L’erreur qui consiste à ne pas pratiquer l’élision (par exemple : un film de Yves Robert) tend à se répandre.

Cela dit, pour certains noms propres, même français, l’usage est encore flottant : on dira un poème d’Hugo ou de Hugo. Stendhal a écrit une Vie de Henry Brulard.

Zoé H. (France)

Le 07 avril 2016

Courrier des internautes

J’aimerais savoir pourquoi « symétrie » n’a plus qu’un « m » en français (comme en catalan, « simetria ») (alors que l’allemand, l’anglais ou l’italien ont gardé la géminée).

Si j’ai bien compris l’article du TLFI, le 2e « m » est tombé en français entre 1740 et 1762 (mais quelques lignes plus loin on a une occurrence de « symétrie » datant de 1545, donc je n’ai pas dû bien comprendre).

Savez-vous pourquoi ce « m » est tombé ? Et pourquoi ce phénomène s’est produit dans certaines langues (si c’est le même) et pas dans les autres ?

Et pourriez-vous m’indiquer avec quels outils on peut faire une recherche de ce type ? La plupart des rubriques « étymologie » dans les dictionnaires donnent l’origine latine ou grecque mais ne précisent pas l’historique de l’évolution.

Zoé H. (France)

L’Académie répond :

Il y a eu longtemps deux formes concurrentes pour ce mot : l’une avec deux m, qui était conforme à l’étymologie ; l’autre avec un seul m, qui est conforme à la prononciation.

C’est cette forme qui a été choisie par l’usage au xviiie siècle. L’allemand et l’anglais sont plus conservateurs pour les emprunts du grec et du latin, parce que ces langues ne sont pas latines. L’italien l’est également parce qu’il est plus proche du latin original.

Pour ce type de recherche, il me semble que le meilleur ouvrage est le Dictionnaire historique de l’orthographe française, de Nina Catach.

Basile M. (France)

Le 03 mars 2016

Courrier des internautes

Un de mes amis utilise souvent le terme cobureau pour désigner un de ses collègues qui travaille dans le même bureau que lui, ce terme existe-t-il ?

Si non que convient-il de dire ?

Basile M. (France)

L’Académie répond :

Cobureau ne figure dans aucun des ouvrages que j’ai consultés. Ce mot est formé sur le modèle de co-turne, employé dans l’argot estudiantin ; mais il ne doit être employé que comme une forme d’argot professionnel. En dehors de ce cadre, on dira « la personne qui partage mon bureau ».

Clémence M. (France)

Le 03 mars 2016

Courrier des internautes

Question un peu naïve sans doute (et de réflexion personnelle) : à partir de quand considère-t-on qu’un mot existe ? (suffit-il qu’il soit couramment employé ?) À partir de quand et comment décide-t-on qu’il appartient à la langue française ?

Clémence M. (France)

L’Académie répond :

Vous posez une question très importante. À partir du moment où un mot est dit ou écrit, et compris par la personne à qui l’on s’adresse, ce mot existe. Mais il arrive fréquemment que ce mot appartienne à un groupe trop limité pour être enregistré par les dictionnaires de la langue française qui, si volumineux soient-ils, ne peuvent viser à l’exhaustivité.

Il arrive aussi que des mots soient trop anciens pour figurer encore dans des dictionnaires d’usage. C’est pourquoi la plupart des dictionnaires, et particulièrement le Dictionnaire de l’Académie française, s’attachent à l’idée de langue commune.

En utilisant des mots n’appartenant pas à cette langue commune en dehors du milieu où ils sont vivants, on s’expose à n’être pas compris et à être soupçonné de mal connaître le français.

David T. (France)

Le 03 mars 2016

Courrier des internautes

J’aimerais savoir si le mot « retrouvailles » doit toujours être employé au pluriel ou alors si un emploi au singulier serait correct.

David T. (France)

L’Académie répond :

Retrouvailles s’emploie essentiellement au pluriel pour évoquer le fait que des personnes se retrouvent. Mais cette forme existe aussi au singulier ; elle a alors un autre sens. Retrouvaille désigne le fait de retrouver ce dont on était séparé, ce qu’on avait perdu.

José B. (France)

Le 03 mars 2016

Courrier des internautes

Il me semble que « à chaque fois » est moins correct que « chaque fois » mais on l’entend de plus en plus. Comment en différencier l’emploi ?

On m’a toujours dit de ne pas prononcer le s final du mot ananas. Qu’en est-il ?

Je vous remercie par avance de l’aide que vous pourrez m’apporter !

Mes oreilles sont bien souvent écorchées hélas par les nombreuses fautes entendues à la radio ou à la télévision, alors j’essaie de résister mais le doute me gagne parfois !

José B. (France)

L’Académie répond :

À chaque fois (que) est tout à fait correct, d’emploi plus rare et plus littéraire que chaque fois (que).

En revanche, la construction elliptique (à) chaque fois que possible est inusitée. Elle mêle les constructions régulières autant que, aussitôt que, dès que possible et (à) chaque fois que, toutes les fois que cela sera possible.

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