Paul VALÉRY Élu en 1925 au fauteuil 38

Grand officier de la Légion d’honneur
Professeur au Collège de France
Critique
Essayiste
Poète

Biographie

Né à Sète, le 30 octobre 1871.

D’ascendance corse par son père et génoise par sa mère, Paul Valéry fit ses études primaires chez les Dominicains de sa ville natale et ses études secondaires au lycée de Montpellier. Ayant renoncé à préparer l’École navale, vers laquelle le portait son amour de la mer, il s’inscrivit en 1889 à la faculté de Droit. Passionné par les mathématiques et la musique, il s’essaya également à la poésie et vit, cette même année, ses premiers vers publiés dans la Revue maritime de Marseille. C’est encore à cette époque qu’il se lia d’amitié avec Pierre Louÿs, qu’il lui arrivera de nommer son « directeur spirituel », et fit la connaissance de Gide et de Mallarmé. Les vers qu’il écrivit dans ces années-là s’inscrivent ainsi, tout naturellement, dans la mouvance symboliste.

Ayant obtenu sa licence de droit, il s’installa, en 1894, à Paris, où il obtint un poste de rédacteur au ministère de la Guerre. Mais cette période devait marquer pour Paul Valéry le début d’un long silence poétique. À la suite d’une grave crise morale et sentimentale, le jeune homme, en effet, décidait de renoncer à l’écriture poétique pour mieux se consacrer à la connaissance de soi et du monde. Occupant un emploi de secrétaire particulier auprès du publiciste Édouard Lebey, directeur de l’agence Havas, il entreprit la rédaction des Cahiers (lesquels ne seront publiés qu’après sa mort), dans lesquels il consignait quotidiennement l’évolution de sa conscience et de ses rapports au temps, au rêve et au langage.

En 1900, Paul Valéry épousait Jeannine Gobillard, dont il aurait trois enfants.

Ce n’est qu’en 1917 que, sous l’influence de Gide notamment, il revint à la poésie, avec la publication chez Gallimard de La Jeune Parque, dont le succès fut immédiat et annonçait celui des autres grands poèmes (Le Cimetière marin, en 1920) ou recueils poétiques (Charmes, en 1922).

Influencé par Mallarmé, Paul Valéry privilégia toujours, dans ses recherches poétiques, la maîtrise de la forme sur le sens et l’inspiration. Quête de la « poésie pure », son œuvre se confond avec une réflexion sur le langage, vecteur entre l’esprit et le monde qui l’entoure, instrument de connaissance pour la conscience.

C’est ainsi que ces interrogations sur le savoir se nourrirent chez le poète de la fréquentation de l’univers scientifique : lecteur de Bergson, d’Einstein, de Louis de Broglie et Langevin, Paul Valéry devait devenir en 1935 membre de l’Académie des Sciences de Lisbonne.

Après la Première Guerre mondiale, la célébrité devait peu à peu élever Paul Valéry au rang de « poète d’État ». Il multiplia dans les années 1920 et 1930 les conférences, voyages officiels et communications de toute sorte, tandis que pleuvaient sur lui les honneurs ; en 1924, il remplaçait Anatole France à la présidence du Pen Club français, et devait encore lui succéder à l’Académie française où il fut élu le 19 novembre 1925, par 17 voix au quatrième tour. Paul Valéry avait d’abord posé sa candidature au fauteuil d’Haussonville, lequel devait être pourvu le même jour, mais s’était ravisé, au dernier moment, sur les conseils de Foch, pour disputer, avec plus de chances estimait-il, à Léon Bérard et Victor Bérard, le fauteuil d’Anatole France.

Le discours que devait prononcer Paul Valéry lors de sa réception par Gabriel Hanotaux, le 23 juin 1927, est resté célèbre dans les annales de l’Académie. Valéry, en effet, réussit ce tour de force de faire l’éloge de son prédécesseur sans prononcer une seule fois son nom. On raconte qu’il n’avait pas pardonné à Anatole France d’avoir refusé à Mallarmé la publication de son « Après-midi d’un faune », en 1874, dans Le Parnasse contemporain.

En 1932, Paul Valéry devint membre du conseil des musées nationaux ; en 1933, il fut nommé administrateur du centre universitaire méditerranéen à Nice ; en 1936, il fut désigné président de la commission de synthèse de la coopération culturelle pour l’exposition universelle ; en 1937, on lui attribua la chaire de poétique au Collège de France ; en 1939, enfin, il devenait président d’honneur de la SACEM.

Lorsque éclata la Seconde Guerre mondiale, Paul Valéry, qui avait reçu en 1931 le maréchal Pétain à l’Académie, s’opposa vivement à la proposition d’Abel Bonnard qui voulait que l’Académie adressât ses félicitations au chef de l’État pour sa rencontre avec Hitler à Montoire. Directeur de l’Académie en 1941, il devait par ailleurs prononcer l’éloge funèbre de Bergson, dans un discours qui fut salué par tous comme un acte de courage et de résistance. Refusant de collaborer, Paul Valéry allait perdre sous l’Occupation son poste d’administrateur du centre universitaire de Nice. Par une ironie du sort, il mourut la semaine même où s’ouvrait, dans la France libérée, le procès Pétain. Après des funérailles nationales, il fut inhumé à Sète, dans son cimetière marin.

Mort le 20 juillet 1945.

Œuvres

1888 Conte de nuit

1889 Rêve. Élévation de la Lune. Les vieilles ruelles. Quelques notes sur la technique littéraire

1890 Narcisse parle. Le jeune prêtre. La suave agonie. Pour la nuit

1891 Paradoxe sur l’architecte

1892 Le bois amical

1894 L’introduction à la méthode de Léonard de Vinci

1895 Une conquête méthodique

1896 La soirée avec M. Teste

1897 L’art militaire

1898 Agathe

1900 Anne

1917 La jeune Parque. Aurore

1920 Le cimetière marin. L’album de vers anciens

1921 L’ébauche d’un serpent

1922 Charmes. Le Serpent

1923 Eupalinos ou l’Architecte

1924 Fragments sur Mallarmé. Variétés I

1925 L’Âme et la Danse

1926 Vers et prose. Rhumbs. Analecta

1927 Nouveaux Rhumbs. Quatre lettres au sujet de Nietzsche

1928 Entretiens, avec Frédéric Lefèvre

1929 Variétés II. Léonard et les philosophes

1931 Amphion. Regards sur le monde actuel. Moralités. Pièces sur l’art

1932 L’idée fixe. Choses tues

1933 À propos de l’Histoire, avec Gabriel Hanotaux

1934 Suite. Sémiramis

1935 Paraboles pour illustrer douze aquarelles d’Albert Lasard

1936 Variétés III. Degas, danse, dessin

1937 Villon et Verlaine. L’Homme et la Coquille

1938 L’existence du symbolisme. Variétés IV. La cantate du Narcisse. Introduction à la poésie

1939 Mélanges

1941 Tel quel

1942 Mauvaises pensées et autres

1944 Variétés V. Ode à la France. Variations sur ma Gravure

1945 L’Ange. Discours sur Voltaire. Le Solitaire. Discours sur Bergson

1946 Mon Faust - posthume

1948 Vues - posthume

1950 Histoires brisées - posthume

1952 Lettres à quelques-uns - posthume

1955 Correspondance avec Gide - posthume

1956 Correspondance avec Gustave Fourment - posthume

1970 Cahiers, 2 vol. condensés - publiés dans la Pléiade, posthume

1988 Cahiers, 1894-1914, édition de Nicole Celeyrette-Pietri et Judith Robinson-Valéry - posthume