Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Jean-Pierre J. (Zalana)

Le 05 décembre 2013

Courrier des internautes

Quel est le bon accord : « une dizaine de jeunes chantait ou chantaient » ?

Quelle est la règle ?

Jean-Pierre J. (Zalana, 8 novembre)

L’académie répond

Vous pouvez écrire les deux, selon que vous faites l’accord avec dizaine ou avec jeunes.

Mais dans des constructions composées de noms du genre de dizaine, centaine, millier au singulier (qui sont particulièrement proches des déterminants numéraux) et d’un complément au pluriel, c’est ce dernier qui commande l’accord. Dans Le Grand Meaulnes, d’Alain-Fournier, on trouve par exemple : « Une dizaine de voix répondent. »

Il est vraisemblable que l’accord en fonction du sens domine.

Justine D. G. (France)

Le 05 décembre 2013

Courrier des internautes

Doit-on dire « une semaine après que je sois allée » ou « une semaine après que je suis allée » ?

Justine D. G. (France, 15 novembre)

L’Académie répond

Après après que, on doit utiliser l’indicatif. Voyez L’Âme des poètes, de Charles Trénet : « Longtemps, longtemps, après que les poètes ont disparu, leurs chansons courent encore dans les rues»

Certains auteurs, sans doute par analogie avec avant que, utilisent le subjonctif après après que ; ils font alors une faute de grammaire.

L. Le G. (Tours)

Le 05 décembre 2013

Courrier des internautes

Je me pose depuis trop longtemps deux questions.

La première, la plus vieille, concerne les phrases du type « Cette affirmation me semble juste ». Quelle est alors la fonction grammaticale du pronom personnel « me » ? Il ressemble à un complément d’objet indirect mais sembler est attributif et je ne sais pas si les deux sont compatibles.

Il ne semble pas non plus être attribut du sujet.

Ma seconde question concerne le verbe « insulter ». J’avais l’habitude de corriger mes amis lorsqu’ils prononçaient des phrases comme « Pierre m’a insulté d’abruti », leur expliquant qu’on disait plutôt

« Pierre m’a traité d’abruti » et qu’insulter n’était pas transitif indirect mais seulement transitif direct. Récemment, j’ai voulu vérifier et ai ouvert un Bescherelle de conjugaison, où il était écrit : « Insulter T, Ti » (Ti correspondant à transitif indirect). Me suis-je trompé et peut-on dire « insulter d’abruti » ? Est-il transitif indirect dans un autre cas auquel je n’ai pas pensé ? Le Bescherelle s’est-il trompé ?

L. Le G. (Tours, 14 novembre)

L’Académie répond

Dans Cette affirmation me semble juste, me est complément de l’attribut juste.

La phrase Il m’a insulté d’abruti est incorrecte grammaticalement. On doit écrire Il m’a traité d’abruti, abruti étant attribut du complément d’objet direct me.

Cela étant, si, dans tous les cas, insulter de est fautif, il est vrai que dans la langue classique insulter à existe, avec le sens de « manquer à ce que l’on doit aux personnes, aux choses ; constituer une provocation, un outrage, une inconvenance à leur égard ». On a dit ainsi Insulter au roi, aux dieux (ce tour est vieilli), mais on dit encore aujourd’hui Ce livre insulte à sa mémoire. De tels propos insultent à la raison, au bon sens, au bon goût. Leur faste insulte à la détresse publique.

Stéphane L. (La Réunion)

Le 05 décembre 2013

Courrier des internautes

Je suis encore au lycée et je vous contacte parce que mon professeur de cette année ne dit pas la même chose que celui de l’année dernière en ce qui concerne l’adverbe « aussi ». L’un d’eux dit qu’on ne doit jamais l’employer en début de phrase et l’autre dit que si on le fait, on doit effectuer l’inversion sujet/verbe de la proposition à laquelle il est rattaché.

Merci de m’éclairer sur le sujet.

Stéphane L. (La Réunion, 20 novembre)

L’académie répond

On peut trouver aussi en tête de phrase. Dans ce cas aussi ne signifie pas « autant », mais « À cause de cela, c’est pourquoi, en conséquence ». Il était déjà tard. Aussi décidèrent-ils de chercher une auberge.

On peut peut-être essayer, sinon de réconcilier, au moins de rapprocher les points de vue de vos professeurs. Comme aussi, avec l’inversion du sujet, amène une conclusion, il se trouve effectivement en tête de proposition, mais souvent à l’intérieur de la phrase qui contient une autre proposition à laquelle il amène une forme de conclusion. Il aurait eu tort d’agir de la sorte ; aussi ne l’a-t-il point fait. Mais, une fois encore, il peut se trouver en tête de phrase.

Bernard S. (France)

Le 07 novembre 2013

Courrier des internautes

Vous condamnez avec raison l’expression « au final ». Mais pourquoi ne pas ajouter dans votre rubrique que la formule « au finale » (finale étant alors un substantif) est correcte ?

Bernard S. (France, 17 août)

L’académie répond

Nous vous remercions vivement pour cette judicieuse remarque, dont nous allons tenir compte.

Bernard S. (France)

Le 07 novembre 2013

Courrier des internautes

Le 17 août dernier je vous faisais une suggestion au sujet de l’expression « au final ». Vous avez eu l’amabilité de me répondre. Mais depuis, comme sœur Anne, je ne vois rien vernir sur votre site.

Auriez-vous oublié ?

Bernard S. (France, 10 octobre)

L’académie répond

Nous n’avons pas oublié votre suggestion. Nous recevons un courrier abondant, ce qui nous empêche de tenir compte immédiatement de toutes les remarques pertinentes de nos lecteurs.

Si la locution au final est incorrecte, il est en effet tout à fait licite d’écrire, par exemple, au final de cette sonate, au finale du troisième acte. Le substantif Finale (que l’on trouve aussi écrit Final) désigne alors la dernière partie d’une pièce musicale, ou d’un acte au théâtre, et doit être réservé à ces domaines.

Frederic T. (Kehl am rhein)

Le 07 novembre 2013

Courrier des internautes

Je souhaiterais connaître la règle d’écriture des noms patronymes à particule, et notamment ceux d’origine étrangère, en l’occurrence M De Moro, ou M de Moro ? Merci d’avance.

Frederic T. (Kehl am rhein, 21 juillet)

L’académie répond

En principe, les particules étrangères prennent la minuscule – et se trouvent rejetées après le nom dans les index, dans les dictionnaires – quand elles sont espagnoles ou portugaises ; elles prennent la majuscule – et restent avant le nom dans les index – quand elles sont italiennes, anglo-saxonnes (sauf of), flamandes ou néerlandaises, scandinaves. Les particules allemandes prennent soit la minuscule (an, von, zu…), soit la majuscule, quand il s’agit de prépositions contractées (Am, Vom, Zur…). Telle est la règle, mais elle n’est pas toujours respectée ; et dans la vie courante, on suivra par courtoisie la graphie qu'utilisent les intéressés eux-mêmes.

L. A. (France)

Le 07 novembre 2013

Courrier des internautes

Je souhaite savoir quel est le verbe qui « va avec le nom requête », je m'explique : que fait la personne à qui je demande une requête, elle y répond, elle l’accomplit ?

L. A. (France, 14 juillet)

L’Académie répond

On peut dire répondre à une requête, faire droit à une requête, satisfaire une requête, accéder à une requête, etc.

Marie-Agnès G. (France)

Le 07 novembre 2013

Courrier des internautes

J’ai entendu dire que l’adage « méfiez-vous de l'eau qui dort », et ses variantes du genre « il faut se méfier de l’eau qui dort » ou « il n’est pire eau que celle qui dort », viendrait de Jules César qui aurait ainsi qualifié la Saône lors de la guerre des Gaules. Cela est-il avéré ?

Marie-Agnès G. (France, 22 juillet)

L’Académie répond

Voici ce qu’écrit César au sujet de la Saône dans La Guerre des Gaules : « Flumen est Arar quod per fines Aeduorum et Sequanorum in Rhodanum influit incredibili lenitate, ita ut oculis in utram partem fluat judicari non possit », « La Saône est une rivière dont le cours, entre les terres des Héduens et celle des Séquanes et jusqu'au Rhône, est si paisible que l’œil ne peut en distinguer la direction ».

Voici ce qu’écrivent au sujet d’Il n’est pire eau que l'eau qui dort Alain Rey et Sophie Chantreau dans le Dictionnaire des locutions et expressions :

D'abord pis vault la coye eaue (XIVe siècle). La formulation actuelle est plus concise que celle de Bonelles en 1531 : Il n'y a point d’eau plus dangereuse que celle qui dort, « Il faut se méfier des gens d'apparence calme et tranquille ».

Marius L. (France)

Le 07 novembre 2013

Courrier des internautes

J’aurais une question à vous poser, si vous le voulez bien, sur le sens de ces vers de la Marseillaise : « Contre nous de la tyrannie / L’étendard sanglant est levé ».

Je pense pour ma part que nous avons affaire à deux propositions indépendantes (du moins, je pense que l’on peut qualifier « Contre nous de la tyrannie » de proposition, malgré l’absence de groupe verbal, qui serait selon moi rendu implicite par « Contre nous »).

La première proposition signifierait tout simplement que nous nous battons contre une tyrannie. Par ailleurs, « L’étendard sanglant est levé » signifierait que, sur le champ de bataille, les ennemis brandissent ledit étendard.

Ainsi, la formulation serait grammaticalement correcte, bien que riche en sous-entendus et élisions.

L’autre interprétation sur laquelle j’attire votre attention est la suivante : ce serait en fait une licence poétique pour signifier « Contre nous l’étendard sanglant de la tyrannie est levé ». Cette explication, bien que bien moins complexe que la mienne, ne me convainc pas, car elle ne me semble pas en adéquation avec le parler de l’époque.

D’où ma question : est-ce que l’une de ces interprétations est correcte, ou bien y en a-t-il encore une autre ?

Marius L. (France, 19 juillet)

L’Académie répond

Nous avons ici une phrase avec une antéposition du complément du nom. En effet le complément du nom, de la tyrannie, est placé avant le groupe nominal qu’il détermine, l’étendard sanglant. C’est le jeu des rimes qui appelle cette antéposition. Cette interprétation est justifiée par le fait que, sur le manuscrit de Rouget de Lisle, il n’y a pas de ponctuation après tyrannie.

Pages