Dire, ne pas dire

Emplois fautifs

Informer une décision

Le 6 janvier 2014

Emplois fautifs

Le verbe informer est polysémique. On l’emploie avec un sens très précis en philosophie : l’âme informe le corps, c’est-à-dire qu’elle lui donne une forme déterminée. En droit, il se construit intransitivement et signifie « conduire une instruction en matière pénale » : le juge d’instruction est tenu d’informer. Mais son sens le plus fréquent est celui de « mettre au courant quelqu’un de tel ou tel fait ». Dans ce dernier cas, le complément d’objet direct du verbe est une personne. On évitera de construire ce verbe avec un complément d’objet direct inanimé en lui donnant le sens de « motiver, justifier, argumenter » qu’a parfois l’anglais to inform, et l’on préfèrera user de l’un de ces verbes ou de périphrases contenant les noms information ou explication.

On dit

On ne dit pas

Motiver une décision

Donner des informations justifiant un choix, expliquer un choix

Informer une décision

Informer un choix

 

Développer au lieu de mettre au point

Le 5 décembre 2013

Emplois fautifs

Le verbe développer signifie d’abord « débarrasser de ce qui enveloppe », puis « faire croître, donner de la force, de l’ampleur à quelque chose ». Il convient de ne pas lui donner, faute qui malheureusement tend à se répandre, le sens de « mettre au point ». En effet cette locution verbale s’emploie pour évoquer les réglages et les retouches qui permettront le bon fonctionnement d’un moteur, d’une machine et, plus généralement, d’un dispositif complexe. On dira ainsi qu’on développe une idée, c’est-à-dire qu’on lui donne de l’ampleur, alors qu’on met au point un plan, c’est-à-dire qu’on en règle les derniers détails. Si certains noms peuvent être compléments de ces deux formes, une argumentation par exemple peut être développée ou mise au point, on veillera à ne pas confondre ces dernières. On évitera également d’employer l’anglicisme Développer un cancer.

 

On dit

On ne dit pas

Développer l’industrie aéronautique

Mettre au point un système de freinage

Mettre au point l’industrie aéronautique

Développer un système de freinage

 

D’ailleurs, par ailleurs

Le 5 décembre 2013

Emplois fautifs

Ces deux expressions ne doivent pas être confondues. D’ailleurs, au sens propre, signifie « d’un autre endroit, d’autres endroits » : Il en est venu de toute la région, et même d’ailleurs. Au figuré, cette locution a le sens de « du reste, au reste » et s’emploie alors le plus souvent avec une valeur concessive. Par ailleurs signifie d’abord « par un autre chemin » : Je suis allé à sa rencontre et ne l’ai pas vu ; il a dû passer par ailleurs. Il s’emploie au figuré avec le sens de « d’un autre côté, par un autre moyen ». On s’efforcera de garder à chacune de ces expressions ses nuances et de ne pas employer l’une pour l’autre.

 

On dit

On ne dit pas

Il voit peu son frère, qui d’ailleurs ne s’en plaint pas

Il était latiniste et par ailleurs féru de chimie

Il voit peu son frère, qui par ailleurs ne s’en plaint pas

Il était latiniste et d’ailleurs féru de chimie

 

Paraît-il que

Le 5 décembre 2013

Emplois fautifs

Le verbe paraître, employé dans des tournures impersonnelles, peut se construire avec une proposition complétive introduite par que : Il paraît qu’elle va venir demain. On peut également l’utiliser, cette fois sans complétive, en incise, avec inversion du pronom impersonnel sujet : Elle va, paraît-il, venir demain. Mais c’est une incorrection de mêler ces deux formes. Rappelons aussi que la forme familière à ce qu’il paraît ne doit pas s’employer dans une langue soignée.

 

On dit

On ne dit pas

Il paraît qu’il va neiger

Il est, paraît-il, très riche

Paraît-il qu’il va neiger

Paraît-il qu’il est très riche

 

 

Territoire

Le 5 décembre 2013

Emplois fautifs

Ce nom, dérivé de terre, désigne une étendue géographique plus ou moins vaste où vivent habituellement tels ou tels peuples, telles ou telles espèces. Il est aussi utilisé dans le vocabulaire politique et administratif. On parle ainsi du territoire national. Il peut aussi désigner, par extension, le domaine de recherche de telle ou telle discipline et Emmanuel Le Roy Ladurie a ainsi intitulé un de ses ouvrages : Le Territoire de l’historien. Mais on évitera de faire de ce nom un synonyme un peu flou qui pourrait désigner toute division administrative du territoire. Territoire ne doit donc pas être employé en lieu et place d’autres termes plus précis comme canton, département ou région. Il n’est pas non plus synonyme de province. On peut d’ailleurs légitimement se demander ce que ce dernier nom a de si redoutable ou de si haïssable pour qu’on tende à le faire sortir de notre vocabulaire puisque après l’avoir remplacé par région (« aller en région ») on lui substitue aujourd’hui territoire.

 

On dit

On ne dit pas

Une réorganisation des départements, des régions

Visiter la province

Un redécoupage des territoires
 

Visiter les territoires

 

Fratrie et phratrie

Le 7 novembre 2013

Emplois fautifs

Voici deux termes, cette fois parfaitement homonymes, qui ne doivent pas être confondus. Fratrie est un dérivé savant du latin frater, « frère » ; il appartient à l’origine au vocabulaire de la démographie et désigne l’ensemble des frères et sœurs d’une même famille. Phratrie, plus rare, ressortit d’abord au vocabulaire des institutions grecques : il est emprunté du grec phratria, qui désignait une association de citoyens liés par une communauté de rites et appartenant à la même tribu. Ce terme a été repris par la suite par les anthropologues pour désigner un ensemble de clans qui se disent apparentés. Phratia est dérivé de phratêr, « membre d’un clan », et non pas « frère biologique ». Pour évoquer cette dernière notion, les Grecs avaient d’autres mots, parmi lesquels adelphos, « frère », et adelphé, « sœur », qui signifiaient proprement « (nés d’) un seul utérus ».

 

On dit

On ne dit pas

Une fratrie de quatre enfants

En Grèce, une tribu était formée de trois phratries

Une phratrie de quatre enfants

En Grèce, une tribu était formée de trois fratries

 

Météo pour temps

Le 7 novembre 2013

Emplois fautifs

L’abréviation familière Météo est bien entrée dans l’usage et s’emploie dans la langue courante en lieu et place du terme Météorologie, discipline qui a pour objet l’étude des phénomènes atmosphériques et de leurs variations, et qui a pour objectif la prévision à court terme de l’évolution du temps. On veillera toutefois à ne pas confondre cette discipline avec son objet, et on se gardera bien d’utiliser Météo pour désigner le temps qu’il fait ou le climat.

 

On dit

On ne dit pas

Le temps sera mauvais toute la semaine

Demain le temps sera chaud, il fera chaud

La météo sera mauvaise toute la semaine

Demain la météo sera chaude

 

Recouvrer et recouvrir

Le 7 novembre 2013

Emplois fautifs

Si ces deux verbes sont parfois confondus, c’est bien sûr parce que ce sont des paronymes, mais aussi parce que de chacun d’eux est dérivé un seul et même nom : recouvrement. Recouvrer est la forme populaire issue du latin recuperare, « reprendre, retrouver », qui a aussi donné récupérer. Comme recouvrer s’est beaucoup employé avec des compléments comme santé ou force, le participe passé recouvré a vite pris le sens de « sauvé, guéri », sens aujourd’hui sorti d’usage. Recouvrir, lui, est dérivé de couvrir et signifie « couvrir de nouveau » ou « couvrir entièrement ». On dira donc elle a recouvert un livre, mais elle a recouvré des forces.

La confusion est ancienne entre ces deux formes. On lit déjà, dans une lettre de Louis XII « […] que à son grand desplaisir il ait été naguaires mal disposé d’une maladie nommée la petite verolle, dont à présent, graces à Dieu, il est recouvert ». Le souverain aurait dû écrire recouvré, c’est-à-dire « délivré, guéri ». On s’efforcera de ne pas suivre ce funeste et royal exemple.

 

On dit

On ne dit pas

Recouvrer la santé, une somme d’argent

Ces deux figures géométriques ne peuvent se recouvrir

Recouvrir la santé, une somme d’argent

Ces deux figures géométriques ne peuvent se recouvrer

 

S’autoflageller, s’automutiler

Le 5 novembre 2013

Emplois fautifs

Un verbe transitif peut généralement se conjuguer à la voix active (laver), à la voix passive (être lavé) et à la voix pronominale (se laver). Le nom ne peut seul exprimer ces différentes nuances : pour dire que celui qui fait l’action et celui qui la subit est une seule et même personne, on a parfois recours à l’ajout de compléments comme de soi, à soi ou à l’emploi du préfixe auto-. On parlera d’automutilation pour désigner l’action d’une personne qui se mutile, le préfixe auto- jouant le même rôle que le pronom réfléchi se dans la forme pronominale. De la même manière le nom autodéfense correspond au verbe se défendre, auto-accusation à s’accuser. On se gardera bien de réunir dans un même groupe verbal le pronom se et le préfixe auto-, et l’on évitera ainsi un pléonasme vicieux.

 

On dit

On ne dit pas

Des pénitents qui se flagellent

Des névroses qui poussent à l’automutilation, à se mutiler

Des journalistes qui se censurent

Des pénitents qui s’autoflagellent

Des névroses qui poussent à s’automutiler
 

Des journalistes qui s’autocensurent

 

Faire confiance en

Le 3 octobre 2013

Emplois fautifs

La locution faire confiance à, apparue à la fin du xixe siècle dans le domaine du droit et longtemps ignorée ou condamnée par les dictionnaires et les grammaires, est maintenant tout à fait entrée dans l’usage. Son sens diffère quelque peu de celui d’une autre locution, avoir confiance en. Cette dernière exprime plutôt un sentiment intime à l’égard d’une personne, alors que faire confiance à s’emploiera dans des circonstances déterminées où la raison montre clairement que l’on peut se fier à l’habileté ou à l’honnêteté d’une personne pour régler tel ou tel problème. J’ai confiance en Pierre mais je fais confiance à Pierre pour résoudre ce conflit. On se gardera bien d’échanger les prépositions dans ces locutions.

 

On dit

On ne dit pas

Je fais confiance à Paul

J’ai confiance en lui

Je fais confiance en Paul

J’ai confiance à lui

 

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