Dire, ne pas dire

Emplois fautifs

J’ai pris le parti pris

Le 7 décembre 2017

Emplois fautifs

La locution nominale parti pris désigne une opinion préconçue ou une décision prise d’avance. Elle entre dans la composition d’autres locutions, le plus souvent péjoratives, signalant que tel ou tel est partial et se refuse à juger objectivement : il est de parti pris dans cette affaire. Elle cesse cependant de l’être quand elle désigne l’intention déterminée qu’un artiste manifeste dans l’exécution d’une œuvre : un parti pris de modernité. La locution Parti pris est tirée de l’expression prendre parti, c’est-à-dire soutenir une personne, un camp, dans une querelle ou un débat. Cette dernière existe depuis le xive siècle avec ce sens ; au xviie siècle, elle signifiait aussi « choisir un métier, une profession dans les affaires ou dans les armes », tandis que prendre son parti apparaît avec le sens de « se résigner » ou d’« adopter une résolution ». Il s’agit là de tours parfaitement corrects, mais qu’il ne faut pas mêler pour en faire l’étrange phrase J’ai pris mon parti pris que l’on commence, hélas, à entendre ici ou là.

On dit

On ne dit pas

J’ai pris le parti de venir

J’ai pris le parti pris de venir

L’intéressement, l’intérêt

Le 7 décembre 2017

Emplois fautifs

Dans son Recueil général des anciennes lois françaises de 420 à la révolution de 1789, qu’il fit paraître avec Jourdan et Decrusy, François André Isambert cite un texte du 19 juin 1464 où on peut lire ceci : « Que tous les maistres coureurs aient […] pour leur interessement […] chacun 50 livres. » Intéressement désigne alors la somme allouée pour un service. Ce nom fait un petit tour dans la langue et puis s’en va. On ne le reverra qu’au xxe siècle, en économie, pour désigner le fait d’intéresser financièrement le personnel aux résultats d’une entreprise. On se gardera bien d’imiter les quelques auteurs qui en ont fait un synonyme grandiloquent d’intérêt au sens d’« attention » ou de « curiosité qu’une chose éveille dans l’esprit et qui incite à vouloir la mieux connaître ». On dira donc j’ai lu votre livre avec beaucoup d’intérêt et non avec beaucoup d’intéressement. Ces conseils valent aussi, bien sûr, pour le couple désintérêt / désintéressement.

On dit

On ne dit pas

Il montre le plus grand intérêt pour ses études

Ses propos sont sans intérêt

L’intéressement aux bénéfices

Il montre le plus grand intéressement pour ses études

Ses propos sont sans intéressement

L’intérêt aux bénéfices

Un peintre pointilliste, un banquier pointilleux

Le 7 décembre 2017

Emplois fautifs

Les adjectifs pointilleux et pointilliste sont paronymes mais si, in fine, ils ont la même étymologie, ils ont pourtant des sens bien différents. Pointilleux, qui se rencontre dès la fin du xvie siècle et qui signifie « qui aime à chicaner sur les moindres détails », est un dérivé de pointille, « chose futile, bagatelle », nom aujourd’hui sorti d’usage et qui nous venait, par l’intermédiaire de l’espagnol, de l’italien puntillo, de même sens et qui signifiait proprement « petit point ». Ce dernier était issu du latin punctum, à l’origine de notre « point ». De point dérive le verbe pointiller, « faire des points avec la plume, le crayon, le burin, le pinceau », et de ce verbe, pointillisme, une technique qui consiste à peindre en juxtaposant des points de tons purs et que pratiquent les peintres pointillistes. Même si des peintres peuvent être attentifs aux plus petits détails et se montrer parfois pointilleux, on se gardera donc bien de confondre ces deux formes et l’on veillera à ne pas employer l’une pour l’autre.

On dit

On ne dit pas

Seurat et Signac étaient des peintres pointillistes

Un examinateur très pointilleux

Seurat et Signac étaient des peintres pointilleux

Un examinateur très pointilliste

Affleurer, Effleurer

Le 2 novembre 2017

Emplois fautifs

Les verbes affleurer et effleurer sont tous deux dérivés de fleur et ils ne diffèrent entre eux que par leur voyelle initiale, mais ils ont pourtant des sens bien différents. Fleur, qui s’emploie dans les expressions mettre à fleur, c’est-à-dire « mettre à niveau deux éléments contigus », et être à fleur de, « atteindre la surface de quelque chose », est à l’origine du verbe affleurer, qui peut avoir le sens de l’une ou l’autre de ces expressions. Effleurer est, lui, dérivé de fleur au sens de « surface d’une chose » et s’est d’abord employé avec celui de « dépouiller une plante de ses fleurs » ; ce verbe signifie aujourd’hui « entamer superficiellement », puis « frôler » et, de manière figurée, « se présenter de manière fugace à l’esprit » et enfin « examiner superficiellement ». On veillera donc à ne pas confondre ces deux paronymes.

 

On dit

On ne dit pas

Cette idée ne l’a pas effleuré

La roche affleure sous le sable

Cette idée ne l’a pas affleuré

La roche effleure sous le sable

Ils ont réfléchi sur comment faire

Le 2 novembre 2017

Emplois fautifs

Les prépositions introduisent un complément, le plus souvent un nom ou un pronom, parfois un infinitif. Il existe aussi quelques cas, beaucoup plus rares, où elles forment, avec des adverbes interrogatifs comme quand, combien, une locution interrogative : De quand date ce tableau ? Pour combien le cèderiez-vous ? À quand remonte cette histoire ? De combien vous êtes-vous trompé ? Ces interrogatives directes peuvent être remplacées par des interrogatives indirectes : je me demande de quand date ce tableau. Mais en dehors de ces cas où la préposition se trouve déjà dans l’interrogative directe, faire suivre une préposition d’une interrogative indirecte est une incorrection grave.

 

On dit

On ne dit pas

Avez-vous une idée pour expliquer leur
geste ?

Ils ont réfléchi à la manière de faire

Avez-vous une idée de pourquoi ils ont agi ainsi ?

Ils ont réfléchi sur comment faire

Merci d'avoir été notre invité

Le 2 novembre 2017

Emplois fautifs

On remercie quelqu’un pour ce qu’il a fait. Le remerciement n’est pertinent que si la personne à qui l’on s’adresse a agi de son propre chef et a entrepris quelque chose. Dans le cas contraire, le remerciement n’a pas de sens. On ne remerciera donc pas en disant à une personne dont on avait sollicité l’appui Merci d’avoir été prié de nous accorder votre aide, mais évidemment Merci de nous avoir aidés.

On dit

On ne dit pas

Merci d’avoir accepté notre invitation

Merci d’avoir été notre invité

Réunir ensemble

Le 2 novembre 2017

Emplois fautifs

Les pléonasmes peuvent être des tours stylistiques employés pour donner plus de force à un propos. Ainsi Je l’ai vu de mes yeux ou je l’ai entendu de mes propres oreilles sont des pléonasmes admis et fort usités. Mais dans la majorité des cas, ils sont plus une marque d’inattention de qui parle ou écrit et alourdissent un propos plus qu’ils ne le renforcent. Ils témoignent aussi d’un certain manque de confiance, probablement inconscient, envers les mots de notre langue, et d’un doute dans leur capacité expressive. Mais user de pléonasmes pour lutter contre cette faiblesse supposée est une solution bien pire que le mal que l’on veut combattre, puisque c’est parce que l’on ajoute à certains mots d’autres qui ne sont pas nécessaires que tous s’appauvrissent. Ainsi entend-on de plus en plus souvent la locution réunir ensemble, alors que réunir seul suffirait.

Haltère, planisphère

Le 5 octobre 2017

Emplois fautifs

Haltère et planisphère sont des noms d’usage assez courant et pourtant, bien souvent, on se trompe sur leur genre. Bien que l’un et l’autre soient en effet des masculins, il n’est pas rare d’entendre une haltère ou une planisphère. On peut comprendre cette faute puisque les noms en -ère sont majoritairement féminins et que la proportion est écrasante quand il s’agit des noms en -sphère, tous féminins, à l’exception d’hémisphère et, justement, de planisphère. Il n’en reste pas moins que faire de ces masculins des féminins est une faute et qu’il convient de rendre à ces différents noms leur véritable genre.

On dit

On ne dit pas

De petits haltères

Un très ancien planisphère

De petites haltères

Une très ancienne planisphère

L'apogée, le girofle, la giroflée

Le 5 octobre 2017

Emplois fautifs

On ne fait pas de faute sur le genre du nom giroflée. Tout le monde dit et écrit une giroflée, la giroflée. Mais il faut rappeler que tous les mots en -ée ne sont pas féminins. Si le lycée et le prytanée ne posent évidemment pas de problème, il n’en est pas de même pour quelques autres comme apogée, hypogée et périgée. Ces noms, à l’exception d’apogée, sont peu employés et l’on ne peut s’aider de la présence de l’article pour identifier le genre de ce dernier, puisqu’il commence par une voyelle et que, devant lui, l’article défini le s’élide en l’. De plus, certaines personnes ayant identifié à juste titre dans l’élément -gée, le nom grec de la terre, ou Gaia, et sachant que celui-ci est un féminin, pensent que ces trois noms sont des féminins. Rappelons donc qu’il n’en est rien et signalons également, puisque nous avons commencé par giroflée, que le nom girofle, qui désigne, non pas le fruit du giroflier, mais le bouton de sa fleur, est, lui aussi, un nom masculin.

On dit

On ne dit pas

Épicer avec du girofle

Un glorieux apogée

De beaux hypogées creusés à flanc de colline

Épicer avec de la girofle

Une glorieuse apogée

De belles hypogées creusées à flanc de colline

Le gîte, la gîte

Le 5 octobre 2017

Emplois fautifs

Il existe deux noms gîte en français. Le premier date du xiie siècle et est masculin ; c’est un dérivé du verbe gésir, qui signifie « être couché » et qui s’emploie surtout dans l’expression « ci-gît ». Le gîte désigne un endroit abrité où l’on peut passer la nuit. On ne doit pas le confondre avec son homonyme du xixe siècle, qui désigne, lui, l’inclinaison d’un navire sur un bord et qui est un nom féminin. Si, en effet, on n’entend pas gîte au sens d’« abri où l’on peut dormir » précédé d’un article féminin, son pendant féminin est trop souvent présenté comme un nom masculin, ce qu’il n’est pas.

On dit

On ne dit pas

Le navire prend de la gîte

En donnant de la gîte, nous gagnerons en vitesse

Le navire prend du gîte

En donnant du gîte, nous gagnerons en vitesse

Pages