Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Benjamin F. (France)

Le 13 décembre 2018

Courrier des internautes

Pourquoi « être apeuré » signifie-t-il avoir peur ? Alors qu’avec le préfixe « a », on pourrait s’attendre au sens contraire : l’absence de peur.

Benjamin F. (France)

L’Académie répond :

Il y a deux préfixes a- en français. L’un est emprunté du préfixe grec a- (et an- devant une voyelle), dit privatif et qui, en composition exprime l’idée d’absence, de privation. On le trouve, entre autres, dans amoral, asocial, analphabète etc.

L’autre est tiré du préverbe latin ad-, qui exprime la direction vers, l’approche et le commencement d’une action. On trouve aussi les variantes ac-, ad-, af-, al-, am-, ar-, as-, at-.

On l’a, parmi d’autres, dans accabler, adoucir, affronter, alanguir, amaigrir, arraisonner, assagir, attabler, apeuré, etc.

Corine M. (France)

Le 13 décembre 2018

Courrier des internautes

En cas d’inversion du sujet « il ou elle », faut-il ajouter un « t » euphonique quand le verbe conjugué se termine par une consonne ?

Corine M. (France)

L’Académie répond :

À la 3e personne du singulier, le verbe se termine par une voyelle, a ou e, ou par une consonne ; dans ce dernier cas, cette consonne est un t : il vient, et le veut, il dort ou un d. Il prend, elle vend.

On n’ajoute pas de t euphonique après ces verbes à la forme interrogative, parce que la liaison se fait normalement avec le t et parce que, en position finale devant un mot commençant par une voyelle, d s’assourdit et se prononce comme t : un grand arbre ; que vend-il ?

Eric C. (France)

Le 13 décembre 2018

Courrier des internautes

L’expression être « vent debout » contre telle ou telle chose, est utilisée pour signifier un combat vigoureux.

Or c’est un terme marin (une allure, au même titre que près, largue, vent arrière,...) qui signifie qu’un voilier est exactement face au vent, et ne peut donc plus avancer. Si l’on reste dans l’esprit marin, se battre contre les éléments se traduirait par le fait de remonter en tirant des bords, pour justement combattre les éléments. Comment peut-on expliquer que ce terme marin, qui signifie être à la merci des éléments, ne plus avancer (voire reculer) puisse aujourd’hui être utilisé dans un sens tout autre ?

Eric C. (France)

L’Académie répond :

Cette expression, comme de nombreuses autres, est passée de la langue de la marine à la langue courante. On emploie être vent debout contre quand on réunit toutes ses forces pour faire échouer un projet, comme le vent semble réunir les siennes contre l’avancée du bateau.

Franck L. (France)

Le 13 décembre 2018

Courrier des internautes

Dans l’expression « il se la joue », pourquoi « la » ? Ne peut-on pas dire également « il se le joue » ? Quel nom féminin est sous-entendu par ce « la » (l’affaire, par exemple, la vie …) ?

 

Franck L. (France)

L’Académie répond :

La jouer signifie d’abord « se donner l’air » et le pronom la remplace un nom comme « comédie ».

Ensuite on a ajouté un pronom se, que les linguistiques appellent un datif éthique (comme dans la pomme il se la mange).

Mais aujourd’hui il se la joue est une locution verbale signifiant « se donner l’air, se prendre pour » : Il se la joue grand seigneur, ou, simplement « crâner, frimer. »

Jean-Clément M. (France)

Le 13 décembre 2018

Courrier des internautes

Je m’adresse à vous concernant les expressions « prêcher un convaincu » ou « prêcher un converti ».

Nous avons eu la question avec des collègues de savoir quelle est la différence : de sens, d’origine. Pourriez-vous m’éclairer ?

De mon côté, j’aurais plutôt tendance à dire que les deux formes ont le même sens, mais que « prêcher un converti » est la forme d’origine (par la connotation religieuse que « prêcher » et « converti » peuvent partager). Et par conséquent, j’en déduirais que « prêcher un convaincu » est une forme plus moderne.

Pourriez-vous m’éclairer ?

Jean-Clément M. (France)

L’Académie répond :

À l’article convaincu de notre Dictionnaire, il est signalé que l’on dit plutôt prêcher un converti que prêcher un convaincu, pour signifier « chercher à gagner quelqu’un à une cause qui est déjà la sienne ».

Plusieurs raisons peuvent expliquer cette référence :

- prêcher et converti appartiennent au champ lexical de la religion ;

- un converti est généralement encore plus fortement attaché à ces idées qu’un convaincu, parce que cet attachement est récent, qu’il est le fruit d’une démarche et que le nouveau converti a souvent à cœur de montrer son attachement à ses nouvelles convictions. On parle d’ailleurs parfois du zèle des nouveaux convertis.

Sébastien D. (France)

Le 13 décembre 2018

Courrier des internautes

Je m’interroge sur la prononciation du mot mot « moins » dans l’exemple suivant :

« Il fait moins chaud aujourd’hui. »

Cela se prononce-t-il « moins » comme dans une opération mathématique « cinq moins deux est égale à 3 » ou « moinsse » (avec un son CE en plus ? Excusez-moi, je ne connais pas la phonétique) ? Les deux prononciations sont-elles acceptables ?

Sébastien D. (France)

L’Académie répond :

Devant un mot commençant par une voyelle ou un h muet, le s final se prononce comme un z. Il n’est pas moins-z-aimable que son frère ; L’air était moins-z-humide hier.

Cela étant, on entend parfois ce s final dans certaines régions, en particulier dans le Sud-Ouest, mais il s’agit là d’exceptions par rapport à la norme.

Le -s final de moins ne se fait jamais entendre devant un mot commençant par une consonne ni quand ce mot est en fin de phrase. Dans ces cas, moins se prononce toujours comme la deuxième syllabe de témoin.

Agnès C. (France)

Le 8 novembre 2018

Courrier des internautes

Je suis professeur de français, et j’ai du mal à expliquer à mes élèves la différence entre les expressions être terrorisé et être terrifié. Pourriez-vous m’aider ? Merci d’avance.

Agnès C. (France)

L’Académie répond :

Ces participes passés sont aujourd’hui quasi synonymes mais les verbes dont ils sont tirés ne le sont pas exactement. Terroriser ne veut pas dire terrifier, mais établir un régime de terreur. Pour terroriser il faut une organisation et une durée qu’on ne trouve pas dans terrifier.

D’autre part l’empreinte de la terreur est plus durable chez ceux qui ont été terrorisés que chez ceux qu’une chose a terrifiés.

Akash G. (Maurice)

Le 8 novembre 2018

Courrier des internautes

Doit-on écrire Il avait des cheveux blancs ou Il avait les cheveux blancs ?

Akash G. (Maurice)

L’Académie répond :

Les deux peuvent se dire, mais n’ont pas exactement le même sens. Il avait les cheveux blancs signifie que tous ses cheveux étaient blancs. Il avait des cheveux blancs signifie que, dans l’ensemble de ses cheveux, plusieurs étaient blancs.

Alice U. (France)

Le 8 novembre 2018

Courrier des internautes

Tenir « la dragée haute » ? Or « mettre la barre haut » (adverbe) est la formulation correcte : pouvez-vous m’expliquer cette différence ?

Je vous remercie de la réponse que vous pourrez m’apporter.

Alice U. (France)

L’Académie répond :

Dans mettre la barre haut, on considère que haut est adverbe et qu’il se rapporte à mettre, alors que dans tenir la dragée haute, que l’on peut considérer comme une locution figée, on fait de haute un attribut du C.O.D. dragée.

Benjamin F. (France)

Le 8 novembre 2018

Courrier des internautes

Pourquoi le mot « apeuré » signifie-t-il avoir peur ? Alors qu’avec le préfixe « a », on pourrait s’attendre au sens contraire : l’absence de peur.

Benjamin F. (France)

L’Académie répond :

Il y a deux préfixes a- en français. L’un, dit privatif, est emprunté du préfixe grec a- (et an- devant une voyelle) et, en composition, exprime l’idée d’absence, de privation. On le trouve, entre de nombreux autres exemples, dans amoral, asocial, analphabète, etc.

L’autre est tiré du préverbe latin ad-, qui exprime la direction vers, l’approche et le commencement d’une action. On trouve aussi, les variantes ac-, ad-, af-, al-, am-, ar-, as-, at-.

On l’a, entre autres exemples, dans accabler, adoucir, affronter, alanguir, amaigrir, arraisonner, assagir, attabler, apeurer, etc.

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