Dire, ne pas dire

« Jeune », « nouveau », « récent » et leurs antonymes

Le 11 juin 2026

Nuancier des mots

Ces trois adjectifs sont synonymes, mais il existe de l’un à l’autre des différences, et il est des situations où l’un seulement peut être employé. Jeune, issu du latin juvenis, qui désignait un individu appartenant à la classe d’âge comprise entre celle de l’adulescens et celle du senior (c’est-à-dire qui avait approximativement entre 20 et 40 ans), sert plus particulièrement pour qualifier des êtres vivants : un jeune garçon, une jeune fille, une jeune femme, un jeune chat, un jeune chêne. Il s’emploie aussi substantivement pour désigner une classe d’âge, les jeunes. Il peut être l’antonyme de vieux, adjectif issu du latin vetus, qui, étrangement, a d’abord signifié « de l’année », puis, en parlant du vin, « de l’année passée » et, enfin, « vieux », mais aussi d’ancien, tiré de ante, « avant ». Ancien, s’emploie le plus souvent de manière respectueuse, surtout au pluriel, comme dans la locution la sagesse des anciens ; ce respect peut éventuellement se teinter d’un soupçon d’ironie bienveillante, comme c’est le cas quand il désigne la personne la plus âgée d’un groupe, l’ancien. Signalons aussi qu’un vieux sage désigne une personne qui est toujours vivante, tandis qu’un sage ancien vivait à une époque révolue. C’est encore ancien que l’on emploie, avec une majuscule, précédé de l’article défini et placé après un nom propre, pour distinguer celui, de deux personnages historiques ayant le même nom, qui a vécu le premier : Tarquin l’Ancien, Pline l’Ancien, Cranach l’Ancien. Enfin, ancien s’oppose à nouveau quand cet adjectif s’emploie, au singulier ou au pluriel, pour désigner un ou des individus, qui viennent d’intégrer un groupe : Dans la classe, il y aura cette année trois nouveaux élèves et vingt-cinq anciens. Il m’a présenté sa nouvelle épouse.

Nouveau est issu du latin novus. C’est un parent étymologique du grec neos, de l’anglais new et de l’allemand neue, et qui peut aussi s’appliquer à ce qui vient d’être fabriqué : le beaujolais nouveau, une nouvelle voiture. On le rencontre également dans des locutions comme le nouvel an, la saison nouvelle, la nouvelle lune, le Nouveau Monde, sans oublier le Nouveau Testament et son pendant, l’Ancien Testament. Cela étant, si ancien s’oppose ordinairement à nouveau, c’est avec moderne qu’il forme un couple antagoniste dans la locution la querelle des Anciens et des Modernes, célèbre querelle littéraire de la fin du xviie siècle et du début du xviiie siècle sur les mérites respectifs des écrivains de l’Antiquité et de ceux du siècle de Louis XIV. Moderne est tiré du latin modernus, variante de hodiernus, « d’aujourd’hui, de ce jour ». Notons aussi que nouveau peut s’opposer à antique, qui est en quelque sorte un intensif d’ancien, comme en témoigne ce vers d’André Chénier, tiré de « L’Invention » : « Sur des pensers nouveaux, faisons des vers antiques. »

Récent est emprunté du latin recens, « nouvellement arrivé, frais, récent ». On rencontrait dans cette langue des groupes comme piscis recens ou copiae recentes, « du poisson frais », « des troupes fraîches ». Cet adjectif qualifie ce qui s’est produit il y a peu, qui existe depuis peu. Contrairement à jeune et à nouveau il ne peut s’employer substantivement et ne s’utilise guère avec des noms de personnes ; la langue préfère ceux qui sont récemment arrivés à les arrivés récents, mais on peut cependant parler du récent vainqueur du Tour de France pour désigner celui qui l’a emporté il y a peu, tandis que le nouveau vainqueur du Tour de France est celui qui vient de succéder à un autre (ou à lui-même) au palmarès de cette épreuve, et que le plus jeune vainqueur du Tour de France est celui qui était le moins âgé au jour de sa victoire. Si âgé signifie ordinairement « vieux » quand il est employé absolument, il devient neutre quand il est suivi d’un chiffre. On lit ainsi dans Les Travailleurs de la mer : « Un enfant, qui était peut-être un nain, âgé de douze ans ou de soixante ans, goîtreux, ayant un balai à la main, était le domestique. » Et si l’usage accepte une personne âgée, il refuse un enfant âgé.

Cette remarque s’applique également à vieux, mais ce dernier peut aussi qualifier des choses, comme un journal vieux d’une semaine, alors qu’on ne pourra pas dire un journal âgé d’une semaine. Vieux ou vieille se disent encore en parlant d’une personne qui exerce la même profession, le même métier, ou mène le même genre de vie depuis longtemps : un vieux soldat, un vieil ami, un vieux débauché, mais force est de constater que ce sens est en partie écrasé par le premier et qu’un vieux soldat est rarement un homme jeune. On distinguera donc un vieux magistrat, qui exerce son métier depuis un certain temps et qui est donc relativement âgé, d’un jeune magistrat, qui exerce depuis peu cette profession ou qui est peu âgé, et d’un ancien magistrat, qui ne l’exerce plus.

Notons pour conclure que devant un nom ou un groupe nominal commençant par une voyelle, vieux se change ordinairement en vieil. C’est ce que rappelle la neuvième édition de notre Dictionnaire : « Au masculin singulier, on emploie vieil au lieu de vieux devant un nom commençant par une voyelle ou un h muet. »

On notera cependant que l’usage a hésité sur ce point. Féraud écrivait ainsi dans son Dictionnaire critique de la langue française, paru en 1787 : « Aûtrefois on disait, vieil devant une voyèle, et vieux devant une consone, et quelquefois devant une voyèle. L’Académie le prescrit encôre de la sorte; mais c’est aparemment une de ses anciènes décisions, qui n’a pas été réformée sur l’usage présent. On ne dit plus un vieil avâre, ni un vieil homme, comme disait Mlle Scudéry ; ni un vieil ami, un vieil habit, comme le voulait Vaugelas, et l’Académie dans ses Observations sur les Remarques de cet illustre Gramairien. »

Littré, quant à lui, faisait cette remarque : « Vieil s’emploie devant une voyelle ou une h muette : vieil homme, vieil ami ; vieux s’emploie dans les autres cas ; il s’emploie aussi devant une voyelle ou une h muette : un vieux homme. »