Dire, ne pas dire

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Save the date

Le 3 novembre 2011

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Paradoxe de l’emploi de la langue : alors que les anglophones nous font l’emprunt du mot « rendez-vous » pour les rencontres agréables, nous, francophones, après avoir inventé le peu explicable « smoking » dont l’équivalent anglais est black tie, sommes tentés de chiper l’expression save the date en toute occasion.

Mais l’échange paraît guindé. Car un « save the date » adressé pour une inauguration, une cérémonie ou un vernissage n’a pas la courtoisie de la parole qu’on se donne, à deux ou à plusieurs, de se retrouver en des date et lieu déterminés.

C’est une injonction pressante, autoritaire et non négociable de se rendre disponible, comme une assignation pour un duel ou une injonction d’assister à un mariage. L’expression anglaise est aussi la même pour sauver la planète, les éléphants ou toute autre entité menacée d’extinction.

Alors, au lieu de l’hyperbole tyrannique de « sauvez la date », préférons retrouver courtoisie et sens commun. « Prenez date » respecterait précisément la perspective probable ou certaine des évènements. Mais un usage s’est déjà installé que les imprimeurs d’invitations connaissent bien et qui invite gentiment à la prévoyance. C’est « gardez la date ». Pourquoi en chercher un autre ?

Gabriel de Broglie
de l’Académie française
Chancelier de l’Institut de France

S.N.C.F.

Le 6 octobre 2011

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On peut ne pas se troubler de l’insertion de plus en plus fréquente d’expressions anglaises dans les rubriques de nos journaux, lorsqu’elle ne signifie pas autre chose qu’un clin d’œil, comme c’est souvent le cas dans les revues féminines où le it shoes, le cross-dressing ou les filles cute ne feront qu’une saison. Il ne paraît pas en être de même lorsque, insidieusement, les organisateurs de notre vie quotidienne se permettent d’exprimer en anglais les réalités les plus courantes.

Quelle ne fut pas ma surprise, il y a peu, de constater que le billet qui m’était délivré par mon agence de voyages et me permettait de me rendre à Bordeaux par le T.G.V. portait à ma connaissance que mon seat, situé dans le coach 1, portait le numéro 55 ! J’en marquai ma surprise, croyant à une erreur de programmation de l’ordinateur dont on aurait manipulé le menu, mais on me répondit qu’il en était désormais ainsi.

J’ose espérer qu’il ne s’agissait que d’une malfaçon locale, mais en suis-je si sûr ? Notre bonne S.N.C.F. ne se permit-elle pas déjà d’introduire ses S’Miles dans son langage publicitaire ? Ne dois-je pas craindre bientôt de devoir emprunter la Mountparnasse Station pour rejoindre ma chère Bretagne, oh ! excuse me, my dear Brittany ?

Professeur Yves Pouliquen
de l'Académie française

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