Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Camille A. (Amiens)

Le 06 février 2014

Courrier des internautes

Étudiantes à Amiens, ma colocataire et moi avons rencontré un désaccord par rapport au terme « miroir à raser » que notre enseignant d’optique à employé. En effet, ma colocataire et l’enseignant ont utilisé ce terme pour définir « le miroir utilisé lors d’une action : le rasage ». Néanmoins le terme est-il correct ? Car en effet le miroir n’est pas utilisé pour le rasage en lui-même (comme rasoir) mais il n’est qu’accessoire. Pour moi, cette dénomination n’est donc pas correcte car il n’existe pas de spécificité à chaque miroir, le fait d’en utiliser un pour se coiffer ou se raser n’en fait pas un « miroir à coiffer » ou un « miroir à raser ». On ne peut attribuer l’action au miroir, c’est donc le « à » qui ne me convient pas.

Quel est votre avis ? Peut-on employer cette expression ?

Camille A. (Amiens, 12 novembre)

L’Académie répond

Le complément de détermination, en français, peut correspondre à plusieurs structures et, par là, à plusieurs sens. Ainsi, la corde à sécher le linge n’est pas une corde qui sèche le linge, mais sur laquelle on fait sécher le linge ; cela tient à la polysémie de la préposition à (ce qui est vrai aussi pour de).

Une jupe de laine est faite en laine, un accident de la route se produit sur la route (et ce n’est pas la route qui est accidentée), un baiser de Russie est envoyé depuis la Russie et n’est pas un baiser à la russe, etc.

En soi, donc, grammaticalement rien n’empêche de comprendre « à raser » comme un complément de détermination à valeur de destination : « un miroir destiné au rasage ». Cependant, il faut admettre que, dans l’usage, les compléments de détermination concernant le mot miroir décrivent davantage son format que sa destination (miroir en pied, miroir de poche, miroir à trois faces) et que, sur le modèle de miroir de toilette, il serait peut-être plus conforme de dire miroir de rasage.

En espérant contribuer à la réconciliation.

Jean-Pierre J. (Zalana)

Le 06 février 2014

Courrier des internautes

Quel est le bon accord : « une dizaine de jeunes chantait ou chantaient » ?

Quelle est la règle ?

Jean-Pierre J. (Zalana, 8 novembre)

L’Académie répond

Vous pouvez écrire les deux, selon que vous faites l’accord avec dizaine ou avec jeunes.

Mais dans des constructions composées de noms du genre de dizaine, centaine, millier au singulier (qui sont particulièrement proches des déterminants numéraux) et d’un complément au pluriel, c’est ce dernier qui commande l’accord. Dans Le Grand Meaulnes, d’Alain-Fournier, on trouve par exemple : « Une dizaine de voix répondent. »

Il est vraisemblable que l’accord en fonction du sens domine.

Justine D. G. (France)

Le 06 février 2014

Courrier des internautes

Doit-on dire « une semaine après que je sois allée » ou « une semaine après que je suis allée » ?

Justine D. G. (France, 15 novembre)

L’Académie répond

Après après que, on doit utiliser l’indicatif. Voyez L’Âme des poètes, de Charles Trénet : « Longtemps, longtemps, après que les poètes ont disparu, leurs chansons courent encore dans les rues»

Certains auteurs, sans doute par analogie avec avant que, utilisent le subjonctif après après que ; ils font alors une faute de grammaire.

L. Le G. (Tours)

Le 06 février 2014

Courrier des internautes

Je me pose depuis trop longtemps deux questions.

La première, la plus vieille, concerne les phrases du type « Cette affirmation me semble juste ». Quelle est alors la fonction grammaticale du pronom personnel « me » ? Il ressemble à un complément d’objet indirect mais sembler est attributif et je ne sais pas si les deux sont compatibles.

Il ne semble pas non plus être attribut du sujet.

Ma seconde question concerne le verbe « insulter ». J’avais l’habitude de corriger mes amis lorsqu’ils prononçaient des phrases comme « Pierre m’a insulté d’abruti », leur expliquant qu’on disait plutôt

« Pierre m’a traité d’abruti » et qu’insulter n’était pas transitif indirect mais seulement transitif direct. Récemment, j’ai voulu vérifier et ai ouvert un Bescherelle de conjugaison, où il était écrit : « Insulter T, Ti » (Ti correspondant à transitif indirect). Me suis-je trompé et peut-on dire « insulter d’abruti » ? Est-il transitif indirect dans un autre cas auquel je n’ai pas pensé ? Le Bescherelle s’est-il trompé ?

L. Le G. (Tours, 14 novembre)

L’Académie répond

Dans Cette affirmation me semble juste, me est complément de l’attribut juste.

La phrase Il m’a insulté d’abruti est incorrecte grammaticalement. On doit écrire Il m’a traité d’abruti, abruti étant attribut du complément d’objet direct me.

Cela étant, si, dans tous les cas, insulter de est fautif, il est vrai que dans la langue classique insulter à existe, avec le sens de « manquer à ce que l’on doit aux personnes, aux choses ; constituer une provocation, un outrage, une inconvenance à leur égard ». On a dit ainsi Insulter au roi, aux dieux (ce tour est vieilli), mais on dit encore aujourd’hui Ce livre insulte à sa mémoire. De tels propos insultent à la raison, au bon sens, au bon goût. Leur faste insulte à la détresse publique.

Stéphane L. (La Réunion)

Le 06 février 2014

Courrier des internautes

Je suis encore au lycée et je vous contacte parce que mon professeur de cette année ne dit pas la même chose que celui de l’année dernière en ce qui concerne l’adverbe « aussi ». L’un d’eux dit qu’on ne doit jamais l’employer en début de phrase et l’autre dit que si on le fait, on doit effectuer l’inversion sujet/verbe de la proposition à laquelle il est rattaché.

Merci de m’éclairer sur le sujet.

Stéphane L. (La Réunion, 20 novembre)

L’Académie répond

On peut trouver aussi en tête de phrase. Dans ce cas aussi ne signifie pas « autant », mais « À cause de cela, c’est pourquoi, en conséquence ». Il était déjà tard. Aussi décidèrent-ils de chercher une auberge.

On peut peut-être essayer, sinon de réconcilier, au moins de rapprocher les points de vue de vos professeurs. Comme aussi, avec l’inversion du sujet, amène une conclusion, il se trouve effectivement en tête de proposition, mais souvent à l’intérieur de la phrase qui contient une autre proposition à laquelle il amène une forme de conclusion. Il aurait eu tort d’agir de la sorte ; aussi ne l’a-t-il point fait. Mais, une fois encore, il peut se trouver en tête de phrase.    

Hervé R. (Suisse)

Le 06 janvier 2014

Courrier des internautes

Je vois régulièrement (y compris sur des sites internet officiels) l’expression « Taxe assise sur... » . Je ne comprends pas bien l’origine de cette orthographe (surtout dans cet environnement fiscal en mouvement) et me demande si l’on ne devrait pas écrire « taxe accise sur... », plus en rapport avec le droit d’accise.

Hervé R. (Suisse, 24 novembre)

L’Académie répond

On écrit bien taxe assise sur… Dans le langage de la finance, Asseoir signifie « établir les bases de l’imposition ». On dira ainsi Asseoir un impôt sur le revenu.

Dans la famille d’asseoir, on a également assiette, « base sur laquelle on établit un calcul, une estimation ».

Isabelle L. (France)

Le 06 janvier 2014

Courrier des internautes

Je fais appel à votre conseil pour traduire en français l’expression « risque taker », souvent trouvée en français comme « preneur de risque ». Cette expression est employée pour désigner des personnes qui s’exposent au soleil, sans se protéger des rayons UV et prennent donc des risques pour leur peau. Je cherche un nom unique (insouciants, imprudents ne suggèrent à mon avis pas assez la notion de risque).

Isabelle L. (France, 22 novembre)

L’Académie répond

Je vous conseille de faire cette proposition dans la boîte à idées de France Terme (www.culture.fr/ressources/franceterme). Mais s’agit-t-il là d’une véritable notion ? Ne pourrait-on user d’une périphrase en disant « ces personnes qui prennent des risques » ? Il n’y a pas toujours un mot pour dire chaque chose dans une langue, et encore davantage en français : c’est l’assemblage des mots qui fait sens.

Cela dit, Léon Daudet, Montherlant utilisaient le nom « risqueur » , au sens de celui qui prend des risques, et Paul Morand parlait de « risqueux »  (mais les mots ne sont pas entrés dans l’usage) !

Madic (France)

Le 06 janvier 2014

Courrier des internautes

J’ai entendu pour la première fois le mot « natalophobie », désignant la peur de Noël. Est-ce que ce mot existe vraiment, ou est-ce une farce ?

Madic (France, 25 novembre)

L’Académie répond

Il s’agit d’un jeu de mots. De nombreuses personnes s’amusent à former des noms composés à partir de racines grecques ou latines. Les formes avec les suffixes -phobie et -philie semblent particulièrement productives. Mais ce type d’agglutination, assez fréquent dans la langue scientifique, ne correspond pas à l’usage du français courant, qui préfère les tours prépositionnels. Certaines langues comme le grec ou l’allemand ont plus recours à la soudure de différents composants.

C’est ce qui explique que l’allemand a des mots de plus de trente lettres dont le fameux

Rindfleischetikettierungsüberwaschungsaufgabenübertragungsgesetz, mot de 63 lettres qui signifie simplement « loi sur le transfert des obligations de surveillance de l’étiquetage de la viande bovine » !

On regrettera la disparition de ce mot, apparu dans le cadre de la lutte contre la maladie de la vache folle et victime d’un changement de législation européenne en 2013.

Ajoutons pour conclure que natalophobie, mélange de grec et de latin est un monstre. Il aurait fallu écrire genethliophobie.

Séverine P. (Grenoble)

Le 06 janvier 2014

Courrier des internautes

Je souhaitais savoir si le mot « paisibilité » ne faisait plus partie de la langue française.

En consultant les différents sites internet un doute subsiste. Le mot n’apparaît pas dans le Petit Robert mais je ne sais absolument pas si le recours à ce mot demeure totalement incongru.

Séverine P. (Grenoble, 31 octobre)

L’Académie répond

Le mot paisibilité existe. On le trouve par exemple dans le Trésor de la langue française, qui le glose ainsi : « Possibilité d’avoir du calme, d’être en paix », et qui donne cet exemple de Benjamin Constant : « Je voulais de la paisibilité, je l’ai obtenue, mes yeux s’en sont ressentis » (Journaux intimes, 1804).

Sylvie Ch. (France)

Le 06 janvier 2014

Courrier des internautes

Il pleuvait et je dis à ma petite-fille de trois ans et demi : « Tu vas pouvoir mettre tes jolies bottes. » Elle me répondit : « Mamé, je vais pouvoir FLAQUER. »

Que pensez-vous de ce joli nouveau verbe ?

Sylvie Ch. (France, 30 octobre)

L’Académie répond

Il s’agit d’une trouvaille charmante, mais qui n’a pas vocation à sortir du cadre familial.

Si vous vous demandez comment un mot nouveau fait son entrée dans le Dictionnaire de l’Académie française, sachez que chaque dictionnaire possède sa politique éditoriale et intègre les mots en fonction de critères qui lui sont propres. Ainsi, l’Académie française n’accepte dans son Dictionnaire que les mots correctement formés, répondant à un véritable besoin linguistique et déjà bien ancrés dans l’usage.

Si vous vous intéressez à la création de néologismes, notamment dans les domaines des sciences et des techniques, vous pouvez émettre vos suggestions dans la boîte à idées de la base de données France Terme (voir l’article Terminologie).

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