Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

A-Cécile C. (États-Unis)

Le 04 décembre 2014

Courrier des internautes

Est-il correct de dire : « il me faut partir » ? Je dirais plutôt : « il faut que je parte », mais ayant entendu des personnes utiliser le verbe falloir avec un pronom personnel, je me demande si c’est une construction de phrase correcte. J’utilise le pronom personnel avec un nom : « il me faut une voiture », mais pas avec un verbe. Je voudrais donc savoir s’il est aussi possible de dire « il me faut partir ».

A-Cécile C. (États-Unis, 20 mars)

L’Académie répond :

Il me faut partir est un tour rare, mais parfaitement correct. Sa rareté fait qu’il est considéré comme une forme archaïque ou soutenue.

La fonction de me n’est pas la même dans Il me faut partir et dans Il me faut une voiture. Dans Il me faut partir, me est sujet de l’infinitif partir. Dans Il me faut une voiture, me est C.O.I. de falloir.

Caroline C. (Mexique)

Le 04 décembre 2014

Courrier des internautes

Bonjour, j’ai lu les phrases « j’ai horreur du théâtre », « j’ai horreur de la musique ». Je voudrais savoir s’il est correct de dire « J’ai horreur des romans policiers ».

Dans le même sujet, pourriez-vous me dire si la construction « avoir besoin de » suit la même règle ? Par exemple « J’ai besoin des billets pour le spectacle ».

Caroline C. (Mexique, 7 mai)

L’Académie répond :

Il est tout à fait permis de dire J’ai horreur des romans policiers. Cette locution ne tolère pas uniquement des compléments au singulier.

Quant à votre seconde question, là encore, il est possible de dire des billets mais il faut savoir que les deux phrases n’ont alors pas le même sens. Dans J’ai besoin de billets, de est une préposition ayant la valeur de l’article indéfini des.

Dans J’ai besoin des billets, des est l’article défini contracté au pluriel (de les). Vous indiquez donc que vous parlez de billet précis, particuliers et non de billets en général.

Jérôme K. (Allemagne)

Le 04 décembre 2014

Courrier des internautes

Je vis en Allemagne et donne des cours de français.

Je suis actuellement confronté à une difficulté pour laquelle je ne trouve pas de réponse claire : dit-on : Ils sont tombés malade ou malades ?

Jérôme K. (Allemagne, 24 mars)

L’Académie répond :

Tomber a ici la valeur d’un verbe d’état. L’attribut s’accorde donc avec le sujet et on écrit Ils sont tombés malades, elle est tombée amoureuse.

Matthieu B. (France)

Le 04 décembre 2014

Courrier des internautes

Je souhaiterais, s’il vous plaît, savoir comment est connoté le suffixe -ard ? Que signifie-t-il à l’origine et aujourd’hui ?

Matthieu B. (France, 5 mars)

L’Académie répond :

Le suffixe –ard est issu de l’adjectif allemand hart, « dur, fort ». On l’a d’abord trouvé dans des noms propres Alard, Bernard, Gérard, Renard, Richard.

Ces noms propres sont passés en français après les invasions barbares, et le suffixe -ard a été étendu aux noms communs par l’intermédiaire de surnoms, comme batard, ou de noms propres devenus noms communs, comme renard.

Très vite, il prend la valeur péjorative qu’il a encore aujourd’hui.

Matthieu M. (France)

Le 04 décembre 2014

Courrier des internautes

Suite à une discussion avec quelques amis, nous avons eu un doute sur la prononciation du mot « dégingandé ». Compte tenu de l’écriture du mot et de l’écriture phonétique associée dans le Petit Robert, le « gin » semble se prononcer comme « jeun ». Or, il semble que dans le langage courant, la forme phonétique en « guin » soit davantage usitée. Est-ce un abus de langage généralisé ou une exception de la langue française non reflétée dans les dictionnaires ?

Matthieu M. (France, 3 mars)

L’Académie répond :

Croyez bien que nous sommes ravis que ce service vous donne satisfaction et vous soit utile ; c’est sa raison d’être.

J’en arrive maintenant à votre question.

Dans dégingandé, gin se prononce comme j’in dans j’invite. Ce n’est pas exactement la même prononciation que jeun ; on a les mêmes différences qu’entre brun et brin.

Si l’on entend souvent, trop souvent, dé-gain-gandé, c’est à cause d’un phénomène phonétique appelé assimilation régressive. La prononciation gu- de gan influe sur la consonne g qui précède et, inconsciemment, la personne qui parle prononce parfois gain pour ne pas avoir à produire deux articulations différentes. Il s’agit d’un phénomène phonétique très fréquent.

A. (France)

Le 06 novembre 2014

Courrier des internautes

Est-il vrai qu’il faut dire « À tant que faire », au lieu de « Tant qu’à faire » ?

A. (France, 29 septembre)

L’Académie répond :

Devant un infinitif, tant qu’à est correct, quoique encore suspect et critiqué, lorsqu’il a un sens concessif. On dira Tant qu’à l’inviter, nous inviterons aussi sa femme, ce qui veut dire « Si nous devons l’inviter ».

Ce tour se trouve surtout avec faire ayant un sens très large : Tant qu’à faire, nous inviterons aussi sa femme.

On dit et on écrit aussi, et le tour, parfaitement clair, n’est pas critiqué : À tant faire que de ou à tant faire que. À tant faire que (de) m’ennuyer, ce que je trouve toujours inutile, autant que ce ne soit pas avec X.

Morgane P. (France)

Le 06 novembre 2014

Courrier des internautes

Je sollicite votre avis sur une question qui se pose entre mon compagnon et moi-même : il emploi régulièrement le verbe « dévergoyer » (veuillez m’excuser pour l’orthographe) dans le sens de « dévergonder ». Moi je ne connais pas ce verbe et lui dis qu’il n’existe pas mais lui prétend que ce serait du vieux français.

Aucune recherche internet ne semble tendre vers l’existence de ce verbe.

Pourriez-vous donc prendre quelques minutes pour nous éclairer, nous dire si ce verbe existe ou non, et si oui, mon compagnon l’emploie-t-il dans le juste sens ?

Morgane P. (France, 7 octobre)

L’Académie répond :

On trouve en ancien français le verbe vergoigner, « couvrir de honte, déshonorer », avec une dizaine de variantes orthographiques.

Ce verbe n’existe plus en français contemporain. On rencontre encore l’adjectif vergogneux, « qui a de la pudeur, timide, réservé ».

Ainsi dans Automne, de Guillaume Apollinaire :

Dans le brouillard s’en vont un paysan cagneux / Et son bœuf lentement dans le brouillard d’automne / Qui cache les hameaux pauvres et vergogneux.

Olivier V. (L’Étrat)

Le 06 novembre 2014

Courrier des internautes

J’ai découvert par hasard que l’on pourrait classer l’ensemble des mots du dictionnaire français en deux grandes catégories de mots. Sauf erreur de ma part, il n’existe pas de définition pour décrire ses deux catégories. Me serait-il possible de participer à l’élaboration de deux mots qui définiraient ces deux catégories ?

Olivier V. (L’Étrat, 24 septembre)

L’Académie répond :

Il y a plusieurs manières de classer les mots en deux grandes catégories : mots variables et mots invariables. Dans ce cas les adverbes et les adjectifs sont séparés. On peut aussi distinguer les catégories limitées : conjonctions, pronoms personnels de catégories ouvertes ; dans ce cas les adverbes et les adjectifs appartiennent à cette dernière catégorie.

Sylvie F. (Moyeuvre-Grande)

Le 06 novembre 2014

Courrier des internautes

On entend très couramment les gens dire « beaucoup mieux ». Cette expression, qui me hérisse le poil, est-elle grammaticalement incorrecte (comme je le pense) ou juste maladroite ?

Sylvie F. (Moyeuvre-Grande, 20 septembre)

L’Académie répond :

Beaucoup mieux est parfaitement correct ; on le trouve deux fois dans notre Dictionnaire : Elle va beaucoup mieux depuis quelques jours et Son ouvrage est beaucoup mieux fait qu’à l’ordinaire.

Beaucoup mieux se rencontre chez de grands auteurs comme André Gide, Maurice Druon, Jean-Paul Sartre, Jean Rostand, Benjamin Constant, George Sand, Romain Rolland, etc.

Astrid K. (France)

Le 02 octobre 2014

Courrier des internautes

Le verbe synergiser est-il correct ou est-ce un abus de langage « franglais » ?

Astrid K. (France, 16 septembre)

L’Académie répond :

Les verbes en -iser français viennent parfois de noms en -ie : agoniser, allégoriser, coloniser, synchroniser, etc. Ils peuvent aussi être empruntés de formes anglaises en to [...]-ize ; c’est le cas de maximiser, optimiser, paupériser, pressuriser, etc.

Synergiser ne me semble pas relever de ce dernier cas, puisque je n’ai pas trouvé de verbe *to synergise dans les dictionnaires anglais que j’ai consultés.

Synergiser me semble donc être un néologisme de mauvais aloi puisqu’existent déjà nombre de locutions pouvant nous éviter son emploi.

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