Dire, ne pas dire

Emplois fautifs

Irréversible / Irrévocable

Le 9 septembre 2014

Emplois fautifs

L’adjectif irréversible signifie « qui ne peut s’inverser, se reproduire en sens inverse ». Il s’applique en premier lieu à des mouvements, à des processus qui ne sont pas soumis au caprice des hommes : on dira ainsi que l’histoire est irréversible ou que certaines maladies ont une évolution irréversible. Mais cet adjectif s’emploie surtout dans des domaines techniques : il existe par exemple en chimie des réactions irréversibles. Enfin, en droit et dans la langue de l’administration, il signifie « qui est attaché à une personne unique » : une pension irréversible est ainsi appelée car elle ne peut être reversée à un tiers. Bien qu’ils soient paronymes et que l’un et l’autre traduisent l’impossibilité de revenir en arrière, les adjectifs irréversible et irrévocable ne sauraient être confondus. Irrévocable, dans lequel on reconnaît le nom latin vox, « voix », qualifie des décisions humaines définitives, le plus souvent sanctionnées par la justice, que l’on ne peut modifier.

On dit

On ne dit pas

Un phénomène irréversible

Un arrêt, un jugement irrévocable

Une donation irrévocable

Une allocation irréversible

Un phénomène irrévocable

Un arrêt, un jugement irréversible

Une donation irréversible

Une allocation irrévocable

 

Luxurieux pour Luxuriant

Le 9 septembre 2014

Emplois fautifs

Même s’ils sont proches phonétiquement, s’ils remontent l’un et l’autre au nom latin luxus, « excès, débauche », puis « faste », même s’ils sont voisins immédiats dans le Dictionnaire de l’Académie française, les adjectifs luxuriant et luxurieux ne sont pas synonymes. Luxuriant s’emploie pour qualifier la richesse de la végétation ou, par analogie, de l’imagination, alors que luxurieux qualifie qui s’adonne à la luxure, ou ce qui la dénote ou y incite.

On dit

On ne dit pas

Un feuillage luxuriant

Un livre, un spectacle luxurieux

Un feuillage luxurieux

Un livre, un spectacle luxuriant

 

Périple au sens de Voyage

Le 9 septembre 2014

Emplois fautifs

Le nom périple est emprunté, par l’intermédiaire du latin periplus, du grec periplous. Ce dernier est formé à l’aide du nom plous, « navigation », et de la préposition peri, « autour ». Le périple était à l’origine un voyage par mer autour d’une terre ou une boucle que l’on fait en longeant les côtes à l’intérieur d’une mer ; on parlera ainsi du périple autour du Pont-Euxin de l’historien grec Arrien. On peut légitimement aujourd’hui étendre le sens de périple à un voyage qui ne se fait pas par mer, à condition qu’il s’agisse d’un voyage circulaire, mais on ne doit pas donner ce nom à tout voyage de longue durée.

 

On dit

On ne dit pas

Au terme d’un long voyage Marco Polo arriva en Chine

Son expédition en Grèce l’a mené d’Athènes à Olympie

Au terme d’un long périple Marco Polo arriva en Chine

Son périple en Grèce l’a mené d’Athènes à Olympie

 

Geai pour Jais

Le 11 juillet 2014

Emplois fautifs

Le geai est un oiseau, chacun le sait et sait qu’à son sujet La Fontaine composa jadis une fable pour moquer les plagiaires, Le Geai paré des plumes du paon. Cet oiseau a un plumage gris mêlé de bleu, de noir et de rouge orangé sur les ailes. Les quelques traces de noir que l’on aperçoit chez lui n’ont rien de remarquable, contrairement à celles que l’on trouve chez son homonyme, le jais, cette pierre d’un noir brillant et profond. C’est donc à la pierre que l’on fait allusion, et non à l’oiseau, quand on parle de cette couleur.

On écrit

On n’écrit pas

Un noir de jais

Des yeux, des cheveux de jais

Un noir de geai

Des yeux, des cheveux de geai

 

Inclinaison pour Inclination

Le 11 juillet 2014

Emplois fautifs

Ces deux noms ont la même origine latine, le verbe inclinare. Mais si le nom latin inclinatio, qui en dérive, réunissait à la fois les sens d’inclinaison et d’inclination, il convient en français de ne pas employer ces deux termes l’un pour l’autre : Inclinaison désigne l’état de ce qui est incliné, alors qu’inclination désigne le fait de pencher la tête en avant, en signe d’acquiescement, de salut ou de respect, mais aussi le mouvement de l’âme, le plus souvent animée par un sentiment amoureux, qui entraîne vers quelqu’un, vers quelque chose.

On dit

On ne dit pas

L’inclinaison d’un toit

Saluer d’une inclination de la tête

Avoir de l’inclination pour quelqu’un

L’inclination d’un toit

Saluer d’une inclinaison de la tête

Avoir de l’inclinaison pour quelqu’un

 

Nous avons convenu que

Le 11 juillet 2014

Emplois fautifs

Le verbe convenir, quand il signifie « correspondre aux besoins, aux goûts, aux aptitudes de quelqu’un », se construit avec l’auxiliaire avoir ; on dit Jusque-là cette fonction m’a convenu. Mais quand convenir signifie « décider, arrêter d’un commun accord », il se construit avec l’auxiliaire être. Employer avoir dans ce cas est une faute qu’il faut éviter.

On dit

On ne dit pas

Ils sont convenus de se revoir mardi

Nous sommes convenus que vous parleriez le premier

Ils ont convenu de se revoir mardi

Nous avons convenu que vous parleriez le premier

 

Visiter son oncle

Le 11 juillet 2014

Emplois fautifs

Le verbe visiter s’emploie, dans certaines tournures figées, avec, comme complément d’objet, un nom de personne. Dans ce cas, les personnes désignées sont en situation de souffrance et leur rendre visite est une marque de compassion. On dit ainsi visiter les malades, visiter les prisonniers. En dehors de ces contextes précis, il est d’usage aujourd’hui d’employer des locutions verbales avec le nom visite et de conserver visiter pour des objets, des monuments.

On dit

On ne dit pas

Rendre (une) visite à son oncle

Visiter son oncle

 

La maire

Le 10 juin 2014

Emplois fautifs

Peut-être n’est-il pas inutile de rappeler, quelque temps après les élections municipales, que maire est un nom masculin, que la personne qui exerce cette fonction soit un homme ou une femme, et qu’il convient de distinguer le sexe d’une personne qui exerce une fonction du nom qui désigne cette fonction. Il en va de même pour les autres fonctions comme ministre et préfet ou, pour d’autres termes plus généraux, comme témoin ou professeur. À l’inverse, et sans qu’aucun lien n’unisse ces différents mots, crapule et vedette sont des noms féminins, que les personnes que l’on qualifie ainsi soient des hommes ou des femmes. On dira donc : Madame X est le maire de la commune, Monsieur Y est une grande vedette, mais son frère est une crapule.

Ajoutons pour conclure qu’il n’y a pas de majuscule au nom commun maire : cet honneur est réservé au nom de la commune dont il est le premier magistrat.

On dit

On ne dit pas

Madame le maire préside le conseil

Dans la municipalité précédente le maire s’occupait de la petite enfance

Madame la maire préside le conseil

Dans la municipalité précédente la maire s’occupait de la petite enfance

 

La peur va grandissante

Le 10 juin 2014

Emplois fautifs

On utilise le verbe aller suivi d’un gérondif pour montrer une action dans son déroulement. Ce gérondif peut être précédé de la préposition en, mais l’omission de celle-ci est très fréquente. Certains bons auteurs, comme Alexandre Dumas père ou Eugène Sue, ont parfois accordé ce gérondif avec le sujet du verbe aller. C’est une erreur qu’il convient de ne pas suivre. On dit Au sortir du torrent, la rivière va s’élargissant, et non s’élargissante. Rappelons cependant que si un adjectif en -ant se rapporte au sujet du verbe aller, il s’accorde naturellement avec celui-ci. On écrira ainsi : Elles allaient riantes et joyeuses à la fête du village.

On dit

On ne dit pas

Sa santé va s’améliorant

Une rivière sortant de son lit

Sa santé va s’améliorante

Une rivière sortante de son lit

 

L’entrecôte avec ses frites, le gigot avec son coulis

Le 10 juin 2014

Emplois fautifs

L’entrecôte avec ses frites, le gigot avec son coulis

Tous les genres du discours peuvent se prêter à l’emphase, à l’enflure. Aujourd’hui les menus n’y échappent pas alors que, longtemps, la langue choisissait l’élision : un steak frites, un jambon beurre. Certaines tournures qu’on peut y lire sont sympathiques et sont passées dans la langue courante, comme les pommes de terre en robe des champs (ou de chambre) pour désigner ces tubercules quand ils sont servis avec leur peau. Mais aujourd’hui l’emphase se niche dans les formes grammaticales. L’article indéfini semble être passé de mode. On ne propose plus un pavé, un steak au poivre, etc., mais LE pavé, LE steak au poivre, comme si la présence de l’article défini faisait qu’on nous proposait le parangon, le phénix des pavés, des steaks au poivre. On se doute bien qu’une telle merveille gastronomique ne peut avoir un simple accompagnement. Le canard n’est plus à l’orange, il n’est pas non plus servi avec des oranges. La majesté du plat demande un possessif. On aura donc le magret de canard avec ses oranges ou le magret de canard et ses oranges. Mais on se demandera toujours si le caractère ronflant de l’énoncé n’est pas là pour cacher l’austérité des portions.

On dit

On ne dit pas

Manger une entrecôte avec des frites

Un gigot avec un coulis d’airelles

Manger l’entrecôte avec ses frites

Le gigot avec son coulis d’airelles

 

 

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