Discours sur les prix littéraires 2016

Le 01 décembre 2016

Danièle SALLENAVE

Discours sur les prix littéraires

PRONONCÉ PAR Mme Danièle SALLENAVE
Directeur en exercice

le 1er décembre 2016

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L’Académie française est en France la seule institution qui rassemble en un palmarès annuel, pour les signaler à la reconnaissance publique, un aussi grand nombre de talents, poètes, romanciers, historiens, dramaturges, musiciens.

Ce n’était pas, au départ, la mission fixée à l’Académie par son fondateur, le cardinal de Richelieu. Les statuts de 1635 le précisent bien : sa mission est de « travailler avec tout le soin et toute la diligence possibles à donner des règles certaines à notre langue et à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences ». Ce qui se traduit par la rédaction d’un dictionnaire, d’une grammaire, d’une rhétorique et d’une poétique.

Dès son origine, l’Académie s’était cependant interrogée sur son rôle possible de juge et d’arbitre en matière d’ouvrages littéraires ; mais en considérant qu’elle ne devait examiner que les ouvrages de ses membres, pour les corriger et leur accorder une approbation. Elle peut étendre exceptionnellement son appréciation aux compositions d’autres auteurs, à condition de donner son avis « sans en faire aucune censure et sans en donner aussi l’approbation ».

En 1637, on fait appel à l’Académie française pour trancher la querelle du Cid. Le cardinal de Richelieu accepte cette médiation : on y a vu, sans doute à tort, une tentative de mainmise de la politique sur la littérature. En fait, l’idée que l’Académie soit reconnue comme le tribunal suprême des lettres avait reçu l’agrément du cardinal de Richelieu parce qu’elle contribuait à installer la légitimité d’une toute jeune Académie dont les statuts étaient enregistrés la même année.

L’Académie n’a jamais renoncé à cette fonction de juge des lettres.

L’année suivante, 1638, elle décide qu’« il y aurait toujours quelque livre français au lieu où elle s’assemblait pour qu’en l’absence d’autres occupations, elle pût l’examiner ». L’examiner et même davantage : juger de ses qualités, et les saluer sous la forme d’un prix. Une donation est faite par Guez de Balzac, membre dès le début de l’Académie, où il ne siégea probablement jamais, pour fonder un prix d’éloquence. Ce prix créé en 1656 ne sera attribué la première fois qu’en 1671, après sa mort. La première lauréate en est Mlle de Scudéry pour son Discours de la gloire. C’est dire que les femmes, en un sens, sont entrées très tôt à l’Académie.

La même année, un prix de poésie est attribué à Bernard de La Monnoye. Les prix d’éloquence et de poésie seront longtemps les plus importants de l’Académie française. Mais dans les deux cas, il s’agissait d’un concours. Ce qui perdurera jusqu’en 1973, date à partir de laquelle l’Académie n’examinera plus de manuscrits.

L’histoire des prix sous leur forme actuelle commence lorsqu’à la fin du xviiie siècle le baron Montyon, avant de léguer un capital par testament, verse anonymement à l’Académie française des sommes destinées à couronner un « ouvrage de littérature dont il pourra résulter un plus grand bien pour la société ». Toute une série de fondations voient le jour dans le courant du xixe siècle, du xxe siècle et jusqu’à aujourd’hui. Ce qui est frappant, c’est, durant sa longue histoire, l’ouverture progressive de l’Académie à l’évolution des genres littéraires : elle ne se limite plus aux genres traditionnels, et à leur hiérarchie. En 1914, elle fonde son premier Grand Prix du roman, plus tard, elle y ajoute des prix de la nouvelle, du théâtre, du cinéma, de la chanson.

Notre Académie est très attachée à ce moment annuel où elle manifeste publiquement son estime pour les ouvrages de l’esprit et ceux qui les produisent, et contribue ainsi à leur réputation. Là réside la haute valeur de récompense des prix qu’elle décerne. Car chacun le sait : un prix n’a pas de prix, c’est un symbole, le symbole d’une reconnaissance.

Je conclurai donc par ces mots de Mlle de Scudéry, notre première lauréate : « La gloire, écrit-elle, a besoin d’autrui ; un homme seul n’aurait point de gloire quelque mérite qu’il pût avoir. »

Nous allons procéder maintenant à la lecture du palmarès.

Les lauréats des Grands Prix voudront bien se lever à l’appel de leur nom et nous les applaudirons chacun à la fin de leur éloge.

 

Grand Prix de la Francophonie : M. Takeshi Matsumura

M. Takeshi Matsumura est l’illustration non seulement des liens universitaires entre la France et le Japon mais des liens culturels que l’amour et la connaissance de la langue française peuvent créer partout dans le monde. Cette connaissance, M. Matsumura a choisi de l’acquérir par la voie la plus approfondie, la plus subtile et précise, la plus érudite aussi : celle de la philologie, de la linguistique romane et de la lexicologie. Son Dictionnaire du français médiéval, qui synthétise et renouvelle les ouvrages de référence parus depuis la fin du xixe siècle, couronne aujourd’hui vingt ans de travail. Comme le dit Mme Hélène Carrère d’Encausse, l’Académie française a plaisir à pouvoir saluer cette magnifique entreprise, et à la saluer pour ses avancées philologiques comme pour son projet littéraire. Car il s’agit d’abord d’offrir au lecteur, en un volume, le moyen aisé de lire et de comprendre les textes français du Moyen Âge. Dans ses récentes recherches, l’auteur a d’ailleurs étendu ce lien intime de la lexicographie à la littérature en s’attachant à des œuvres plus récentes, de Sade et Grimod de La Reynière à Mallarmé, Proust, Schwob ou Michaux. Venue d’Extrême-Orient, cette attention à la langue de nos auteurs, pour mieux les lire, est une leçon exemplaire.

 

Grande Médaille de la Francophonie : Stromae

Auteur-compositeur-interprète, producteur belge de hip-hop, de musique électronique et de chanson française, chanteur d’origine rwandaise né à Bruxelles, Paul Van Haver, dit Stromae, est né le 12 mars 1985 à Etterbeek.

Son père architecte est rwandais, sa mère originaire de Flandre. Au mois d’avril 1994, alors que la guerre fait rage au Rwanda, un appel annonce le décès de son père et l’hécatombe qui frappe presque toute sa famille au cours du génocide qui se déroule dans ce pays.

Il se fait connaître en 2009 avec la chanson Alors on danse extraite de l’album Cheese. En 2013, son deuxième album Racine carrée est un succès critique et commercial. La tournée qui suivra le fera connaître mondialement avec plus de 200 concerts dans plus de 25 pays dont les États-Unis, le Brésil, le Canada, ou encore la Russie. Au total plus d’un million de personnes assisteront à cette tournée où le français est à l’honneur.

Il est le seul chanteur de sa génération qui soit mondialement connu, note M. Xavier Darcos, et qui sache mettre à l’honneur notre langue dans ses textes en s’adressant à un public de jeunes, habitués à n’écouter que des chansons en langue anglaise.

 

Grand Prix de Littérature Henri Gal (Prix de l’Institut de France) : M. Michel del Castillo, pour l’ensemble de son œuvre

À jamais marqué par sa naissance et ses premières années dans une Espagne où la guerre civile faisait rage, et par son séjour d’orphelin dans les camps d’internement en France, après la défaite des républicains, Michel del Castillo s’est imposé dès l’âge de vingt ans par une autobiographie, Tanguy, qui le rendit célèbre. Il a ensuite poursuivi son œuvre où se mêlent théâtre et roman, qui lui valut de nombreux prix de fin d’année, et où circulent la pitié et la compréhension que lui a inspirées le côtoiement de toutes les victimes du sort et de la société. Victime lui-même, il a pourtant réussi le tour de force, note M. Angelo Rinaldi, d’établir en historien une biographie objective de Franco. Car telle est la richesse de sa palette. Son lien avec l’Espagne jamais rompu, sauf au profit de la langue française qui bénéficie de sa force d’expression, il a publié cette année un pénétrant essai sur Goya, le peintre sourd, autre exilé parti de la plus extrême pauvreté comme lui, mais conservant comme lui le regard de la passion sur le désastre du monde et des corps.

 

Prix Jacques de Fouchier : Général Vincent Desportes, pour La Dernière Bataille de France. Lettre aux Français qui croient encore être défendus

Le sous-titre l’indique : comme le souligne Mme Hélène Carrère d’Encausse, c’est un cri d’alarme que veut faire entendre l’auteur, général de l’armée de terre, en même temps qu’ingénieur, sociologue, historien et enseignant spécialiste des questions de stratégie. La réduction des effectifs et des équipements est telle que notre armée n’est plus en mesure d’assurer ses missions de défense internationale ni même de sécurité nationale. Mais c’est aussi une réflexion fondamentale sur la relation de l’armée au politique et à la nation. Au moment où s’écroule le rêve européen d’un monde dans lequel l’usage de la force serait dépassé, la défense doit être la « première raison de l’État ». Officier-écrivain, fervent partisan « de l’expression militaire », dont il est le meilleur exemple, le général Desportes propose ainsi d’abolir la tradition de la « grande muette », et de replacer l’armée et la question militaire au centre du débat national.

 

Grand Prix du Roman : Mme Adélaïde de Clermont-Tonnerre, pour Le Dernier des nôtres

Qualifié un peu partout dans la presse de « superbe saga », le roman d’Adélaïde de Clermont-Tonnerre montre à quel point la tragédie de la Seconde Guerre mondiale est toujours présente dans nos consciences et ne cesse de nous tourmenter. Il se situe dans deux lieux différents et dans deux époques qui ont toutes deux marqué l’humanité. Manhattan, 1969. Dresde, 1945.

Dresde 1945, c’est le moment où la Guerre froide se met en place, New York dans les années soixante-dix, ce sont les années qui, selon l’auteur, « croyaient changer le monde et croyaient en l’avenir parce que le passé immédiat étant tellement épouvantable, il fallait bien aller de l’avant ». Et elle ajoute : « Mon héros, enfant adopté qui rêve de faire fortune rencontre une jeune femme. Ces deux personnages ne sont pas faits l’un pour l’autre mais le héros a décidé de forcer le destin. »

Elle reconnaît s’être servie d’un fait réel pour écrire son livre : « J’ai découvert, dit-elle, l’extraordinaire histoire de l’opération “paperclip” qui a permis au professeur von Braun, l’inventeur des V2, un génie sur lequel Hitler comptait pour changer le cours de la guerre, d’être exfiltré par les Américains, d’échapper au procès de Nuremberg, et d’envoyer les Américains sur la Lune. »

Avec une grande faculté de faire naître l’émotion, Adélaïde de Clermont-Tonnerre nous fait traverser ce que tout oppose, les montagnes autrichiennes et le désert de Los Alamos, la tragédie d’un monde finissant et l’aurore d’un monde en train de naître...

Ce roman très contemporain dans son inspiration a tous les ressorts d’une tragédie antique.

 

Prix de l’Académie française Maurice Genevoix : Mme Élisabeth Barillé, pour L’Oreille d’or

Les nombreux romans d’Élisabeth Barillé sont tous, note M. Jean-Marie Rouart dans son rapport, des voyages intérieurs. Son dernier livre, L’Oreille d’or, est un témoignage encore plus surprenant. Dotée d’une personnalité hypersensible qui capte toutes les nuances des blessures de l’âme, Élisabeth Barillé a profité de sa demi-surdité pour développer son don pour l’écriture. De son handicap elle a tiré une richesse : « Merci mon oreille morte. En me poussant à fuir la surdité, elle m’a “condamnée à l’aventure de la profondeur”. »

Avec Mme Élisabeth Barillé, conclut M. Rouart, la littérature devient le plus magnifique instrument pour compenser les infirmités de la vie.

           

Grand Prix Hervé Deluen : Mme Hélé Béji

Auteur de nombreux livres à l’inspiration lucide et combative, selon l’expression de M. Xavier Darcos, Mme Hélé Béji, Tunisienne d’expression française, a fondé en 1998 le Collège international de Tunis qu’elle préside et dont l’activité est devenue centrale dans la vie intellectuelle du Maghreb.

Ses ouvrages dressent un « portrait du décolonisé », qui se dégage à travers la peinture des aliénations et du mal-être lié à la quête de liberté et aux régressions identitaires. Son premier livre, paru en 1982, Désenchantement national, est une analyse critique des nouvelles formes d’arbitraire politique qui avaient suivi l’indépendance tunisienne. Dans un récit autobiographique, L’Œil du jour, elle s’attachait à décrire la société traditionnelle dans un style poétique et satirique.

Dans ses derniers livres, Une force qui demeure et Islam Pride. Derrière le voile, elle montre comment on peut dépasser ce qu’elle appelle « la guerre civile du voile ». Décelant les signes d’une sécularisation progressive des courants islamiques au contact de la modernité, elle défend et soutient l’idée qu’une cohabitation est inéluctable entre l’islam et la démocratie.

 

Prix Léon de Rosen : MM. Patrick de Wever et Bruno David, pour La Biodiversité de crise en crise

En quatre milliards d’années, la biodiversité terrestre a été une alternance de crises qui ont détruit nombre d’espèces vivantes. La dernière coïncida avec la disparition des dinosaures et la prolifération des petits mammifères dont nous sommes les descendants. Ce sont des catastrophes naturelles dont le retour reste possible, voire probable. Mais cette fois, c’est l’homme qui est la plus sûre menace pour la planète.

Le taux de disparition des espèces s’est accéléré ; il n’est plus compatible avec leur capacité d’adaptation. Il va donc falloir réviser profondément nos systèmes économiques et sociaux.

Le sérieux du propos, les qualités scientifiques de l’ouvrage renforcent notre conviction, note le professeur Yves Pouliquen, qu’il faut absolument agir en faveur de la biodiversité.

 

Grand Prix de Poésie : M. Bernard Noël, pour l’ensemble de son œuvre poétique

Né le 19 novembre 1930, à Sainte-Geneviève-sur-Argence, dans l’Aveyron, Bernard Noël est considéré comme l’un des écrivains les plus importants de sa génération. Saluée par Aragon, Mandiargues et Blanchot, son œuvre, immense par son engagement et son exigence, compte plus d’une cinquantaine de titres et de très nombreux livres d’artiste.

Les événements qui l’ont marqué sont ceux qui ont marqué toute une génération : explosion de la première bombe atomique, découverte des camps d’extermination, guerre du Viêt-Nam, découverte des crimes de Staline, guerre de Corée, guerre d’Algérie…

Son premier livre, Les Yeux chimères, paraît en 1953, Extraits du corps paraît en 1958. Puis c’est un silence de presque dix ans rompu par son troisième ouvrage, La Face de silence, en 1967.

La poésie et la prose ne peuvent chez lui être séparées. La notoriété lui vient avec Le Château de Cène, roman érotique d’une grande violence paru d’abord en 1969 chez un petit éditeur qui subit en 1973 un procès pour outrage aux bonnes mœurs. Il est défendu par Robert Badinter, et Bernard Noël reçoit le soutien d’Aragon.

Homme de poésie, il ne s’y limite pas, il l’élargit à tout le champ de la prose. Bernard Noël se définit lui-même par ces mots : « Le corps est un langage pour moi. Un langage qui m’a permis de réarticuler les mots en me référant à quelque chose de déjà fondé, le corps. »

 

Grand Prix de Philosophie : M. Jean Vioulac, pour l’ensemble de son œuvre

En moins de dix ans et quatre ouvrages, ce jeune docteur en philosophie s’est imposé comme une voix nouvelle en philosophie, particulièrement en philosophie politique. Il a tenté et réussi la synthèse de deux analyses puissantes de la technique et de son développement planétaire, celles de Marx et celle de Heidegger. Reprenant le projet d’Hannah Arendt, il démontre, dans La Logique totalitaire. Essai sur la crise de l’Occident, en 2013, comment, sur des modes certes différents, le bolchevisme, le nazisme et le libéralisme économique dérivent tous de l’accomplissement totalisant de la métaphysique de Hegel.

Cette crise apparaît en pleine lumière et ne devient intelligible qu’à une double condition, note M. Jean-Luc Marion, d’abord en reconnaissant son statut proprement philosophique, ensuite en la confrontant à la seule interprétation de l’histoire qui, aujourd’hui, lui fait face : l’eschatologie chrétienne.

Ce philosophe encore très jeune, d’une parfaite érudition, d’une puissante originalité vient de démontrer une exceptionnelle créativité littéraire et conceptuelle.

 

Grand Prix Moron : M. Jacques Lecomte, pour La Bonté humaine. Altruisme, empathie, générosité

Pendant les deux guerres mondiales, les soldats des toutes premières lignes tiraient en l’air pour éviter de tuer des ennemis si voisins qu’ils trouvaient monstrueux de les mettre à mort. De même, pendant les grandes catastrophes, inondations, tsunamis, on constate que les scènes d’entraide se multiplient, au lieu des vols, pillages et crimes attendus.

Jacques Lecomte contredit ainsi la vision pessimiste des philosophes comme Hobbes ou des économistes qui réduisent la personne à ses appétits égoïstes. L’humanité compte ainsi plus de bons Samaritains que de psychopathes privés d’empathie, note M. Michel Serres dans son rapport.

 

Grand Prix Gobert : partagé entre

M. Henry Laurens, pour La Question de Palestine

et M. Daniel Roche, pour Histoire de la culture équestre (xvie-xixe siècle)

Henry Laurens, professeur au Collège de France de l’histoire contemporaine du monde arabe, a consacré à ce sujet une œuvre monumentale de cinq volumes de près de mille pages chacun.

Racines bibliques, relations franco-anglaises, rôle des colonisateurs, cette chronique géante met en lumière tous les aspects d’un problème qui nourrit les drames de tout le Moyen-Orient et dépasse, par ses enjeux et ses conséquences, les proportions d’un conflit local pour prendre des dimensions mondiales.

Un travail aussi impressionnant suppose de la part de son auteur une profonde intelligence historique et une motivation personnelle dont les ressorts demeurent un peu mystérieux, note M. Pierre Nora.

 

Daniel Roche, Histoire de la culture équestre (xvie-xixe siècle)

L’invention du moteur à explosion a relégué dans l’ombre la place centrale qu’a jouée le cheval dans la civilisation, qu’il s’agisse de son usage économique et guerrier ou de sa fonction symbolique et politique.

Après Le Cheval moteur (2008) et La Gloire et la puissance (2011), Connaissances et passions (2015), le troisième volume, achève la somme qu’il a consacrée au monde du cheval.

Donnant un éclairage nouveau sur cet aspect capital des rapports de l’homme et de la bête, Daniel Roche développe ici tout l’imaginaire de la culture du cheval dans les légendes, mythes, métaphores, connaissances folkloriques, représentations artistiques et littéraires.

 

Prix de la Biographie littéraire : M. Philippe Forest, pour Aragon

« Je suis arrivé à Aragon par la littérature », dit Philippe Forest. Cette biographie d’écrivain par un écrivain est un récit, qui suit toutes les lois du genre, et reconstitue la vie d’Aragon « selon un parcours attentif de son œuvre et de sa diversité ».

Philippe Forest s’efface le plus possible derrière son sujet, mais il est partout présent, d’une présence discrète, fidèle en cela à ce que dit Aragon lui-même dans son dernier livre, Théâtre/Roman : lorsqu’on écrit la vie des autres, c’est sa propre vie qu’on écrit.

Certaines des formes de la vie et de l’engagement d’Aragon sont aujourd’hui soumises à une critique parfois vive. Philippe Forest nous aide à nous en dégager : la force d’Aragon est, dit-il, de faire de la vie, je cite, « une expérience de la vérité sur le mode du vertige ».

 

Prix de la Biographie historique : M. Jean Balcou, pour Ernest Renan

Cet Ernest Renan né à Tréguier dans la plus conformiste et religieuse Bretagne, protégé par Mgr Dupanloup, humaniste, orientaliste intempérant, devient un visionnaire lucide et provoquant. Sa Vie de Jésus tourmentera une société encore solidement chrétienne.

La remarquable biographie que Jean Balcou publie aujourd’hui, très richement documentée, se lit avec bonheur, ce qui n’est pas le moindre de ses mérites, note encore M. Yves Pouliquen.

 

Prix de la Critique : M. Jean-Paul Enthoven, pour Saisons de papier

La plume de Jean-Paul Enthoven, écrivain et critique, est très habile à débusquer les tourments de l’âme et les labyrinthes des cœurs en perdition. Romancier lui-même, il analyse les romanciers dans une lumière généreuse et bienveillante de créateur. Son dernier livre est une plongée intelligente et talentueuse, note M. Jean-Marie Rouart, dans l’océan lumineux des lettres, sa véritable patrie.

 

Prix de l’Essai :

M. Francis Kaplan, pour l’ensemble de son œuvre

et M. Alain de Vulpian, pour Éloge de la métamorphose. En marche vers une nouvelle humanité

Francis Kaplan, né en 1927, est l’auteur d’une œuvre importante, qui comprend entre autres un livre sur Spinoza intitulé L’Éthique démontrée selon la méthode géométrique, un essai intitulé Les Trois Communismes de Marx.

Dans son essai L’Embryon est-il un être vivant ? il a fait une entrée vigoureuse sur la scène contemporaine en soutenant qu’il ne l’est pas, et en distinguant être vivant et être un être vivant.

 

Alain de Vulpian relie l’analyse des crises de la société occidentale aux grandes métamorphoses qu’elle connaît depuis près d’un siècle, et où il trouve de fortes raisons d’espérer : il se construit en effet chaque jour des réseaux humains auto-organisés, qui se gouvernent eux-mêmes sans même en avoir conscience.

C’est ainsi, note le professeur Pouliquen, que gens ordinaires comme dirigeants, jeunes ou vieux, femmes, hommes, imposent à nos démocraties un renouvellement indispensable.

 

Prix du cardinal Lustiger : M. Pierre Manent, pour l’ensemble de son œuvre

Pierre Manent a été l’assistant de Raymond Aron au Collège de France, et l’un des cofondateurs de la revue Commentaire en 1978. Son dernier livre, Situation de la France, a stimulé la réflexion sur la place des musulmans dans notre société. C’est, note Mgr Claude Dagens, à travers des penseurs et écrivains tels qu’Aristote, saint Augustin, Machiavel, Montaigne ou Jean-Jacques Rousseau, un apport considérable à la réflexion critique sur la démocratie, la nation, la cité.

 

Prix de la Nouvelle : M. Gérard Oberlé, pour Bonnes Nouvelles de Chassignet

Gérard Oberlé conjugue une forme d’intimité à la fois hédoniste et sauvage, et une forme non moins délectable d’ébriété fictionnelle, selon la formule de M. Frédéric Vitoux, quand il entraîne son narrateur avec des personnages hyperboliquement romanesques – dans des décors qui ne le sont pas moins, au bord du Nil, ou au sein d’une tribu canaque…

 

Les Prix d’Académie sont cette année au nombre de quatre. Ils vont à :

1. M. Christian Bobin, pour l’ensemble de son œuvre

Christian Bobin est l’auteur d’une lettre sans fin, au panthéisme tranquille, où les confidences succèdent aux aphorismes, au fil des rencontres et des disparitions. Depuis des années, ses lecteurs ont été pris par le charme envoûtant de sa « littérature méditative ».

« Croître en clarté, voilà le but », écrivait-il à ses débuts. Tout porte à croire qu’il y est parvenu.

 

2. M. Dominique Bourel, pour Martin Buber. Sentinelle de l’humanité

Dominique Bourel connaît la pensée juive allemande comme peu avant lui. Son ouvrage donne ainsi une synthèse de la vie et de l’œuvre de Buber et, à travers lui, l’histoire d’un siècle de symbiose entre les cultures allemande et juive. Voyage dans l’histoire du destin européen, note M. Jean-Luc Marion, où s’ouvrent des questions comme celle de l’interprétation du texte biblique, et du destin du peuple juif entre sionisme et assimilation.

 

3. M. Philippe Paquet, pour Simon Leys. Navigateur entre les mondes

Simon Leys s’est rendu célèbre par sa dénonciation précoce de la Révolution culturelle en Chine. Sous son vrai nom, Pierre Ryckmans, il fut aussi l’auteur de plusieurs essais de sinologie classique ; romancier et essayiste, il entretint dès l’adolescence une passion pour la mer.

Philippe Paquet rend dans cet ouvrage un hommage décisif à l’œuvre et à la personne de Leys qui fut un passeur entre les cultures.

 

4. M. Claude Eveno, pour L’Humeur paysagère

Ce sont les souvenirs, les rêveries, les émotions qu’ont procurés à l’auteur les grands jardins de France, mais aussi ceux qu’il a parcourus en Italie, au Japon ou dans sa Bretagne natale. Regard sensible, poétique ou nostalgique, voyage en images plein d’une réflexion sur le temps et la métamorphose.

 

Prix du Théâtre : M. Pascal Rambert, pour l’ensemble de son œuvre dramatique

Pascal Rambert, très influencé par Thomas Bernhardt et Peter Handke, ne recule jamais, note M. Angelo Rinaldi, devant une audace scénique.

Mêlant aux textes chorégraphie et musique, cassant les dialogues. Il occupe ainsi une place d’une originalité absolue.

 

Prix du Jeune Théâtre Béatrix Dussane-André Roussin : Mme Andréa Bescond, pour Les Chatouilles ou la Danse de la colère

Avant d’écrire, de jouer, de danser Les Chatouilles ou la Danse de la colère, Andréa Bescond a été cette petite fille fragile, blessée, abusée. Dans une nuit qui est la nuit du théâtre, note M. Jean-Loup Dabadie, elle porte aussi témoignage. Pour les 75 000 cas d’abus d’enfants officiellement recensés en France.

 

Prix du Cinéma René Clair : Mme Anne Fontaine, pour l’ensemble de son œuvre cinématographique

Danseuse, actrice, scénariste et réalisatrice, Anne Fontaine a pour première vocation la danse, dont la grâce demeure dans son écriture cinématographique, note Mme Dominique Bona.

En 2015, Les Innocentes, film tourné dans un couvent en Pologne, dépeint l’horreur, dans des images claires, fragiles comme le verre. Mais fortes et brûlantes, animées d’un feu secret, faites d’autant de grâce que de mystère.

 

Grande Médaille de la Chanson française : M. Jean-Jacques Goldman, pour l’ensemble de ses chansons

Jean-Jacques Goldman est un des chanteurs les plus populaires de sa génération, avec des titres célèbres et ceux qu’il a écrits pour de très nombreux artistes, de Céline Dion à Johnny Hallyday.

On regrettera aujourd’hui de l’applaudir en son absence, dont il nous a courtoisement prévenus.

 

L’Académie attribue cette année cinq Prix du Rayonnement de la Langue et de la Littérature françaises.

Ils vont à :

M. Jean Paul Barbier-Mueller, pour son Dictionnaire des poètes français de la seconde moitié du xvie siècle

Collectionneur genevois fameux, avec son épouse Monique, Jean Paul Barbier-Mueller aurait pu se contenter d’être un des spécialistes mondiaux des arts aztèque, olmèque ou maya et de vivre au milieu d’une des plus belles collections de peinture du xxe siècle. C’était compter sans sa passion pour la poésie, notamment celle du xvie siècle français.

 

Alliance française d’Abu-Dhabi

Créée officiellement en 1974 par le cheikh Zayid, le fondateur des Émirats arabes unis, et installée dans un pays sans véritable tradition francophone, l’Alliance française d’Abu-Dhabi a réussi à bâtir une véritable présence culturelle de la France et de sa langue.

 

Mme Elena Fumagalli, professeur d’histoire de l’art à Modène

Elena Fumagalli enseigne actuellement à l’université de Modène et Reggio Emilia. Assistante de Pierre Rosenberg pour la préparation de l’exposition « Nicolas Poussin » pendant l’hiver 1992-1993, elle a écrit dans le catalogue un essai sur les collectionneurs romains du peintre.

Elle est aussi l’auteur de deux essais au volume II de l’ouvrage collectif La Villa Médicis.

 

M. Eduardo Lourenço, philosophe portugais qui a écrit une partie de son œuvre en français

Philosophe né en 1923, connu pour ses travaux sur Fernando Pessoa, Eduardo Lourenço a publié de nombreux ouvrages, certains directement écrits en français, tel Montaigne ou la Vie écrite.

Il a toujours considéré la France comme sa seconde patrie, note M. Amin Maalouf. C’est une des raisons de la reconnaissance que lui témoigne aujourd’hui l’Académie française.

 

Mme Mona Makki-Gallet, créatrice de l’émission télévisée « Espace francophone »

Mme Mona Makki-Gallet a créé, avec son époux, le regretté Dominique Gallet, l’émission télévisée « Espace francophone », qui a contribué de manière significative au rayonnement de la langue française partout dans le monde.

 

Après les Grands Prix, viennent maintenant les Prix de fondations. Les lauréats se lèveront également à l’appel de leur nom mais je leur demanderai de bien vouloir accepter d’attendre la fin de la proclamation pour recevoir ensemble nos applaudissements.

 

PRIX DE POÉSIE

 

Prix Théophile Gautier : M. Werner Lambersy, pour La Perte du temps suivi de On ne peut pas dépenser des centimes

Poète belge néerlandophone, Werner Lambersy habite en France depuis 1982 et il a choisi d’écrire en français.

Dans La Perte du temps, il a voulu entrer, dit-il, « par la petite porte basse » de poèmes brefs aux vers courts où le lecteur est surpris par des angles de vue insolites, et souvent comiques.

 

Prix Heredia : M. Yves Mabin Chennevière, pour Errance à l’os

Une seule phrase narrative déroule un univers onirique de sensations et de souvenirs, où se mêlent réel et fantasmagories.

Livre de deuil et de bilan, sans pathos, miroitant de mille beautés et de mille regrets, dans une langue inouïe et comme déjà d’outre-tombe. Livre magnifique, conclut M. Xavier Darcos.

 

Prix François Coppée : M. Guy Allix, pour Le Sang le soir

Ce prix vient couronner un poète fidèle à sa noble vocation et une poésie qui s’affirme en sa pleine maturité. En ce temps de détresse, un chant rugueux, véhément, nous fait entendre le manque, la douleur existentielle, la révolte et surtout le désir d’aimer.

 

Prix Henri Mondor : M. Laurent Mattiussi, pour Mallarmé et la Chine

Mallarmé et la Chine est un livre remarquable par la finesse de l’analyse.

À l’époque de Mallarmé, note M. François Cheng, on connaissait mal la Chine. Ce sont, vers 1860, les Expositions universelles de Paris puis de Londres qui ont permis au poète de connaître des objets d’art chinois.

La notion chinoise du Vide a été un réconfort pour ce poète habité par la hantise du néant.

 

PRIX DE LITTÉRATURE ET DE PHILOSOPHIE

 

Prix Montyon : M. Hervé Gaymard, pour Bonheurs et Grandeur. Ces journées où les Français ont été heureux

Homme politique doublé d’un écrivain, Hervé Gaymard énumère les jours et les moments charnières où notre pays connut l’unité et la fierté, à travers ses artistes, ses hommes d’État, ses champions sportifs, ses scientifiques. C’est un ouvrage d’amoureux, baigné d’une lumière discrète.

 

Prix La Bruyère : M. Renan Larue, pour Le Végétarisme et ses ennemis. Vingt-cinq siècles de débats

Brillant petit essai sur les diverses oppositions qu’ont rencontrées les sectes et la philosophie végétariennes au cours des siècles, de la part des stoïciens, puis des premiers chrétiens, qui jettent l’anathème sur les végétariens.

Cet essai brillant et original révèle des vérités historiques et philosophiques qui surprennent.

 

Prix Jules Janin : M. Bernard Combeaud, pour sa traduction de Lucrèce intitulée La Naissance des choses

Lucrèce a été le plus profond, le plus influent et le plus combattu des penseurs latins.

Bernard Combeaud propose du De natura rerum une traduction originale en alexandrins rimés, d’une réussite absolue, pour rendre compte de la profonde originalité de la langue de Lucrèce.

Il faut saluer le courage éditorial de son éditeur, la maison bordelaise Mollat, dans un contexte difficile pour les langues anciennes.

 

Prix Émile Augier : M. Laurent Mauvignier, pour Retour à Berratham

La pièce Retour à Berratham a pour toile de fond un après-guerre ravagé par une violence extrême. Un jeune homme revient à Berratham pour chercher la femme qu’il aime, mais ne rencontre partout que tristesse et désolation.

C’est ici que le drame moderne se fait tragédie antique.

 

Prix Émile Faguet : M. Pierre Boncenne, pour Le Parapluie de Simon Leys

Pierre Boncenne retrace ici, à partir des lettres échangées avec Simon Leys, les polémiques qu’a suscitées ce diplomate belge, éminent sinologue, qui se retira en Australie.

C’est un diagnostic accablant de l’aveuglement idéologique.

 

Prix Louis Barthou : M. Charles Robinson, pour Fabrication de la guerre civile

Musique en acte, livre choral, oratorio des banlieues d’aujourd’hui, ce livre est un cri, un appel, une mise en garde. Pour restituer l’univers et le parler propres à ses personnages, il joue de toutes les ressources de graphismes divers et fait preuve d’une invention linguistique confondante.

 

Prix Anna de Noailles : Mme Sylvie Caster, pour L’Homme océan

S’attachant à décrire la vie aventureuse d’un marin-pêcheur du bassin d’Arcachon, Sylvie Caster évoque par petites touches sensibles tout un monde économique et humain, avec une sincérité, un tact, une douceur souvent douloureux.

 

Prix François Mauriac : M. Pierre Adrian, pour La Piste Pasolini

Un tout jeune homme met ses pas dans les pas de Pasolini, le poète assassiné, que hantait la figure du Christ autant que l’enseignement de Gramsci, autre martyr. Il en résulte un récit de voyage et journal intime, enrichi du témoignage des derniers parents et amis.

 

Prix Georges Dumézil : M. Dominique Casajus, pour L’Alphabet touareg

Dans une alliance assez rare entre la rigueur d’un chercheur maître de son sujet et l’élégance d’un écrivain, exploitant des documents, le plus souvent très brefs, M. Dominique Casajus contribue à faire comprendre ce que fut « la grande invention de l’écriture ».

 

Prix Roland de Jouvenel : M. Stéphane Barsacq, pour Le Piano dans l’éducation des jeunes filles

Critique d’art autant que musicologue, Stéphane Barsacq donne ici un premier roman qui tranche par son mélange d’humour et de culture. Sous la verve, l’époque en prend pour son grade…

 

Prix Biguet : R. P. François Daguet, pour Du politique chez Thomas d’Aquin

Ce livre opère une synthèse sur la vision développée par saint Thomas d’Aquin d’une articulation précise de la théologie et de la science politique, préparant ainsi la réflexion moderne.

 

Prix Ève Delacroix : M. Gilles Thomas, pour Les Catacombes. Histoire du Paris souterrain

L’ouvrage de Gilles Thomas se lit avec un plaisir renouvelé à chaque page. L’érudition en est impressionnante, souligne M. Pierre Rosenberg.

 

Prix Jacques Lacroix : M. Vincent Tardieu, pour L’Étrange Silence des abeilles. Enquête sur un déclin inquiétant

La disparition des abeilles, responsables de la pollinisation, serait une catastrophe. En cause : les pesticides mais aussi les multinationales de l’agro-alimentaire et les ondes à haute fréquence.

Livre très documenté, indispensable.

 

Prix Raymond de Boyer de Sainte-Suzanne : R. P. Thierry-Dominique Humbrecht, pour Éloge de l’action politique

Dans un moment où la disqualification de l’action et du personnel politiques semblent devenir la règle, Thierry-Dominique Humbrecht, éclairé par une solide théologie d’inspiration thomiste, montre comment la politique doit se guider sur un concept renouvelé du bien commun.

 

Prix Sivet : Mme Dany Hadjadj, pour l’édition de la correspondance Alexandre Vialatte - Henri Pourrat

Mme Dany Hadjadj donne, à travers la correspondance de Vialatte avec Henri Pourrat, un éclairage singulier sur ce génie unique dans notre littérature par son sens de l’absurde poussé jusqu’au vertige.

 

PRIX D’HISTOIRE

 

Prix Guizot : M. Nicolas Roussellier, pour La Force de gouverner. Le pouvoir exécutif en France (xixe-xxie siècle)

Entre la fin du xixe et la fin du xxe siècle, nous sommes passés d’une république parlementaire à une république du Président.

Avec la Cinquième République, le gouvernement est désormais prioritaire face au Parlement. Il y a donc deux républiques, celle d’aujourd’hui étant l’exact contraire de celle qui avait été souhaitée et mise en place au xixe siècle.

 

Médaille d’argent du Prix Guizot : M. Vincent Robert, pour La Petite-Fille de la sorcière. Enquête sur la culture magique des campagnes au temps de George Sand

Vincent Robert reconstitue les logiques multiples d’un univers culturel devenu pour nous très étrange : celui des sorcières, des loups-garous, des devins, des feux follets. Ce livre savant, chaleureux rend justice à un aspect peu connu du talent d’une George Sand ethnographe aussi discrète que savante.

 

Prix Thiers : M. Yannick Nexon, pour Le Chancelier Séguier (1588-1672). Ministre, dévot et mécène au Grand Siècle

Le rôle politique du chancelier Séguier auprès de Richelieu fut essentiel. Il fut un défenseur décidé de l’Académie française. L’ouvrage est ancré dans le temps présent, puisqu’il s’orne d’un portrait du chancelier par Le Brun que l’on célèbre cette année à Lens.

 

Prix Eugène Colas : Mme Catherine Gousseff, pour Échanger les peuples. Le déplacement des minorités aux confins polono-soviétiques (1944-1947)

C’est à la redécouverte d’un cas négligé de l’histoire de la fin de Seconde Guerre mondiale, écrit Mme Carrère d’Encausse, que nous convie Catherine Gousseff. Elle restitue avec force le climat très tendu du déplacement de deux millions de Polonais et d’Ukrainiens, du fait de la nouvelle frontière occidentale de l’U.R.S.S. voulue par Staline.

 

Prix Eugène Carrière : M. Pierre-Yves Kairis, pour Bertholet Flémal (1614-1675). Le « Raphaël des Pays-Bas » au carrefour de Liège et de Paris

Bertholet Flémal, le plus grand peintre de Liège au xviie siècle, méritait une réhabilitation. Pierre-Yves Kairis s’y livre dans cet ouvrage, après avoir été l’auteur d’une découverte, celle d’un tableau de Poussin, La Mort de la Vierge, miraculeusement retrouvé dans l’église Saint-Pancrace de Sterrebeek en Belgique.

 

Prix Louis Castex : M. Bernard Dupaigne, pour Désastres afghans. Carnets de route (1963-2014)

Souvenir de voyage et récit de découvertes, ce livre propose, sous forme de carnets, un témoignage et une réflexion essentiels sur l’état de la société afghane, après quarante ans marqués par l’occupation soviétique, le régime des talibans, et l’intervention américaine.

 

Prix Monseigneur Marcel :

M. Jean Balsamo, pour « L’amorevolezza verso le cose italiche ». Le Livre italien à Paris au xvie siècle

Ce recensement des livres publiés en langue italienne à Paris n’a pas seulement l’utilité d’un répertoire bibliographique mais il permet aussi d’éclairer l’italianisme de l’entourage royal à la Renaissance et au début du xviie siècle.

 

Médaille d’argent du Prix Monseigneur Marcel :

Mme Francesca Alberti, pour La Peinture facétieuse. Du rire sacré de Corrège aux fables burlesques de Tintoret

 Consacré à quelques-uns des plus grands artistes du xvie siècle, du Corrège au Tintoret, cet ouvrage aborde son sujet sous les angles les plus variés, histoire de l’art, histoire des religions et histoire de la littérature, et il se lit comme un roman.

 

Prix Diane Potier-Boès : MM. Pierre et Christian Pahlavi, pour Le Marécage des ayatollahs. Une histoire de la révolution iranienne

À la lumière de trente années d’études et de réflexion, et ayant interrogé des dizaines de protagonistes de tous les partis, les deux auteurs nous offrent un éclairage unique et un témoignage original sur la révolution iranienne.

 

Prix François Millepierres : M. Paulin Ismard, pour La Démocratie contre les experts. Les esclaves publics en Grèce ancienne

Dans la cité antique, pour les tâches de type bureaucratique, les compétences demandées à l’« esclave public » étaient techniques, jamais politiques, à la différence des « experts » de nos sociétés contemporaines chez qui ces savoirs légitiment la détention d’un pouvoir.

 

Prix Augustin Thierry : M. Damien Boquet et Mme Piroska Nagy, pour Sensible Moyen Âge. Une histoire des émotions dans l’Occident médiéval

Les émotions ne relèvent pas ici de la psychologie, mais de conditionnements sociaux. Aux xie et xiie siècles, c’est un modèle chrétien, une éthique et une esthétique aristocratiques, et, à partir du xiiie, une mystique de l’émotion, qui concerne particulièrement les femmes.

 

PRIX DE SOUTIEN À LA CRÉATION LITTÉRAIRE

 

Prix Henri de Régnier : M. Marc Pautrel, après Une jeunesse de Blaise Pascal

L’auteur a déjà publié quatre romans. Et il nous donne ici le bref récit, frémissant d’émotion et d’intelligence, de quelques épisodes de la jeunesse de Pascal.

 

Prix Amic : M. Olivier Bleys, après Discours d’un arbre sur la fragilité des hommes

Conte d’une écriture simple et fluide, l’ouvrage relate l’aventure d’une famille chinoise liée à un arbre vieilli que l’on hésite à abattre, symbole du destin d’une famille sous un régime peu respectueux des hommes et de l’environnement.

 

Prix Mottart : M. Alain Blottière, après Comment Baptiste est mort

Ce livre est d’une actualité très brûlante, sur un sujet que nous connaissons peu ou mal. Il décrit avec une poignante vérité le tragique chemin d’une conversion à ce que l’islam a de pire, et de plus tragique.

 

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Les lauréats des Prix de fondations sont maintenant invités à se lever tous ensemble et nous leur rendrons hommage en les applaudissant.