Dire, ne pas dire

Emplois fautifs

Somptuaire / somptueux

Le 10 juin 2014

Emplois fautifs

Bien que les adjectifs somptuaire et somptueux aient une étymologie commune, le mot latin sumptus, « coût, dépense, frais », ils n’ont pas le même sens. Somptueux signifie « qui est d’une grande richesse, d’une grande magnificence », alors que somptuaire s’emploie au sujet des lois et règlements fixant certaines dépenses. Les lois somptuaires existaient en Grèce et surtout à Rome, où on les utilisa pour essayer de maintenir la rusticité et la simplicité des mœurs anciennes : elles visaient essentiellement à limiter les dépenses faites pour la toilette des femmes et pour les banquets.

Pour conclure, signalons que pour parler de dépenses non nécessaires, le Code civil de 1804 utilisait l’expression dépenses voluptuaires.

On dit

On ne dit pas

Un appartement somptueux

Des lois somptuaires

 

Un appartement somptuaire

Des lois somptueuses.

Décade pour décennie

Le 5 mai 2014

Emplois fautifs

Le nom Décade est emprunté, par l’intermédiaire du latin, du grec dekas, dekados, « nombre dix, dizaine » ; on l’emploie en français pour désigner un ensemble de dix éléments et, en particulier, une partie d’un ouvrage composée de dix livres, de dix chapitres, ou encore une période de dix jours. On dira ainsi que les livres de Tite-Live sont organisés en décades ou que les mois républicains comptaient trois décades.

Décennie, qui est composé à partir du latin decem, « dix », et annus, « année », désigne une période de dix ans. On se gardera d’employer décade avec ce sens. Cette erreur, que l’on trouve chez de bons écrivains, provient d’une confusion avec l’anglais decade, qui désigne une période de dix jours ou de dix ans. Songeons, pour ne pas oublier le vrai sens de décade, que le film de Claude Chabrol, La Décade prodigieuse, est tiré du roman Ten Days’s Wonder, d’Ellery Queen.

 

Peut-être pour peut être

Le 5 mai 2014

Emplois fautifs

L’adverbe Peut-être est composé à l’aide de peut, forme conjuguée de pouvoir, et de l’infinitif être. Il sert à exprimer le doute, l’incertitude : Il viendra peut-être, ce roman aura peut-être du succès. Placé en tête de phrase, il sert à introduire une hypothèse : Peut-être aura-t-il été bloqué par la neige.

Cet adverbe ne doit pas être confondu avec le groupe verbal peut être. Rappelons que ce dernier peut varier en temps et en personnes. Il peut être vainqueur s’il s’entraîne bien, il pourra être vainqueur, nous aurions pu être vainqueurs, etc.

on écrit

on n’écrit pas

Nous aurons peut-être de la pluie

Elle peut être ici dans une heure

Il ne nous ont peut-être pas attendus

Nous aurons peut être de la pluie

Elle peut-être ici dans une heure

Ils ne nous ont peut être pas attendus

 

Pour pas que au lieu de pour que ne pas

Le 5 mai 2014

Emplois fautifs

La subordonnée complétive de but, encore appelée complétive finale, peut être introduite, entre autres, par la locution conjonctive pour que : Il prie pour qu’il pleuve. Lorsque cette subordonnée est à la forme négative, la négation se trouve à l’intérieur de la subordonnée, c’est-à-dire après pour que : Il prie pour qu’il ne pleuve pas. Placer la négation pas, ou ne pas, entre pour et que est une incorrection, qui s’accompagne souvent de l’omission de la négation ne.

on dit

on ne dit pas

Fermez la porte pour que les enfants ne sortent pas

Il va le voir pour qu’il ne se sente pas seul

Fermez la porte pour ne pas que les enfants sortent

Il va le voir pour pas qu’il se sente seul

 

Tiret pour trait d’union

Le 5 mai 2014

Emplois fautifs

Le trait d’union, comme son nom l’indique, est un signe de ponctuation qui sert à relier deux éléments, auparavant disjoints, pour qu’ils ne forment plus qu’une seule entité linguistique. Dans la longue histoire des mots, la liaison par un trait d’union suit généralement la simple juxtaposition et précède la soudure. On voit ainsi dans Le Voyage de La Pérouse autour du monde (1797) le terme portefeuille encore écrit en deux mots (« le porte feuille de ce peintre »), alors que, depuis 1718, l’Académie française écrivait porte-feuille dans son Dictionnaire, ce qui montre que les deux graphies ont longtemps cohabité. La forme soudée portefeuille entrera dans ce même Dictionnaire en 1835.

Le trait d’union sert également à relier deux éléments qui conservent chacun leur autonomie : Le train Paris-Granville. C’est le trait d’union qui est aussi utilisé pour signaler la coupure d’un mot en fin de ligne.

Il convient de ne pas confondre le trait d’union et le tiret, qui sont d’ailleurs, en typographie, bien distincts. Le tiret sert à isoler différents éléments. On l’utilisera par exemple dans des énumérations sous forme de liste :

Vous devez avoir avec vous :

– votre permis de conduire,

– la carte grise du véhicule,

– le certificat d’assurance du véhicule.

Les tirets peuvent aussi encadrer une incise et annoncer le changement de personnage dans un dialogue.

N’oublions pas, pour finir, que la locution trait d’union ne prend jamais de trait d’union.

 

Commémorer le centenaire de la Première Guerre mondiale

Le 3 avril 2014

Emplois fautifs

Le verbe commémorer signifie « évoquer, célébrer la mémoire d’une personne, d’un évènement », et le nom anniversaire désigne une date qui rappelle le souvenir d’un évènement survenu une ou plusieurs années auparavant. Il est donc redondant et incorrect de faire d’anniversaire, ou d’un de ses équivalents comme centenaire, le complément d’objet de commémorer. On commémore un évènement et on fête ou on célèbre un anniversaire.

On dit

On ne dit pas

Célébrer le centenaire de la Première

Guerre mondiale

Fêter l’anniversaire de la Libération

Commémorer le centenaire de la

Première Guerre mondiale

Commémorer l’anniversaire de la Libération

 

 

Échanger des propos et non s’échanger des propos ou échanger

Le 3 avril 2014

Emplois fautifs

Le verbe échanger est un verbe transitif et doit donc être construit avec un C.O.D. Une mode se répand, qui consiste à l’employer absolument, mais c’est une incorrection. Rappelons d’autre part que le seul emploi pronominal correct de ce verbe est un emploi pronominal à valeur passive. On dira Ils échangèrent quelques paroles et non Ils s’échangèrent quelques paroles. Cette faute trouve probablement son origine dans la prononciation. Le s d’ils, qui doit être prononcé z dans ils échangèrent, a été assourdi à tort et prononcé s, comme dans Ils s’échangèrent.

On dit

On ne dit pas

Nous avons échangé quelques propos

Ils échangèrent des regards

Des compliments s’échangeaient

Nous avons échangé

Ils s’échangèrent des regards

Des personnes s’échangeaient des compliments

 

 

Sens dessus dessous, tourner les sangs

Le 3 avril 2014

Emplois fautifs

Sans et Sang sont homonymes. Dans Sens, le s final se fait entendre, sauf dans les formes sens dessus dessous et sens devant derrière. Dans ces expressions, la présence du nom sens est assez récente. On disait autre fois Ce en dessus dessous, c’est-à-dire que ce qui devait être dessus se retrouvait dessous. Ces deux mots, ce et en, ont été réunis en cen, que l’on a ensuite confondu avec l’ancien français sen, « chemin, sentier ». Quand sen est sorti d’usage et n’a plus été compris, on l’a remplacé par sens, mais en en conservant la prononciation. C’est cette prononciation qui explique que cette forme est parfois incorrectement orthographiée et que l’on peut lire Sans dessus dessous. Rappelons aussi que l’on doit écrire tourner les sangs et non tourner les sens, même si cette expression se trouve dans plusieurs nouvelles de Maupassant.

On dit et on écrit

On ne dit pas, on n’écrit pas

Mettre tout sens dessus dessous

L’angoisse lui tourne les sangs

Mettre tout sans dessus dessous

L’angoisse lui tourne les sens

 

Voilà

Le 3 avril 2014

Emplois fautifs

Les présentatifs Voilà et Voici sont composés de l’indicatif voi, forme ancienne de vois et des adverbes ou ci. On les rencontrait aussi jadis formés avec la 2e personne du pluriel, ce qui donnait des formes comme vezci. Voilà sert à présenter ce qui est éloigné ou ce qui est passé et voici, ce qui est proche ou à venir. On dira ainsi Voilà ce que vous avez fait, voici ce qui reste à faire. On pourra présenter une personne en disant Voici l’ami dont je vous ai parlé et conclure un propos par Voilà ce que j’avais à vous dire. Ce sont les emplois corrects de ces présentatifs. Il convient de ne pas en faire une forme d’adverbe de phrase servant à introduire ce que l’on va dire ou à signaler que l’on n’a rien à ajouter.

On dit

On ne dit pas

Nous voudrions vous parler

J’arrive demain

Il m’a dit que j’exagérais

Voilà, nous voudrions vous parler

J’arrive demain, voilà

Voilà, il m’a dit que j’exagérais

 

Abréviations des adjectifs numéraux

Le 6 mars 2014

Emplois fautifs

L’abréviation des adjectifs numéraux est souvent source d’erreurs. Ces abréviations sont parfois allongées, sans doute par volonté de bien faire et par souci de lisibilité, plus qu’il n’est nécessaire. Rappelons donc que premier et première s’abrègent en 1er et 1re, que second et seconde s’abrègent en 2d et 2de, et que toutes les autres formes s’abrègent en : 3e, 5e, 100e, etc. Ces adjectifs numéraux ordinaux peuvent tous prendre la marque du pluriel et, dans ce cas, on ajoutera un s dans l’abréviation : « Les 2es Jeux olympiques d’été eurent lieu à Paris en 1900. »

On écrit

On n’écrit pas

La Ire et la IIde République

La classe de 2de

La 8e femme de Barbe-bleue

La Ière et la IInde République

La classe de 2nde

La 8ème femme de Barbe-bleue

 

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