Dire, ne pas dire

Emplois fautifs

Intégrer que

Le 01 février 2018

Emplois fautifs

Le verbe intégrer est un verbe transitif qui signifie « faire entrer un élément dans un ensemble, de sorte qu’il en devienne une partie constitutive ». On intègre un alinéa dans un chapitre, de la levure dans la pâte, un nouvel élève dans une classe. On l’emploie aussi, dans l’argot scolaire, pour signaler que quelqu’un a réussi le concours d’entrée à une école prestigieuse : il a intégré Normale, Polytechnique. À ces types de complément, on ne doit pas substituer une subordonnée conjonctive et l’on doit éviter le tour intégrer que dont on ferait un synonyme incorrect de se rendre compte que ou accepter le fait que.

on dit

on ne dit pas

Il n’a pas accepté le fait d’avoir perdu

Vous étiez-vous rendu compte qu’il était absent depuis lundi ?

Il n’a pas intégré qu’il avait perdu

Aviez-vous intégré qu’il était absent depuis lundi ?

Le orange pour l'orange

Le 01 février 2018

Emplois fautifs

Il est une faute qui se répand largement : la perte de l’aspiration de certains h qui devraient interdire la liaison ou l’élision du mot qui précède. On entend hélas, de plus en plus, les z haricots, l’handicap. Mais on rencontre aussi la faute inverse, qui fait que des noms commençant par une voyelle sont prononcés comme s’ils étaient précédés d’un h aspiré. Ainsi lit-on et entend-on de plus en plus Le livre de Arnaud, la sœur de Antoine. Un nom est particulièrement touché aujourd’hui : orange. Il ne s’agit pas du fruit ; on dit sans problème l’orange est sucrée, mais les choses se gâtent quand on parle de la couleur, puisque, même si l’on dit généralement je vous jure, monsieur l’agent, je suis passé à l’orange, on entend et on lit fréquemment le orange, du orange. Rappelons que le nom du fruit et celui de la couleur ont la même prononciation et bannissons cet inélégant hiatus.

 

on dit

on ne dit pas

L’orange est la couleur complémentaire du bleu

Du jaune, du rouge, de l’orange

Le orange est la couleur complémentaire du bleu

Du jaune, du rouge, du orange

Après au sens de Dès lors, cela étant

Le 09 janvier 2018

Emplois fautifs

La préposition après marque la postériorité dans le temps ou dans l’espace : il est rentré directement après l’école ; après le rideau d’arbres, il y a un étang. Elle marque aussi la subordination ou l’infériorité de rang dans une hiérarchie, dans un ordre : Il fait passer sa famille après son travail. Dans les grands conquérants, il place César après Alexandre. À ces emplois, on se gardera bien d’ajouter des sens conclusifs ou concessifs qui seraient l’équivalent de dès lors ou cela étant. On ne dira donc pas : il s’est enfui, après il est devenu suspect ni je lui ai donné ce conseil, après il en fera ce qu’il en voudra.

 

on dit

on ne dit pas

Il a été invité, cela étant, s’il ne veut pas venir…

Il a été invité, après, s’il ne veut pas venir…

 

Concernant pour Préoccupant, inquiétant

Le 09 janvier 2018

Emplois fautifs

Le verbe transitif concerner a, tout à fait normalement, un participe présent, concernant. Ce participe doit être accompagné d’un complément : un article concernant l’histoire de sa commune ; une affaire vous concernant. De plus, concernant est parfois aussi employé comme préposition, même s’il est préférable d’employer la locution prépositive « en ce qui concerne » : concernant ce projet, vous avez mon aval. Mais on évitera d’employer concernant comme un adjectif qualificatif synonyme de préoccupant, inquiétant, qui ressemblerait par trop à un calque de l’anglais concerned, « inquiet », qui s’applique uniquement à une personne. On rappellera par ailleurs qu’on ne doit pas dire : vous êtes directement concerné par cette mesure, mais : vous êtes directement touché par cette mesure ou, à la forme active : cette mesure vous concerne directement.

 

on dit

on ne dit pas

Une situation préoccupante

Une situation concernante

 

Tomber dans le lac ou Tomber dans le lacs

Le 09 janvier 2018

Emplois fautifs

Les noms lac et lacs sont homonymes, mais n’ont pas le même sens. Lac (dans lequel c se fait entendre) est emprunté du latin lacus, « bassin, vaste étendue d’eau », lacs (dans lequel c ne se fait pas entendre) est issu de laqueus, « lacet, nœud coulant » et, par extension, « piège ». On se gardera donc bien de confondre ces deux formes et on écrira il est tombé dans le lac (et il est ressorti tout mouillé) mais il est tombé dans le lacs (ourdi par ses ennemis). Au pluriel les formes sont homographes, mais le sens et la prononciation permettent de distinguer le trappeur a vérifié ses lacs de le voyageur a parcouru les lacs d’Italie.

 

on écrit

on n’écrit pas

Le chauffeur a perdu le contrôle de sa voiture qui est tombée dans le lac

Il s’est pris dans le lacs tendu par ces brigands

Le chauffeur a perdu le contrôle de sa voiture qui est tombée dans le lacs

Il s’est pris dans le lac tendu par ces brigands

Attentionné pour Attentif

Le 07 décembre 2017

Emplois fautifs

Attentif est un adjectif tiré du latin attentus, de même sens, participe passé de adtendere, qui signifie « tendre vers » et, en particulier « tendre son esprit vers », c’est-à-dire « accorder toute son attention à ». On le trouve dans notre langue depuis le xive siècle. Attentionné n’apparaît, lui, qu’au xixe siècle. Il est dérivé d’attention au sens de « prévenance envers autrui » et se construit avec un nom de personne, tandis qu’attentif se construit généralement avec un nom de chose abstrait. Employer l’un de ces adjectifs pour l’autre est une maladresse dont il faut se garder.

On dit

On ne dit pas

Cet élève réussit car il est attentif à ce qu’on lui dit en cours

Il est très attentionné avec ses grands-parents

Cet élève réussit car il est attentionné à ce qu’on lui dit en cours

Il est très attentif avec ses grands-parents

J’ai pris le parti pris

Le 07 décembre 2017

Emplois fautifs

La locution nominale parti pris désigne une opinion préconçue ou une décision prise d’avance. Elle entre dans la composition d’autres locutions, le plus souvent péjoratives, signalant que tel ou tel est partial et se refuse à juger objectivement : il est de parti pris dans cette affaire. Elle cesse cependant de l’être quand elle désigne l’intention déterminée qu’un artiste manifeste dans l’exécution d’une œuvre : un parti pris de modernité. La locution Parti pris est tirée de l’expression prendre parti, c’est-à-dire soutenir une personne, un camp, dans une querelle ou un débat. Cette dernière existe depuis le xive siècle avec ce sens ; au xviie siècle, elle signifiait aussi « choisir un métier, une profession dans les affaires ou dans les armes », tandis que prendre son parti apparaît avec le sens de « se résigner » ou d’« adopter une résolution ». Il s’agit là de tours parfaitement corrects, mais qu’il ne faut pas mêler pour en faire l’étrange phrase J’ai pris mon parti pris que l’on commence, hélas, à entendre ici ou là.

On dit

On ne dit pas

J’ai pris le parti de venir

J’ai pris le parti pris de venir

L’intéressement, l’intérêt

Le 07 décembre 2017

Emplois fautifs

Dans son Recueil général des anciennes lois françaises de 420 à la révolution de 1789, qu’il fit paraître avec Jourdan et Decrusy, François André Isambert cite un texte du 19 juin 1464 où on peut lire ceci : « Que tous les maistres coureurs aient […] pour leur interessement […] chacun 50 livres. » Intéressement désigne alors la somme allouée pour un service. Ce nom fait un petit tour dans la langue et puis s’en va. On ne le reverra qu’au xxe siècle, en économie, pour désigner le fait d’intéresser financièrement le personnel aux résultats d’une entreprise. On se gardera bien d’imiter les quelques auteurs qui en ont fait un synonyme grandiloquent d’intérêt au sens d’« attention » ou de « curiosité qu’une chose éveille dans l’esprit et qui incite à vouloir la mieux connaître ». On dira donc j’ai lu votre livre avec beaucoup d’intérêt et non avec beaucoup d’intéressement. Ces conseils valent aussi, bien sûr, pour le couple désintérêt / désintéressement.

On dit

On ne dit pas

Il montre le plus grand intérêt pour ses études

Ses propos sont sans intérêt

L’intéressement aux bénéfices

Il montre le plus grand intéressement pour ses études

Ses propos sont sans intéressement

L’intérêt aux bénéfices

Un peintre pointilliste, un banquier pointilleux

Le 07 décembre 2017

Emplois fautifs

Les adjectifs pointilleux et pointilliste sont paronymes mais si, in fine, ils ont la même étymologie, ils ont pourtant des sens bien différents. Pointilleux, qui se rencontre dès la fin du xvie siècle et qui signifie « qui aime à chicaner sur les moindres détails », est un dérivé de pointille, « chose futile, bagatelle », nom aujourd’hui sorti d’usage et qui nous venait, par l’intermédiaire de l’espagnol, de l’italien puntillo, de même sens et qui signifiait proprement « petit point ». Ce dernier était issu du latin punctum, à l’origine de notre « point ». De point dérive le verbe pointiller, « faire des points avec la plume, le crayon, le burin, le pinceau », et de ce verbe, pointillisme, une technique qui consiste à peindre en juxtaposant des points de tons purs et que pratiquent les peintres pointillistes. Même si des peintres peuvent être attentifs aux plus petits détails et se montrer parfois pointilleux, on se gardera donc bien de confondre ces deux formes et l’on veillera à ne pas employer l’une pour l’autre.

On dit

On ne dit pas

Seurat et Signac étaient des peintres pointillistes

Un examinateur très pointilleux

Seurat et Signac étaient des peintres pointilleux

Un examinateur très pointilliste

Affleurer, Effleurer

Le 02 novembre 2017

Emplois fautifs

Les verbes affleurer et effleurer sont tous deux dérivés de fleur et ils ne diffèrent entre eux que par leur voyelle initiale, mais ils ont pourtant des sens bien différents. Fleur, qui s’emploie dans les expressions mettre à fleur, c’est-à-dire « mettre à niveau deux éléments contigus », et être à fleur de, « atteindre la surface de quelque chose », est à l’origine du verbe affleurer, qui peut avoir le sens de l’une ou l’autre de ces expressions. Effleurer est, lui, dérivé de fleur au sens de « surface d’une chose » et s’est d’abord employé avec celui de « dépouiller une plante de ses fleurs » ; ce verbe signifie aujourd’hui « entamer superficiellement », puis « frôler » et, de manière figurée, « se présenter de manière fugace à l’esprit » et enfin « examiner superficiellement ». On veillera donc à ne pas confondre ces deux paronymes.

 

On dit

On ne dit pas

Cette idée ne l’a pas effleuré

La roche affleure sous le sable

Cette idée ne l’a pas affleuré

La roche effleure sous le sable

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