Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Jacques L. (France)

Le 2 avril 2020

Courrier des internautes

Bonjour

Question de grammaire :

« Des arbres très hauts, bien plus haut que la maison ».

Doit-on écrire un « s » au deuxième haut ? Instinctivement, je ne le mettrais pas car il s’agit de la hauteur générale des arbres et non pas des hauteurs de chaque arbre. Quelle est votre position, que je suivrai naturellement par déférence ?

Jacques L. (France)

L’Académie répond :

Monsieur,

Il faut aussi un s au 2ehaut, qui se rapporte aussi à des arbres. Cette phrase signifie « Des arbres qui sont bien plus hauts que la maison [n’est haute] ». On dirait « des hommes amicaux, bien plus amicaux que… » et non « *bien plus amical »… En revanche, si on emploie l’adjectif haut avec une valeur adverbiale, celui-ci reste invariable, et on écrira « Des arbres qui montent haut, plus haut que la maison ».

Marine A. (France)

Le 2 avril 2020

Courrier des internautes

Madame, Monsieur,

J’aimerais savoir quelle différence on peut faire entre probité et intégrité afin de les employer au mieux pour définir le caractère d’une personne.

Je vous remercie de l’attention que vous porterez à ma demande.

Marine A. (France)

L’Académie répond :

Madame,

Littré considère que « La probité est uniquement relative aux devoirs envers autrui et aux devoirs de la vie civile. À l’intégrité s’attache l’idée particulière d’une pureté qui ne se laisse entamer ni corrompre. »
Dupré ajoute, dans son excellente Encyclopédie du bon français dans l’usage contemporain, que l’intégrité, c’est « la probité élevée au plus haut degré ».

Mathurin T. (France)

Le 2 avril 2020

Courrier des internautes

Bonjour,

J’utilise de manière régulière la locution latine ad vitam æternam pour dire « pour l’éternité ».

J’ai eu l’occasion de discuter avec des personnes qui ne disaient que ad vitam, excluant donc le æternam.

À chaque fois cela m’a embêté, au fond de moi je me suis dit que, sans ce dernier terme, l’expression perdait son sens initial.

Je voulais donc savoir s’il était possible de dire ad vitam sans dire æternam s’il vous plaît ?

Mathurin T. (France)

L’Académie répond :

Monsieur,

Littéralement, ad vitam signifie « pour la vie (terrestre) » alors que ad vitam æternam signifie « pour l’éternité » et implique donc une vie après la mort.

Mais aujourd’hui, dans notre langue, l’expression communément employée est ad vitam æternam, et non ad vitam (qui n’en est qu’une abréviation familière), et s’emploie pour signifier « pour toujours ; jusqu’à la fin des temps… », sans qu’il soit fait notion d’une éternité consécutive à la mort.

Mouradi M. (France)

Le 2 avril 2020

Courrier des internautes

Bonjour je n’arrive pas à correctement différencier l’oisiveté et le désœuvrement.

Mouradi M. (France)

L’Académie répond :

Monsieur,

Les deux termes sont proches, mais le désœuvrement est un état subi ; le préfixe dé- indique une privation. L’oisiveté peut être vécue sans peine et même choisie.

Ce mot est d’ailleurs issu de la même famille que le latin otium qui désignait le loisir, le repos loin de l’agitation du monde.

Patrick C. (France)

Le 2 avril 2020

Courrier des internautes

Bonjour,

Je voudrais connaître votre avis sur l’utilisation d’« obliger de » et « obliger à » : quelle est la forme correcte, s’il vous plaît ?

Patrick C. (France)

L’Académie répond :

Monsieur,

Les deux formes que vous proposez sont correctes : on oblige quelqu’un à faire quelque chose mais la construction « obliger de » a bien existé, même si elle est considérée aujourd’hui comme vieillie (son impertinence m’a obligé de le chasser).

Au passif, la construction « être obligé à » est, elle aussi, vieillie mais elle s’est rencontrée (« […] se croyait obligé à lui répondre », écrit Stendhal). En un mot, être obligé à ne serait pas fautif mais est tout à fait sorti d’usage.

Pherton C. (Haïti)

Le 2 avril 2020

Courrier des internautes

Bonjour, Pourquoi « Monsieur » se prononce « mə.sjø » et non « mɔ̃.sjø » ?

Merci.

Pherton C. (Haïti)

L’Académie répond :

Monsieur,

La prononciation actuelle de Monsieur tient au fait que ce mot s’emploie le plus souvent comme interjection ou comme proclitique (c’est-à-dire comme mot, qui, s’appuyant sur le mot suivant, avec lequel il forme une unité phonétique, est dépourvu d’accent tonique). Ainsi, le r final n’est pas prononcé parce que, en l’absence d’accent tonique, on a conservé l’ancienne prononciation des mots en -eur : laboureu(x) pour laboureur, piqueux pour piqueur, tandis que le r se fait entendre dans sieur, accentué : le sieur Untel.

L’absence d’accentuation explique également l’affaiblissement de mon- en mo- ou en meu. Littré indiquait encore comme prononciation mo- et « ou souvent aussi » meu-.

Roger B. (France)

Le 2 avril 2020

Courrier des internautes

Les expressions : deux fois autant, trois fois autant, pour deux fois plus, trois fois plus peuvent-t-elles être utilisées pour exprimer le double, le triple ? Même remarque pour deux cents pour cent, trois cents pour cent. Elles peuvent entraîner une confusion surtout pour les élèves les plus jeunes.

Roger B. (France)

L’Académie répond :

Monsieur,

Votre remarque est tout à fait judicieuse, et vous notez fort bien que l’usage s’oppose à la logique.

Certes, cela peut être irritant, mais c’est à l’usage qu’il faut se plier : trois fois plus, c’est (comme trois fois autant !) « trois fois, le triple » ; trois fois moins, c’est « le tiers ».

Alain S-H (France)

Le 5 mars 2020

Courrier des internautes

Bonjour,

Je me posais une question étymologique. Le mot livre vient du latin liber, de même que le mot « librairie ». Je me demandais alors pourquoi le mot « livre » avait pris un « v » à la place du « b » et pas « librairie » ?

Je vous remercie de votre réponse.

Alain S-H (France)

L’Académie répond :

Monsieur,

Cette différence vient du fait que livre est issu, au xie siècle, du latin, par la langue populaire, et en passant du latin au français, il s’est transformé, alors que librairie, emprunté, au xive siècle, du latin libraria, est resté beaucoup plus près de la forme latine. En passant du latin au français la consonne occlusive labiale b s’est affaiblie en fricative labiale V. On a d’ailleurs un phénomène parallèle avec le groupe fièvre et fébrile : le premier est issu du latin febris (et là aussi b passe à v) alors que fébrile, dans lequel le b s’est conservé, est emprunté de febrilis, « de fièvre ».

Edouardo G. (Séville)

Le 5 mars 2020

Courrier des internautes

Bonsoir,

La professeure m’a signalé qu’on ne commence jamais une phrase en français avec « parce que » :

Je ne trouve pas une explication pour cette maudite erreur. Pouvez-vous me la donner, s’il vous plaît ? Merci beaucoup.

Edouardo G. (Séville)

L’Académie répond :

Monsieur,

Les propositions introduites par parce que sont des circonstancielles et, dans la plupart des cas, elles sont mobiles.

On peut dire Il n’a pas pu venir parce qu’il était malade, mais aussi Parce qu’il était malade, il n’a pas pu venir. C’est car qui ne peut être en début de phrase.

Edouardo G. (Séville)

Le 5 mars 2020

Courrier des internautes

Bonsoir,

La professeure m’a signalé qu’on ne commence jamais une phrase en français avec « parce que » :

Je ne trouve pas une explication pour cette maudite erreur. Pouvez-vous me la donner, s’il vous plaît ? Merci beaucoup.

Edouardo G. (Séville)

L’Académie répond :

Monsieur,

Les propositions introduites par parce que sont des circonstancielles et, dans la plupart des cas, elles sont mobiles.

On peut dire Il n’a pas pu venir parce qu’il était malade, mais aussi Parce qu’il était malade, il n’a pas pu venir. C’est car qui ne peut être en début de phrase.

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