Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Dimitri C. (Houplin-Ancoisne)

Le 5 février 2015

Courrier des internautes

J’aimerais demander votre avis sur un mot traduit de la langue anglaise vers notre chère langue française au travers d’une célèbre série télévisée anglaise appelée « Doctor Who » (série de science-fiction avec voyage dans le temps et l’espace). En effet dans l’un des épisodes il est dit que le métier de l’actrice principale est « bisougram » qui, sauf erreur de ma part, n’existe pas dans notre langue. Dans la version anglaise originale le nom donné est « kissogram ». Le rôle de ce métier est simple : un expéditeur envoie une fille livrer un message qui embrasse le destinataire. Il semble que cela a été à la mode principalement dans les années 80. Que pensez-vous de cette traduction ? Le mot peut-il avoir ses chances d’apparaître dans la langue française ?

Dimitri C. (Houplin-Ancoisne)

L’Académie répond :

Il est tout à fait possible de construire un néologisme à partir de gramme, comme c’est le cas pour radiotélégramme, pictogramme ou le très récent municigramme. Cependant, l’entrée d’un tel mot dans les dictionnaires de langue française est tributaire de l’usage. Tout dépendra du succès futur du terme bisougramme.

Mariane S. (France)

Le 5 février 2015

Courrier des internautes

Merci pour votre rubrique « dire, ne pas dire»  qui m’amuse beaucoup !

J’entends de plus en plus le mot « éditorialiser ». Je n’ai pas l’impression qu’il soit très correct mais je manque un peu d’arguments.

Si vous avez un avis sur le sujet, ça m’intéresse !

Mariane S. (France)

L’Académie répond :

Nous sommes ravis que Dire, Ne pas dire vous amuse beaucoup ; c’est en partie sa raison d’être et je dois vous avouer que nous prenons aussi beaucoup de plaisir à sa rédaction.

Éditorialiser, vous vous en doutiez, ne figure dans aucun des dictionnaires que j’ai consultés. Nous essaierons d’en parler bientôt, mais force est de constater que pour l’instant le sens de ce verbe m’échappe un peu. Faire figurer dans un éditorial ? Rendre conforme à la ligne éditoriale d’un journal ?

J’avoue que s’ils ne m’effrayaient pas, l’abondance et l’ambiguïté de ces tics de langage m’émerveilleraient. L’entomologiste Jean Fabre disait qu’il fallait étudier les insectes pour cesser d’en avoir peur. C’est parfois ce que nous faisons dans cette rubrique avec les expressions à la mode.

Maxime C. (Limoges)

Le 5 février 2015

Courrier des internautes

Bonjour (ou bonsoir), je cherche à savoir si l’expression « D’aujourd’hui me (+ verbe) » est correcte ou non, au lieu de dire « Qui, aujourd’hui me (+ verbe) ». Merci d’avance, bonne continuation.

Maxime C. (Limoges)

L’Académie répond :

Cette tournure est correcte, on lit ainsi chez Loti (Le Vertige du monde) : « C’était une soirée de juillet lumineuse et ardente, succédant à une journée torride ; les étés d’aujourd’hui me semblent avoir perdu cette splendeur. » Si on utilisait la forme qui, aujourd’hui me…, on introduirait une opposition beaucoup plus forte et on attendrait une correction avec une autre date. Les élèves qui, aujourd’hui, me semblent…, étaient naguère…

Patricia M. (Paris)

Le 5 février 2015

Courrier des internautes

Je croyais qu’il ne fallait « pas employer l’article indéfini pluriel « des » lorsqu’il est placé devant un adjectif qualificatif. Mais j’entends des Français dire aussi « des » et non pas « de » devant une adjectif (exp « je vois des belles choses »).

Y a-t-il une règle grammaticale là-dessus ?

Patricia M. (Paris)

L’Académie répond :

Quand le nom est précédé d’une épithète, au pluriel, des est ordinairement remplacé par de (de belles plages) dans la langue écrite et dans la langue parlée soignée. Mais des, qui n’est ni récent ni incorrect, se rencontre encore.

Avant le XVIIe siècle, on employait indifféremment de ou des : Des indignes fils (Racine). Mais on trouve encore des petits moblots (Maupassant), des vieilles chansons (Nerval) au XIXe siècle.

Eloïse Ch. (Mexique)

Le 8 janvier 2015

Courrier des internautes

Bonjour, j’aimerais savoir si l’on peut dire « il n’y a pas de sous métier » ou si c’est une déformation de « il n’y a pas de sot métier ». Merci d’avance.

Eloïse Ch. (Mexique, 7 mai)

L’Académie répond :

On écrit Il n’y a pas de sot métier.

Cette expression est attestée depuis le milieu du XIXe siècle dans le Livre des proverbes de Leroux de Lincy.

Ce proverbe souligne la valeur intrinsèquement morale du travail, quelle qu’en soit la nature. On ajoute généralement, à l’intention de ceux qui moquent telle ou telle profession : Il n’y a que de sottes gens.

Justine V. (France)

Le 8 janvier 2015

Courrier des internautes

Pourquoi ne peut-on pas dire « redéposer », tandis que l’on peut dire « remettre » ou « refaire » ? Est-ce parce que le verbe « déposer » est déjà constitué du radical « poser » et du préfixe « dé- »?

D’ailleurs, quelle différence doit-on faire entre « poser » et « déposer » ?

Justine V. (France, 3 décembre)

L’Académie répond :

Théoriquement, tous les verbes sont susceptibles d’avoir un dérivé en re-. Les dictionnaires n’enregistrent que ceux qui sont bien ancrés dans l’usage.

Je vous invite, d’autre part, à consulter les définitions de poser et de déposer. Vous y verrez que si dans nombre de cas ces verbes sont synonymes, déposer a des sens que poser n’a pas. Il peut en effet signifier « retirer, enlever » comme dans déposer une fenêtre (il est alors non plus le synonyme mais l’antonyme de poser une fenêtre), poser un moteur, ou encore « chasser » comme dans déposer un roi.

Rodolphe L. (France)

Le 8 janvier 2015

Courrier des internautes

Je suis salarié d’une importante association ornithologique. L’ensemble des ornithologues français utilisent les termes « nicher » ou « nicheur » pour indiquer qu’un oiseau couve ou se reproduit. À mon avis, il faut utiliser « nidifier » à la place de « nicher ». En revanche, je ne vois pas d’équivalent au terme « nicheur » qui signifie qu’à partir de critères bien définis les ornithologues considèrent qu’un oiseau se reproduit sur un site.

Je vous remercie de votre avis sur ces deux termes.

Rodolphe L. (France, 24 novembre)

L’Académie répond :

Les dictionnaires que j’ai consultés ne présentent pas nicheur. Nidifier est un doublet savant de nicher ; l’un et l’autre viennent du latin nidificare, « faire un nid ».

On trouve dans certains dictionnaires, Faire nicher avec le sens de « Provoquer la nidification pour faire couver ».

De façon générale, l’Académie française ne crée pas de néologisme ; elle enregistre l’usage. Il peut être préférable de recourir à des périphrases pour désigner toutes ces opérations. Il est aussi possible qu’à l’usage le couple nicher/nidifier voit chacun de ces mots prendre un sens particulier. Dans la mesure où on reconnaît un peu dans nidifier la racine latine facere, « faire », il me semble que l’on pourrait garder nidifier pour « faire un nid » et nicher pour « couver ».

T. P. (France)

Le 8 janvier 2015

Courrier des internautes

Les anglicismes « before », « after » et « after work » traduisant « une fête d’après midi avant celle du soir », « une réunion festive qui suit un événement » et une « période après le temps de travaille dans une journée » contribuent-ils à la vie de la langue ? Ou sont-ils des emprunts nuisibles au français ? (Existerait-il des équivalences d’expression française ?)

T. P. (France, 18 novembre)

L’Académie répond :

Effectivement, les anglicismes se répandent et il n’existe pas, à ma connaissance, d’équivalents pleinement satisfaisants en français. On trouve un peu en usage les expressions évènement post-soirée, après-soirée ou arrière-soirée. Des propositions sur le même modèle sont envisageables pour « before » ou « after work ».

Vous pouvez soumettre ces termes pour étude dans la boîte à idées du site France Terme (www.culture.fr/franceterme).

V. (France)

Le 8 janvier 2015

Courrier des internautes

Bonjour, je suis médecin légiste, et avec plusieurs collègues nous nous questionnons sur le genre de « crevé ». Ce terme désigne dans notre spécialité les incisions cutanéo-musuclaires profondes réalisées lors d’une autopsie pour visualiser des lésions traumatiques profondes. Certains disent que ce mot est féminin, d’autres masculin car il dériverait du vocabulaire vestimentaire. Qu’en est-il réellement ?

V. (France, 11 décembre)

L’Académie répond :

Ce terme est trop spécialisé pour figurer dans des dictionnaires généraux. Mais on lit dans le Dictionnaire de médecine, édité chez Flammarion et préfacé par Jean Hamburger :

« Crevées n. f. pl. (à l’origine terme de couturière ou de tailleur désignant une ouverture longitudinale pratiquée aux manches de certains vêtements) (angl. Body incisions). Incisions longitudinales de la peau et des muscles des membres et du tronc pratiquées au cours d’une autopsie médico-légale, dans le but de rechercher l’existence d’hématomes profonds ».

Je vous conseille de choisir cette forme (le féminin pluriel) ou, éventuellement, au singulier, « une crevée ».

A-Cécile C. (États-Unis)

Le 4 décembre 2014

Courrier des internautes

Est-il correct de dire : « il me faut partir » ? Je dirais plutôt : « il faut que je parte », mais ayant entendu des personnes utiliser le verbe falloir avec un pronom personnel, je me demande si c’est une construction de phrase correcte. J’utilise le pronom personnel avec un nom : « il me faut une voiture », mais pas avec un verbe. Je voudrais donc savoir s’il est aussi possible de dire « il me faut partir ».

A-Cécile C. (États-Unis, 20 mars)

L’Académie répond :

Il me faut partir est un tour rare, mais parfaitement correct. Sa rareté fait qu’il est considéré comme une forme archaïque ou soutenue.

La fonction de me n’est pas la même dans Il me faut partir et dans Il me faut une voiture. Dans Il me faut partir, me est sujet de l’infinitif partir. Dans Il me faut une voiture, me est C.O.I. de falloir.

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