Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Christiane A. (États-Unis)

Le 5 décembre 2019

Courrier des internautes

Message : Je pensais que le mot « douzaine » était un anglicisme dans les expressions du type « une douzaine d’années » (au lieu d’une « dizaine d’années ») et que le mot devait être réservé pour les œufs, les escargots et les huîtres. Mais Le Grand Robert semble me contredire... Qu’en pensez-vous ? Dira-t-on « il y a une dizaine d’années » ou « il y a une douzaine d’années » ?

Christiane A. (États-Unis)

L’Académie répond :

Le mot douzaine est issu du nombre « douze », de la même manière que dizaine provient de « dix ». Par conséquent, il peut être utilisé pour désigner tout groupe rassemblant douze choses ou personnes définies et n’est pas limité aux œufs, aux escargots et aux huîtres.

Par ailleurs, l’emploi de « il y a une dizaine d’années » et de « il y a une douzaine d’années » dépendra de l’unité que vous souhaitez exprimer, les deux sont possibles, le premier restant nettement plus fréquent dans notre langue. Mais dans ces deux derniers cas, il s’agira d’une approximation et non d’un nombre exact.

Dominique M. (Pays-Bas)

Le 5 décembre 2019

Courrier des internautes

Nous sommes des apprenants de français langue étrangère aux Pays-Bas. Nous voudrions savoir si la langue française utilise aussi des mots néerlandais.

Dominique M. (Pays-Bas)

L’Académie répond :

Le plus fort contingent de mots français d’origine néerlandaise se rattache aux choses de la mer.

Ainsi :

affaler, aigrefin (poisson), amarrer, bac, bateau, beaupré, berme (de canal), bôme, cabillaud, cague, cajute, cambuse, caquer, clingoc, coq (cuisinier), digue, dock, dogre, drège, droguerie (préparation du hareng), drogueur (pêcheur de hareng), dune, écoute, épisser, équiper, flibustier, foc, gréer, lamaneur, lest, locman, marsouin, matelot, merlin, mouette, quille, saur (fumé), stockfish, vase... On peut également citer : bouquin, brandevin, brodequin, calandre (charançon), cancrelat, cliver, colza, drille (soudard), étai (support), étape, faille (vêtement, étoffe), frelater, gripper, gruger, hobereau, houblon kermesse, lai, d’où layette, lambrequin, mannequin (petit panier), mannequin (figure de bois), plaque, scorbut, troussequin (de selle), vacarme, varlope, vilebrequin...

Karen C. (France)

Le 5 décembre 2019

Courrier des internautes

Peut-on dire « je mange du brebis », ou « je mange du chèvre » en parlant de fromage ?

Certains d’entre nous disent que cela ne se dit jamais, que c’est un abus de langue, même si dans le contexte on sait que l’on parle de fromage...

D’autres pensent que « manger du chèvre » est correct mais pas « manger du brebis ».

Karen C. (France)

L’Académie répond :

Force est de constater qu’à ce jour, seul le nom chèvre peut être employé par métonymie pour désigner le fromage fabriqué avec le lait de cet animal. L’usage accepte très bien manger du chèvre, acheter un chèvre, mais refuse manger du vache, acheter un vache, sans doute en raison de la très grande variété des fromages fabriqués avec du lait de vache. Il refuse aussi manger du brebis, acheter un brebis, sans doute pour la raison inverse ; le fromage de lait de brebis est moins courant, aussi garde-t-il l’appellation fromage de brebis.

Louis-Gabriel P. (Canada)

Le 5 décembre 2019

Courrier des internautes

Une question de français m’habite depuis une dizaine d’années. Elle concerne la phrase suivante :

« Rien n’est simple entre nous, mais ça ne veut pas dire que rien n’est impossible. »

Ai-je raison d’affirmer que la phrase est erronée, si on veut lui donner un caractère optimiste ?

Louis-Gabriel P. (Canada)

L’Académie répond :

Monsieur,

Votre analyse est juste. Il y a dans cette phrase une multiplication hasardeuse des tours négatifs : ne veut pas dire ; rien ; impossible.

Si on souhaite une lecture optimiste de cette phrase, il faut en effet écrire : cela ne veut pas dire que rien n’est possible.

Pascal T. (France)

Le 5 décembre 2019

Courrier des internautes

Sauriez-vous ce que signifient les mots suivants (ce sont des outils anciens) : leigu, feunate, lopinière, touyon et bouterolle.

Merci d’avance de votre réponse.

Pascal T. (France)

L’Académie répond :

Le touyon est un chaudron utilisé pour cuire la potée des porcs. C’est un nom régional des Vosges.

La lopinière est le nom d’une tenaille de maréchal-ferrant à mors épais pour saisir les lopins (c’est-à-dire des morceaux de fer destinés à être façonnés en fer à cheval).

Le leigu est une pioche.

Feunate désigne une fourche à fumier en Lorraine.

Bouterolle désigne plusieurs outils. Ce nom est donné à une matrice utilisée pour former la tête des clous sur une cloutière. C’est aussi un marteau de forge, à nez pointu et creux.

Dans l’art vétérinaire, c’est un fer à cautériser, utilisé après qu’on a coupé la queue d’un animal, en particulier d’un cheval. Chauffé au rouge et approché de la coupure il arrête l’écoulement du sang et favorise la cicatrisation ; on l’appelle aussi « brûle-queue. »

La bouterolle de bijoutier est un petit outil à tête sphérique en bois très dur ou en acier permettant d’emboutir des petits volumes sur un tas spécifique dit dé à emboutir.

Enfin la bouterolle de tonnelier est une sorte de poinçon destiné à arrondir les têtes de rivets assujettissant les cerclages de fer.

Nous avons tiré toutes ces informations de l’excellent Dictionnaire des outils de Daniel Boucard.

Pherton C. (Haïti)

Le 5 décembre 2019

Courrier des internautes

Pourquoi appelle-t-on le français la langue de Molière... ?

Pherton C. (Haïti)

L’Académie répond :

On appelle le français la langue de Molière parce que l’on considère que son œuvre est la meilleure illustration de la beauté de cette langue. On appelle de même l’anglais la langue de Shakespeare ; l’allemand la langue de Goethe ; l’espagnol la langue de Cervantès et l’italien la langue de Dante.

J. Xavier C. (France)

Le 7 novembre 2019

Courrier des internautes

Bonjour, je m’interroge sur la prononciation des mots qui finissent par -us : quand faut-il prononcer le « s » ? exemple : on ne le prononce pas pour talus, opus, ardus, mais on prononce pour malus, anus ou humus.

J. Xavier C. (France)

L’Académie répond :

En général dans les mots empruntés du latin qui ont conservé leur forme originale, le s final se fait entendre. C’est pourquoi on l’entend aussi dans opus.

Quand il s’agit de mots en -u au pluriel, on ne prononce jamais le s, comme dans ardu, ardus.

Jason L. (France)

Le 7 novembre 2019

Courrier des internautes

Bonjour, j’aimerais savoir la position de la langue française et de l’Académie française concernant la désignation de la province la plus au nord de l’Italie « Trentino Alto-Adige/Südtirol ». Parlons-nous du Haut-Adige ou du Tyrol du Sud pour désigner la partie germanophone dont le chef-lieu est Bolzano/Bozen ? D’ailleurs, pouvons-nous appeler la ville Bolzane ? Faisons-nous un choix politique si nous utilisons un terme et pas l’autre ?

Je vous remercie pour votre réponse.

Jason L. (France)

L’Académie répond :

À ma connaissance, cette ville n’a jamais été appelée Bolzane.

Le Larousse du xixe la présente à l’article Bolzen, en signalant qu’on dit aussi Bolzano. Le Larousse du xxe fait l’inverse.

On trouve à la fois Trentin Haut-Adige et Tyrol du Sud.

Je ne pense pas que choisir l’un ou l’autre soit un choix politique, le premier nom a un caractère plus administratif, le second, plus géographique.

Jérémy B. (France)

Le 7 novembre 2019

Courrier des internautes

Apiculteur, bientôt professionnel, j’entends utiliser de temps en temps un mot particulier (« anecbalique »), qui signifie que la reine d’une ruche en tolère une autre. Ce qui « ne devrait pas » être possible, une ruche ne supportant qu’une seule reine.

Passionné par notre langue et la richesse de son vocabulaire, je n’arrive pas à trouver l’étymologie de ce mot, ni une définition vraiment précise. Vous serait-il possible de m’éclairer concernant ?

Je vous remercie d’avance et vous prie d’agréer l’expression de mes meilleures salutations,

 

Jérémy B. (France)

L’Académie répond :

Ce mot ne figure dans aucun des ouvrages que j’ai consultés (on le trouve néanmoins dans nombre de publications spécialisées), mais il est vraisemblablement formé à partir d’éléments grecs : le préfixe négatif ou privatif an- et le verbe ekballein, « lancer en dehors, repousser, chasser », lui-même formé du préfixe ek-, « de, hors de », et du verbe ballein, « lancer » – à l’origine, entre autres, de mots comme discobole ou balistique. La reine anecbalique est donc bien une reine « qui ne chasse pas, qui ne repousse pas ».

Jonathan C. (Belgique)

Le 7 novembre 2019

Courrier des internautes

Bonjour, j’écris pour savoir s’il existe un mot plus fort que amour ou aimer. Car je trouve que ce mot n’est pas suffisant pour exprimer ce que je ressens à ma future femme.

Jonathan C. (Belgique)

L’Académie répond :

Vaste problème qui se pose depuis que l’espèce humaine sait parler et sait aimer. Le mot amour semble parfois usé. Il vous appartient de trouver des périphrases qui sauront exprimer au mieux la force de vos sentiments.

Pages