Dire, ne pas dire

Emplois fautifs

Repaire et Repère

Le 6 avril 2018

Emplois fautifs

Le nom repère est tiré de son homonyme repaire ; ce dernier est un déverbal de l’ancien verbe repairer, attesté plus anciennement sous la forme repadrer, elle-même issue du latin rapatriare, « rentrer chez soi, rentrer dans sa patrie » (qui est aussi à l’origine du doublet savant rapatrier). En ancien français repaire a d’abord désigné le fait de rentrer chez soi puis, par métonymie, le logis, l’habitation où l’on revenait. Mais repaire a vite pris le sens de « gîte d’animaux sauvages », ces derniers étant surtout ceux qui pouvaient être dangereux pour l’homme, ce qui explique l’apparition du sens de « refuge où se terrent des malfaiteurs ». Comme au Moyen Âge l’orthographe de ce nom n’était pas encore bien fixée (on l’écrivait aussi repère), on rattacha, à tort, ce nom au latin reperire, « retrouver », et repère se spécialisa pour désigner une marque permettant de retrouver telle ou telle chose. On évitera donc de confondre à l’écrit ces deux homonymes.

On écrit

On n’écrit pas

Un repaire de brigands

Un point de repère

Un repère de brigands

Un point de repaire

Cette robe coûte chère pour coûte cher

Le 2 mars 2018

Emplois fautifs

Certains adjectifs ont un emploi adverbial, comme grand dans voir grand, lourd dans peser lourd, cru dans parler cru, etc. En passant de l’adjectif à l’adverbe, ces mots deviennent invariables. Le plus souvent, l’invariabilité est respectée quand les adjectifs ont, phonétiquement, des formes différentes au masculin et au féminin, comme grand/grande, et l’on ne dit ni n’écrit cette caisse pèse lourde. Quand il n’y a pas de différence de prononciation, les problèmes arrivent et l’on commence à lire ici ou là des phrases comme cette robe coûte chère, quand c’est coûte cher que l’on devrait écrire puisque, ici, cher est un adverbe.

on écrit

on n’écrit pas

Ces infractions peuvent coûter cher

Ils parlent cru

Ces infractions peuvent coûter chères

Ils parlent crus

Culturé pour Cultivé

Le 2 mars 2018

Emplois fautifs

Le nom culture est emprunté du latin cultura, qui signifie « agriculture » et « culture de l’esprit ». Il est dérivé du verbe colere, qui, selon le contexte, signifie « habiter », « cultiver » ou « honorer ». Du participe passé de ce verbe, cultus, le latin populaire avait tiré une forme cultivus, à laquelle on doit l’ancien français coutiver, qui avait pour sens « vénérer une divinité » et « travailler la terre », forme refaite ensuite en cultiver. C’est bien ce verbe, cultiver, qui est le pendant du nom culture. On rappellera donc que c’est le participe passé cultivé que l’on emploie pour désigner une terre qui a été travaillée et, adjectivement, pour qualifier une personne qui a une bonne culture générale ou une grande culture intellectuelle. Culturé, que l’on entendait d’abord ici ou là en matière de plaisanterie, mais qui commence à se répandre hors de ce cadre, est un barbarisme qu’il faut à toute force proscrire.

on dit

on ne dit pas

Un jeune homme très cultivé

Une terre bien cultivée

Un jeune homme très culturé

Une terre bien culturée

Partager ce gâteau, partager cette idée

Le 2 mars 2018

Emplois fautifs

Le sens du verbe partager varie en fonction des compléments qu’il régit. Avec les noms concrets et la plupart des noms abstraits, partager, conformément à son étymologie, signifie « faire des parts, diviser ». On peut ainsi partager une galette, une terre, le pouvoir, des responsabilités, etc. Après le partage, la part qui reviendra à chacun sera plus petite que ce qui a été partagé. Mais quand partager a pour complément un nom abstrait désignant ce que l’on pense de tel ou tel sujet, comme idée, avis, opinion, il change de sens pour signifier « agréer, accepter, faire sien ». Et dans ce cas ce qui est partagé ne diminue pas. Je partage votre point de vue ne signifie donc bien sûr pas « j’en fais de plus petits morceaux », mais « je suis d’accord avec lui ». Cette différence de sens amène aussi une différence de construction, et si l’on dit « je voudrais partager cette tarte entre vous », où vous est complément de partager, on doit dire en revanche « je voudrais vous faire partager mon avis »,vous est sujet de partager.

Prévoir à l’avance

Le 2 mars 2018

Emplois fautifs

Le verbe prévoir est emprunté du latin praevidere, « apercevoir d’avance, prévoir ». La composition de ces verbes latin et français est la même : un radical verbal, videre pour le latin, voir pour le français, et un préverbe ayant le même sens, prae- pour le latin, à l’origine du français pré-, c’est-à-dire « devant, en avant, à l’avance ». L’idée d’anticipation étant donc déjà contenue dans prévoir, on évitera le pléonasme vicieux « prévoir à l’avance » ; on emploiera prévoir seul ou la locution adverbiale à l’avance avec un verbe comme penser, concevoir, envisager, etc.

on dit

on ne dit pas

J’avais prévu ce qui allait se passer

Il avait imaginé à l’avance sa réaction

J’avais prévu à l’avance ce qui allait se passer

Il avait prévu à l’avance sa réaction

Dresser le portrait pour Brosser le portrait

Le 1 février 2018

Emplois fautifs

Le nom brosse peut désigner un pinceau plat, généralement large, en soies de porc, de martre, dont se servent les artistes peintres pour étendre les couleurs ou les vernis sur la toile. On en a tiré le verbe brosser, qui signifie proprement « peindre à la brosse par larges touches », puis « faire une ébauche rapide » et, figurément, « décrire dans les grandes lignes, à larges traits ». On dira ainsi brosser un décor, brosser un paysage, un portrait. Le verbe dresser, lui, signifie « préparer, arranger, disposer selon les règles » (dresser une table) et, s’agissant de choses qui exigent soin et précision, « exécuter, établir » (dresser le plan d’un ouvrage, une liste, un inventaire), et, particulièrement, « rédiger dans la forme prescrite » (dresser la minute d’un acte, une contravention). On se gardera de confondre ces deux verbes et l’on se souviendra que l’on ne dresse pas un portrait mais qu’on le brosse. Si l’on craint de ne savoir lequel employer, on en appellera à Prévert et à son célèbre Pour faire le portrait d’un oiseau.

Elle s'est faite mal

Le 1 février 2018

Emplois fautifs

La locution faire mal signifie « provoquer de la douleur » ; elle se construit avec un complément indirect et mal y a une valeur nominale : Je fais mal à Rémy, je lui fais mal. Elle peut aussi se construire de manière pronominale : je me suis fait mal en tombant. On ne doit pas la confondre avec le verbe faire accompagné de l’adverbe de manière mal, puisque dans ce cas, le complément du verbe est un complément direct : Il fait mal son travail, il le fait mal. Il importe de se souvenir de ce point, particulièrement aux temps composés, et on se gardera bien d’écrire elle s’est faite mal, pour dire « elle s’est blessée », puisque, grammaticalement, elle s’est faite mal, qui est construit comme elle s’est faite seule, signifierait, d’un strict point de vue grammatical, « elle s’est ratée, elle ne s’est pas réussie »…

Intégrer que

Le 1 février 2018

Emplois fautifs

Le verbe intégrer est un verbe transitif qui signifie « faire entrer un élément dans un ensemble, de sorte qu’il en devienne une partie constitutive ». On intègre un alinéa dans un chapitre, de la levure dans la pâte, un nouvel élève dans une classe. On l’emploie aussi, dans l’argot scolaire, pour signaler que quelqu’un a réussi le concours d’entrée à une école prestigieuse : il a intégré Normale, Polytechnique. À ces types de complément, on ne doit pas substituer une subordonnée conjonctive et l’on doit éviter le tour intégrer que dont on ferait un synonyme incorrect de se rendre compte que ou accepter le fait que.

on dit

on ne dit pas

Il n’a pas accepté le fait d’avoir perdu

Vous étiez-vous rendu compte qu’il était absent depuis lundi ?

Il n’a pas intégré qu’il avait perdu

Aviez-vous intégré qu’il était absent depuis lundi ?

Le orange pour l'orange

Le 1 février 2018

Emplois fautifs

Il est une faute qui se répand largement : la perte de l’aspiration de certains h qui devraient interdire la liaison ou l’élision du mot qui précède. On entend hélas, de plus en plus, les z haricots, l’handicap. Mais on rencontre aussi la faute inverse, qui fait que des noms commençant par une voyelle sont prononcés comme s’ils étaient précédés d’un h aspiré. Ainsi lit-on et entend-on de plus en plus Le livre de Arnaud, la sœur de Antoine. Un nom est particulièrement touché aujourd’hui : orange. Il ne s’agit pas du fruit ; on dit sans problème l’orange est sucrée, mais les choses se gâtent quand on parle de la couleur, puisque, même si l’on dit généralement je vous jure, monsieur l’agent, je suis passé à l’orange, on entend et on lit fréquemment le orange, du orange. Rappelons que le nom du fruit et celui de la couleur ont la même prononciation et bannissons cet inélégant hiatus.

 

on dit

on ne dit pas

L’orange est la couleur complémentaire du bleu

Du jaune, du rouge, de l’orange

Le orange est la couleur complémentaire du bleu

Du jaune, du rouge, du orange

Après au sens de Dès lors, cela étant

Le 9 janvier 2018

Emplois fautifs

La préposition après marque la postériorité dans le temps ou dans l’espace : il est rentré directement après l’école ; après le rideau d’arbres, il y a un étang. Elle marque aussi la subordination ou l’infériorité de rang dans une hiérarchie, dans un ordre : Il fait passer sa famille après son travail. Dans les grands conquérants, il place César après Alexandre. À ces emplois, on se gardera bien d’ajouter des sens conclusifs ou concessifs qui seraient l’équivalent de dès lors ou cela étant. On ne dira donc pas : il s’est enfui, après il est devenu suspect ni je lui ai donné ce conseil, après il en fera ce qu’il en voudra.

 

on dit

on ne dit pas

Il a été invité, cela étant, s’il ne veut pas venir…

Il a été invité, après, s’il ne veut pas venir…

 

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