Dire, ne pas dire

Un point c’est tout

Le 29 août 2013

Bloc-notes


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Point n’est besoin de déranger Céline pour vanter l’influence de la langue parlée sur la langue écrite. Ce n’est pas de cela que l’on se plaint ici, mais de cette averse de signes de ponctuation qui, pour leur donner un ton de proximité, s’abat aujourd’hui sur tant d’écrits – et qui éclabousse les yeux du lecteur.

Que de points d’exclamation, d’interrogation, de suspension, crochets, tirets, virgules et virgules, parenthèses et guillemets, que de postillons du stylo ! Et faut-il aussi regretter les soulignages superflus, et que les pauvres guillemets, signes si beaux, soient ridiculement relayés, en plus, par ces simagrées des doigts crochus autour des oreilles ?

Les phrases sont des rivières dont la fluidité, la limpidité ne doivent pas être corrompues par ces alluvions. Imagine-t-on Racine, si grand parmi les grands académiciens, écrivant :

Dans un mois, dans un an (!?),
Comment “souffrirons”-nous,
Seigneur, que tant de mers

Me séparent de vous (!…)…
Que le jour recommence
(Et que le jour finisse)
Sans que jamais Titus
Puisse voir Bérénice
– Sans que de tout le jour
Je puisse voir Titus…!!!

Faut-il s’y faire ? Non ! Bien que nous restions menacés à tout moment de recevoir cette carte postale :

Chers amis !
Enfin arrivés !!! Athènes est intacte (?). Hôtel moyen… Demain – indeed – piscine ! Mardi : Parthénon et/ou restaurant. Les restaurants « typiques » sont typiquement nuls (!!!). Mercredi : l’Agora – Marc (ça vous étonne ?) déteste d’avance. Jeudi – ça dépend du temps –en principe quartier libre ! Et vous, Bangkok ? Toujours pollué ?! Rentrons le 15, si les avions décollent (???). Des baisers…
P.-S. Bon anniversaire Jocelyne !!!!!!

… Non ! Écrivons : je t’aime. Un point c’est tout.

 

Jean-Loup Dabadie
de l’Académie française

Erratum

Une erreur, corrigée depuis, s’était malencontreusement glissée dans le « bloc-notes » de septembre, intitulé Un point c’est tout. Nous avions écrit allusions au lieu d’alluvions.

Nous prions nos lecteurs et l’auteur de ce bloc-notes, Monsieur Dabadie, de bien vouloir accepter nos excuses pour cette malheureuse coquille.