Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Marie-Agnès G. (France)

Le 07 novembre 2013

Courrier des internautes

J’ai entendu dire que l’adage « méfiez-vous de l'eau qui dort », et ses variantes du genre « il faut se méfier de l’eau qui dort » ou « il n’est pire eau que celle qui dort », viendrait de Jules César qui aurait ainsi qualifié la Saône lors de la guerre des Gaules. Cela est-il avéré ?

Marie-Agnès G. (France, 22 juillet)

L’Académie répond

Voici ce qu’écrit César au sujet de la Saône dans La Guerre des Gaules : « Flumen est Arar quod per fines Aeduorum et Sequanorum in Rhodanum influit incredibili lenitate, ita ut oculis in utram partem fluat judicari non possit », « La Saône est une rivière dont le cours, entre les terres des Héduens et celle des Séquanes et jusqu'au Rhône, est si paisible que l’œil ne peut en distinguer la direction ».

Voici ce qu’écrivent au sujet d’Il n’est pire eau que l'eau qui dort Alain Rey et Sophie Chantreau dans le Dictionnaire des locutions et expressions :

D'abord pis vault la coye eaue (XIVe siècle). La formulation actuelle est plus concise que celle de Bonelles en 1531 : Il n'y a point d’eau plus dangereuse que celle qui dort, « Il faut se méfier des gens d'apparence calme et tranquille ».

Marius L. (France)

Le 07 novembre 2013

Courrier des internautes

J’aurais une question à vous poser, si vous le voulez bien, sur le sens de ces vers de la Marseillaise : « Contre nous de la tyrannie / L’étendard sanglant est levé ».

Je pense pour ma part que nous avons affaire à deux propositions indépendantes (du moins, je pense que l’on peut qualifier « Contre nous de la tyrannie » de proposition, malgré l’absence de groupe verbal, qui serait selon moi rendu implicite par « Contre nous »).

La première proposition signifierait tout simplement que nous nous battons contre une tyrannie. Par ailleurs, « L’étendard sanglant est levé » signifierait que, sur le champ de bataille, les ennemis brandissent ledit étendard.

Ainsi, la formulation serait grammaticalement correcte, bien que riche en sous-entendus et élisions.

L’autre interprétation sur laquelle j’attire votre attention est la suivante : ce serait en fait une licence poétique pour signifier « Contre nous l’étendard sanglant de la tyrannie est levé ». Cette explication, bien que bien moins complexe que la mienne, ne me convainc pas, car elle ne me semble pas en adéquation avec le parler de l’époque.

D’où ma question : est-ce que l’une de ces interprétations est correcte, ou bien y en a-t-il encore une autre ?

Marius L. (France, 19 juillet)

L’Académie répond

Nous avons ici une phrase avec une antéposition du complément du nom. En effet le complément du nom, de la tyrannie, est placé avant le groupe nominal qu’il détermine, l’étendard sanglant. C’est le jeu des rimes qui appelle cette antéposition. Cette interprétation est justifiée par le fait que, sur le manuscrit de Rouget de Lisle, il n’y a pas de ponctuation après tyrannie.

Thomas M. (Mulhouse)

Le 07 novembre 2013

Courrier des internautes

J’aimerais savoir dans quels cas il faut utiliser le mot « décès » plutôt que le mot « mort ». Je suis souvent amené à écrire des biographies et je souhaiterais avoir le mot juste. Je n’arrive pas à trouver la réponse dans mes dictionnaires qui ne précisent pas de nuance, ni sur internet.

Thomas M. (Mulhouse, 31 juillet)

L’Académie répond

Décès désigne la mort en parlant de personnes.

Décès a aussi un caractère plus administratif, plus officiel. Mort appartient à un registre plus courant, même si, dans les titres célèbres (en littérature et en peinture), on emploie mort et non décès : La Mort de Pompée, La Mort de Sénèque, La Mort de Lucrèce, La Mort de Sardanapale, etc.

Emmanuelle C. (Abbeville)

Le 03 octobre 2013

Courrier des internautes

Est-il correct de dire « Je suis arrivée en première » ou « en dernière » ?

Ou faut-il obligatoirement dire « en premier », « en dernier » même si le locuteur est une fille, ou dire « la première », « la dernière » ?

Emmanuelle C. (Abbeville, 13 juin)

L’Académie répond

En premier et en dernier sont des locutions adverbiales invariables. Une femme dira : je suis arrivée en premier ou, mieux et plus simplement, je suis arrivée première, la première.

Fanny M. (France)

Le 03 octobre 2013

Courrier des internautes

Je me permets de prendre contact avec vous car j’aimerais savoir si l’emploi de la phrase « Je m’en excuse » est correct.

Fanny M. (France, 20 juin)

L’académie répond

Grammaticalement, cette forme est correcte ; mais on considère qu’il est un peu impoli de s’excuser soi-même. C’est la personne offensée qui excuse ou non celui qui l’a offensée.

Il est préférable de dire, et d’écrire, Je vous prie de m’en excuser.

Guy L. (Lanvallay)

Le 03 octobre 2013

Courrier des internautes

Pourquoi parle-t-on de faute d’orthographe et d’erreur de calcul ?

Guy L. (Lanvallay, 14 juin)

L’académie répond

Une faute est un manquement aux règles, une erreur est l’action de se tromper. C’est pour cela que l’on dit surtout faute d’orthographe et erreur de calcul. Mais faute de calcul et erreur d’orthographe se rencontrent également.

 

Jeanne R. (Guérande)

Le 03 octobre 2013

Courrier des internautes

Doit-on dire de concert ou de conserve ?

Jeanne R. (Guérande, 5 juin)

L’académie répond

De conserve se dit, dans le vocabulaire de la marine, de deux ou plusieurs navires qui font route ensemble. Au sens figuré, il signifie « d’accord avec quelqu’un » : Agir de conserve. Il se rapproche alors de De concert, « d’un commun accord, en s’entendant pour une action commune ».

Juan B. (Bruxelles)

Le 03 octobre 2013

Courrier des internautes

Après des recherches infructueuses sur Internet, je me tourne vers vous afin d’obtenir une réponse fiable. Existe-t-il un terme en français pour désigner une personne sachant parler cinq langues ? Qu’en est-il des individus sachant en parler six, sept, et ainsi de suite ? Je vous remercie d’avance.

Juan B. (Bruxelles, 4 juin)

L’académie répond

Il n’existe pas de nom particulier pour désigner ce type de personne. Seuls existent, à ma connaissance, les formes bilingue, trilingue et quadrilingue.

Au-delà, on dit, et on écrit, « qui parle 5, 6, 7...langues ».

Laëtitia D. (Mulhouse)

Le 03 octobre 2013

Courrier des internautes

Après une discussion somme toute banale avec mon père, un doute nous a envahis ... Dit-on apprendre « sur le tas » ? « sur le tard » ? et pourquoi ?

Laëtitia D. (Mulhouse, 20 juin)

L’Académie répond

Ces deux locutions adverbiales sont correctes, mais elles n’ont pas le même sens.

Sur le tas signifie « de manière empirique par la pratique et sans formation théorique préalable ». Apprendre son métier sur le tas c’est l’apprendre en le pratiquant. Sur le tas signifie aussi « sur son lieu de travail ». On l’entend, par exemple dans grève sur le tas.

Sur le tard signifie « à un âge avancé ». On distingue Il a appris l’anglais sur le tas, « sans cours, mais au contact d’Anglais », et Il a appris l’anglais sur le tard, « quand il était déjà âgé »…

Sur le tard peut aussi signifier « en fin de journée », « à une heure tardive ».

Charlotte R. (France)

Le 29 août 2013

Courrier des internautes

Après mûre réflexion à propos de l’expression « faire la grève de la faim », je me suis posé une question.

Le mot « faim » désigne l’« ensemble des sensations provoquées par la privation de nourriture, qui incitent l’homme ou l’animal à rechercher des aliments, et que l’ingestion de nourriture fait disparaître » (Larousse 2013). Partant de ce principe, lorsque l’on a faim, il faut combler ce manque par l’ingestion de nourriture. Alors « faire la grève de la faim » signifierait s’abstenir d’avoir la sensation de faim, et s’abstenir de cette sensation revient à la combler, donc à se nourrir... Par conséquent tout le contraire de la signification de cette expression !

Peut-être que mon raisonnement est erroné, dans ce cas veuillez m’expliquer le sens littéraire de cette expression et ses origines parce qu’à ce jour je n’ai pas réussi à trouver une explication cohérente à mon interrogation.

Charlotte R. (France, 5 mai)

L’Académie répond

Vous avez raison ; à l’article « Grève » du Trésor de la langue française, on peut lire : « Grève de la faim. [Dénomination littéralement impropre] ».

On l’appelle ainsi parce que la grève est un moyen de pression ; il s’agit donc d’essayer de faire fléchir son adversaire en refusant de s’alimenter.

Grève par la faim serait plus juste, mais c’est grève de la faim la forme reconnue par l’usage. Cette expression apparue en 1906 est sans doute une transcription de l’anglais strike hunger, terme employé par les suffragettes anglaises incarcérées pour avoir revendiqué le droit de vote.

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