L’adjectif légal qualifie ce qui est conforme à la loi ou ce qui a été institué par elle. Légitime peut avoir un sens très voisin et signifier « qui est fondé en droit ; qui présente les conditions, les qualités requises par la loi ». C’est en sens que l’on parle, par exemple, de « légitime défense ». Cette synonymie n’est guère étonnante car ces deux adjectifs remontent au latin lex, « loi ». Mais une application trop stricte de cette dernière peut produire un effet néfaste, ce que l’adage latin signalait déjà : Summum ius, summa iniuria, ainsi glosé par Jocaste dans La Thébaïde de Racine : « Une extrême justice est souvent une injure » (on se souviendra que le sens premier d’injure, comme celui du latin injuria d’où il est tiré, est celui d’« injustice »). Sans doute est-ce pour cela que légitime a un autre sens, puisqu’il qualifie aussi ce qui est conforme au bon droit, à la raison, à l’équité, ce qui se justifie, ce qu’on peut admettre ou excuser. On pourra ainsi dire : « Cette rébellion pouvait paraître légitime », ou parler d’une « légitime indignation ». Ces nuances se retrouvent dans les verbes dérivés de ces adjectifs, légaliser et légitimer.
Légal a un doublé, de même origine, mais dont le sens est assez éloigné, l’adjectif loyal. Celui-ci a en effet d’abord signifié, s’agissant de choses, « qui est conforme à la loi, qui est fait dans les règles prescrites » et, s’agissant de personnes, « fidèle à l’autorité légitime ». Par extension, il qualifie aujourd’hui une personne qui refuse de tricher, dont le comportement est exemplaire et qui sait se montrer beau joueur.
En ce qui concerne l’adjectif licite, il est emprunté du latin licitus, de même sens, lui-même dérivé de licere, « être permis ». Licite qualifie donc ce qui est permis par la loi et, par extension, ce qui est conforme à l’honnêteté, à la morale. C’est un parent étymologique du nom licence, qui désigne d’abord une liberté que l’on a en vertu d’une permission donnée. C’est le nom du diplôme universitaire obtenu après trois ans d’études supérieures, diplôme qui était jadis nécessaire pour enseigner, et dont le nom est une forme traduite et abrégée de la locution latine licentia docendi, proprement « autorisation d’enseigner ». Mais licence peut aussi désigner une liberté que l’on s’octroie. La licence poétique désigne ainsi la liberté que le poète se donne dans ses vers d’aller à l’encontre des règles exactes de l’usage et de la versification. Mais, le plus souvent, en ce sens, le nom licence est pris en mauvaise part et désigne une liberté portée à l’excès, un dérèglement, notamment en ce qui concerne les mœurs. La nuance entre ces deux sens se retrouve dans les mots qui en dérivent, le nom licencié dans un cas, qui désigne celui qui est titulaire d’une licence et qui a donc l’autorisation de faire quelque chose, l’adjectif licencieux dans l’autre, qui se dit de celui « dont la liberté de conduite va jusqu’au désordre, au dérèglement ».