Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Alexandra N-B. (Arbouet)

Le 05 mars 2015

Courrier des internautes

Pourquoi dit-on « c’est moi qui l’ai » au lieu de « c’est moi qui l’a » - est-ce que « qui » ne prend pas la troisième personne singulier ?

Francophone depuis plus de 40 ans et ayant commencé à apprendre la langue de Molière à 11 ans, je me vante de parler très correctement, sauf des exceptions...

Alexandra N-B. (Arbouet)

L’Académie répond :

Le pronom relatif sujet demande, pour l’accord du verbe, la personne de son antécédent. Dans l’immense majorité des cas, ce sont des noms et l’accord se fait à la 3e personne. Le chat qui dort, les souris qui dansent. Mais il arrive aussi que l’antécédent soit un pronom. Dans ce cas, le verbe s’accordera à la personne de ce pronom : C’est lui qui est venu ; C’est nous qui avons (et non qui ont) gagné. C’est vous qui avez perdu. C’est toi qui as (et non qui a) raison. C’est moi qui ai trouvé.

Clémence M. (Strasbourg)

Le 05 mars 2015

Courrier des internautes

Question un peu naïve sans doute (et de réflexion personnelle) : à partir de quand considère-t-on qu’un mot existe ? (suffit-il qu’il soit couramment employé ?) À partir de quand et comment décide-t-on qu’il appartient à la langue française ?

Clémence M. (Strasbourg)

L’Académie répond :

Vous posez une question très importante. À partir du moment où un mot est dit ou écrit, et compris par la personne à qui l’on s’adresse, ce mot existe. Mais il arrive fréquemment que ce mot soit utilisé par un groupe trop limité de personnes pour être enregistré par les dictionnaires de langue française qui, si volumineux soient-ils, ne peuvent viser à l’exhaustivité.

Il arrive que des mots soient trop anciens pour figurer encore dans des dictionnaires d’usage. C’est pourquoi la plupart des dictionnaires, et particulièrement le Dictionnaire de l’Académie française, s’attachent à l’idée de langue commune.

En utilisant des mots n’appartenant pas à cette langue commune en dehors du milieu où ils sont vivants, on s’expose à n’être pas compris et à être soupçonné de mal connaître le français.

D. (France)

Le 05 mars 2015

Courrier des internautes

Après de nombreuses recherches, je ne trouve aucune solution au problème du « comme même » / « quand même » ; je reste certain que l’on utilise « quand même », mais j’ai besoin d’avoir votre avis, ainsi qu’une raison de son usage.

D. (France)

L’Académie répond :

La locution conjonctive de subordination est quand même ou quand bien même. Elle a une valeur hypothétique et signifie « même si ».

Je viendrai vous voir quand même vous ne le voudriez pas. Quand bien même il serait le seul candidat, je ne voterais pas pour lui.

On peut rencontrer comme même mais avec un sens et un emploi tout différents. Comme même sa famille ne pouvait le recevoir, il est resté chez lui.

Edwin S. (Allemagne)

Le 05 mars 2015

Courrier des internautes

Je suis natif de Normandie, mais expatrié en Allemagne depuis maintenant bien longtemps. Mon fils est né ici et il apprend le français comme langue étrangère dans son collège. Je suis parfois très surpris par les expressions, voire la grammaire qu’il doit apprendre... Je sais bien que j’ai quitté l’école il y a bien longtemps et que le français évolue mais j’ai parfois des doutes sur la qualité du français qu’on lui enseigne. C’est pourquoi je me permets de vous poser les questions suivantes :

Est-il maintenant devenu correct de poser une question de la façon suivante :

« Quand est-ce que tu viens ? » J’ai toujours appris à dire « Quand viens-tu ? »

Est-il correct de commencer une lettre amicale par une formule telle que « Moi, je m’appelle Pierre » ? On m’enseigna jadis que de commencer une lettre par « Moi, je » était le comble de l’arrogance…

Edwin S. (Allemagne)

L’Académie répond :

Il ne m’appartient pas de commenter les méthodes pédagogiques employées en Allemagne. Je pense que les auteurs de ces ouvrages ont insisté sur la communication. Il est de meilleure langue de dire Quand viens-tu ? que Quand est-ce que tu viens ? mais force est de constater que la deuxième forme est beaucoup plus employée. Il y a bien longtemps, quand j’étais écolier, cette forme était déjà, à l’oral, beaucoup plus fréquente et elle était concurrencée, non par Quand viens-tu ? mais par Tu viens quand ?

Moi, je n’est pas très heureux ; les auteurs ont sans doute voulu souligner l’apposition entre les deux interlocuteurs : Moi, je… toi, tu.

Shiraga (France)

Le 05 mars 2015

Courrier des internautes

Bonjour, je viens de voir dans la rubrique des mots étrangers, l’ajout du mot « bonzaï ». Il y a sûrement un petit souci quant à la prononciation étant donné que ce mot s’écrit et se prononce « bonsaî » avec un ss en japonais et non pas bonzaï avec un z. Est-ce une erreur ou le changement de prononciation du mot est-elle prévue ?

Shiraga (France)

L’Académie répond :

La prononciation avec z est celle qui est donnée par les dictionnaires Robert, Larousse, Hachette.

J’ajoute que bonzaï ou bonsaï n’est pas un mot japonais, mais un mot français emprunté du japonais.

Et que donc, comme cela se passe souvent, il y a des différences de prononciation entre la langue de départ et la langue d’arrivée.

André A. (Montpellier)

Le 05 février 2015

Courrier des internautes

Je viens pour un « casse-tête ». J’avais écrit « Il prit l’une des cassoles qu’il avait fabriquées. » Certaines personnes m’ont dit qu’il ne fallait pas le « s »  à fabriquées. Mais selon moi, il en faut un. Nous avons cherché, qui dans le Bled, qui dans le Bescherelle, qui auprès de profs de français.

Et nous avons les deux réponses. Qu’en pensez-vous ? À quoi dois-je me référer ?

André A. (Montpellier)

L’Académie répond :

La langue classique laissait la liberté d’accorder avec un ou avec le complément. L’usage est resté hésitant. Il ne devrait pas l’être dans certains cas où le sens indique clairement quel est le sujet : Il répondait à un des juges qui l’interrogeaient marque bien qu’on envisage l’ensemble des juges qui procèdent à l’interrogatoire. Il répondait à un des juges qui l’interrogeait indique qu’il s’agit d’un seul des juges, de celui qui mène l’interrogatoire ; on peut dans ce cas mettre une virgule (ou faire une pause) après le mot juges.

À l’article PLUS, la dernière édition complète du Dictionnaire de l’Académie française (1935) donnait l’exemple suivant :

L’astronomie est une des sciences qui fait le plus ou qui font le plus d’honneur à l’esprit humain, avec la mention : « le dernier est plus usité. »

En résumé, on dira qu’après un des… qui, le verbe qui suit se met généralement au pluriel, à moins qu’on ne veuille insister sur l’idée d’individualité (il faut alors que un corresponde à peu près à celui ou celle).

Dimitri C. (Houplin-Ancoisne)

Le 05 février 2015

Courrier des internautes

J’aimerais demander votre avis sur un mot traduit de la langue anglaise vers notre chère langue française au travers d’une célèbre série télévisée anglaise appelée « Doctor Who » (série de science-fiction avec voyage dans le temps et l’espace). En effet dans l’un des épisodes il est dit que le métier de l’actrice principale est « bisougram » qui, sauf erreur de ma part, n’existe pas dans notre langue. Dans la version anglaise originale le nom donné est « kissogram ». Le rôle de ce métier est simple : un expéditeur envoie une fille livrer un message qui embrasse le destinataire. Il semble que cela a été à la mode principalement dans les années 80. Que pensez-vous de cette traduction ? Le mot peut-il avoir ses chances d’apparaître dans la langue française ?

Dimitri C. (Houplin-Ancoisne)

L’Académie répond :

Il est tout à fait possible de construire un néologisme à partir de gramme, comme c’est le cas pour radiotélégramme, pictogramme ou le très récent municigramme. Cependant, l’entrée d’un tel mot dans les dictionnaires de langue française est tributaire de l’usage. Tout dépendra du succès futur du terme bisougramme.

Mariane S. (France)

Le 05 février 2015

Courrier des internautes

Merci pour votre rubrique « dire, ne pas dire»  qui m’amuse beaucoup !

J’entends de plus en plus le mot « éditorialiser ». Je n’ai pas l’impression qu’il soit très correct mais je manque un peu d’arguments.

Si vous avez un avis sur le sujet, ça m’intéresse !

Mariane S. (France)

L’Académie répond :

Nous sommes ravis que Dire, Ne pas dire vous amuse beaucoup ; c’est en partie sa raison d’être et je dois vous avouer que nous prenons aussi beaucoup de plaisir à sa rédaction.

Éditorialiser, vous vous en doutiez, ne figure dans aucun des dictionnaires que j’ai consultés. Nous essaierons d’en parler bientôt, mais force est de constater que pour l’instant le sens de ce verbe m’échappe un peu. Faire figurer dans un éditorial ? Rendre conforme à la ligne éditoriale d’un journal ?

J’avoue que s’ils ne m’effrayaient pas, l’abondance et l’ambiguïté de ces tics de langage m’émerveilleraient. L’entomologiste Jean Fabre disait qu’il fallait étudier les insectes pour cesser d’en avoir peur. C’est parfois ce que nous faisons dans cette rubrique avec les expressions à la mode.

Maxime C. (Limoges)

Le 05 février 2015

Courrier des internautes

Bonjour (ou bonsoir), je cherche à savoir si l’expression « D’aujourd’hui me (+ verbe) » est correcte ou non, au lieu de dire « Qui, aujourd’hui me (+ verbe) ». Merci d’avance, bonne continuation.

Maxime C. (Limoges)

L’Académie répond :

Cette tournure est correcte, on lit ainsi chez Loti (Le Vertige du monde) : « C’était une soirée de juillet lumineuse et ardente, succédant à une journée torride ; les étés d’aujourd’hui me semblent avoir perdu cette splendeur. » Si on utilisait la forme qui, aujourd’hui me…, on introduirait une opposition beaucoup plus forte et on attendrait une correction avec une autre date. Les élèves qui, aujourd’hui, me semblent…, étaient naguère…

Patricia M. (Paris)

Le 05 février 2015

Courrier des internautes

Je croyais qu’il ne fallait « pas employer l’article indéfini pluriel « des » lorsqu’il est placé devant un adjectif qualificatif. Mais j’entends des Français dire aussi « des » et non pas « de » devant une adjectif (exp « je vois des belles choses »).

Y a-t-il une règle grammaticale là-dessus ?

Patricia M. (Paris)

L’Académie répond :

Quand le nom est précédé d’une épithète, au pluriel, des est ordinairement remplacé par de (de belles plages) dans la langue écrite et dans la langue parlée soignée. Mais des, qui n’est ni récent ni incorrect, se rencontre encore.

Avant le XVIIe siècle, on employait indifféremment de ou des : Des indignes fils (Racine). Mais on trouve encore des petits moblots (Maupassant), des vieilles chansons (Nerval) au XIXe siècle.

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